Florent-Guiot a bien mérité de la patrie

L’Histoire est une discipline qu’on hésite à qualifier de scientifique même si elle a la prétention de restituer le passé avec le plus de véracité possible.
Une célèbre formule de Ranke résume la chose : elle doit être « wie es eigentlich gewesen » , c’est à dire reconstituer « ce qui s’est réellement passé » en s’appuyant sur des sources vérifiées qui, à l’époque de Léopold, étaient exclusivement écrites.

Au delà de cet impératif bien aidé de nos jours par la science qui les a multipliées, notamment en archéologie, l’étape suivante est celle des « problématiques » . Quand les faits sont assurés, il reste à comprendre pourquoi ils ont eu lieu.

Ces questionnements peuvent être infinis. Par exemple, pour Douai, comment a-t-il été possible, dans cette ville si catholique, de faire disparaitre durant la Révolution la quasi totalité du patrimoine religieux ainsi que tous les ordres monastiques qui pullulaient dans la ville avant 1789 ? Tous ces croyants ne l’étaient donc pas ?

L’homme providentiel

La problématique révolutionnaire nous amène d’ailleurs ici. Moment assez meurtrier en France, il ne le fut pas du tout dans le Nord et encore moins à Douai.
Si on interroge l’homme de la rue, il avancera probablement qu’on a beaucoup guillotiné sur les bords de Scarpe. Ce n’est pourtant pas du tout le cas, à peine une vingtaine de morts, et sans la guillotine. Cette divergence apporte un éclairage original sur la Révolution nordiste.

Il est vrai que dans l’infortuné Pas de Calais, l’œuvre sanglante de Joseph Lebon est connue. La chance du Nord fut Florent-Guiot.
Mettre au crédit d’un seul homme un phénomène historique est toujours hasardeux. Mais, comme nous allons le voir, tout démontre, sur un fond de résistance de l’opinion aux idées radicales, que le représentant en mission ne fut pas pour peu dans la faible « quantité de sang versé » par le département pendant la Révolution.

Son influence sur le cours des choses, comme d’ailleurs celle de Lebon, tient d’abord au pouvoir sans limites que le Comité de Salut Public donnait aux députés missionnés.
En cas de faiblesse des dirigeants civils et militaires, la destitution, souvent suivie d’une exécution, ne trainait pas. Le remplaçant se devait de réussir avec la perspective, en cas d’échec, de connaitre le destin de ses prédécesseurs.
Avec une telle pression, le zèle s’avérait la condition première de l’efficacité.

Le représentant en mission dans le département du Nord

Qui était donc Florent Guiot ? Bourguignon, il était né en 1755 à Semur en Auxois. Son père François, qui fut élu maire de cette ville en 1790, était lui-même fils d’un marchand et fermier prospère, issu d’un tout petit village, Chassey.
Florent, après de bonnes études juridiques, devient avocat puis adjoint du procureur du roi qui n’est autre que son père. Cette fonction consistait, sous l’Ancien Régime, à représenter les intérêts du monarque, de fait ceux du public, devant les parlements.

Adepte des idées nouvelles comme tant d’avocats mais surtout rejeton d’une famille de notables qui comptait dans le bailliage, il est élu député du Tiers aux États Généraux. Pour se distinguer de son collègue qui porte le même patronyme que lui, il choisit alors de s’appeler « Florent-Guiot » en un seul mot, abandonnant par la même occasion l’aristocratique « Guiot de Saint Florent » qu’il utilisait jusqu’alors.
Peu visible lors des débats de la Constituante, il en commente toutefois les péripéties par une centaine de lettres adressées aux patriotes de Semur, qu’il retrouve après la séparation de l’assemblée.
La loi interdisant aux Constituants se présenter à la Législative, il obtient par élection en 1791 la nouvelle charge de procureur-syndic, soit la direction exécutive du district.

Florent-Guiot ne l’assure pas longtemps. Il revient à Paris en 1792 après son entrée à la Convention Nationale. Siégeant sur les bancs de la Montagne, il profite de l’appui de son collègue de la Côte d’Or, Prieur, ancien officier du génie, député de premier plan et membre du Comité depuis août 1793.
C’est avec son soutien qu’il est nommé représentant en mission dans le Nord par décret du 2 frimaire an II (22 novembre 1793), poste qui est loin d’être sans enjeu, ni sans risque.

Depuis la déclaration de guerre à l’Autriche en avril 1792, le salut de la République se joue en effet aux frontières. Après Valmy en septembre et la brève conquête des Pays Bas, les troupes françaises essuient à partir de 1793 de nombreux revers.
Les victoires d’Hondschoote et de Wattignies en septembre puis octobre arrêtent l’ennemi mais quand Florent-Guiot arrive dans le département, plusieurs places (Le Quesnoy, Condé et Valenciennes) sont toujours aux mains des Autrichiens.
L’invasion menace tandis que les désordres, attisés par les excès des « sans-culottes » , s’amplifient.

La Terreur molle du Nord

Attaquée de toutes parts, la Convention met à l’ordre du jour à partir d’août la « Terreur » , mesure considérée comme « nécessaire » pour combattre les ennemis intérieurs et extérieurs.
A l’initiative des Jacobins, activement soutenue par les Montagnards en mission, cette politique impitoyable s’impose partout à partir de l’automne 1793, bien aidée par la proclamation de la loi dite « des suspects » .
Cette dernière, invention de Merlin – de Douai – et de Cambacérès, permet d’arrêter n’importe qui, sans motivation juridique, ni aucune justification d’aucune sorte, le soupçon suffisant.
Quand on connait la modération ultérieure de ces deux magistrats, on se demande ce qui a pu les pousser à prendre une telle initiative.

Cet état d’exception atteint son paroxysme dans le Nord exactement quand Florent-Guiot s’y trouve, de novembre 1793 à septembre 1794.

Dès son arrivée, il s’oppose à « l’hébertisme » , extrémisme que combat Robespierre dans la capitale. Son apparence en novembre 1793 est celle d’une curieuse « armée révolutionnaire du Nord » dirigée par un ancien comédien, Dufresse, qui se signale par diverses exactions contre les « accapareurs » et les « prêtres » .
Cette troupe improvisée liquidée en décembre, toute l’énergie de Guiot se tourne ensuite vers l’élimination d’un de ses collègues représentants, Châles, ancien chanoine, dont le passé parait l’obliger à la surenchère terroriste.

Dans cette situation instable, l’élimination des radicaux n’est pas sans risque car les contre-révolutionnaires relèvent la tête. Paris commence à se demander si leur représentant ne serait pas un dangereux adepte du « modérantisme » .
Au bout d’un mois à peine, Guiot est menacé d’un rappel. Sa chance, une fois encore, vient de son ami Prieur, probablement alerté en sous-main. Envoyé sur place, il conclut rapidement au maintien du représentant.

Châles enfin rappelé à Paris en janvier, Guiot n’en est pas quitte pour autant. Dans le Pas de Calais, son collègue Lebon s’agite beaucoup. Après avoir installé à Arras un tribunal révolutionnaire, il y réussit tant qu’on désire ajouter le Nord à sa mission, ce qu’il refuse au grand soulagement du voisin.

En février, les deux représentants sont rappelés pour rendre compte mais si Lebon retourne à Paris pour s’expliquer, Guiot joue la montre.
Restant sur place, il multiplie les courriers enflammés « contre le despotisme » pour prouver sa foi révolutionnaire mais il ne peut éviter l’envoi de deux députés, Choudieu et Richard, chargés d’en vérifier l’épaisseur. On ignore les arguments présentés mais comme Prieur de la Côte d’Or, ils préconisent le statu quo.

La défense de la Patrie en danger

Résidant habituellement à Lille, Guiot faisait de nombreuses tournées dans le département, s’arrêtant de temps en temps à Douai auquel il a évité la transformation de son tribunal criminel – cadeau de Merlin à sa ville natale – en tribunal révolutionnaire à la Lebon.

Peu intéressé par la traque obsessionnelle des « complotistes » , il se consacre d’abord à la défense nationale, montrant une grande fermeté contre les espions à la solde de l’ennemi, lesquels se confondent avec la contre-révolution émigrée.

Anticlérical sinon antireligieux, Guiot mène aussi un combat résolu contre les « superstitions » mais sur un mode, selon certains témoins, qualifié de « sournois » . Évitant tout excès sanglant, il joue sur la menace avec des arrestations ciblées – souvent suivies peu après de libérations discrètes – politique qui rencontre un certain succès.

Son habileté s’exprime aussi dans l’approvisionnement des armées, en denrées alimentaires et en salpêtre.
Pour les premières, connaissant la richesse agricole du Nord et le peu empressement des paysans à offrir leurs récoltes sans contrepartie, il veille à les indemniser rapidement. Cette stratégie qui ménage les propriétaires voit les grains et les fourrages affluer.
Pour le salpêtre, matériau indispensable pour fabriquer la poudre à canon, la production prend un essor remarquable avec le lessivage systématique des caves. Plusieurs ateliers sont créés dans le département, notamment à Douai où une fabrique est installée dans la chapelle du couvent des Récollets anglais.

S’il est interdit aux représentants en mission de créer des impôts, les emprunts forcés sont possibles. Guiot met en place à destination des notables en janvier 1794 un système qui prévoit le doublement puis le triplement de la ponction en cas de retard. Il récolte dans les délais plus de 2 millions de livres.
Pour autant, outre de rester modéré dans ses demandes, il ne va pas jusqu’à constituer comme Lebon, qui suit scrupuleusement le décret de ventôse, des listes de suspects indiquant leur degré de richesse pour pouvoir plus rapidement confisquer leurs avoirs et éventuellement les guillotiner dans la foulée.

Lebon s’impose dans le Nord

L’action militaire de Guiot, hors les aspects matériels présentés plus haut, reste mineure. Toutefois, quand Landrecies tombe aux mains de l’ennemi le 30 avril, le Comité de Salut Public le charge d’organiser la défense de Cambrai.

Il l’aborde comme à son habitude avec modération, analysant le peu d’empressement des habitants à soutenir le siège comme la conséquence des pillages menés par les troupes républicaines. Il s’efforce de leur rendre justice par diverses indemnités.
Cette prudence suscite la défiance du comité qui envoie sur place le 2 mai deux de ses membres éminents, St Just et Lebas, qui comprennent aussitôt que Guiot n’est pas l’homme de la situation.
Ils en ont un sous la main à proximité, Lebon, qui s’installe dans la ville avec les animateurs les plus énergiques de son tribunal révolutionnaire. Les exécutions s’enchainent immédiatement à un rythme qu’on pourrait qualifier d’arrageois.

Allégorie mettant en scène Lebon et ses œuvres, à Arras et Cambrai : « guerre à tous les agens du crime, poursuivons les jusqu’au trépas »

Conscient du danger, Guiot s’efface. Installé à Lille dans un premier temps, il en est délogé par Choudieu et Richard de retour aux armées du Nord. La distance possédant quelques vertus, il se pose à Dunkerque dans un évident état d’inquiétude quand on considère les désaveux qu’il vient de subir.

La situation militaire mobilise toutes les énergies mais c’est dans cette semi-retraite qu’il assiste à la reprise d’Ypres en mai mais surtout à la victoire de Fleurus le 26 juin, laquelle éloigne durablement la menace ennemie dans les Flandres.
Pour donner des gages au Comité, il joue toutefois les utilités, s’opposant à coups de messages bien sentis aux « modérantistes » comme à la « faction hébertiste qui cherche à renaître de ses cendres » .
Robespierre ayant à Paris liquidé tous ses opposants, Guiot sait que cet été 1794 est le moment de tous les dangers.

Thermidor ou la délivrance

Le renversement de la situation militaire change cependant la donne. Beaucoup de députés, notamment ceux de la Plaine, veulent mettre un terme à la Terreur. L’ennemi est partout repoussé. La République est sauvée. Pourquoi continuer cette dictature sanglante ?
Au grand soulagement des modérés ligués par leur peur commune, c’est chose faite le 9 thermidor (27 juillet 1794) avec l’exécution de Robespierre et de ses alliés, élimination facilitée par les moyens expéditifs de la Terreur.
La nouvelle arrive peu après dans le Nord. La joie de Guiot n’est pas feinte. Dans la proclamation qu’il adresse immédiatement aux communes du département, il affirme sans ambages : « ces vils scélérats ont reçu le prix de leurs crimes » .

En proportion des risques qu’il a courus, il a des comptes à régler, en premier lieu contre Lebon qu’il dénonce et qui est immédiatement mis en état d’arrestation par la Convention.
La roue tourne. Le Comité qui souhaitait rappeler tous les représentants en mission depuis plus de trois mois, n’applique pas cette mesure à Guiot auquel, de surcroit, il donne le Pas de Calais aussitôt épuré des « terroristes » laissés sur place par son ancien collègue.

En septembre 1794, il est enfin rappelé à Paris mais une fois encore, ce qui prouve sa communauté de vues avec la Convention thermidorienne, il est un des rares Montagnards immédiatement renvoyés en mission le 25 frimaire an III (15 décembre 1794) pour le Nord et le Pas de Calais, la Somme étant même ajoutée le 26 nivôse an III (15 janvier 1795).

Cette deuxième mission sera moins risquée que la précédente mais Guiot doit faire face à une situation économique désastreuse, notamment les subsistances qui manquent partout.
Il applique une fois de plus une méthode nuancée, utilisant plutôt la persuasion et ne recourant à la coercition que dans les cas extrêmes, là où les hommes de la Terreur confisqueraient et exécuteraient les récalcitrants.
Son inquiétude, probablement accentuée par le surmenage auquel il est soumis, est celle de révoltes de la faim qui mettraient la République en danger.
Les villes sont pour cette raison l’objet de ses soins extrêmes, ainsi à Douai où il déplore en mars 1795 que les pauvres n’aient que des « pains de fèves » à manger. Il se démène pour que Hazebrouck, qui ne manque de rien, envoie ses grains en surplus.

Du notable napoléonien au régicide proscrit

Guiot quitte le Nord à la fin de 1795 quand est instituée la constitution de l’An III qui fonde le Directoire. Il ne fait pas partie, dans la Côte d’Or, du tiers des Conventionnels qui devaient obligatoirement intégrer les Conseils (Prieur l’est sur liste complémentaire).
Par contre, les électeurs du Nord qui se sont souvenus de sa bienveillante modération l’ont désigné, bel hommage, premier sur la liste principale du département au Conseil des Anciens.
Pour autant, il est élu ensuite, en avril 1798, au Conseil des Cinq-Cents mais cette fois-ci au titre du département natal.

Apprécié par le gouvernement, Guiot avait, avant son élection, été nommé résident auprès de la République des « Trois ligues rhétiques » (ou Grisons) en février. Il y reste jusqu’à son rappel en avril 1799.
Toujours nuancé, il avait soutenu le projet d’un État grison neutre puis, comprenant l’intérêt stratégique, il demanda son rattachement à la République helvétique. D’abord opposé à une intervention militaire française dans la région, l’invasion autrichienne d’octobre 1798 l’obligea à réviser ses plans.

Cette mission diplomatique déboucha sur une autre peu éloignée de son ancienne mission. Il est en effet envoyé en juillet 1799 auprès de la République batave au moment crucial de l’invasion anglo-russe. Il défend vainement la neutralité du gouvernement hollandais « modéré » avant, désavoué, de revenir en France au bout de quelques mois.

Cet instant, nous sommes en novembre 1799, est celui du 18 Brumaire que Guiot soutient mais sans être pour autant un fervent partisan de Bonaparte. Il en reçoit toutefois, en décembre, un siège au Corps Législatif, responsabilité qu’il conservera jusqu’en juin 1814.
Sous le régime, Guiot reste relativement en retrait, recevant en 1806, la charge de secrétaire, puis de substitut au Conseil des prises.

Plusieurs sources indiquent qu’il aurait été mêlé à la conspiration du général Malet en 1812. Toutefois, tout démontre qu’il ne fut que l’hôte de réunions dont il ignorait la teneur comme le prouve l’absence de poursuites à son encontre.

La chute de Napoléon et le retour des Bourbons l’oblige à l’exil comme tous les Conventionnels régicides. Guiot, à l’exemple d’une cinquantaine de ses anciens collègues, s’installe à Bruxelles, hébergé par son ami Cambon qui, en financier averti, avait réussi à préserver sa fortune.
La générosité de son bienfaiteur alla jusqu’à lui attribuer, après sa mort en 1820, « la table, feu et lumière aussi longtemps que celui-ci résidera dans la Belgique » , ce coût étant pris sur sa succession.

La révolution de 1830 permet à Guiot de rentrer en France et de recouvrer ses droits, notamment une pension de 2500 francs reçue quand il prend sa retraite un an plus tard… à 76 ans.
Devenu aveugle, il est recueilli par sa fille, fruit de son union avec Marie Elisabeth Tifon qu’il avait épousée à Paris le 6 nivôse an III (23 décembre 1794). Si cette dernière est décédée dans la capitale en 1842, son époux l’avait précédée quelques années plus tôt.
Florent-Guiot était mort à Avallon le 18 avril 1834.

Un célèbre inconnu de la période révolutionnaire

En conclusion, voilà une nouvelle problématique : comment expliquer l’oubli dont Florent-Guiot fait l’objet ?
Son action modératrice, affirmée au milieu des dangers, son intelligence manœuvrière, sa défense de la patrie, la durée de ses missions auraient du le mettre dans le groupe des grands Conventionnels encore célébrés de nos jours.

Rien de tout cela. Il n’existe même pas une rue, une place, une impasse qui porte son nom, y compris dans son pays natal.

Sans doute, son profil de Montagnard convaincu, mais tout autant de modéré « opportuniste » , lui ont-ils valu des critiques des deux camps qui se sont disputé la mémoire de la Révolution dès la Monarchie de Juillet.

Les historiens légitimistes ont dénoncé les travers sanglants d’une période auxquels Guiot ne pouvait échapper par définition puisqu’il avait voté la mort du roi.
Les Républicains ont défendu à l’inverse l’œuvre révolutionnaire, parfois en exaltant ses aspects violents, la patrie excusant tout. Guiot les a largement atténués.
Le pire a été atteint par les chercheurs marxistes, Mathiez mais surtout Soboul, lesquels assimilaient le jacobinisme au bolchévisme et Robespierre avec Lénine. Ennemi déclaré de « l’incorruptible » , Guiot n’avait aucune chance.

Il est certain qu’il aurait été parfaitement à l’aise dans la France modérée de la III° République, respectueux du droit de propriété et ennemi de tous les excès.

Gageons toutefois que deux évolutions pourraient aider à sortir Florent-Guiot du purgatoire :

D’abord la disparition des passions sur cette période, largement remplacées par celles qui touchent la Seconde Guerre Mondiale, devenue la référence absolue du présent. Citons François Furet : « il est temps d’affirmer que la Révolution est terminée et de la considérer enfin comme un objet de science » . Prenons la donc comme un « bloc » à la Clemenceau et rendons à Florent-Guiot tout ce que la mémoire lui doit.

Ensuite, autre possibilité, se servir de la curieuse évolution de l’Histoire contemporaine dont le rôle parait être, non pas la recherche du passé, mais ce qu’on pourrait qualifier de « réparation mémorielle » quand on exhume un parfait inconnu pour lui attribuer une découverte majeure ou un rôle essentiel dans des évènements importants. Florent-Guiot répond absolument à cette définition.

Pour finir, trêve de bavardages : quand va-t-on enfin baptiser une rue, une avenue, un boulevard de Douai en souvenir de l’action bienveillante de notre représentant en mission dans le département du Nord ? On pourrait le faire au Raquet et même à la Clochette.

La seconde entreprise douaisienne

On ne dira pas grand chose de notre Plan Local d’Urbanisme présenté voilà peu, document de… 1700 pages dont le poids prouve l’utilité. Le conseiller d’un président américain a théorisé un jour l’intérêt de rédiger des lois incompréhensibles afin qu’elles soient votées sans difficulté par les représentants du peuple. On y est.

Si nous étions à la recherche d’un symbole de notre folie bureaucratique, ce serait cette jungle invasive dans laquelle pour y comprendre quelque chose le pauvre citoyen doit se frayer un chemin à coups de machette.
Il peut découvrir après pas mal d’efforts, dans une éclaircie, son paradigme idéologique. On vous le donne pour vous éviter de vous fatiguer. La ville « marchante » sauvera la planète à partir de Douai…

Lors du long conseil municipal du 17 mars dernier, les débats ont oscillé entre la remarque microscopique (la villa Labisse, dans la section cadastrale AZ, a-t-elle été vendue au prix fort à un promoteur ou pas ?) et la critique stratégique (est-il vrai que construire du neuf vide l’ancien et pousse à la baisse du prix de l’immobilier ?).

Le meilleur était évidemment la forme, le fond étant imposé qu’on le veuille ou non. On a particulièrement apprécié le duel de ces deux dames proches par l’âge, l’allure, les lunettes, la voix, l’ambition et dans lequel la plus intelligente n’était pas forcément celle qu’on croit.

Le travail vaut en lui même

Tout ça pour en venir – on sait, c’est plutôt capillo-tracté – à la défense qui déboule dès qu’on critique les services municipaux, plaidoirie entendue plusieurs fois durant ce conseil. Il est interdit de dire qu’ils peuvent être nuls ou simplement défaillants parce qu’ils auraient « beaucoup travaillé » .

On a tant d’exemples de foirages de leur part qu’il parait pourtant tout à fait légitime, y compris s’ils y ont mis du temps et parce que nous les payons par nos impôts, de souligner ici ou là leur incompétence, leur insuffisance ou… leur lenteur.

D’où l’intérêt de ce qui suit, à savoir une petite présentation de ces services quant à leurs personnels, leur nombre et leur coût.
De ce point de vue, nous avons, avec cette entité, une entreprise douaisienne à forte main-d’œuvre et gros chiffre d’affaire.

L’armée communale

La mairie, telle que nous la donnent les documents budgétaires, présentait en 2020 pas moins de 660 emplois si on considère les postes « budgétaires » (à temps complet, soit 547, ou partiels, soit 113).
Le montant est plus faible en « équivalent temps plein annuel travaillé » , calcul complexe dont le total aboutit à 608,34 « ETPT » , soit les agents titulaires (578,36) et non titulaires (29,98).

Pour comprendre ces deux approches, il faut séparer les postes des personnes. Il n’y a pas forcément correspondance entre les supports budgétés et les gens qu’on met dessus ou pas. On peut avoir des différences entre les deux termes.
L’État possède toujours des personnes rémunérées plus nombreuses que les supports votés. Notre commune est plus vertueuse puisqu’elle fait l’inverse.

En comparaison nationale, l’INSEE indique dans la strate des communes de 20 à 50000 habitants (on est juste au milieu avec nos 35000 Douaisiens), un effectif moyen de 616 emplois, pas trop éloigné du notre, ce qui est bon signe.
Nous sommes aussi modestes pour les ETPT car la moyenne nationale de 20 pour 1000 habitants est supérieure à Douai qui se situe à la louche à 18. On pourrait presque nous dire « sous-administrés » . Tant mieux.

Retenons enfin, dans cette approche générale, le rapport « temps complet/temps non complet » pour les emplois budgétaires, soit 83% contre 17%. Regardons ensuite les agents titulaires et ceux qui ne le sont pas, soit 95% contre 5%.

Ces derniers chiffres donnent une idée assez parlante de la politique de ressource humaine de la commune, laquelle doit plaire aux syndicats. On est souple dans l’octroi du temps partiel (proche de la moyenne nationale cependant) et on aime les titulaires (15 points de mieux que la moyenne nationale).

Filières municipales

La structure par filière, en la comparant à celle de la fonction publique territoriale en moyenne nationale, renvoie aux services donnés aux habitants.
Les différences mériteraient une étude approfondie que nous ne ferons pas. Toutefois, nul doute que l’historique des recrutements, plus qu’une stratégie consciente, joue ici un rôle non négligeable.
Pour résumer, nous sommes relativement faibles en administratif et en animation, très fournis en culturel comme en technique.
Voyons ces deux derniers traits comme une illustration de notre célèbre et enviée dichotomie sociale.

La répartition par catégories d’emplois (A,B,C) démontre que nous disposons d’abord d’un personnel relevant majoritairement de la dernière strate (pour 70% des emplois budgétaires), proportion assez proche de celle de la FPT nationale (75%), petite différence qui provient probablement d’une volonté communale de resserrer le pyramidage. Pour autant, plus la base de la dite pyramide est large et moins elle coûte cher.

Enfin, notons que les deux filières qui connaissent un fort taux d’emplois permanents à temps non complet, sont la technique (14%) et surtout la culturelle (45%), cette dernière connaissant par ailleurs la plus forte présence de non titulaires (26%), lesquels sont pour la quasi totalité des enseignants en arts.
Dans ce dernier cas, l’agent qui bénéficie de l’indice le plus haut (995) est un de ces professeurs.
L’absence de titularisation n’est donc pas toujours synonyme de faible rémunération. Il existe des contractuels très bien payés. C’est d’ailleurs parfois le moyen de s’affranchir des règles contraignantes de la FPT.
Si Douai présente parmi ses agents 5% de contractuels (CDD, CDI), Douaisis Agglo en aligne 30%.

Coûts et rémunérations

Le chapitre 012 du budget (2020) donne les « charges de personnel » assumées par la commune et accessoirement les contribuables : 28,7 millions d’Euros par an. Si on retire de cette somme les cotisations et les charges dont la France a le secret, on obtient en rémunération globale directe 21 millions d’Euros.
Ce chiffre permet de calculer le salaire moyen mensuel d’un agent de la commune = 2650 euros.
Évidemment, la moyenne sans écart-type est l’indicateur le plus bête qui soit. Disons simplement que la distance doit être grande entre la paye d’un DGS – sans doute le mieux rémunéré du lot, sans parler des avantages en nature – et un apprenti tout en bas de l’échelle.

Classement local

Pour finir, il est bon de se demander où se situe la commune quand on la compare aux entreprises douaisiennes, en chiffre d’affaire ou en nombre d’emplois.
On peut discuter la pertinence de soumettre une administration à ce genre de « benchmarking » mais il est toujours bon d’avoir en tête ces paramètres quand on vote.

Avec 660 emplois, l’administration municipale est faible à côté du bel hôpital local qui en aligne 2600. Même remarque du côté de Renault qui, en attente de son embellie électricienne, compte actuellement 2300 travailleurs.
Pour autant, ces dernières entreprises ne concernent pas que Douai intra muros. Dans cette limite circonscrite, le plus gros employeur de la ville est Maisons & Cités avec 832 salariés suivi de Douai Distribution (Leclerc) qui en compte 258. La commune est donc le deuxième employeur de la cité avec ses 660 agents, ce qui n’est pas rien, on en conviendra.

Le plus amusant est de penser que Frédéric Chéreau est donc le patron des deux plus grosses entités de la ville, président de Maisons & Cités et maire de Douai. Vous imaginez la force de frappe du gars ?

En « chiffre d’affaire » , c’est moins net. Le premier établissement de Douai (67° entreprise de la région), déjà cité avec logique, est Maisons & Cités avec 312 millions d’Euros. Le second (81°) est SIA avec 244 M, le troisième (248°) est Douai Distribution (Leclerc) avec 81 M.
Quoi qu’il en soit, la commune par l’importance de son budget pourrait être classée en quatrième place du groupe, avec ses 77 M de budget, assez proche de Norevie (278° régional) dont le CA s’établit à 74 M.

On ne dira rien de cette présence massive des bailleurs sociaux dans la ville qui explique aisément notre réflexe « logement social » – c’est un circuit court décarboné – devant une friche immobilière ou l’impératif de repeuplement, objectif d’ailleurs mis au cœur du PLU.

Quelle plus-value ?

Tout en considérant que nous ne sommes pas devant une administration pléthorique, de fait proche des moyennes nationales, ce qui est une très bonne chose, cette courte présentation suscite évidemment tout un tas de questions et d’abord du côté de la performance.

On aimerait connaitre la satisfaction des habitants quant aux services qu’ils reçoivent au quotidien. La ville bruisse de rumeurs d’incurie ou de laisser-aller qu’il serait bon de documenter sérieusement.

Des déjections canines qui trainent des semaines sur les trottoirs, l’impossibilité d’obtenir rapidement une pièce d’identité, la sous-traitance à des cabinets extérieurs de dossiers pourtant de pleine compétence, des travaux intempestifs menés en dépit du bon sens etc.
Il y a ici matière à audit afin de vérifier la qualité de notre administration municipale, ce qui serait le moyen de contourner deux écueils, l’excès de critiques comme leur interdiction pavlovienne évoquée plus haut.

Hors cet examen qui restera évidemment un vœu pieux, il serait déjà possible de répondre aux impératifs de qualité de ce service public en adoptant un truc banal : la Charte Marianne.
Voilà qui serait utile pour juger de l’efficacité, du côté des usagers, de la seconde entreprise douaisienne.
Pour connaitre la plus-value globale, attendons l’alternance politique qui viendra peut-être. Gardez ces chiffres en mémoire, 77 millions d’Euros de budget, 660 emplois au service des Douaisiens…

La terre est verte comme une orange

Après avoir évoqué deux candidats presque certains aux prochaines municipales, tendance « parrain » , les douaisinologues ont l’obligation de se pencher sur leurs outsiders. Prenons de l’avance et un pari sur…. Nicolas Froidure…
En théorie, dans le monde impitoyable de la communication, parler d’un inconnu, c’est toujours risquer de lui donner une audience imméritée. Certes, mais le profil politique du « boss » de l’écologie locale mérite qu’on s’y arrête quelques instants.

L’étoile qui monte

D’abord, héraut de la religion réchauffagiste locale depuis le débarquement de Jackie Avenel, Nicolas Froidure possède par essence, en grand maître des dogmes, le pouvoir énorme dont tous ses collègues écologistes de gauche – pléonasme – profitent partout : contraindre le monde d’adopter leurs lubies pour sauver la planète.

L’audience de ce clergé aurait du s’effondrer quand on mesure les désastres dont il est et sera responsable : entre autres, destruction du nucléaire électrique, disparition de la production automobile nationale, empêchement d’entrer dans les centre-villes pour les pauvres et enfin interdiction prochaine de louer des habitations mal isolées.

Autant de décisions qui vont « emm… les Français » dans les grandes largeurs mais bizarrement sans aucun risque pour leurs auteurs auxquels tout est pardonné.
Au titre de cette magnanimité des médias et de l’opinion, nous pouvons faire le pari que le parcours de notre chef écologiste local n’en est qu’à ses débuts.

Les soleils de la galaxie municipale

Il est déjà bien aidé – comme le montre le verdissement obsessionnel de notre PADD – par sa proximité avec l’équipe municipale.
Ce n’est pas un secret, tout le monde sait que son épouse, Stéphanie Stiernon, est maire-adjoint avec des dossiers très stratégiques. Ils ne font pas toujours la preuve de l’efficacité mais si les patrons de la ville sont équipés un jour du moteur idéologique qu’ils n’ont pas, ce sera par ces deux-là.

Avant toute chose, nous conseillons à nos lecteurs de se plonger dans le blog que Nicolas Froidure tient depuis quelques mois. Ces expressions sont rares à Douai. Elles ont, pour cette raison, la valeur des écrits qui restent quand les paroles s’envolent.
L’intéressé en gagnera aussi un peu de flux. Sa page est bien terne mais cette apparence – où le vert domine – est voulue. Nicolas économise le carbone. La contrepartie de cette pénitence est, comme tout ce qui sera imposé par ces « parfaits » , la disparition des fioritures.

Les prises de position de Nicolas Froidure, comme l’usage immodéré d’une épouvantable écriture inclusive qui ne doit pas faciliter la lecture des dyslexiques, donnent quelques indices sur ses convictions.
Osons donc le portrait. Comme le cholestérol, il y a du bon et du mauvais chez ce colosse « au sourire si doux » .

La vertu parabolique

Commençons par le positif car il y en a. D’abord la sincérité, incontestable, telle que nous pouvons la percevoir. Notre fraichement élu « secrétaire du groupe EELV Douaisis » ne peut être soupçonné de faire de la politique pour un intérêt personnel.
Il n’est pas de ces politiciens en herbe, malédiction locale, dont l’ambition repose d’abord sur les ors et les revenus qui accompagnent les possibles élections. Citons l’intéressé : « je mets un point d’honneur à m’opposer à tout cumul dans le temps et dans le nombre de mandats » . S’ils pouvaient tous le faire…

Il sait aussi payer de sa personne et de son temps. On se souvient de son tour de circonscription à vélo avant les législatives qui l’a vu en visiter toutes les communes, sans exception.
On peut ajouter – pour l’avoir vérifié – qu’il est régulièrement la seule personne qui laisse un avis argumenté lors des enquêtes publiques. Provoquées par les nombreux projets bétonniers de notre maître local, leur fréquence est inversement proportionnelle aux remarques des citoyens.

On a enfin un trait plus incertain, celui d’une possible naïveté stratégique. Partisan d’une belle exigence éthique, Nicolas Froidure peut se mettre en position de faiblesse comme l’a montré la désignation, au nom de la NUPES, du candidat à la députation, emportée facilement par un enseignant inconnu mais « Insoumis » en provenance d’Hamel.
Si notre « secrétaire » défend des règles qu’il s’applique à lui même rigoureusement, ce n’est évidemment pas le cas de ses rivaux moins vertueux, au sein d’un parti qui se révèle régulièrement, dans la distance qui sépare les postures des actes, champion toutes catégories.

L’astre noir se rapproche

Outre cette faiblesse foncière, il y en a une autre plus gênante diamétralement opposée : la certitude d’appartenir au Camp du Bien. Cette posture, par définition inaccessible au doute, s’accompagne des risques bien connus de la toute puissance.
Il ne s’agit évidemment pas pour Nicolas Froidure d’installer une dictature à l’ombre du beffroi mais d’avoir beaucoup de mal à prendre en compte les attentes du populo.
Comme son combat est celui de la survie de l’humanité, le modeste impératif de « l’urgence climatique » ne peut souffrir d’aucune contestation. Il n’est pas certain qu’à ce titre, on soit, à l’échelle municipale, à l’écoute des bas intérêts du Douaisien de base.

Frais-Marais enfin décarbonné, si beau et si vivant

De là, on note les travers d’une utopie qui reste, comme le dit le Larousse, une « vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité » . Notre héros écologiste a une vision, rêve éveillé d’une cité verdie à tout les étages, faite de marche à pied décarbonnée, de voies interdites aux automobiles où les enfants jouent à la marelle.
Douai n’a aucunement la sociologie correspondant à cet idéal boboïsant qui est d’abord celui des grandes métropoles prospères livrées en 2020 à la furie escrologiste. Comme le montrent les faits divers de la Voix du Nord, la population de notre ville, soumise à la misère matérielle et sociale, contredit radicalement, notamment en termes sécuritaires, un « vivre ensemble » aussi artificiel que surjoué.

Doit-on en déduire que la ligne « verte, bleue, brune et sombre » de Nicolas n’aura aucune chance de l’emporter ?
Certainement pas. D’abord, il est certain qu’il y aura aux prochaines municipales, au titre du « refus de l’invisibilisation » défendu par notre secrétaire local, une liste autonome EELV, séparée de la NUPES mais surtout de l’équipe actuelle.
L’enjeu sera pour elle de passer devant tout le monde, dont le sortant, au premier tour.

L’avenir nous dira la solidité de cet oracle dans un futur électoral qui sera, on l’espère, « apaisé » , « doux » et surtout, surtout, « résilient » .

Bientôt le duel des titans

Voilà du boulot pour les Douaisinologues qui doivent préparer les électeurs à leurs futurs dilemmes d’isoloir. Il faut dire que l’actualité s’accélère avec la sortie du bois de François Guiffard et Coline Craeye en prévision des municipales de Douai pour 2026.
Ces candidats, chacun à leur façon, apparaissent avec quelques points communs mais aussi de petites différences. Regardons cela de plus près.

Primeur fait loi

Déjà, ils s’y prennent tôt les sauveurs de ville en péril ! Nous sommes quand même à trois ans des prochaines échéances. Il va en couler, d’ici là, de l’eau sous le pont de la Massue. Le département sera-t-il toujours dirigé par notre patron absolu ? Le Douaisis existera-t-il encore en 2026 ? Pas sûr.

Quoi qu’il en soit, ces très précoces déclarations de candidature relèvent de la technique « premiers partis premiers servis » . Il faut se faire connaitre rapidos pour que s’imposent dans la tête des Douaisiens l’existence de leaders bientôt incontestables. N’oubliez pas, chers lecteurs, que ce sont ces prophéties autoréalisatrices qui fabriquent nos élus de métier.

On est là pour votre bien

Ces candidatures ont un bel emballage. Comme ni Mme Craeye, ni M. Guiffard ne peuvent avouer la vérité toute nue – on veut ce job avec ses avantages – il faut cacher l’ambition personnelle derrière un paravent désintéressé.

D’emblée, un prête-nom : « l’association » supposée « apolitique » comme il se doit. C’est peut être le cas quand on considère les louvoiements passés de ces deux philanthropes, capables d’échanger un camp pour un autre en deux secondes et plus si affinités.
Ensuite la proclamation de « valeurs » qui sont le fond de sauce du programme : réchauffisme religieux, fermeture des commerces et insécurité, ces derniers sujets en critiques subliminales de Frédéric Chéreau.
Mais après, inversion de ce qui précède : on est à l’écoute des habitants, leurs désirs seront des ordres. Si d’aventure l’électeur souhaite des bagnoles rue de Bellain, il y aura comme un problème, non ?

Notons toutefois les différences, et d’abord le vecteur. Si M. Guiffard a choisi le tract, Mme Craeye s’est contentée d’un article de la VDN, toujours bonne fille pour alimenter la chronique douaisienne. Savourons toutefois les petites vacheries disséminées dans le papier.

Tous acteurs de notre bonheur insoumis

M. Guiffard est professionnel avec son tract qui parait sorti tout droit de Douaisis Agglo. On trouve un plaidoyer exaltant l’œuvre accomplie à coups de chiffres ronds dans lesquels le tourisme est en bonne place.
Bon, d’accord, le camarade insoumis a fait de grandes choses au nom de l’idéal révolutionnaire du temps libre mais c’était comment avant, statistiquement parlant ? Et puis tu en es où avec l’hôtel Mirabeau, François ?

On aimerait un point de départ et un point d’arrivée

Il y a aussi au recto une carte de vœux remplie de brassées d’amour envers les Douaisiens qui bossent. Ne cherchez pas une subtilité stratégique dans tout ça, vous êtes dans la « douaisinolâtrie » .
On peut y ajouter la formule finale qui ressemble fort au programme actuel du maire mais aussi à celui de ses futurs concurrents verdâtres. Douai, c’est une « capitale régionale, dynamique, résiliente et solidaire » … Oh non, s’il s’y met à son tour…

Retenons pour finir une sorte d’aveu qui n’est pas sans rendre sympathique ce jeune homme pressé au passé si mince. Il « apprend de cette responsabilité » , en fait de celle qui lui permet de briller, cette célèbre vice-présidence accordée selon son bon plaisir par le maître du Douaisis et autres seigneuries en toute illégitimité électorale.

Les Douaisiens ont besoin de moi

Comme à son habitude sanitaire et médicale, Mme Craeye « soutient et vient en aide » aux pauvres Douaisiens qui souffrent. Il faut impressionner les lecteurs par le nombre d’adhérents de son « association » . La centaine ferait un peu trop faux, un petit « 80 » fait bien l’affaire comme l’annonce d’un secret et redoutable « réseau » qui alimenterait tout ça.

On surfe sur les petits-déjeuners mis en œuvre par la mairie, histoire de se les approprier façon « poisson pilote » , pour terminer par la promesse d’éventuelles recettes miracles de la « dynamisation du centre-ville » . Groupes de travail, experts, approche « concrète » , Mme Craeye fait dans l’agile, elle est moderne.

Ses co-listiers le sont moins. Pas du tout candidats mais bien placés sur la liste macroniste de 2020, comme le relève la VDN. C’est en fait une OPA du conseil départemental du Nord sur notre ville. M. Sitko, ainsi que M. Houdry, y bossent, comme l’avait fait en son temps Mme Craeye.
Soyons juste, celle-ci n’y exerce plus depuis sa récente arrivée comme « DGS » à Anzin-Saint-Aubin dans le Pas de Calais.

Guerre civile ou pas ?

Cette dernière péripétie départementale intéresse les Douaisinologues pour la relation que ces deux candidats entretiennent avec Christian Poiret. Tentons quelques hypothèses. Allons nous assister lors des prochaines municipales à une guerre civile opposant deux partisans du patron ?

François Guiffard est absolument un pro Douaisis Agglo par sa vice-présidence touristique. C’est peut être aussi le cas de Coline Craeye. Son exil à Sin lors des élections cantonales, co-listière d’un membre du « duo infernal » , n’a pu se faire sans la bénédiction du conseiller départemental sortant.
A Douai, l’abstention massive prévisible rendait cette concurrence dangereuse pour le président du conseil départemental. Il aurait eu l’air fin s’il était passé sous les 12,5%…

Pour autant, le récent transfert de Mme Craeye dans une petite commune de la CUA à l’ombre du boss arrageois, Frédéric Leturque, indique peut être une volonté d’indépendance.
Le crédit du parrain dans la capitale du Douaisis, plutôt bas, n’est probablement pas un avantage pour qui se réclamera de lui. Cette fine mouche n’est certainement pas passée à côté de ce paramètre.

Dans tous les cas, il va falloir observer les glissements tectoniques dans le combat qui s’annonce. Trahisons, alliances, changements de pied risquent fort d’en être la toile de fond. Espérons que Douai profitera de cette émulation certainement positive.

Le juste milieu nourrit l’extrémisme

Enfin, il restera à connaître, hors les « valeurs » stéréotypées citées plus haut, les stratégies de ces candidats pour l’avenir de la ville.
Le « dogme escrologiste » sera en bonne place, y compris dans les programmes des 5 ou 6 prétendants qui, as usual, se bousculeront aux urnes en 2026. L’amusant, c’est que si tout le monde s’y met, il sera fondu dans la masse, ouf !

Quant aux positionnements politiques et partisans, hors les allégeances évoquées plus haut, le duo Craeye-Guiffard tentera à n’en pas douter d’investir le « gros centre » . M. Guiffard fera « gros centre à gauche » et Mme Craeye « gros centre à droite » , d’où un très possible embouteillage sur un espace convoité de plus en plus étroit.

Ce sera une impasse, l’heure n’est plus au macronisme du « ni gauche ni droite » . Les dernières élections ont montré à l’inverse la forte polarisation de l’opinion douaisienne sur les extrêmes.
Frédéric Chéreau, qui a conservé son étiquette de PS mâtinée de NUPES, en profitera, sans parler de sa position de sortant qui est un avantage absolu face à tous ses concurrents.
A l’autre bout, une liste RN, renforcée par les conquêtes récentes de ce parti dans la région, aura toutes les chances de rallier à elle, notamment dans une périphérie oubliée de tous, les partisans de la droite populaire et nationale.

En espérant mieux (2/2)

Nous avons laissé Alexandre de Calonne, enfant de Douai, au moment de sa nomination au Contrôle Général, ancêtre de notre redoutable ministère des finances. A ce poste, l’audace sera sa marque, non sans prise de risque avant l’effondrement final.

Keynes avant Keynes

Quoi qu’il en soit, Calonne arrive avec un plan qui n’est pas doctrinaire comme celui de Turgot, ni moralisateur comme celui de Necker.
Sa maîtrise technique sans égale de l’administration s’inscrit dans une stratégie assez proche des futures doctrines keynésiennes. Il faut restaurer le crédit public pour relancer la machine économique donc emprunter à tout va. C’est ce qu’il va faire.

La situation budgétaire n’est pas sans rappeler celle d’aujourd’hui, avec son déficit abyssal et sa répartition défectueuse des impôts.
En 1783, dans un royaume où les plus riches paient très peu, les rentrées d’argent sont évidemment très inférieures aux sorties. De plus, les emprunts exigibles – qui ne sont pas la dette totale – représentent trois fois le volume du budget, notamment du fait du coût de la guerre d’Amérique. La banqueroute menace.

Sans perdre de temps, Calonne attaque tous les sujets. Il modifie le rapport or/argent de la monnaie pour réduire la spéculation sur les métaux précieux et restaure la ferme générale dans son organisation première.
Il crée en août 1784 une nouvelle caisse d’amortissement – future Banque de France – dont l’objectif était de rembourser en 25 ans la moitié des dettes de l’État qui représentent près de deux milliards de livres.
Il lance de concert toute une série de travaux – routes, canaux, ports maritimes – susceptibles de faciliter l’activité économique, tout en prenant des mesures financières, primes ou avances de trésorerie aux établissements, favorisant le développement industriel.
La paix étant faite avec l’Angleterre, Calonne signe, avec ce voisin qu’il admire, un traité de commerce en septembre 1786. Le pari du contrôleur consiste à favoriser outre Manche les exportations françaises, notamment en vins et produits de luxe. En retour, les importations anglaises doivent stimuler l’industrie française, ce qui sera le cas pour les secteurs les plus performants, ainsi la miroiterie.

L’afflux de capitaux permis par le desserrement budgétaire de Calonne débouche sur une frénésie de dépenses, notamment au bénéfice de la famille royale, de la Cour et plus généralement des classes favorisées, aristocratie ou bourgeoisie d’affaires.
Dans la décennie qui précède la révolution, la remarquable floraison des constructions à Paris et en province, comme le renouveau des arts décoratifs dont le sublime « style Louis XVI » , trouvent leur source dans cette manne inespérée.

Arx tarpeia Capitoli proxima

Cette hausse des dépenses ne s’accompagne aucunement d’un accroissement des impôts que Calonne a même tendance à réduire. Toutefois « l’état de grâce » commence à se dissiper. A la fin de 1785, l’opinion se retourne sous la conjonction des facteurs défavorables que le contrôleur général n’a pas réformés d’emblée.
Car seul un traitement de cheval peut soigner les maux dont souffre le budget du royaume, notamment une meilleure répartition de la charge fiscale, c’est à dire son extension à la noblesse et au clergé. En 1786, le déficit, d’ailleurs mal connu, y compris par le contrôle général, est énorme.

Une situation insoluble peut parfois être utile en obligeant à la réforme radicale dont personne ne voulait. Certains historiens estiment que Calonne aurait ainsi sciemment poussé à la dépense pour rendre inévitable la révolution fiscale. Mais dans un pays comme la France, de tous temps et pire encore dans une société d’ordres, il est impossible d’agir quand on a perdu le soutien des gens qui comptent.

Quoi qu’il en soit le ministre propose au roi en août 1786 un projet de « subvention territoriale » perpétuelle, payée par tous les propriétaires sans exception et dont le montant serait calculé par des assemblées locales. Le coup de génie, aujourd’hui banal, est de ne considérer que le terrain et pas le statut de celui qui le tient.
Au delà, à l’exemple de Turgot, il ajoute diverses mesures comme la suppression des douanes intérieures, le remplacement des corvées par une prestation en argent et enfin la transformation de la Caisse d’escompte en banque d’État.

Louis XVI approuve le plan mais, bien que « roi absolu » , il a l’obligation de consulter ses sujets sur une réforme de cette ampleur. L’opposition des parlements étant certaine, Calonne repousse la solution des États Généraux, lente et complexe. Il opte pour un compromis baroque : une « assemblée des notables » , inspirée d’un précédent de 1626. Il est certain que sa capacité de persuasion et la rapidité de la manœuvre triompheront de toutes les préventions.

L’assemblée des notables

Pour la vitesse, c’est raté. Le caractère velléitaire du roi n’a pas permis de pousser les feux. Décidée en août 1786, l’assemblée se réunit à Versailles le 22 février 1787. La pression, extrême, surmène le contrôleur général qui tombe malade, ce qui repousse de deux semaines l’ouverture des débats.

Dans la salle de l’hôtel des Menus Plaisirs montée pour l’occasion, Calonne dut s’interroger sur son prodigieux destin, lui petit noble douaisien à peine français, artisan d’un renouveau institutionnel digne d’un Richelieu ou d’un Sully, assis comme le voulait l’étiquette sur son pliant, face au roi et aux princes du sang.
Il n’a pas dormi, corrigeant jusqu’au matin son projet de discours. Quand vient son tour après les bonnes paroles de Louis XVI, il est égal à lui même. Lors de son exposé d’une heure, son « talent prodigieux » frappe l’assistance, pour autant sourdement inquiète de ce qui peut sortir de ce cerveau singulier.

Tout au long des semaines de débats, la partie s’avère moins facile que prévue. Des 147 personnalités composant cette instance, bien peu – à peine un tiers – soutiennent les innovations envisagées.
L’opposition ne faiblit pas en dépit des efforts de Calonne qui, selon un témoin, « fut en butte à tout ce que la mauvaise volonté, la grossièreté même, purent suggérer, sans qu’il sortit un instant du calme et de la modération la plus parfaite, ni que des questions tumultueuses faites et qui souvent se croisaient, embrouillassent la justesse et la clarté de ses répliques » .

Ces discussions se doublent de polémiques violentes dans l’opinion. Necker combat son ennemi dans les gazettes sur le montant réel du déficit, chiffre immédiatement réfuté dans les mêmes canaux par Calonne.
La Cour, qui ne veut aucune réforme, s’en mêle, ainsi la reine qui n’a jamais apprécié ce ministre sans doute trop intelligent pour elle. Il s’en plaint au roi. Suit une scène incroyable. Convoquée par son mari souverain, Marie-Antoinette est tancée « comme un enfant pris en faute » en présence du plaignant. « Me voilà perdu, se dit Calonne » . Il avait raison.

La disgrâce puis l’exil

Devant l’enlisement des travaux, tous les journaux bruissent du prochain renvoi du contrôleur qui croit encore, en optimiste impénitent, au soutien inconditionnel de Louis XVI. C’était mal apprécier la force de l’ennemi devant la faiblesse du roi absolu.
Se pensant sauvé au soir du 5 avril, Calonne apprend le lendemain son renvoi, associé à celui de son adversaire le plus acharné au conseil, Miromesnil.
Si beaucoup se réjouissent de cette décision, quelques esprits avisés comprennent cependant que cette éviction annonce le pire. Il est résumé d’une belle formule par Chamfort : « on avait laissé tranquille M. de Calonne quand il a mis le feu et on l’a puni quand il a sonné le tocsin » .

Les espoirs de jouer un rôle en coulisses, voire même de revenir aux affaires, sont vite douchés. Installé dans son château de Berny à Fresnes, Calonne reçoit l’ordre de se retirer dans sa terre d’Hannonville en Meuse, qu’il a acquise à son mariage. Sa seule satisfaction est sans doute de savoir que le même sort est réservé à Necker.
Loménie de Brienne, son pire ennemi, devenu ministre d’État, clôt fin mai les travaux d’une assemblée dont il ne sort quasiment rien. Sa disgrâce s’accompagne d’humiliations personnelles (il doit rendre son cordon du Saint Esprit) mais surtout d’une vindicte générale, du peuple qui le hue sur son passage et des parlements qui risquaient gros sous son ministère. Comprenant le danger et soucieux de pouvoir se défendre plus aisément, Calonne s’exile en août en Angleterre.

Le financier des Princes

Dans l’adversité, Calonne dispose de quelques consolations. D’abord l’accueil chaleureux que lui réservent les Britanniques, peut-être plus objectifs que l’opinion française ou plutôt reconnaissants des effets positifs, pour eux, du traité de 1786.
Il peut ensuite compter sur l’appui sans faille de sa maîtresse de longue date, d’ailleurs flamande comme lui, l’admirable Anne Josèphe de Nettine, fille de banquière et épouse du richissime conseiller d’Harvelay.
Veuve en septembre, elle se remarie avec Calonne, lors d’un court séjour en France, en juillet 1788 dans la chapelle du château d’Abancourt. Il y aurait beaucoup à dire sur cette épouse fidèle qui continuera jusqu’au bout à le soutenir dans ses entreprises au péril de sa fortune.

Mariage de Calonne en 1788 au château d’Abancourt, les paraphes des mariés en haut puis ceux du frère, l’abbé, ainsi que de Charles Herries, banquier britannique qui sera un soutien durant l’émigration, père d’un futur Lord of Treasury.

Quoi qu’il en soit, Calonne, de sa luxueuse demeure d’Hyde Park Corner, fait imprimer plusieurs mémoires justifiant sa politique et qui rencontrent l’actualité car la situation budgétaire de la monarchie arrive en 1788 au point de rupture.
Incorrigible, il espère que la préparation des États Généraux lui offriront un retour gagnant. Candidat à la députation dans sa Flandre natale, l’accueil qu’il reçoit est si désastreux qu’il retourne à Londres aussitôt.

L’histoire est facétieuse. Après la prise de la Bastille et l’effondrement de l’Ancien Régime, de nombreux émigrés rejoignent Outre-Manche le ministre disgrâcié.

En dépit des circonstances passées, Calonne, fidèle inconditionnel de la monarchie, est un des artisans, au début des évènements, de la contre-révolution émigrée. Sans rancune quand on considère leur attitude devant ses tentatives de réforme, il met à la disposition des princes, Comtes de Provence et d’Artois, sa capacité d’action et les ressources de sa fortune.
Membre important des conseils royaux de Coblence ou Turin, il voyage à travers l’Europe au gré des victoires révolutionnaires qui compliquent ses parcours en l’obligeant à des détours étonnants.
Reçu en grandes pompes, tel le ministre qu’il n’est plus, par certains souverains, il est aussi renvoyé par d’autres, inquiets de ses initiatives face à une République conquérante.
Il n’est pas impossible que Calonne ait aimé ce retour en grâce particulier, peut être en imaginant, en cas de restauration des Bourbons, d’un retour aux affaires.

Les derniers feux

Couché sur la liste des émigrés dès 1792, les gouvernements qui se succèdent à Paris lui prêtent – d’une manière très exagérée – un rôle central dans les manœuvres des Bourbons contre la République.
De fait, son action apparait de moins en moins influente au fil des ans. Elle est plutôt épistolaire, sinon littéraire, avec de nombreuses publications sur la situation française qui démontrent toujours d’une fine compréhension des enjeux.
Ces prises de position conduiront d’ailleurs à la rupture avec les princes, les comtes de Provence (futur Louis XVIII) et d’Artois (futur Charles X), quand Calonne affirmera l’impossibilité de revenir, en cas de restauration, sur les réformes sociales et fiscales de la Constituante.

Comme toujours, l’ancien Contrôleur dépense l’argent qu’il n’a pas. Son épouse en voyage avait pris, avant de partir, la précaution d’emporter l’argenterie pour rendre impossibles les invitations qu’ils ne pouvaient se permettre. Sans hésiter, Calonne loua tout le matériel de table, sans rogner ensuite sur la magnificence des plats qu’il considérait devoir à ses hôtes.

A ce rythme, comme celui de son éloignement des chefs de l’émigration, sa situation financière devient peu à peu insoluble. Sa collection de tableaux – 360 toiles dont des Rembrandt, Titien, Vinci, Tintoret etc. – saisie à Londres, mal vendue, est dispersée dans toute l’Europe.
A partir de 1795, quand arrive en France le Directoire, Calonne entre dans la période la plus difficile qu’il ait connue, au point d’attaquer, comme le montrent ses courriers, la bonne humeur qui, dans l’adversité la plus noire, ne l’avait jamais quitté.

Retour en France

Avec la Paix d’Amiens en 1800 qui fait suite à l’arrivée de Bonaparte au pouvoir, Calonne réclame sa radiation de la liste des émigrés. Il est à peu près oublié de l’opinion mais pas des gouvernants qui trainent pour accéder à sa requête.
Audacieux comme à son habitude, il débarque à Calais en mai 1802 pour forcer le destin. Il espère, dans la remise en ordre financière menée par le Premier Consul, retrouver un rôle à jouer… à 68 ans.

De fait, il compte sur ses contacts près du nouveau pouvoir. Ainsi Mollien, réfugié à Londres comme son ancien patron sous la Terreur, devenu en 1800 directeur de la Caisse de Garantie et d’Amortissement – future Caisse des Dépôts et Consignation – qui doit apurer la dette française.
On le croit aussi lié à Fouché qui compte l’utiliser contre Talleyrand pour amadouer les milieux royalistes qui commencent à compter à Paris, comme ceux proches des intérêts britanniques.

Calonne rédige dans l’urgence plusieurs mémoires qu’il adresse à Bonaparte, persuadé qu’ils attesteront d’une compétence restée intacte. Il y a dans ces notes des vues pénétrantes, posées comme toujours sur une expertise des finances de haute volée. Le charme est cependant rompu. Si personne ne tient compte de ces écrits, c’est aussi que ses anciens collaborateurs n’ont aucune envie qu’on rappelle leur passé au service de Louis XVI.
A cette fin, le Moniteur publie un commentaire cinglant sur un projet « tellement faux qu’il n’avait pas l’air d’avoir été fait à Paris mais d’être écrit de la Chine » . Napoléon rappelle de Sainte Hélène les conditions de cet accueil hostile. Vingt ans plus tard, il avait gardé en tête l’apparence défectueuse de mémoires « qui étaient raturés, il ne s’était pas donné la peine de les épurer. Ce manque d’égards me choqua. D’ailleurs, je n’entrais pas dans les idées de l’ex-ministre » .

Resté à Paris, Calonne ne désespère pas pour autant mais le destin, cette fois-ci, va contrecarrer ses plans. Se promenant dans le jardin des Tuileries, apercevant une montgolfière s’élevant dans les airs, il se met à courir pour voir de près l’envol de l’engin. Rentré chez lui en nage, il est atteint d’une pneumonie qui l’emporte le 29 octobre 1802.

Destins des Calonne

Ainsi se termine l’existence d’Alexandre de Calonne, sans doute, avec Merlin, la plus célèbre de Douai pour cette période et même au delà. Pour autant, sa disparition y passa inaperçue comme d’ailleurs dans tout le pays. L’heure du ministre était finie, le monde n’avait plus besoin de lui.

Quant à ses proches, leur destin rejoint cette indifférence. Son épouse, qui l’avait assisté jusqu’au bout avec son dévouement habituel, décède en 1813, n’ayant « conservé que 6000 francs de rente et ne se plaignant pas » .
Son fils unique, Charles, n’était déjà plus de ce monde. Officier de chasseurs au service de l’Angleterre, atteint de la malaria, il meurt à Messine en 1808.

Plus singulière sera la destinée de son jeune frère Ladislas. Soutenu par son aîné dans sa carrière ecclésiastique, il lui apporte en retour un soutien sans faille lors de l’émigration, notamment par des contacts innombrables dans toute l’Europe.
En 1799, « l’abbé » s’installe simple prêtre au Canada, sur des terres de l’Île-du-Prince-Édouard qui appartenaient à son frère. Revenu en Angleterre en 1803 pour s’entendre avec les créanciers qui le harcelaient depuis la mort d’Alexandre, il exerce un ministère à Liverpool le temps de régler ces dettes.

L’abbé de Calonne, né à Douai en 1743 et mort à Trois-Rivières en 1822.


Établi au Québec en 1807, ce prélat pourtant habitué au faste vivait en ascète, réservant ses revenus aux plus nécessiteux. Estimé des populations des deux langues et des deux religions, Ladislas est mort en 1822 en « odeur de sainteté » . La tradition orale canadienne a longtemps conservé ce pieux souvenir. En 1962, une vieille ursuline de Trois-Rivières parlait encore de « notre M. de Galonne » comme si elle l’avait connu.

Pour finir, outre ce parcours prodigieux tenant à de rares compétences intellectuelles, retenons quelques traits de caractères qui permettront peut être d’atténuer l’opprobre généralisée dont est victime jusqu’à aujourd’hui notre Contrôleur Général.
D’abord une incontestable générosité qui contredit la cupidité régulièrement attachée à son souvenir. Les sources documentaires, notamment celles de sa période d’émigration, indiquent que toute rentrée d’argent aboutissait pour lui à une immédiate distribution de ces fonds à plus pauvre que lui.

Mais il y a mieux encore. Ainsi cette profession de foi, exprimée par l’intendant Calonne. Elle pourrait être méditée à profit par nos actuels dirigeants : « n’être pas touché de la misère publique, ne pas craindre d’aggraver les charges du peuple, ne pas faire son possible pour en diminuer le poids, ce n’est pas seulement un défaut de mérite dans un administrateur des finances ; c’est à mes yeux une véritable infamie » .

Douaisis Agglo s’habille en Camaïeu

C’était, de la cérémonie des vœux de notre grand patron, Christian Poiret, le truc qu’il fallait retenir : Douaisis Agglo s’implante dans le centre ville de Douai en investissant le local déserté voilà peu par Camaïeu.

Technique de vente

C’est un beau bâtiment, y’a pas à dire. Super bien placé au cœur de la « croix de Douai » mais surtout un marqueur important du passé de la cité.
Le Soldat Laboureur puis la Villa Toriani avec son célébrissime Cinatus, témoins d’une splendeur révolue, quand les conducteurs et les motards au gosier asséché pouvaient se garer au pied de leur troquet favori.

Point fort de ce spectacle d’autocélébration payé chaque année par ceux qui n’y sont pas invités, cette annonce – peu coûteuse si on la compare aux « éléphants blancs » habituels – est un coup de triangulation plutôt réussi.

D’abord par l’inversion toujours maline, chez notre vendeur de métier, des critiques reçues par la communauté d’agglomération qui nie Douai dès qu’elle le peut.
C’est une vérité ? Il suffit de la retourner : « nous travaillons pour la ville centre qui doit être une locomotive » . Ben, oui, s’il le dit c’est que c’est vrai.

Avec la certitude de la victoire, notre président au carré sort de son seul cerveau et d’un coin de table une solution miracle au désastre commercial du centre ville… à deux pas du beffroi.
Il ne lésine pas le Christian, il dégaine une réponse « Douaisis Agglo » quelques semaines après la fermeture de Camaïeu quand de nombreux magasins restent vides des années sans que cela n’émeuve nos édiles communaux sauveurs de planète.

Parions que ce truc va avancer à toute vitesse devant les citoyens ébahis et, pire encore, devant la majorité municipale qui pourra toujours juger de sa propre efficacité en y passant devant chaque matin.

Technique de provocation

Comme un gros pied de nez, Douaizizaglo pose en « cœur de ville » une provocation de grande dimension. C’est l’OM qui installe ses dirigeants au Parc des Princes ou le PSG les siens au stade Vélodrome.
On appuie là où ça fait mal et il faut reconnaître que c’est plutôt bien fait. Que peut dire Frédéric Chéreau qui a découvert lors des vœux cette invention perfide ? Rien. S’opposer est impossible. Critiquer coûtera cher.
Reste le silence gêné ou, mieux, l’élément de langage justifiant cette conquête de l’ennemi, tellement plus fort que soi-même. La VDN, qui rapporte les propos de notre maire, vend la mèche : « cette annonce est une belle annonce » . Ben oui, quoi…

Nul doute, hors l’envie pressante de se moquer de ses rivaux municipaux, que notre parrain souhaite reconquérir le terrain perdu dans l’électorat douaisien. Il est vrai que le crédit du « seigneur de Lauwin-Planque » y a bien baissé, ce qui la fiche mal quand on considère qu’il s’agit là du socle de sa puissance départementale.
On aura sans doute sur les grandes vitrines de l’ancien Camaïeu, siglées Douaisis Agglo, la trombine du président tout puissant, histoire de rappeler qu’il faut voter pour le boss qui « travaille, lui » .

On y place entre autres l’office du tourisme sorti de l’hôtel du Dauphin « trop exigu » , déménagement censé prouver que ça progresse depuis que cette compétence a été donnée à Douaizizaglo. Nous v’là avec sur les bras un local vide qui fera la paire avec le Passage Gayant

Ouh là ! On va ramer pour trouver une utilité à l’hôtel du Dauphin !
© La Voix du Nord

Cette installation est aussi une réussite à mettre au crédit de notre vice-président de Cour « insoumis » , lequel va peut être obtenir par cette bonne exposition médiatique le moyen de préparer la future conquête municipale.
Bon, il fait du tourisme, d’accord, mais quelle sera donc sa couleur partisane ? Ménidienne, marcheuse, nupésien-n-e, verdâtre, douaisinolâtre ? On a hâte de savoir.

Technique de camouflage

Il était quand même possible de rappeler à nos maîtres agglomérés, une fois le nuage de communication dissipé, qu’ils avaient un endroit parfaitement adapté pour y poser leurs services : l’hôpital général.
C’est beau, c’est grand, c’est dans le centre-ville, ça ne manque pas d’allure et c’est vide par leur faute.
Voilà ce qui aurait bien aidé à améliorer leur réputation et l’avenir de ce bâtiment à la dérive depuis plus d’une décennie. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait nos voisins valenciennois en installant une partie de leurs bureaux dans l’emprise du Royal Hainaut.

Hors ces tactiques politicardes de bas étage, passons quand même au principal : le symbolique stratégique.
Si on comprend bien, on échange un magasin pour un centre multiservices censé sauver le centre-ville. Un peu comme Frais-Marais quand on fait aux habitants, qui n’ont plus rien, l’aumône de quelques administrations délocalisées. Là, on les concentre dans le cœur de ville mais l’idée est la même.

Cette décision confirme le rôle assigné à la capitale du territoire. Perdant sa fonction commerciale, elle doit se transformer en cité administrative. La mutation bientôt achevée, Douai sera définitivement à l’abri du marché, système décidément trop exigeant. Il est tellement plus simple de solliciter l’argent public gratuit.

On pourra poser dans les cellules vides, à côté des opticiens, pharmaciens et autres agences bancaires, des services répondant mieux aux besoins d’une population elle aussi en pleine transformation. Elle pourra de plus être transportée gratuitement vers le centre où elle trouvera tout ce qui est utile : pôle emploi, CAF, Restos du Cœur, abris de nuit, poste de police…

Technique de foutage de gu….

Loin du dévoilement d’un « grand dessein » révolutionnant l’avenir du Douaisis par Douai ou, mieux, de la définition d’une stratégie touristique de haute volée, terminons en beauté par l’exemple du bienfait concret, selon l’inventeur lui même, qu’apporte cette installation aux Douaisiens.
On imagine sans peine que l’énoncer devait procurer à Christian Poiret une certaine jubilation, celle qu’on ressent quand on se venge d’un voisin détesté en lui offrant un cadeau pourri. Il doit l’accepter et en plus remercier.

Reprenons les citations de la VDN. Elles commencent bien : « vous verrez qu’il y aura toutes les compétences de Douaisis Agglo » mais après on a ça : « celui qui n’aura pas ses sacs poubelle à l’heure, il pourra aller les chercher place d’Armes » .

T’es pas content le Douaisien ? Va chercher tes sacs et réjouis toi !

Quand les squats flambent

Phénomène qui a défrayé la chronique nationale quand quelques pauvres proprios se trouvaient dépossédés de leur bien par des margoulins sans scrupules, les squats n’épargnent pas Douai non plus.

La fin du droit de propriété

Ces péripéties, quand on les regarde de près, sont emblématiques de l’actuelle impuissance publique. L’empêchement ne tient d’ailleurs pas à la supposée difficulté de les régler. Il découle de l’invention de droits « supérieurs » à celui de propriété que nos ancêtres avaient pourtant sacralisé en 1789.

Ce glissement juridique est à mettre en face de l’opinion quand on sait que 90% des citoyens interrogés défendent ce vieux principe dans tous les sondages. Le Parlement a légiféré contre le populo proprio, est-ce donc possible ?

Conscient du léger décalage qui existe de nos jours entre ces lois dingues (du DALO au SRU en passant par le sublime Duflot) et l’avis des Français, le gouvernement a inventé voilà peu un pompeux « observatoire des squats » censé donner en temps réel l’état de ces occupations sans titre, histoire de démontrer qu’il est efficace.

La lecture de ce tableau fait sourire (en janvier 2021, sur 124 cas, 17 pour les Hauts-de-France, sur… plusieurs milliers de procédures en France…). Les critères excluent pas mal de situations, notamment celles où le bien concerné n’est pas habité régulièrement, par exemple une résidence secondaire.
De même, pour intégrer cette liste, il faut avoir déclenché avant tous les leviers légaux avec avocats, huissiers et tout le tintouin.

Qu’on se rassure, ces affaires ne disparaitront pas de sitôt sauf dans le cas où le parlement irait jusqu’au bout dans les réformes en cours sur le sujet. Comme on a perdu notre Dimitri, ce n’est pas gagné.

Un marqueur de paupérisation

Les squats sont, quand ils se multiplient dans une ville, un indicateur de la dégradation des valeurs immobilières, résultat de la baisse de sa population – d’où la vacance des biens – cause et conséquence de l’effondrement de l’attractivité économique.
Ce phénomène, qui a été étudié par les urbanistes et les géographes, s’accompagne toujours des mêmes caractéristiques sociales, l’apparition d’une population pauvre et foraine ainsi que la hausse de l’insécurité. Quand on y pense, il y a assez peu de squats à Neuilly ou dans le XVI° arrondissement de Paris.

L’autre conséquence est la mise en péril des bâtiments car le destin d’un squat, très souvent, c’est de se transformer en fumée. Ces incendies peuvent être déclenchés par des branchements électriques bricolés ou, pire, par de bonnes flambées improvisées. Un meuble mis en petits bois bien secs et hop, c’est le feu de camp au milieu de la pièce.

Le vandalisme n’est aussi jamais très loin, excité par la facilité des accessibilités qu’aide une absence généralisée de surveillance. De même, l’abandon et le délabrement sont autant d’invitations aux dégradations selon le principe bien connu du carreau cassé qui veut qu’un de plus ou de moins, après tout…
Terminons enfin par l’impunité. L’anonymat des auteurs est toujours la règle. Quand ce n’est pas le cas, les sanctions sont inexistantes, comme le prouvent les piteuses conclusions policières et judiciaires des exemples qui suivent.

Les squats de Douai

A Douai, les squats prospèrent en silence, qu’ils soient publics ou privés. Dans ce dernier cas, il s’agit surtout de biens en déshérence que plus personne ne gère.

Une balade dans les rues du centre-ville et l’examen attentif de l’état des maisons les plus dégradées peut faire apparaître, ici ou là, des signes évidents d’occupations sauvages. C’est une porte ou une trappe de cave mal fermées, des serrures déglinguées ou encore l’allure bizarre des rideaux ou des ouvrants. On conseille aux lecteurs de s’amuser à observer ces signes lors de leur promenade dominicale.

Dans un mélange public/privé, on peut mettre dans le groupe qui précède les ruelles qui offrent, si on parvient à contrôler les portes d’entrée, une installation discrète dans les maisons qui s’y trouvent, restaurées avec les aides européennes mais officiellement inhabitées.
Ce fut ainsi le cas de la ruelle des Minimes qui donne sur la rue des Foulons, à quelques mètres de la mairie. Les occupants, trop malins, avaient même installé une machine à laver !

Un patrimoine en cendres

Peu de monde défend la qualité architecturale du bâtiment de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) qui se trouve rue de Roubaix. Vu de loin, ce gros truc brutaliste a pourtant belle allure mais quand on le regarde de près, on voit qu’il a pris cher, bien noirci ici ou là.
Désaffecté depuis juillet 2018 après qu’un violent incendie ait détruit une partie de la toiture, il en a connu un autre en janvier 2020 au sous-sol, transformant en chaleur les archives d’une administration depuis évanouie. Il ne manquait plus qu’un peu de flammes entre les deux niveaux déjà cramés, ce qui a été chose faite en décembre dernier.
De l’avis des spécialistes, il y a un lien formel entre son statut de squat et ces incendies à répétition.

Il était beau ce bâtiment… Payé par nos impôts…

Après le feu arrive l’eau. Dans ce cas, rappelons le triste sort réservé à notre ancienne université, squattée régulièrement comme le prouvent les traces d’habitation qu’on voit si on y fait un tour.
En mars dernier, on a découvert fortuitement une fuite dans ses sous-sols, entièrement noyés sur 2,5 mètres de hauteur. L’ampleur de l’inondation a été estimée à près de 1 200 m3. Pour donner un ordre de grandeur, c’est un peu moins que le remplissage de Sourcéane et presque le double de la piscine des Glacis.
Là encore, pas de doute, « l’acte malveillant » est évident comme l’ont reconnu les experts. Nos braves squatteurs devaient avoir soif.

Terminons en beauté par notre ancien IUFM, vainqueur toutes catégories des squats inflammables.
Largement pillé et fréquemment visité, le bâtiment a connu de nombreux « départs d’incendie » depuis sa fermeture définitive en juillet 2010. Un peu énervée, la VDN les égrène dans ses colonnes : ainsi en août 2020 – assez conséquent – puis en octobre et enfin en novembre 2022.
A chaque fois, la source des feux se trouve dans la « partie squattée » , laquelle est située tout à côté des services départementaux, proximité assez amusante quand on sait que ce bâtiment leur appartient.
Plaignons, non pas ce dernier, mais les riverains impuissants devant ces dangereux sinistres.

Oh, non, pas ça !

Que faire ?

Que dire au final ? C’est une affaire compliquée comme toujours à Douai quand l’intervention publique réclame énergie et ressources financières.
Il manque toujours un des deux trucs et même régulièrement les deux.
Tous les désastres cités – on a évité l’Hôpital Général qui est hors concours – reçoivent à chaque fois des excuses, quand on découvre le feu ou la flotte, en forme de projets à venir : « oui, oui, c’est bon, on a prévu un truc, c’est réglé » .
Ces piètres arguments relèvent évidemment de l’effet d’annonce, destiné à éteindre le ressentiment du citoyen, jusqu’au prochain incendie qu’on observera une fois de plus les bras ballants.

En espérant mieux (1/2)

Dernier grand ministre de l’ancien régime, Alexandre de Calonne était un enfant de Douai. Si la postérité n’a pas toujours été tendre avec lui, les historiens ont récemment réévalué sa tentative de réforme de la monarchie avant l’effondrement de 1789.
En dépit de cet échec, le personnage mérite qu’on s’y arrête. Son origine flamande et parlementaire serait en elle même un sujet d’intérêt mais il est surtout, à bien des égards, un prototype de la caste des hauts fonctionnaires qui peuplent aujourd’hui nos administrations.

C’est avec cette idée en tête qu’on doit aborder ce portrait qui sera partagé en deux parties, toutes placées sous la devise géniale de sa famille : « en espérant mieux » .

Une grande famille parlementaire

Calonne qui est né à Douai le 20 janvier 1734 n’était pas le fils de n’importe qui. Son géniteur, Louis, était président du parlement de Flandre. Sa mère, Henriette de Francqueville d’Abancourt, venait d’une noblesse un peu plus ancienne que celle de son époux. Sa famille était de Cambrai. Il en reste des traces, le musée municipal a été installé dans son hôtel.

Revenons au père. Il était né en 1700 à Tournai d’où sortaient les ancêtres de la plupart de ses collègues. Comme eux, il a rapidement rejoint Douai devenue en 1713 capitale de la province. Louis suit les traces de ses père et grand-père en embrassant la magistrature, laquelle leur avait permis l’anoblissement.

Il faut d’emblée préciser que ce terme de « parlement » n’a aucun rapport avec celui que nous connaissons aujourd’hui. Il s’agissait d’instances judiciaires dont les membres – aristocrates – achetaient leurs charges, loin de toute désignation gouvernementale et de toute élection.

Il y a toujours, comme point de départ de ces dynasties locales, des biens fonciers plus ou moins nombreux, fruits de cette remarquable habileté dans les affaires dont a toujours fait preuve – jusqu’à aujourd’hui – l’élite flamande.
Pour les Calonne, ces possessions se trouvent à Merchin, bourg de Lesquin, où leur seigneurie comptait une vingtaine d’hectares associés à un certain nombre de rentes. Se sont ensuite ajoutés d’autres titres puis diverses charges échevinales à Tournai puis Douai.

Des débuts prometteurs

Revenons au jeune Alexandre de Calonne. Envoyé à Paris au célèbre collège des Quatre-Nations, il s’y révèle extraordinairement brillant, décrochant plusieurs prix de grec, de latin et même d’éloquence. Pour autant, c’est à Douai qu’il acquiert ses diplômes de « Droit et de Droit canonique » .
Reçu avocat en 1754, il se forme aux affaires aux côtés de son père. Après quelques années consacrées à la jurisprudence locale dont il devient rapidement expert, il est en 1758 avocat général au conseil provincial d’Artois. C’est une position d’attente. Louis de Calonne, président à mortier depuis 1739, reprend la place de procureur général de Douai en 1757 pour la transmettre toute chaude à son fils préféré.

Hotel dit de Calonne détruit par les Allemands à Douai en 1918
Hôtel de la famille Calonne rue de Bellain en novembre 1918

Le moment est propice car l’équilibre des trois clans qui se partagent les postes du parlement de Flandre vient de se rompre par la mort en 1756 de Charles-Joseph de Pollinchove, président incontesté durant 45 ans.
Les deux familles restantes – Calonne et Blondel d’Aubers – s’opposent sans merci, lutte que n’atténuent pas les liens matrimoniaux. La sœur d’Alexandre, Marie-Anne, est l’épouse d’Eugène Blondel, successeur de Pollinchove en décembre 1756.

Trois ans plus tard, comme prévu, Alexandre succède à son père au poste de procureur général au parlement de Flandre. Cette accession n’est pas régulière du tout mais Louis dispose de soutiens solides à la Cour et surtout la réputation du fils, déjà grande, permettent quelques entorses à la règle.
L’œuvre du procureur de Douai sera à la hauteur des attentes. Il est certes un régional de l’étape, expert des arcanes du parlement local, ce qui l’aide beaucoup, mais sa compétence et son efficacité marqueront les esprits. Aucun de ses successeurs ne parviendra à l’égaler.

L’homme du roi

Il y a un risque, si on entre trop dans les détails de l’action de Calonne à Douai, de perdre nos lecteurs. Retenons simplement qu’elle s’inscrit dans l’antagonisme qu’entretient la monarchie avec ses parlements. Ces derniers s’attachent sans relâche à maintenir, sinon augmenter, leur autonomie devant le pouvoir royal. De cette opposition insoluble sortira la révolution.

Quoi qu’il en soit, paradoxalement, le procureur général sera plutôt du côté du roi contre ses collègues et en premier lieu son beau-frère. Ce dernier a beaucoup de mal à conjurer ses initiatives. Il est vrai que sa capacité de travail, son intelligence stratégique et son culot sont très supérieurs aux compétences du premier président.

Calonne est soutenu par le gouvernement, soucieux de disposer d’un parlement, certes renforcé dans ses prérogatives mais dont les patrons sont loyaux à la monarchie. Dans cette période troublée, l’appui d’une telle instance, même aussi petite que l’est la Flandre des confins, est toujours bon à prendre.

Le procureur général démontre d’un brio sans égal. Il n’y a pas un parlementaire qui lui arrive à la cheville et il le sait. A ce titre, son arrogance est sans limites, alliée à un optimisme excessif. Incapable de rancune, il oublie que ce travers, surtout chez les médiocres, peut être inexpiable.

En 1763, une opposition massive va causer sa perte. Son projet de création d’une « cour des aides » visant à rassembler toutes les exceptions fiscales – innombrables – sous la seule juridiction du parlement de Douai ne passe pas. Parvenu au conseil du roi et pourtant soutenu par le contrôleur général, le dossier est enterré sine die.
Comme de nos jours, la peur de débordements avait conduit le pouvoir à ne rien changer.

Un grand intendant

Comprenant que la cité ne lui sera jamais favorable, Calonne quitte Douai pour acheter, en 1765, un office de maître des requêtes. Ce n’est pas donné, son coût serait aujourd’hui de plus d’un million d’euros, mais il est payant. Cette fonction parisienne met ses titulaires au contact régulier du gouvernement qui peut en distinguer les personnalités les plus prometteuses.
« État que l’on n’embrasse que pour le quitter » selon le mot du chancelier d’Aguesseau, il est le vivier – sorte d’ENA -où la monarchie recrute ses hauts fonctionnaires, ministres, intendants, contrôleurs généraux etc.

Très vite, Calonne se fait remarquer, intervenant en 1765 d’une manière décisive lors de la célèbre affaire de Bretagne. Sa manœuvre dans la procédure – habile mais sans scrupules excessifs – conduit le président La Chalotais à l’arrestation puis l’exil.
Plus encore, il contribue à la rédaction du discours de Louis XV lors de la « séance de la flagellation » au parlement de Paris en mars 1766. Le monarque rappelle – par des mots aussi cinglants que choisis – qu’il est, dans le royaume, la source de toute autorité : « l’ordre public tout entier émane de moi, j’en suis le gardien suprême, mon peuple n’est qu’un avec moi » .

La récompense ne tarde pas. Calonne obtient l’intendance des Trois-Évêchés, suivie en 1778 par celle de son pays natal, la Flandre et l’Artois. Son action, à Metz puis Lille, est remarquable dans ces fonctions assez proches de celles des futurs préfets napoléoniens.
Comme elles touchent beaucoup de domaines, il s’intéresse de près aux innovations agricoles, industrielles ou financières avec un suivi attentif des détails qui fait le succès de la mise en œuvre. L’urbanisme, comme à Douai où il a défendu avec succès contre les échevins le règlement de 1718, est une de ses préoccupations essentielles.
Lille en recevra sa salle de spectacle et un nouvel hôtel d’intendance, réalisés après son départ mais dont le projet, permis par l’astucieux croisement de sources financières auxquelles personne n’avait pensé, est sorti tout entier de son esprit fertile.

Enfin, dans ces positions, Calonne parvient à impressionner la haute noblesse, duc de Broglie ou prince de Condé, qui lui apporte un soutien utile pour la suite. Ce milieu – qui n’est pas celui de la robe – l’attire. L’attraction, réciproque, découle de ses qualités qui épousent celles de la Cour. Spirituel, aimable, fastueux, il aime de plus les femmes qui le lui rendent bien.

Le ministre d’État

Calonne a épousé en 1769 Marie-Joséphine Marquet, riche héritière. La fiancée n’est pas jolie avec « un grand front élevé et un menton en galoche » mais elle est la petite fille de Pâris-Duverney, issue d’une famille de la haute finance qui compte des banquiers, des fermiers généraux ou des receveurs du roi. Ce mariage prestigieux et la fortune qui s’y attache durent peu. Coup du sort, la jeune épouse meurt l’année suivante en couches à vingt ans.

Fidèle à la monarchie tout en sachant faire connaitre à la Cour sa réputation d’habileté, Calonne vise rien moins que le contrôle général des finances. On parle souvent de nos jours de ce fameux « hubris » dont sont affligées certaines personnalités politiques. L’intendant de Flandre répond assez bien au concept. La situation financière du royaume est catastrophique mais il ne doute pas un instant qu’il est l’homme de la situation.

Dès 1781, utilisant ses incontestables talents littéraires, il n’hésite pas à publier sous le manteau un libelle hostile à Necker. Remercié en mai, le banquier suisse, qui en devient un ennemi mortel, est remplacé successivement par deux médiocres, Joly de Fleury puis d’Ormesson, qui se sont mis à dos tous les milieux d’affaires. Calonne profite durant cette période d’une campagne médiatique qui crée en sa faveur une étonnante attente de la part de l’opinion.

Il est vrai que personne n’ignore qu’il peut être, par sa bonne maîtrise de ces sujets, une solution aux deux maux du pays, l’opposition parlementaire et la méfiance de la haute finance.
Le 3 novembre 1783, Alexandre de Calonne est nommé par Louis XVI, qui s’est fait forcer la main par Vergennes, contrôleur général des finances, emploi complété en janvier 1784 par le titre de ministre d’État.

On raconte que dès sa première rencontre avec le souverain, il ose à brûle-pourpoint lui réclamer une très forte somme pour éteindre ses dettes. Surpris, le roi accède toutefois à sa demande, lui donnant des actions d’une compagnie dont la vente devait couvrir le besoin.
Les mauvaises langues ajoutent que le contrôleur général, dont la vie à crédit faisait partie de son prestige, s’est bien gardé de s’en défaire. C’était un « bonus de bienvenue » avant la lettre

La grande période d’Alexandre de Calonne s’ouvre alors, à 50 ans, pour le royaume et pour lui.

A quoi servent-ils ?

Ah si les illuminations de la rue de la mairie pouvaient s’accompagner d’occasions de se réjouir ! Pas de bol, un article de « l’Observateur du Douaisis » nous en empêche une fois de plus.
V’là qu’il nous annonce la fermeture de commerces de Douai emblématiques du centre-ville, le célèbre Devred et le non moins fameux Paprika.

Si on veut faire dans la nuance, il faut reconnaitre que la disparition progressive des magasins des villes moyennes sont des phénomènes complexes qui dépassent probablement de beaucoup les moyens de nos pauvres élus municipaux, en maîtrise théorique comme en capacité d’action.

Pour autant, comme le montrent certains exemples, il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre, sans parler de la justification de l’existence de tout gouvernement : prévoir.

De ce point de vue, persuadons nous que la succession de crises qui assaillent notre pays depuis quelques années n’a comme origine que l’oubli coupable de ce principe de bon sens. Si ça foire ici ou là, c’est qu’une décision n’a pas été ou mal prise quelques années plus tôt.
Il est d’ailleurs assez piquant de voir nos gouvernants, qui bénéficient de la ponction fiscale la plus élevée du monde occidental, mettre tous leurs efforts à faire accepter aux citoyens la pénurie dans les services qu’ils leur doivent : soins, électricité, mobilité, éducation…

A notre échelle communale, il en est de même. Douai, gavée des revenus du charbon aurait pu, quand elle avait ces moyens, anticiper la fin des houillères.
Elle aurait pu, surtout, un peu plus tard, mieux négocier cette calamiteuse communauté d’agglomération qui transforme peu à peu la ville en trou noir commercial, faute d’y consacrer ses soins et ses ressources financières comme elle le devrait.

Des exemples de villes moyennes qui ont su résister au marasme existent. On a le cas extraordinaire d’Amnéville en Moselle, d’abord sauvé du communisme par son maire, Jean Kiffer, lequel a ensuite réussi à transformer une cité sidérurgique à la dérive en station thermale dynamique dédiée à une multitude d’activités génératrices de plus-value.

Il peut donc arriver que des équipes municipales trouvent les moyens de limiter la casse, tout simplement en identifiant certains facteurs de déclin et en mettant toute leur énergie à les réduire.
A Douai, partons du principe que c’est cuit du côté de Douaizizaglo® tant qu’on aura le parrain et le duo infernal aux manettes. Il ne nous reste donc que nos représentants communaux, lesquels après tout, en absence du soutien de leurs collègues agglomérés, pourraient définir toutes sortes de stratégies pour conjurer notre mauvais sort commercial.

Malheureusement, de ce côté, c’est pas fameux. Comme le montre l’orientation du « plan d’aménagement » que nous avons examiné récemment, il y a peu de chance qu’on sorte d’une décroissance qui met en priorité le sauvetage de la planète plutôt que celui de nos magasins.
Empêchons les clients de venir en bagnole, mettons les habitants à la marche à pied obligatoire, instaurons la cité « solidaire, inclusive et végétale » qui nous sauvera tous…

Mais il y a pire que ces choix absurdes, après tout soutenus par les électeurs puisqu’ils ont voté pour l’équipe actuelle. Cet article de « l’Observateur » prouve, à travers les témoignages des commerçants concernés, à quel point ce sujet n’est en aucun cas le dossier prioritaire de notre équipe municipale.

Le citoyen de base pourrait se dire, compte-tenu de l’impact catastrophique de ces fermetures sur l’image de la ville, que nos élus rémunérés passeraient tout leur temps à s’en occuper. Il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre, ce serait au moins la preuve qu’ils se battent sur ce front où Douai joue sa survie.

Lisons. Que les « travaux de piétonisation de la rue de Bellain » n’aient pas aidé, les commerçants en sont persuadés, ces empêchements s’ajoutant aux effets de la crise sanitaire : « on a perdu près de 50% de trafic entre 2019 et aujourd’hui » . Ah oui, quand même…
Le pire est de lire ensuite cette promesse de désespérance : « on n’a pas été aidé par l’équipe municipale en place. Le maire n’est jamais venu nous voir pour savoir comment on se portait après l’épidémie et les travaux » . Pas un élu, pas un responsable n’a pris la peine de tâter le pouls de ces entrepreneurs en difficulté ? On croit rêver.

La conclusion est plus révélatrice encore ou d’ailleurs logique, de celle des réponses que peut donner une végétarienne quand on lui demande ce qu’elle pense d’un bon steak saignant.
Notre adjointe chargée, pas moins que « de l’urbanisme, des grands projets, du commerce et de l’artisanat » , explique, sur le mode procrastinateur qui restera la marque de cette équipe municipale, que rien n’est « encore dessiné » . Non, sans blague, rien ?
Verbatim ça donne : « nous n’avons pas avancé sur le sujet » , ou encore mieux : « nous envisageons de contacter les propriétaires. Si rien n’est prévu, nous rencontrerons des acteurs à la recherche de locaux pour partager l’information » .  

Vous avez bien lu, pas d’action, pas de concret, « on va partager l’information…. » . Nous on la donne : la vacance commerciale du centre-ville avoisine les 25% quand la France est à 9%…

Du PADD au PLU

Du béton avec du vert à Douai

Sujet essentiel pour l’avenir de Douai, la refonte du Plan Local d’Urbanisme (PLU) entre actuellement dans sa phase concrète. Nous ne pouvions passer sous silence ces opérations et cela d’autant plus que personne ou presque n’en parle, ni n’en parlera.
La municipalité, qui en a l’obligation, a mis en ligne son Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD), base stratégique du plan à venir. Plongeons nous dedans.

Des spécialistes sont à l’œuvre

C’est un cabinet extérieur, Verdi, pompeux « designer de territoires » qui, cette année, en a assuré la réalisation. Cette grosse boite possède des antennes un peu partout, dont une à Wasquehal (Verdi Nord de France), elle même déclinée à Eleu-dit-Lauwette, d’où sort ce PADD.
Ce genre de machines – qui prospèrent depuis la décentralisation – payées à prix d’or pour produire au kilomètre ces documents stéréotypés n’échappent pas à une contradiction foncière. D’un côté, elles maîtrisent en expertes leur forme générale. Mais, de l’autre, elles ne connaissent rien des déterminations d’un territoire découvert quand on leur passe commande.

Il aurait été toutefois possible de pallier ces insuffisances par divers moyens, ainsi des enquêtes et des investigations adaptées. Rien de tout cela pour constituer le diagnostic de notre brave PADD.
Les sources sont un évident pompage du SCoT ou, plus simple encore, la reprise des problématiques qui se baladent un peu partout, saupoudrées de quelques références externes bien banales.
On comprend enfin qu’on a surtout sollicité la municipalité elle-même, probablement par divers entretiens ou le recyclage d’études qu’elle a produites dans le passé. Dans ce genre de littérature, rien ne disparait, ni ne se crée, tout se transforme.
Cette fabrication explique, c’est de bonne guerre, les innombrables « coups de chapeau » à destination de la mairie. On résume : si tout va bien c’est parce que nous sommes dirigés par une équipe de haute volée pour laquelle, au fond, ce nouveau PLU ne sera qu’un aboutissement sinon une continuité de tout ce qu’elle a déjà fait. Mouais…

Éloge du métalangage

Pour finir sur la forme, on y trouve, à cause sans doute de ce qui précède, des erreurs de faits qui amusent un peu. Comme on est sympa chez DouaiVox®, on feindra de les prendre pour des coquilles. Même remarque sur la qualité des schémas et autres cartographies dont les légendes sont illisibles. On a vraiment payé pour ça ?

Reste enfin le style dont la lourdeur et la prétention permettent à ce document d’atteindre les cimes sublimes du métalangage. Ces expressions alambiquées « qui font genre » ont pour but de convaincre le lecteur de la compétence des auteurs tout en éloignant le pékin.
Nous mettons d’ailleurs en fin d’article un lexique avec ses correspondances en français courant pour faciliter la compréhension des citoyens.

Car au delà de ces petits défauts d’apparence, on aimerait que ce document soit lu par tous les habitants de Douai sachant qu’il annonce leur environnement urbain pour les décennies à venir.
On a dans ces pages le « grand dessein » du maire et celui des rares conseillers qui y comprennent quelque chose, probablement exclusivement verdâtres.

Après la forme, attaquons nous au fond. Comme dit précédemment, rien d’innovant dans le diagnostic. Il est tellement convenu qu’on se demande comment on peut oser demander à un cabinet extérieur de le définir.
A l’exemple de beaucoup de ses sœurs du Nord et d’ailleurs, Douai est une ville moyenne en déclin. Elle a perdu près de 15 000 habitants en 50 ans, effondrement démographique qui masque la profonde transition sociologique tirant aujourd’hui la cité vers la pauvreté inactive.
Évidemment, cette évolution négative découle de la disparition des activités industrielles et minières, autrefois florissantes, dont l’énorme plus-value irriguait toute la région et sa ville-centre. C’est à ces deux mouvements, absolument liés, qu’il faut s’attaquer.

De bonnes stratégies

Reconnaissons que de ce point de vue, les axes stratégiques du PADD sont plutôt bien posés. Ils renvoient d’ailleurs à bon nombre de propositions faites par tous les candidats – sauf le sortant – lors des dernières élections municipales. Ils pourraient crier au plagiat, ils devraient plutôt saluer cet hommage.
Passons rapidement sur l’obsession réchauffagiste, tonalité lancinante du projet que nous aborderons en conclusion, pour saluer la « revitalisation du cœur de ville » ou sa « connexion avec ses faubourgs » . Célébrons surtout « l’ancrage des Douaisiens » , formule absurde qui pose toutefois l’obligation vitale de « revenir au dessus de la barre des 40 000 habitants » et pas seulement pour sauver la rémunération du DGS.

Sur ce substrat aussi logique que bienvenu, on trouve d’autres bonnes choses. Ainsi l’accent porté sur la fonction touristique du centre ville en valorisant entre autres la vieille Scarpe ou encore la priorité donnée au quartier de la gare dont la fonction de liaison et le potentiel économique sont évidents.
De même, concernant les quartiers périphériques qui se portent si mal, l’impératif de les relier au centre. S’il est difficile de comprendre de quelle façon on va s’y prendre, l’évocation à cet endroit d’un déploiement du « très haut débit » permet de supposer qu’une telle ressource internet est envisagée dans toute la ville. Et bé, si c’est vrai…
Quant à la nécessité de stopper l’hémorragie démographique, applaudissons le constat. On sort enfin du déni. Le meilleur est ensuite la découverte, pour y parvenir, de s’occuper du centre ville où, effectivement, la vacance locative est monstrueuse.
Bon, la liste de la « diversité » attendue fait sourire. On y met tout, du riche, du pauvre, du travailleur, du retraité. Il n’y manque qu’un squat autogéré.
Pour finir dans le « bon » du PADD, la fonction « polarisante » de Douai est rappelée avec justesse. C’est là qu’apparait enfin la mention de Douaizizaglo®, qu’on croyait ne jamais arriver sur ces pages. La communauté d’agglomération y est bien rare alors même que ses décisions ont un impact majeur sur l’évolution de la ville centre.

Il faut élargir le PLU

A cet instant, il faut évoquer les insuffisances du projet qui tiennent d’abord, soyons justes, à l’objet étroit d’un plan local d’urbanisme. Rappelons le pour ne pas s’illusionner sur ses effets. Un PLU énonce exclusivement des règles d’aménagement et d’utilisation des sols d’une commune et rien de plus.
Il fonctionne sur une logique de zonage qui interdit et qui autorise, la première posture étant évidemment plus efficace que la seconde.
Autrement dit, il est assez simple d’empêcher tel usage sur telle parcelle mais il est plus aléatoire, si elle est réservée à un type d’habitat ou une activité économique spécifique, que cette destination soit concrètement réalisée.

Cela pour dire que les ressorts d’un renouveau urbain, comme le souhaite la majorité municipale, ne peuvent se trouver dans le seul PLU. Il dépend de nombreux facteurs, dont en grande partie l’action des collectivités locales voisines – en premier lieu des EPCI – sinon des échelons supérieurs, département ou région.
Bien légères apparaissent la prise en compte de ces déterminations dans ce PADD. Les pauvres citations du SCoT ou celles – infimes – des projets de Douaizizaglo® (Le Raquet, la « piscine communautaire » , une fois et pas plus…) rendent bien incertaine l’atteinte des objectifs qui y sont définis.

Au delà de cette indispensable coordination de ces échelles administratives, on bute rapidement sur les moyens financiers qui vont déterminer la réussite ou l’échec du plan. Si toute la dépense des « éléphants blancs » de la communauté d’agglomération – posés à la périphérie – avait été orientée vers la ville centre, il est facile d’imaginer que les effets de cette manne financière y auraient été majeurs.

Addition des dépenses de la communauté d’agglomération, l’unité de cette estimation est le million d’euros.

Dépenses de construction de Douaisis Agglo

Il ne reste donc à la mairie, pour assurer les projets d’aménagement qui structurent son PLU, que la ressource des programmes nationaux. D’où le rappel jusqu’à plus soif de l’opération « Cœur de ville » qui a été lancée en 2018 et dont les résultats concrets se font d’ailleurs attendre. Bientôt cinq ans les gars…
Même remarque, concernant le centre ancien, sur cette « opération programmée d’amélioration de l’habitat de renouvellement urbain » (OPAH-RU). Notons que l’objectif premier de ces trucs – légal – est la création d’une « offre locative à vocation sociale » . On sera bien éloigné de la diversité attendue des nouveaux habitants célébrée dans le PADD.

Indiquons au passage que s’ils sont locataires, et plus encore d’un bailleur social, ils ne paieront pas d’impôt local. De ce fait, comptons enfin pour rien les ressources propres de la ville, c’est à dire la fiscalité communale.
DouaiVox® a suffisamment évoqué cette question dans ce blog pour ne pas y revenir encore. Un arrivant dans le Douaisis aura vite fait de comprendre qu’il vaut mieux habiter à Lambres ou Cuincy pour profiter des avantages de la belle ville centre – s’il parvient à y entrer avec sa Peugeot – sans en avoir les inconvénients fiscaux.

Parions qu’une réduction drastique de l’impôt local, sinon la convergence des taxes foncières au sein de la communauté d’agglomération, seraient d’ailleurs un levier efficace pour rendre Douai attractif, bien plus qu’une refonte du PLU.

La religion écologique va nous sauver

Terminons cette courte recension par le sentiment d’inquiétude que ce projet suscite. Si on prend un peu de hauteur, comment ne pas rester perplexe devant l’omniprésence, à tous les détours de page, d’une religion écologique qui déborde de partout par son vocabulaire et ses dogmes ?

Quel futur ce PLU dessine-t-il pour Douai ? Assurément celui de la conjuration d’un avenir apocalyptique par le biais d’innombrables interdits.
L’amusant c’est que cet évitement de fin du monde, comme les préconisations qui y correspondent, n’échappent pas à quelques contradictions quand on les regarde de près.
On va manquer d’eau mais Frais-Marais risque l’inondation. Il faut préserver le patrimoine mais tout autant le contraindre aux impératifs d’économie d’énergie, donc le dénaturer. On veut de nouveaux habitants mais si on mettait des arbres à la place ce serait mieux etc. La liste est infinie.

La plus forte contradiction est probablement celle qu’on repère entre le discours et la réalité.

La prolifération des termes lénifiants – une douzaine de « doux » ou « douce » quand même – parait annoncer une sorte de paradis où, par la persuasion bienveillante – et « douce » tant qu’à faire – serait sereinement évité tout ce qui réchauffe la planète à partir de Douai.

Il y a un agenda caché derrière cette apparence bonhomme, celle d’une angoisse eschatologique visant à éradiquer par la contrainte tout ce qui pose problème.
Loin d’attirer l’habitant nouveau ou l’entrepreneur innovant qui pourront facilement trouver mieux ailleurs, cette obsession écologique porte en elle la promesse de l’échec.
Il sera compliqué d’avoir en même temps un oasis de verdure traversé par des sentes en terre battue et une capitale régionale où déboulent une multitude d’entreprises et des masses d’habitants nouveaux.

Ce PLU sera comme une éolienne qui attend la brise qui ne vient pas : résiliente, inclusive et… inutile.

Ci dessous le lexique mirobolant du PADD qui nécessitait, comme nous l’avons indiqué, une traduction ad hoc.

VERTLANGUEFRANÇAIS
Accessibilité viaireRoutes et rues
Activité cesséeUsine fermée
Amplifier les identités des séquences urbainesHarmoniser le bâti
Artificialisation nettePlus d’arbres que de béton
Cheminement douxMarche à pied (voir connexion douce)
Connexion douce continue et fluideMarche à pied (voir cheminement doux)
Culture du risqueCraindre la chute du ciel sur la tête
Délaissé urbainFriche immobilière
Entrée de ville ferréeQuartier de la gare
Foncier mutableTerrains à vendre
Fragmentation des continuités écologiquesUn jardin, une maison, un jardin, une maison
Gare d’eauPort fluvial
Intensité et mixité urbaineParc immobilier social
Lecture facilitée de la villeRefus de la méthode globale
Liaison douce et sécuriséePasserelle sur voie ferrée
Linéaire commerçant diffusCellules de magasins vacantes
Linéaire de promenade paysagerChemin de balade
Marqueur d’identitéRéputation
Marqueur urbainMonument à voir
Matériau à fort albédoSurface réfléchissante
Mise en lumière apaiséeExtinction des lampadaires dès qu’on peut
Mode actifMarche à pied (voir mode doux)
Mode douxMarche à pied (voir mode actif)
Place de la convivialitéPlace du passage à tabac
Séquestration du carbonePlantation d’arbres
Sobriété et résilienceAbsence de dépense
Superpositions de gestionUsages multiples
Territoire inclusif, solidaire et résilientVille de pauvres, payée par les riches, tous à vélo
Trame verte, bleue, brune et sombreContraire de la rue de Bellain
Urbanisme circulaireRecyclage immobilier

Et si on faisait des remarques ?

Dans le cas souhaitable où nos lecteurs auraient l’envie de porter à la connaissance du commissaire enquêteur certaines critiques constructives sur le PLU et le PADD, voilà les créneaux disponibles au 26 novembre dernier.
On ne se bouscule pas dans cette grande métropole régionale pour contribuer à son avenir radieux et solidaire.
Il est vrai qu’on peut avoir le sentiment très net que tout est joué d’avance.
Sur la possibilité d’infléchir ces choix, c’est certain, mais les paroles s’envolent et les écrits restent, ce qui sera très utile au moment du bilan municipal sur les deux critères qui comptent : l’emploi et la démographie.

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