Tribune libre

tribune libre douai ma ville 2

Il fut un temps où les mairies n’avaient aucun besoin d’organe de presse célébrant leur action, toujours positive, avec la frimousse des élus sur à peu près toutes les pages. Elles se contentaient d’afficher leurs décisions sur les murs de l’hôtel de ville.
Le lieu de parole était celui de l’exercice du pouvoir, l’action mais pas la description de l’action. Le conseil municipal voyait ses comptes rendus rapidement communiqués au bon peuple. Le contact direct des conseillers municipaux avec la population était constant, histoire de prendre au quotidien le pouls de l’opinion locale.

Pour le malheur des citoyens ont fleuri depuis les « journaux municipaux », publications bizarres dont le ton oscille entre celui de la Pravda de la bonne époque ou celui de l’actuelle Gazette des Communes.
Nous avons déjà l’étonnant prospectus publicitaire de Douaizizaglo® mais aussi l’inusable « Douai notre ville » dont le titre parait parfois bien éloigné de ce qu’il énonce. Ce « nous inclusif » ne doit pas être en effet autre chose que le célèbre « nous de majesté ».

Pour être un peu objectif, ce qui n’est pas forcément la finalité de Douai Vox, il faut reconnaître que l’organe du parti communal reste mesuré dans la célébration des hauts faits notre conseil et surtout ceux de son directeur de la publication. Il donne même – c’est la loi – une part d’expression à l’opposition, comme le dernier numéro de « DNV » la présente en page deux. S’il est un gage d’équilibre démocratique, l’exercice donne lieu à un propos tellement déconnecté de la réalité qu’on balance entre le rire et la consternation.

Loin de préparer la campagne électorale à venir, ce qui serait sans doute logique venant d’élus qui seront probablement partie prenante des listes candidates, nous avons droit à une « tribune libre » dont la liberté pour le coup ressemble à celle qui permet de dire n’importe quoi.

Un esprit avisé peut croire que cette vacuité découle des règles pré-électorales obligeant les auteurs à ne parler de rien. Pas du tout. Le code ne permet pas à un maire de s’opposer à la publication d’articles d’une tribune libre, même quand ils sont assimilables à de la propagande. Le droit d’expression des conseillers municipaux d’opposition est total.

Mais que font donc nos représentants de cette possibilité ? Et bien rien.

tribune libre P2 douai ma ville
Extrait de la page 2 de Douai ma ville -Novembre 2019

D’un côté, nous avons droit à un rappel de la récupération miraculeuse – en 2011, c’était hier – du tableau de Jules Breton, « la fille du pêcheur » volé par les Boches en 1918. La mise en perspective est celle d’un stage de formation (de qui ? pour qui ?) susceptible d’améliorer la restitution des œuvres perdues dans les tourmentes du passé. On se perd en conjectures pour savoir ce que vient faire ce sujet – certes hyper stratégique – dans la feuille de chou municipale, sauf à imaginer que cette notule puisse être écrite par le maire lui-même.

Mais le pire est sur la colonne à côté, bien à droite. Cette fois-ci, le responsable local d’un parti politique connu, peut être bientôt à la tête de la ville, nous assène des considérations invraisemblables sur la « décadence » de la France. Cette liste mériterait d’être inscrite sur les murs du Beffroi pour que son absurdité soit connue de tous pour des siècles et des siècles. L’auteur doit être un adepte du « coupé-collé » qui, trouvant dans un paquet de lessive nationale le topo qui va bien, l’a posé ici à l’arrache en style télégraphique. Il devait penser qu’on ne le lit jamais.

Si nous étions Frédéric Chéreau, la lecture de ces deux « tribunes libres » nous mettrait en joie quant à la qualité et la pertinence des oppositions qui bientôt se lèveront contre nous.

Opposants encore un effort pour être oppositionnels !

Eloge du clivage

eloge du clivage -non à l'unanimisme

Les ravages de l’unanimisme

Une des clés pour comprendre le fondement de notre vie politique locale est l’unanimisme qui teinte toutes les décisions de nos élus. Pour le nouvel arrivant, habitué aux conflits et débats qui se produisent partout ailleurs, ce trait étonne. Il est encore plus surprenant quand nos représentants célèbrent cette concorde comme un avantage unique, du genre de ceux que monde entier nous envie. Le message est répété : « On s’entend, tout va bien ». Au final, cela revient à dire à l’opinion : circulez, y’a rien à voir. 

Le Douaisien aura repéré que cet unanimisme sacré est un moyen très efficace de faire taire les critiques et surtout de s’en défendre. Nous engageons nos lecteurs à compter les fois où on entend dans les médias ou ailleurs, après la découverte fortuite d’un ratage, que « tout le monde était d’accord ». La décision d’un seul devient par cette grâce l’affaire de tous. Ce n’est pas bête.

L’ignorance est mère de l’unanimisme

Qu’on ne s’y trompe pas. Cet unanimisme désastreux ne provient pas, comme un observateur distrait pourrait le croire, de la prescience de nos décideurs, génies vivants capables de distinguer, dans une forêt de complexité, le sentier lumineux de la vérité. Il provient de stratégies délibérées qui visent toutes à obtenir ce bien pratique résultat.

Il y a d’abord l’organisation consciente de l’absence d’expertise. Ceux qui votent dans ces assemblées et autres conseils ne connaissent pas grand chose aux dossiers sur lesquels il sont appelés à trancher. Les intéressés, pour se défendre, diront que ces choses sont très techniques et qu’au fond il n’est pas très important de tout connaître. Ils ajouteront enfin, selon le principe d’immanence évoqué plus haut, qu’ils font totalement confiance aux chefs qui décident pour eux.

Pas de concurrence

Il y a ensuite l’autre bout de ce qui précède. 0n ne met pas d’élus spécialistes tout près de soi pour éviter qu’ils puissent un jour faire de l’ombre. Ayant beaucoup de mal à gérer la contradiction, nos patrons ont soigneusement organisé leur pouvoir dans une configuration qui les protège de toute menace. L’exemple vient d’en haut. Regardons le profil des suppléants de nos députés et autres sénateurs. Quand ils sont non conformes, à l’exemple de celle de Dimitri, la mise au pas est immédiate.

Regardons encore notre conseil municipal où, hors une opposition d’ailleurs bien hétérogène, tous les membres opinent en silence. Dans cette masse, nous serions bien incapables de repérer la moindre parole audible, c’est à dire experte. C’est un des charmes de notre belle cité que sa capacité de consentir sans dire un mot.

C’est pire encore dans notre Douaizizaglo® où siègent pourtant des maires qui devraient savoir de quoi il en retourne. Peut être qu’ils n’y comprennent rien, ce qui serait inquiétant. Préférons croire que l’explication d’un soutien si attentif se trouve ailleurs. Ils se gardent bien d’amener la contradiction parce que le prix à payer serait bien trop cher comme certains l’ont déjà expérimenté.

Speak No Evil, See No Evil, Hear No Evil

La critique n’abîme pas Douai

L’unanimisme provient enfin d’une confusion sur le statut de la critique. Quand Douai Vox© brocarde les élus, notre ville n’y est pour rien. Imaginer que ce discours écorne son image est un contre-sens. C’est d’ailleurs l’argument de ceux qui ne souhaitent pas voir étalées leurs insuffisances.

Le discours est connu « on sème la zizanie, on dresse les gens les uns contre les autres, on joue le jeu des extrêmes », bla, bla, bla…


Quoi de plus terrible que de découvrir des Lillois qui ignorent jusqu’aux Gayants mais qui connaissent dans les moindres détails, un sourire aux lèvres, les péripéties du « tramway douaisien qui n’est qu’un bus » ?

Tous ces accidents industriels n’auraient pu exister si la posture de nos représentants n’avait pas été si unanime. L’affaire du tramway, bien sûr, peut être aussi le Raquet qu’il va falloir un jour regarder de près, mais encore toutes ces petites décisions qui mises toutes bout à bout posent problème. Elles sont bien plus dommageables pour la ville que les critiques envers les élus qui, pour le coup, sont les responsables de ces décisions absurdes.

L’utilité du clivage

Le paradoxe c’est que ces dissonances sont pourtant indispensables. Rien de pire que des débats dans lesquels personne n’apporte une contradiction dont les avantages sont connus. Chacun sait qu’elle oblige à préciser ses vues et à rendre des comptes. Elle force surtout le décideur à la prudence.

On ne pourra sauver notre territoire, parce qu’il s’agit bien de cela, avec les mêmes recettes et les mêmes équipes. Il faut casser le cadre, s’émanciper de cette eau tiède qui prévoit par exemple, dès qu’un bâtiment est vacant d’y mettre des logements sociaux, des sièges d’institutions publiques locales, des piscines déficitaires ou des patinoires que personne ne demande.

On ne peut sortir Douai de l’ornière si la ville choisit les stratégies des équipes précédentes ou des politiques identiques à celles de ses voisines. Il faut une fois encore incarner la différence qui ne peut découler que d’une rupture. Car l’inefficacité des actions se fracasse sur l’absence de stratégie générale. Comment ne pas relever tous ces tournants historiques que nos élus n’ont jamais su prendre le moment venu?

Tant de virages loupés

Le ratage de la mobilité est le plus flagrant. Cela concerne le vélo qui reste à améliorer, la voiture sur laquelle nous avons tant parlé, le tramway qui est hors concours, le TER qui souffre et enfin le TGV, service public de moins en moins public.

Le ratage de l’équilibre social a commencé depuis longtemps. Il plonge ses racines dans un prêt à penser si souvent repéré. 35% de logements sociaux dans la ville et des élus qui en remettent des couches. La diversité, de moins en moins évidente, est pourtant la clé du renouveau.

Le ratage de la santé concerne tous les habitants du Douaisis. Nous avons dans cet échec, que sanctionnent nos taux de mortalité, les ingrédients de l’absence d’anticipation et de mobilisation de toutes les échelles de décision du territoire. Piscine, patinoire et boulodrome sont tellement plus vitaux.

Le ratage du numérique est le plus étonnant si on en juge par les déclarations martiales de nos représentants, Frédéric Chéreau en tête, présenté comme un spécialiste du sujet. Nos voisines se déclarent « smartcities » quand elles ne se lancent pas dans la gestion intelligente du « big data ». Mais qu’est-ce qu’on attend ?

Le ratage de la gouvernance, enfin, est au cœur de notre sujet. On pense à la manière dont Douaizizaglo® gère sa communication et, mieux encore, le débat citoyen qui précède les séances du conseil municipal, les conseils de quartier dont les délibérations sont rarement suivies d’effet.

Douaisiens, et si on passait à autre chose?

Moutons - clivage

Qui est-ce ?

qui est-ce?

Plusieurs réactions à Douai Vox tournent autour de l’identité de ses auteurs. Est-ce si important en comparaison des sujets qu’il aborde ? Evidemment non.

Il n’effleure pas la notabilité douaisienne qu’il puisse exister en dehors de son horizon des habitants concernés qui ne font partie d’aucun des réseaux d’intérêts de la ville.  Plus curieux, si on en croit certains commentaires, une parole comme la nôtre ne pourrait être que l’expression d’un groupe masqué défendant un parti politique. Ben voyons. Tout mais pas ça.

Anonymes et invisibles, n’étant rien, nous sommes libres de prendre position et de le faire savoir. Voilà la première raison d’être de Douai Vox.

Il y en a une autre que les lecteurs attentifs auront perçu sans effort. Le ras-le-bol des gâchis auxquels le peuple assiste impuissant alors qu’il en est le premier payeur, sans parler du silence pesant qui recouvre tous ces ratages.

Comme l’a justement fait remarquer le président de notre agglomération, aux affaires depuis dix ans à la CAD et depuis vingt-cinq ans dans sa mairie, les mécontents n’ont qu’à se faire élire pour décider à sa place.

C’est exactement l’objet des municipales et au-delà celui du renouvellement de Douaisis Agglo qui suivra. L’objectif très souhaitable de changer le patron avec la récente augmentation des sièges en faveur de Douai est tout à fait jouable.

Il ne sera pas dit que dans ce rendez-vous, qui est peut-être celui de la dernière chance, des citoyens libres n’auront pas, avant, fait entendre leur voix.

Loin de toute manipulation, ils ont choisi de se focaliser sur les idées plutôt que sur les hommes. Au final, l’espoir est là, c’est aussi le moyen de pousser d’éventuels candidats – reconnaissons qu’ils sont nombreux – à adopter un programme dépassant des engagements partisans qui aujourd’hui ne veulent plus rien dire.

Les remarques qui émanent de nos nombreux lecteurs démontrent que beaucoup d’entre eux, de tous bords politiques, approuvent notre propos. Ce sont la ville et son avenir qui comptent. Sur un tel objectif, le consensus est total.

Cette constatation, incertaine au lancement de Douai Vox, suscite un véritable espoir. Nous n’avons jamais douté du potentiel de la ville, ni de celui de sa région. Le problème est ailleurs. Il est chez les représentants que nous nous sommes donnés jusqu’à présent et qui ont été incapables de faire bouger les lignes.

Si c’était le cas, nous rencontrerions des multitudes de Douaisiens ravis de la situation de la cité découlant de l’action de nos élus. C’est bizarre mais c’est rarement le cas.

Allez hop ! On les change !

Un mandat si court

Un mandat si court

Il avait conduit une bonne campagne, alimentée, peut être avec l’aide de ses amis de la Région, par des propositions originales, plutôt bien calibrées. Elles répondaient aux destinées d’une ville dont les problèmes étaient si évidents que leurs solutions coulaient de source.

Bien sûr, la mise en œuvre concrète relevait d’une autre logique mais il aurait été quand même injuste de faire au candidat un procès d’intention sur une possible absence de résultats. Il bénéficierait, en cas de victoire, d’un mandat de six années pour tout faire.

On retenait ainsi la formule des « 43 000 Douaisiens qui étaient pour chacun d’entre eux des défenseurs de leur ville ». S’il y avait une erreur sur le chiffre, on appréciait malgré tout la rupture qu’un tel slogan pouvait incarner.

Jeune, sans réel passé, l’affichage politique du candidat comptait pour peu face à la promesse d’avenir qu’il annonçait. Pour beaucoup, les jours du PS local, ancien parti unique aux dérives si nombreuses, étaient comptés. On se doutait bien que le département comme la région, à bout de souffle, changeraient bientôt de main.

Une triangulaire salvatrice

Frédéric Chéreau sut se détacher de cette logique partisane avec beaucoup de finesse. Jouant habilement de sa personnalité, il ne se départait jamais d’un flegme quasi britannique, révélant même, lors des débats, une certaine aptitude à l’oral. Délivré d’une voix posée, le discours était clair, ce qui n’était pas le cas de ses nombreux concurrents dont l’insuffisance en la matière était particulièrement marquée.

La dauphine que le vieux maire lui opposait était de ce point de vue peu dangereuse. Pire, sa faiblesse la plus évidente était sans doute la certitude de la victoire. Elle avait bien essayé de marquer la différence avec son mentor mais ménager la chèvre et le chou n’est jamais une bonne chose, surtout en politique. D’ailleurs la formule du «changement dans la continuité » avait déjà été prise par d’autres en d’autres temps.

Le deuxième tour mit en face de la gauche un assemblage hétéroclite de candidats qui n’avaient, juste avant, cessé de se taper dessus. L’effet donné par l’accord improvisé de la droite fut désastreux. Plus indépendant, le candidat du FN avait mené une campagne qui se limitait, quand on l’interrogeait, à répéter le nom de la présidente de son parti à défaut de la moindre proposition précise. Sans doute pour perpétuer ce vide, il décida de se maintenir contre les deux listes encore en lice.

Une triangulaire était la configuration dont Frédéric aurait pu rêver. C’est ainsi qu’il gagna.

L’état de grâce

Un prometteur état de grâce s’ensuivit et cela d’autant plus que le nouveau maire ne bouscula pas grand-chose, conservant intacte l’administration dont il héritait jusqu’au DGS (Directeur Général des Services). C’était un peu comme si Hollande après sa victoire avait conservé Fillon à Matignon. Un conseiller, s’il en avait eu un, l’aurait conjuré de faire le ménage après les cinq mandats de son prédécesseur. Il ne le fit pas, peut-être parce que s’inscrire dans les pas du vieux monarque le rassurait. Il suffirait de faire la même chose que lui et tout irait bien.

La découverte de ses colistiers donna l’impression que la troupe n’était pas vraiment apte à l’épauler mais cela gêna peu. On avait l’habitude avec Jacques Vernier de l’exercice solitaire du pouvoir. Dans les mois qui suivirent, on vit toutefois dans les rues de Douai un adjoint chargé du commerce qui paraissait prendre son sujet au sérieux. Quant au reste, ce fut le silence, le néant. Parcourir la liste des conseillers et autres adjoints surprend encore jusqu’à aujourd’hui, on n’y connait personne.

La malédiction de l’agenda

Peu entouré, au fond très isolé, le maire éprouva dès lors, le problème de l’élu, surtout novice : la fameuse «malédiction de l’agenda». Les journées sont mangées par toutes sortes d’obligations dans lesquelles la représentation se taille la part du lion. On va chez le sous-préfet ou encore mieux à la préfecture dans la grande ville du Nord, on préside des réunions en tous genres, on reçoit une flopée de mandats aux limites de l’honorifique, on assiste aux remises de décoration, on se rend à Paris pour rencontrer Dimitri et ses collègues etc. Rien de concret, ni de conclusif dans tous ces machins mais qu’on ne s’y trompe pas, ils sont la preuve du pouvoir.

Pris dans ce rythme infernal, comme on délègue peu, les dossiers s’empilent, prennent du délai, sont mis à distance. On n’a pas le temps de penser et de poser une stratégie. On s’en remet à une administration dont le moteur est d’abord la perpétuation de son existence. Imposer la disruption à ces experts est un travail à plein temps qui réclame une énergie de très forte intensité.

mandat - choses remisent à demain

Les mois passent, les années s’écoulent. Un jour, on se rend compte que la prochaine élection approche. L’angoisse du vide saisit le maire. Il est sortant, il sera candidat. Son argument est prêt : « j’ai besoin d’un mandat de plus pour terminer ce que j’ai commencé ». On pourra gloser sur la réalité de cette dernière affirmation mais en hypothèse basse, si on commence sans finir, ce n’est pas faire.

C’est là que l’électeur déçu se pose des questions

Monsieur le maire :
Comme l’indiquait votre programme, où est donc la halle des produits frais dont vous avez parlée régulièrement durant la dernière campagne ?
Quand pourrons nous naviguer sur le canal Seine Nord que vous défendiez avec tant de vigueur devant les électeurs ébahis ?
Mais jusqu’où se prolonge ce fameux tunnel sous la gare qui devait nous permettre d’entrer facilement dans le beau quartier de la Clochette ?
A quel moment sera-t-il possible de mettre nos jeunes dans le CFA qui devait être créé bientôt, projet débattu depuis plus de dix ans ?
Avez-vous enfin rapproché Arras de notre belle ville de Douai comme le proposait fort justement votre programme électoral ?
Avez-vous rééquilibré le rapport de force interne de la CAD – enfin Douaizizaglo – pour que Douai, sans laquelle ce qui précède n’existerait pas, ait ses intérêts préservés ?
Enfin et surtout, avez-vous revitalisé le centre-ville, axe fort, essentiel, absolu de votre discours de candidat, auquel tous les habitants souscrivaient, programme si important qu’il vient de recevoir – à un an des municipales – un « développeur » dont on se demande pourquoi il n’a pas été recruté en 2014 ?

Frédéric Chéreau qu’avez vous fait de votre mandat ?

Addendum

5 septembre 2019

Nous découvrons ce jour sur RCF Radio Chrétienne le lancement de la campagne municipale de M. Chéreau. Notre maire explique comment il a traversé ce premier mandat, pourquoi il se représente et quelles sont ses ambitions pour la ville dans l’avenir.
Nos inquiétudes se confirment. Les 6 années de son mandat ont fait office d’apprentissage. Il nous le jure, nous le promet, il a tout appris, il sera maintenant efficace. Ses projets de 2014, « qu’il a regardé récemment » (peut être les avait-il oubliés) ont tous été réalisés.
Douai Vox reste sans voix, ce qui n’est pas si courant. C’est vrai, le mandat était trop court…


Le sixième mandat de Jacques Vernier

Le sixième mandats de Jacques Vernier

Tapi dans l’ombre d’une obscure opposition municipale, un jeune militant socialiste se déclara au bon moment candidat à la mairie d’une belle cité de Flandre. Peu de monde pariait sur ses chances et peut être même pas lui.

Il était unique, il le resterait

Jacques Vernier, le vieux maître de Douai, parrain redouté, passait enfin la main, après un interminable règne de trois décennies, cinq mandats complets, record absolu de l’histoire de la ville depuis les échevins du Moyen-Age.

Le monarque avait désigné sa dauphine, dame patronnesse qui paraissait rassembler tous les suffrages et dans tous les cas recevant le seul qui comptait : la désignation du chef. Ainsi adoubée, l’héritière voyait s’ouvrir devant elle un boulevard balisé en trois étapes, l’élection, la victoire, le pouvoir.

Pas de chance. Le plan ne répondit pas aux espoirs. Sans doute fatigué par la trop longue durée de la période verniérienne, attiré par la nouveauté qui a au moins l’avantage de l’incertitude, l’électorat porta au pouvoir local le jeune socialiste prometteur.

Certes, ses titres étaient bien rares, son expérience professionnelle bien légère mais son profil de jeune premier, sa constante correction, son mutisme stratégique sur beaucoup de questions lui permirent de ramasser la mise.

La dauphine avait fait bien pâle figure dans les pauvres débats qui animèrent la campagne électorale. Ses curieuses prises de parole démontrèrent aisément que ni la bienveillance quotidienne auprès des démunis, ni l’appartenance au sexe dit faible, ne suffisent à convaincre des habitants de la capacité à gérer leur ville.

Election faite, l’opinion s’interrogea sur le choix bizarre du vieux maire. On se demanda s’il n’avait pas trop écouté les conseils de son épouse. On en vint surtout à croire si, au plus profond de lui-même, il ne souhaitait pas cette issue. L’échec de son héritière était peut être le moyen de démontrer qu’il était irremplaçable. Il était unique et il le resterait.

Les apparences de l’exploit

Les premiers pas du jeune maire profitèrent d’un bel état de grâce. Il est vrai que cette victoire d’un homme de gauche sous un gouvernement de gauche possédait toutes les apparences de l’exploit. Outre la forte impopularité des socialistes à cet instant, les électeurs ont souvent l’habitude de sanctionner les candidats du même bord que le pouvoir en place.

Il échappa à ces risques, performance qui fut saluée à sa juste valeur. Il avait bien joué, profitant habilement de l’alignement des planètes. Très clairement, les votants, y compris une partie de la droite, appuyèrent le candidat qui, quoi que soutenu par les lambeaux de la gauche et de l’extrême gauche locales, avait eu la grande intelligence de conserver jusqu’au bout un discours modéré.

Il avait aussi un programme dont la teneur, pourtant bien banale, prend toute sa saveur aujourd’hui, quand on considère la réalité de sa mise en œuvre. Quant à l’équipe municipale, à part une ou deux individualités, dès le début du mandat rien ne dépassa du groupe, masse indistincte à l’épaisseur médiatique fort mince jusqu’à aujourd’hui.

Ce dernier trait ne fut pas sans rappeler l’exercice solitaire du pouvoir que pratiquait l’ancien maire lequel, d’une manière tout à fait inattendue, allait se rapprocher subrepticement de son successeur.

Flèches émoussées n’amassent pas mousse

Il y avait eu, durant la campagne, des critiques du candidat mais ces flèches s’émoussèrent bien vite. On avait entendu que si « de belles choses avaient été faites en trente et un ans », on pouvait regretter, ce qui était juste, que le sortant « n’ait pas eu de politique globale ». Plus méchant, le prétendant avait accusé Jacques Vernier d’avoir géré la ville « dans un superbe isolement » en travaillant peu avec les autres collectivités locales, région et département, ce qui était aussi injuste que faux.

Ces petits nuages se dissipèrent rapidement. Dès qu’il mit la main sur les manettes, Frédéric Chéreau, peut être un peu inquiet quant à sa capacité à saisir seul les destinées d’une ville de cette taille, conserva tous les cadres laissés en héritage par l’équipe sortante, notamment le directeur général des services (DGS), ce qui est sans exemple dans l’histoire des alternances municipales. Le nouvel édile rassura son monde d’une formule lénifiante qui serait la marque de son mode de gestion au long de ses six années de pouvoir : « Tous souhaitent rester. Nous ne leur demandons qu’une chose : un investissement fort dans le nouveau projet. »

Les années aidant et le poids des sujets s’imposant, le rapprochement entre l’ancien et le novice fut de plus en plus voyant. On en vint à se demander si le nouveau maire n’était pas, pour Jacques Vernier, le fils dont il aurait rêvé. Le premier ne ménageait pas ses efforts pour complaire au vieux sage, ravi d’être appelé à la rescousse sur tous les dossiers importants dont les chagrins notèrent qu’ils étaient surtout ceux qui n’avaient pas été réglés durant les cinq mandats du Cincinnatus des bords de Scarpe.

Le parc des vanités

Jacques Vernier, mentor du maire, obtint du conseil municipal un hommage saugrenu dont seul le général de Gaulle – il y a peut être un lien – pouvait s’enorgueillir : qu’on baptise de son vivant un lieu public de son nom. Le bon sens ou même simplement l’humilité auraient du pousser l’intéressé à décliner une telle distinction mais ce ne fut pas le cas.

Le remplacement du parc Gayant par le réseau du “tramway“, compte tenu de son coût pour la ville, aurait été mieux indiqué. Plus modeste, une station aurait pu à son tour célébrer une autre personnalité locale chère au souvenir des contribuables douaisiens. On pense bien sûr à Jean-Jacques Delille, ancien bras droit devenu traître, ardent défenseur d’un concept qui, à l’inverse de son financement bien existant, n’a lui jamais vu le jour.

Sauvons Douai

sauvons douai

C’est dans ces termes, et pas autrement, qu’il faut aborder les municipales qui s’annoncent. Dans le groupe bien fourni des élus qu’ils se donnent, les Français plébiscitent leur maire.

Ils savent que le patron de la cité dispose d’un pouvoir immédiat sur leur vie quotidienne mais plus encore sur l’avenir de la ville où ils habitent.

Ils savent qu’entre l’action d’un idiot et celle d’un intelligent, la distance peut être considérable, en gros celle qui sépare le succès du désastre.

Ils savent surtout, au final, que s’il revient aux premiers de décider, ce sont d’abord les habitants qui supporteront les conséquences de leurs choix ou, pire, de leur absence de choix.

Pour ces raisons sans doute, le moment des élections municipales est celui où on regarde un peu plus précisément l’état de sa commune. Celui de Douai n’est pas brillant. Il est d’ailleurs rare de rencontrer un habitant qui soit heureux de la situation de la ville. Si un de nos lecteurs en connait un, qu’il nous le présente. Nous serions heureux d’entendre ses arguments.

Bien sûr, il serait idiot de ne pas reconnaitre les effets de l’évolution du pays, de notre région, du désastre que représente, pour les villes moyennes, une mondialisation qui concentre la richesse en quelques endroits pour abandonner au reste le strict minimum.

Si la plainte des Douaisiens peut être parfois excessive, on aura du mal à leur donner tort, tant le constat est sévère. Regardons les devantures vides du centre ville, la baisse régulière de la population qu’accompagne, année après année, son inexorable appauvrissement. La comparaison avec la situation d’il y a trente ans est cruelle. Que sont devenues les activités d’antan, l’énergie qui animait nos quartiers ? Où est donc passée la locomotive économique du Douaisis ?  

Tout prouve que le déclin s’est peu à peu imposé, qu’il est à présent évident et massif, sans qu’aucune équipe municipale n’ait jamais été capable, depuis des décennies, de l’arrêter.

Pourtant – sinon ces lignes n’existeraient pas – rien n’est dit, rien n’est fait. Il est encore temps de réagir. Il est encore possible d’installer une politique municipale digne de son nom, une politique qu’on rêve active et visionnaire. D’autres, ailleurs, y sont parvenus. D’autres ont été capables d’inscrire un nouveau cours, avec l’idée de la rupture et la volonté de tout changer. Pourquoi Douai n’y aurait pas droit ? Pourquoi serions nous tous condamnés à subir la loi générale et la bêtise des élus ?

Un rebond est-il possible ? Peut-on imaginer l’obtenir avec les nombreux candidats qui se poussent aujourd’hui au portillon d’une élection dont tout démontre qu’elle sera incertaine ?

Peut-on faire le pari que ces noms déjà connus, peut être même un peu usés, dont les Douaisiens n’ont pas voulu dans le passé, seront la clé du changement tant espéré ?

Rien n’est moins sûr. Il faut se persuader que ces élections seront pour Douai celles du sursaut vital. Une chose est certaine : si ces élections ne permettent pas de désigner une équipe capable de réaliser le retournement positif qu’attendent tous les Douaisiens, l’avenir de notre ville sera sombre.

Observateurs et acteur de la politique locale, nous nous proposons, dans ce blog, d’analyser et même de participer à la campagne qui s’ouvre, en espérant alimenter le débat qui est nécessaire à toute échéance électorale mais qui parait parfois à Douai bien limité.

Car oui, nous pouvons, tous ensemble, sauver Douai et pour une fois, prouvons le !