Le Couvent des Capucins

couvent des capucins

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (3)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Un bâtiment bientôt désaffecté

Cette fois-ci, on triche un peu car ce bâtiment exceptionnel est en théorie occupé par le centre d’information et d’orientation (CIO), organisme chargé d’accompagner les élèves, voire des adultes, dans leurs parcours professionnels.

couvent des capucins - entrée du CIO

Le réseau des CIO connait actuellement en France une profonde évolution. La réforme en cours, qui répond au transfert de ces compétences vers la région, prévoit qu’à terme que chaque département n’ait qu’un centre public d’orientation et que l’action des conseillers soit concentrée prioritairement dans les établissements scolaires.

Il est vrai que parcourir le site internet du CIO de Douai, qui n’a pas été actualisé depuis 2017, ne donne pas l’impression d’une activité intense. Quoi qu’il en soit, le départ de cette structure n’est plus qu’une question de temps. Il faut donc s’y préparer, anticipation qui, le lecteur en conviendra, se voit peu dans notre ville.

Le Couvent des Capucins

Les Frères mineurs capucins constituent un ordre monastique relativement récent. Lié à l’ancienne famille franciscaine, autorisé en 1528 par le pape Clément VII, il n’a obtenu qu’en 1574, de Grégoire XIII, la liberté de se répandre partout dans le monde. Introduit en France à cette date, l’ordre y a connu un grand succès. Ce dernier a été plus flagrant encore dans les Flandres où les pères capucins (dont l’habit comporte un capuchon qui explique leur dénomination) ont appuyé avec efficacité l’action de la Contre Réforme.

Appelés à Douai par le doyen et les chanoines de St Amé en 1591, la présence des capucins dans la ville a été régularisée par une bulle papale en 1618. Le plan relief de 1709 montre leur couvent qui présente peu de points communs avec celui d’aujourd’hui. La ville, lors de la Révolution, a réussi à prouver son droit de propriété sur les bâtiments. Cette décision a évité leur vente en bien national qui aurait été suivie, à l’exemple de la collégiale, par sa probable destruction. Les lieux ont toutefois été vidés de la douzaine de tableaux qui s’y trouvaient mais surtout de la bibliothèque dont les volumes ont rejoint le fonds municipal.

Le couvent des Capucins en 1709
Le couvent des Capucins en 1709, Mémoires de la SASA, 1903-1904.

Le siège de la Société d’Agriculture

En 1812, le cloître et l’église, proches de la rue d’Arras, démolis, ont libéré un espace aménagé en jardin tandis que le bâtiment principal, probablement construit au XVIII° siècle, donc récent, a été offert à la «Société d’agriculture» de la ville. Fondée en 1799, d’abord dédiée à l’innovation agricole comme son nom l’indique, cette société savante dont peu de cités peuvent s’enorgueillir en termes d’ancienneté, s’est ensuite diversifiée vers les lettres et l’histoire, célébrant jusqu’à aujourd’hui le patrimoine de Douai.

Outre une salle de réunion, la bibliothèque de la société, installée dans les locaux, offrait aux amateurs des ressources imprimées originales. Plus encore, des serres abritant des variétés exotiques, construites sur un côté de l’allée centrale permettaient outre d’acclimater des essences rares, de les faire connaitre aux promeneurs dans la plus belle tradition physiocratique du siècle des Lumières.

couvent des capucins -entrée du parc Duhem- ville de douai
Entrée du jardin des Capucins, aujourd’hui des frères Duhem. Henri, avocat et peintre, possédait la demeure située à gauche dont l’atelier devenu municipal est toujours visible.
jardin duhem
Au fond à droite, emplacement des serres de la société d’agriculture transformées en parterres

Le « Jardin des Plantes » qui s’étendait de la rue d’Arras jusqu’à la caserne d’Esquerchin – le bâtiment des capucins étant placé au centre – a offert aux Douaisiens, dans une ville très à l’étroit dans ses fortifications, un lieu de promenade unique pendant près de 150 ans.

La fin du Jardin des Plantes

C’est à l’issue de la seconde guerre mondiale, à l’initiative d’André Canivez, que la Société d’Agriculture, des Sciences et des Arts (dénomination adoptée en 1926) fut dans l’obligation de quitter les lieux afin qu’ils puissent accueillir « un centre moderne d’orientation professionnelle » pour parler comme le maire d’alors. Plus encore, le jardin, baptisé du nom des frères Duhem, fut amputé de tout son espace arrière pour y construire la nouvelle école normale d’institutrices du Nord, aujourd’hui désaffectée.

Ses façades et toitures étant inscrites depuis janvier 1951 au titre des monuments historiques, on s’interroge sur la « remise à neuf » de l’époque évoquée par André Canivez quand on observe l’horrible ciment qui s’étend jusqu’à maintenant sur ces éléments pourtant protégés. Sans doute parce qu’il ne se voit pas, l’arrière du bâtiment, qui a échappé à ce zèle iconoclaste, renseigne sur son état originel. C’est un livre d’histoire. On devine de nombreuses reprises, ainsi des fenêtres percées, bouchées ou modifiées en portes, mais surtout les traces de l’enduit à la chaux qui devait autrefois recouvrir les murs.

facade avant couvent des capucin -ville de douai
Façade du couvent rénovée dans les années 50. Si on aime le ciment…

Si la façade avant ne connait qu’un rang de fenêtres au rez de chaussée, l’arrière en présente deux. Avec ses combles de forte hauteur quasiment aussi élevés que les murs et sa couverture en ardoises, le couvent a de l’allure. Les nombreux encadrements qui rythment la façade, mais surtout ses frontons triangulaires, dont celui de l’arrière percé d’un oculus, lui donnent une belle apparence. On sent ici une influence palladienne sinon classique que seule une restauration digne de ce nom pourrait sublimer.

couvent des capucins - arrière - ville de douai
Façade arrière du couvent

Besoin d’une idée originelle ?

Réinstaller la Société d’Agriculture, des sciences et des arts au Couvent des Capucins.

Outre une indispensable rénovation plus respectueuse de son apparence, le couvent des capucins doit renouer avec son passé originel. Il faut évidemment réinstaller la Société d’agriculture, des sciences et des arts, devenue foraine tant elle doit régulièrement changer de localisation, dans les locaux rénovés du couvent des capucins.
Imaginons en outre, dans la perspective du projet déjà évoqué du « quartier Co », la remise en état du Jardin des Plantes rendue possible par la démolition du bâtiment désaffecté de l’IUFM. Cet aménagement permettrait aux promeneurs de traverser la « coulée verte » ainsi reconstituée reliant la porte d’Esquerchin à la rue d’Arras.

Et si on reconstituait le Jardin des Plantes ? (plan Robaut, 1850)

Réintégrée dans son espace originel avec ses fonds historiques, la société, qui gagnerait peut être d’ailleurs à faire évoluer ses statuts, pourrait dans le couvent disposer d’une salle de réunion, d’une bibliothèque mais aussi d’espaces d’exposition. Pourquoi ne pas imaginer, ainsi que le prévoit la loi de 2004 un système de prêt des œuvres du musée de la Chartreuse, dans la multitude que le public ne voit pas parce qu’elle est dans les dépôts ? Des salles de séminaires, ouvertes à d’autres organismes ou des entreprises, pourraient se tenir dans ces locaux exceptionnels et modernisés, enrichis d’une offre de restauration proposée au public qui pourrait également profiter aux beaux jours, d’une terrasse sur le jardin à l’arrière du bâtiment.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Le maire de Douai est-il un bon VRP?

Le meilleur VRP de Douai

« Un maire doit être le VRP de sa ville afin d’attirer sur le territoire de sa commune de nouvelles sociétés. Les commerces de proximité jouent un rôle allant bien au-delà du seul aspect économique »

Xavier Iacovelli

C’est un camarade socialiste de M. Chéreau qui le dit, le “célèbre” sénateur M. Xavier Iacovelli, qui a écrit un livre sur la ville de Suresnes en 2013. Ce n’est pas du Baudelaire mais la citation, pertinente, met la puce à l’oreille.

L’étendard médiatique de la ville

Mais oui, qui est la personne à Douai la plus visible sur le web, celle dont tout le monde parle et sur laquelle le public recherche des informations ? 
Notre ami Google met gratuitement à disposition de tous les internautes, un outil très amusant, “Google trends“.
Avec une requête, on peut y lire l’évolution des tendances de recherches d’un terme au fil du temps. Il ne s’agit pas d’un chiffre absolu mais d’une proportion entre 0 et 100. On ne connaît pas le volume précis de la recherche, mais on visualise l’évolution de l’intérêt pour une personnalité, un mot ou une expression. 
Les requêtes effectuées révèlent bien des surprises… En fait non, pas vraiment !

Jacques Vernier vs Frédéric Chéreau

Comparons d’abord les tendances de recherche de deux personnages emblématiques de la commune, Jacques Vernier (courbe bleue), « l’ancien maire » et Frédéric Chéreau (courbe rouge) sa doublure depuis 6 ans.

VRP Jacques vernier vs Frédéric Chéreau

Pour rendre la lecture des courbes plus lisible, on regarde les seuls 12 derniers mois. Une précision, la tendance est la même sur une requête sur les 5 dernières années .

jacques vernier VRP numéro un

Ici, La réponse est sans appel le meilleur VRP de Douai est M. Jacques VernierPour son 6ème mandat, il rafle la mise. A ce stade, on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité du service presse de M. Frédéric Chéreau


Frédéric Chéreau vs Frédéric Leturque

Voyons un peu ce qu’il se passe du côté d’Arras, cette ville toujours prise pour modèle par nos élus, “nous ferons de Douai la nouvelle Arras“. Peut-on espérer qu’un jour, Douai soit citée en exemple et qu’on entende “Douai la ville enviée par tous ses voisins“.

Frédéric Chéreau vs Frédéric Leturque

Cette fois, c’est une bataille de Frédéric. A notre gauche Frédéric Chéreau (Maire de Douai depuis 2014) est en bleu, à notre droite Frédéric Leturque (Maire d’Arras depuis 2011) en rouge

Frédéric Leturque VRP numéro 1

Victoire par KO pour le Maire d’Arras Frédéric Leturque. 
Une nouvelle fois, notre Frédéric fait bien pâle figure. C’est encore plus visible sur la carte ci-dessous. Elle indique l’origine géographique et le volume de la recherche sur le territoire.

On remarque également que les recherches sur le patronyme du maire d’Arras (en bleu), s’étendent en Île-de-France, Picardie et Nord Pas-de-Calais, cela nous indique sa zone d’influence. Frédéric Chéreau (en rouge) est peu recherché et seulement dans le Nord Pas-de-Calais.


C’est triste pour Douai, mais il est ici très clair que la notoriété de Frédéric Chéreau ne dépasse pas la limite des anciennes fortifications de notre ville. Il est étouffé par la médiatisation de son prédécesseur, qui n’a visiblement toujours pas lâché l’affaire. Comment imaginer que l’on trouve de nouveaux habitants, des entreprises, des touristes, des investisseurs ou des promoteurs, avec un VRP de cette envergure ?

Quand tu décides au doigt mouillé

quand tu décides au doigt mouillé

Il est temps de se pencher sur la fabrication des décisions de nos élus. C’est une indispensable question pré-municipales. Le lien entre la motivation, la dépense et enfin l’utilité de certains choix mérite le détour à Douai.

Utilité de l’action publique

On passera sur les coquilles qu’on repère dans les écrits, rapports etc. qu’on présente pourtant comme importants pour l’avenir de la ville et la région. Ces imperfections prouvent que peu de monde relit ces pensums. On peut aussi y voir, en poussant un peu, une métaphore de l’action publique locale. Au bout du bout de la dépense, il n’y a peut être rien.

On garde plus sérieusement en tête les innovations numériques débouchant sur des « erreurs 404 » qui démontrent que personne n’a pris la peine de vérifier régulièrement si tous les liens d’un site fonctionnaient. Nous mettrons dans le même sac les applications à la motivation respectable mais dont le suivi semble bien aléatoire. C’est là que le contribuable se demande, comme quand il voit un Binbin vide dévalant la rue de Bellain, si certaines décisions de nos élus sont justifiées.

Motivation du choix

Quand les choix débouchent sur des résultats faibles sinon nuls, comment l’expliquer? Plusieurs hypothèses sont possibles, elles peuvent même se cumuler ici ou là.

Pour commencer, premier principe, le célèbre effet d’annonce. Il n’y a aucune raison que nos politiques ne s’en servent pas. Devant un problème, pour éteindre une polémique, il suffit de communiquer – c’est de l’oral, éventuellement relayé par un écrit dans la presse – sur la décision supposée régler le sujet. On espère ensuite que, mémoire courte des électeurs aidant, tout cela sera rapidement oublié. Le plus bel exemple fut l’annonce par Jacques Vernier, en pleine campagne électorale de 2014, du projet hôtelier de l’Hôpital Général. Une société sérieuse, celle de l’Ermitage Gantois lillois, allait monter le projet. C’était dit, c’était fait. Pas de bol, sept ans plus tard, on attend toujours.

Principe suivant, la motivation intuitive qui est sans doute la plus dangereuse. Dans ce cas, il s’agit d’une décision prise par un élu sur la base d’une idée personnelle. En français, on parle alors de « fausse bonne idée ». Des projets relèvent à Douai de cette logique. Nous prendrons deux exemples.

La piétonnisation du coeur de ville

On a d’abord la piétonnisation du centre ville, prévue pour dynamiser les commerces. Leurs propriétaires n’en voulaient pas, on leur a imposé. Il est vrai qu’empêcher les automobilistes d’approcher des magasins leur permettait de craindre qu’on n’interdise par la même occasion aux clients d’arriver. 
Peut être nos élus avaient-ils en tête les jolies rues piétonnes de leur jeunesse. Malheureusement, nous ne sommes plus en 1975. Nous avons aujourd’hui internet, Amazon, la zone de Noyelles-Godault et en prime un plan de circulation qui rend fou. Continuer dans cette voie est paradoxal à tous les points de vue. C’est la voiture qu’il faut remettre dans les rues, pas les piétons.

Restaurant Le Prévost ville de Douai - quand tu décides au doigt mouillé

Le restaurant le Prévost

L’ouverture du restaurant Prévost de la rue de la Massue relevait sans doute aussi de cette intuition magique. Frédéric Chéreau pour justifier le soutien financier de la commune a parlé d’un « choc de confiance » dont on se demande comment il se mesure, peut être avec un sismographe. Mieux, notre maire envisageait de n’attendre dans un premier temps « aucune recette » du projet. Le seul retour envisagé étant celui d’un loyer progressif sur neuf ans (50 000 euros par an), qui conduit à calculer qu’il faudra près de trente ans pour retrouver le 1,4 million payé par les Douaisiens.

S’il cherche des justifications plus solides, on peut venir à la rescousse du maire en disant d’abord que cela sauve un vieux bâtiment maintenant rénové de fond en comble. 
On peut aussi se féliciter que notre ville dispose enfin d’un restaurant de prestige. Après tout, ça prouve que Douai n’est pas Denain. Nos élus, dont ceux de la puissante Douaizizagloont à présent une cantine capable d’impressionner les partenaires qu’ils y inviteraient. 
Enfin, on peut reprendre le concept de « choc » susceptible de modifier l’image de la cité. Il impacterait la perception d’entrepreneurs qui, séduits, pourraient investir dans d’autres secteurs de la ville. 
Au final, nous voilà dans la théorie du « ruissellement » qui prévoit que la dépense des gros profite toujours un peu au bout de la ligne aux maigres.

Mesure d’effet avant et après

Sans être économiste de métier, on se doute bien que mesurer ce dernier effet est une gageure. C’est ici qu’apparait – elle est indispensable avant de décider – la rationalisation des choix pour qu’ils débouchent sur un résultat.

Qu’un conseil municipal ou une communauté d’agglo puissent trancher un sujet en espérant un effet positif est la moindre des choses. C’est d’ailleurs toujours ainsi que nos élus présentent leurs arbitrages, sauf qu’il arrive que ça tarde à réussir et que ça manque souvent, avant et après, d’éléments chiffrés.

Il aurait été intéressant de disposer des cibles de fréquentation des magasins soumis aux voies piétonnes, avec un calendrier prévoyant un bilan régulier, avec du avant et du après, notamment sur l’augmentation du chiffre d’affaire des commerces concernés. 

Nous ne compterons pour rien la « consultation citoyenne » organisée par la mairie dont les réponses excluaient toute opposition au projet. Nous ne pouvons résister à présenter la savoureuse question qui suit :  Souhaiteriez-vous une piétonnisation définitive :
– D’avril à octobre
– D’avril à décembre
– toute l’année
Inutile de chercher « jamais », il n’existe pas.

Pour Le Prévost, l’approche serait tout aussi utile pour les contribuables. Il aurait été bon de disposer du « business plan » de départ, du prix moyen du repas, du chiffre d’affaires et du bénéfice espéré, du taux de fréquentation de l’établissement, des échelons de l’amortissement financier, du volume des retombées médiatiques et in fine de l’impact général de cette création sur la ville etc.

L’inefficacité assumée

Malheureusement, comme le montre un récent rapport de la cour régionale des comptes qui critique certaines décisions de nos élus locaux, il arrive que ces derniers assument sans inquiétude l’échec qui contredit les attendus d’un projet.

Le musée Arkéos

Ainsi le musée local, Arkéos, dont le coût de construction comme la charge de fonctionnement apparaissent supérieurs aux prévisions. L’équilibre financier du projet ne pourra jamais, en dépit des engagements pris, être atteint et cela d’autant plus que l’idée de faire payer l’entrée est depuis longtemps abandonnée. 
Que le Douaisis puisse disposer d’un lieu célébrant son histoire est une évidence sinon une obligation. Par contre, l’implanter hors du centre ville faisait porter un risque, comme le prouve la faiblesse du nombre de visites depuis l’ouverture. 
On se demande dès lors comment a été préparé ce dossier. Deux éventualités : soit l’impossibilité de l’équilibre était connue dès le départ mais a été passée sous silence, soit l’étude qui a servi de base à la définition du projet était complètement déficiente.

Mis en face de ces contradictions, les réponses des élus ont été étonnantes. Les critiques n’ont pas été balayées d’un revers de la main, mais ce n’était pas loin. Pour un peu, selon la formule célèbre, le coût n’est pas un problème, c’est gratuit puisqu’il s’agit d’argent public.

L’affaire du Tramway

Evidemment, à ce stade, nous avons tous en tête l’affaire du Tramway qui est un résumé de ce qui précède. On y trouve les trois principes exposés plus haut. 
L’effet d’annonce sur les performances mirobolantes d’un moyen de transport innovant. 
La motivation intuitive des promoteurs qui ont défendu de toutes les manières possibles, y compris en comptant pour rien les études les plus sérieuses, ce qui allait devenir un accident industriel de grande ampleur.
Enfin, tout le dossier parait avoir été instruit sans aucune approche rationnelle en termes de résultats attendus, ainsi pour la dépense. Le déséquilibre financier de toute l’opération a plombé pour plusieurs années les finances des collectivités en cause, Douai en tête.

Quand tu décides au doigt mouillé - article Douai vox.
La route du Tram est coupée…

Pouvons-nous espérer que la prochaine équipe municipale nous protégera de ces risques mais surtout nous épargnera de ce genre de conséquences ? Croisons les doigts.

Où sont les femmes?

où sont les femmes à la CAD -Douaisis agglo

On vous entend fredonner d’ici. Pourtant, nous n’avons pas du tout l’intention de relancer la carrière de Patrick Juvet, icône du disco tombée dans l’oubli. Ce qui nous pose question aujourd’hui, c’est la représentation des femmes parmi les élus de la communauté d’agglomération du Douaisis.

Interco, zone de non droit paritaire

En 2019, pour la journée internationale des droits des femmes, deux études ont été publiées par la Direction Générale des Collectivités Locales (DGCL). L’une sur la répartition des femmes dans les conseils municipaux et l’autre sur les conseils communautaires. 
Depuis la loi sur la parité en 2000, la place des femmes dans le paysage politique local a progressé mais, sans surprise, elle reste faible.
Si 40% sont des élues municipales, une minorité sont maires (17%) ou à la tête d’une grande collectivité. Ces écarts sont encore plus importants dans les communes de moins de 1 000 habitants, non soumises à cette règle de la parité.

Du côté des intercommunalités le tableau s’assombrit encore un peu plus. En janvier 2019, La part des femmes dans les conseils communautaires est de 31,4%, mais seulement 8% d’entre elles occupent une fonction dirigeante. 
Les grandes sociétés cotées en bourse, avec 18% de femmes dans les comités exécutifs arrivent à faire mieux, ce qui n’est pas peu dire.

15 sièges de vice-présidents,15 hommes, 0 femme

où spnt les femmes?
Impeccable brochette d’hommes vice-présidents de la communauté d’agglo du Douaisis

Un seul constat, le pouvoir politique reste aux mains des hommes.
En France, ces derniers représentent 80,1% des vice-présidences et 92,3% des EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) sont présidés par un homme.

Dans le Douaisis, on peut être fier de nos performances, entre le président et ses 15 vices présidents, on atteint le score soviétique de 100% d’hommes à la tête de l’intercommunalité. De quoi constituer une solide équipe de rugby à 15, puisque l’on a tous les joueurs et même le soigneur. 
Les premières femmes n’apparaissent qu’à l’échelon des conseillers communautaires, soit 22 femmes sur 60 personnes élues.

Pourquoi cette question de parité est-elle importante?

Le 15 et 22 mars prochain sont les dates des prochaines élections municipales 2020. Nous élirons notre nouveau maire, mais aussi, avec le même bulletin, nos conseillers municipaux et ceux de la communauté d’agglomération.

Détail important, pour être élu conseiller communautaire, il faut obligatoirement être conseiller municipal. Les conseillers communautaires sont élus pour la même durée que les conseillers municipaux et sont renouvelés au même moment.

Besoin d’une suggestion?

ATTENDRE LA PROMULGATION DE LA LOI

En mars 2019, une proposition de loi visant à renforcer la parité à l’échelon local a été déposée à l’Assemblée nationale.
Sera t-elle promulguée pour les élections municipales de 2020 ? Rien n’est moins sûr.

Les 3 points à retenir sont :

1/ La généralisation du scrutin de liste paritaire à toutes les communes y compris celles de moins de 1000 habitants.

2/ l’instauration d’une alternance de sexe entre maire/président et 1er adjoint/vice-président dans les exécutifs communaux et intercommunaux 

3/ La mise en place d’un principe d’alternance entre femmes et hommes dans tous les exécutifs locaux(communes/départements/régions)

De grosses négociations en perspective !

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Tout vient de la Scarpe

tout vient de la scarpe à Douai

Il y a tant de choses à dire sur la Scarpe. Sans elle, Douai n’existerait pas, ce qui rend encore plus étonnant le fait qu’elle lui tourne aujourd’hui le dos.

Le berceau de la cité

Il y a d’abord au tout début de cette histoire la géomorphologie. C’est au contact de deux types de sols qu’apparait la rivière, entre la craie du sud et les sables argileux du nord. L’eau qui s’accumule entre les deux, un marécage, permet une modeste navigation, variable selon les saisons. Le milieu est riche pour l’homme qui peut s’y nourrir plus facilement qu’ailleurs. Il faut se convaincre que l’existence de nombreuses abbayes sur le cours de la Scarpe – Flines, Anchin, Marchiennes – tient entre autres à ces premiers avantages naturels.

Ce sont peut être ensuite les moines, avec le soutien ou simplement l’accord du Comte de Flandre, qui ont entrepris des travaux dont l’efficacité étonne jusqu’à maintenant. Ces aménageurs, dont l’histoire ignore tout, venaient peut être du Nord. Habitués au creusement des watringues qui, à la même époque, faisaient la richesse des Flandres, ils rendent alors possible l’existence de Douai.

A la fin du X° siècle, en effet, un canal percé à Vitry permet de dévier le cours de la Sensée pour qu’elle se déverse dans la Scarpe. Cet aménagement, qui augmente la force et le niveau de l’eau, fonde la rivière moderne. L’origine de Douai relève, comme les polders flamands, du gain d’un nouveau territoire par la seule volonté de l’homme. On peut y voir l’origine de sa fragilité foncière. La ville, qui a subi tout au long de son histoire des revers et des succès ne profite d’aucun avantage naturel incontestable. Ce que possède Douai ne lui est pas donné, elle doit le prendre.

Une voie de communication essentielle

A cette fin du X° siècle, de part et d’autre du cours d’eau, la ville se développe. D’abord une tour, petit château qui garde le passage pour le Comte de Flandre et puis une église, bientôt collégiale, Saint Amé. En dépit de ces débuts, paradoxalement, la ville se développe sur l’autre rive, vers la place d’Armes. Elle devient même au XII° siècle, s’appuyant sur son beffroi, une cité qui se gouverne elle même. « La loi et la liberté de Douai » fait des émules tout autour jusqu’à Orchies. Un siècle plus tard, elle devient une ville « drapante » qui fabrique et exporte sa production textile dans toute l’Europe. La cité voit grand. Elle se construit une enceinte fortifiée si large qu’elle ne parviendra à la remplir qu’à la fin du XIX° siècle. La ville médiévale est un géant qui abrite près de 15 000 habitants.

Evidemment, la Scarpe est la clé de cette puissance. Elle est la voie qui permet l’acheminement des produits et des matières premières, à une époque où les capacités des routes sont très faibles. Il faut se représenter la cité grouillante de vie au pied de la rivière où tout arrive et tout repart.

gravure ancienne de la Scarpe
Le Grand Constantin (futur palais de justice) au XVII° siècle – @Mémoire de Douai

La draperie, un siècle tout rond, le XIII°, sera une riche parenthèse pour Douai qui ne parviendra jamais à retrouver ce statut « industriel » jusqu’à aujourd’hui. Par contre, une autre activité plus diffuse va lui permettre de conserver sa place parmi les grandes villes de Flandre.

Au XIV°, lors d’une courte période durant laquelle Douai est française, Philippe le Bel accorde à la ville le monopole de la vente des grains dans la région. Il est vrai qu’elle est l’endroit de la rupture de charge, le point de départ des échanges commerciaux fluviaux vers le Nord par l’Escaut. Ce privilège va permettre à la cité de disposer de ressources importantes mais surtout va placer la ville au centre de liaisons commerciales de grande ampleur.

La rivière augmentée en force et en étiage peut de plus accueillir plusieurs moulins – plus d’une dizaine – sur son cours, ce qui est une ressource pour la ville. Elle financera ses fortifications avec ces taxes.

La clé de la puissance douaisienne

Dès lors, la Scarpe est le cœur de la puissance de la ville. Tout y vient et tout en repart. Si on devine aujourd’hui ici ou là les traces des quais où les marchandises étaient déposées – ainsi la halle du palais de justice avec ses arches gothiques – on perçoit mieux les hauts murs des entrepôts où les négociants stockaient les grains.

Le succès est si grand que l’encombrement augmente au point de rendre la traversée compliquée, surtout quand se développe l’activité minière après 1857. On dit ainsi que franchir Douai en bateau prenait au milieu du XIX° près de deux jours. Les clichés de l’époque montrent un canal où les péniches et autres gabarres se partagent difficilement la voie d’eau. Celle-ci avait pourtant été modernisée par Jules Maurice sous le Second Empire. On doit à ce maire énergique les berges qui ont subsisté jusqu’à maintenant.

aménagement sur les quais de scarpe
Aménagement des quais sous le Second Empire

La construction du canal de dérivation en 1896 allait bien sûr réduire le trafic dans la ville. On conserve pourtant l’habitude d’emprunter le canal ici ou là. Il arrive même qu’on se rende chez des amis en barque, à une époque où les bras de la Scarpe, ainsi derrière la rue des Foulons, existent encore.

De l’eau vive au bras mort

Et puis ensuite, les deux guerres poussent peu à peu la ville à s’éloigner de la Scarpe nourricière. D’un avantage, elle devient une gêne. En 1926, le canal est désaffecté. On comble les bras qui entraient dans la ville. Les ponts mobiles sont immobilisés, abaissés et bétonnés. La navigation devient impraticable. La rumeur la déclare même interdite. Peu à peu, la Scarpe, source de vie, devient un bras mort.

Charles Fenain, lors de la bêtise moderniste qui allait laisser tant de traces dans la ville, envisage même un moment de couvrir le canal millénaire. Le projet prévoit de le transformer en double voie automobile. On sourit à penser que celle-ci pourrait aujourd’hui permettre au tramway, non au BHNS, de l’emprunter. Par chance, faute des financements suffisants, cette folie ne vit pas le jour.

Voilà une bonne vingtaine d’années, la ville reçut à l’inverse un budget pour rénover ses berges qui étaient alors dans un piteux état. Des façades sont restaurées, des murs consolidés. Mais les accès des maisons sont systématiquement condamnés, avec peut être l’idée qu’il fallait les protéger de l’eau. Ces travaux surtout ne furent continués par aucune politique d’ampleur. Il ne fut pas question de rendre possible la navigation, ni de mettre en place une stratégie globale pouvant redonner à la ville son statut fluvial.

Depuis des années l’écluse de l’entrée des eaux est fermée. De récents travaux ont même remplacé les batardeaux provisoires par un aménagement qui condamne définitivement le passage de Courchelettes à Douai. En aval, depuis 2005, le canal qui relie la ville à Saint Amand connait le même sort. Les ponts mobiles non entretenus sont devenus infranchissables.

Pour le malheur de Douai, elle se trouve juste au milieu de deux Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE). Celui de la « Scarpe aval» qui a été approuvé en 2009 après dix années de laborieuses concertations et celui de la «Scarpe amont» qui vient d’arrêter, selon le métalangage actuel, cette année, son «scenario tendanciel ». Ces documents touffus, que personne ne lit jamais, parlent peu de la navigation sinon pour reconnaître, c’est un aveu, qu’elle est « limitée » sur la totalité du SAGE d’Artois comme d’ailleurs celui du Nord.

Le retournement de statut de notre ville, née de sa fonction de passage mais devenue à présent le lieu de l’empêchement, n’est pas le moindre de ses paradoxes. La plaisance fluviale est pourtant un enjeu crucial en termes de développement. On se prend à imaginer une Scarpe redevenue vivante, reliant Arras à Saint Amand, mais surtout abritant des projets nautiques, des guinguettes. La vie enfin rendue à la rivière, remettant dans le site originel de la ville la dynamique nouvelle qui la sauvera.

Besoin d’idées fluviales?


Clarifier les responsabilités et les compétences du canal de Scarpe

La première approche doit être celle de la clarification du statut du canal du centre ville. On croit comprendre qu’il ne dépend pas des Voies Navigables de France (VNF) mais de la commune pour ses ponts et des particuliers pour les murs. Pour autant, il apparait obligatoire de prendre langue avec les animateurs des SAGE dont la compétences s’exerce sur le bassin hydrographique de la région. Douai doit faire le lien entre ces deux entités. L’action sur les ponts comme les écluses est une priorité.


Développer le potentiel touristique de la Scarpe, espace festif et convivial

Restaurants au bord de l'eau à Gand
bateaux à Gand

La seconde idée est d’une échelle différente. Un projet d’aménagement de la vieille Scarpe est indispensable. Il doit envisager, dans une perspective de développement du potentiel touristique, des animations, des aides à l’installation d’établissements, des aménagements pour les touristes fluviaux. Une offre de location de paddles, kayaks, barques etc. ne serait pas de trop. De même les parcours doivent être améliorés. Il est actuellement impossible de suivre en vélo le chemin de halage en continuité. Le modèle doit être Gand et pas autre chose.

aménagement du canal à Gand
A Gand, cheminement le long du canal pour rejoindre les terrasses de restaurants.

Retrouver l’ancienne fonction motrice

Enfin troisième proposition qui pourrait être explorée avec intérêt, celle de centrales électriques qui retrouveraient l’ancienne fonction motrice dans les endroits qui accueillaient autrefois les moulins, ainsi le pont des Dominicains. La chute, comme le courant, existent toujours. Pourquoi ne pas imaginer que l’éclairage des quais soit alimenté par cette ressource gratuite ?

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Le PLU avant le PLU

Le plu avant le plu

Douai présente, plus que toute autre cité des Flandres, un patrimoine exceptionnel qui tient à son unité architecturale. Il y a aussi la magnificence. Les grandes familles douaisiennes n’hésitaient pas à étaler aux yeux de tous les preuves de leur prospérité, par la taille mais surtout la décoration de leurs somptueuses demeures.

Qu’elles aient réussi à traverser les siècles et les nombreuses destructions du passé relève du miracle. Les deux guerres mondiales ont été bien agressives contre Douai. L’action des « aménageurs » qui a suivi la Libération, André Canivez et Charles Fenain n’a pas été sans effet. Les deux n’ont eu aucun état d’âme à détruire des vieilles bâtisses pour mettre à la place des bâtiments en béton, verre et fer. Il faudra un jour faire la liste de ces démolitions qui témoignent de leur part d’une étonnante indifférence au passé.

Quoi qu’il en soit, si les plus beaux hôtels de la ville attestaient des moyens financiers et du goût des magistrats et aristocrates – souvent fusionnés – on compte aussi dans la ville des réussites architecturales qui découlaient parfois de motivations plus banales.

Ainsi le fameux bâtiment de « la Poule » avec sa magnifique façade Louis XVI, ses colonnes, son tympan sculpté, n’était pas à l’origine la propriété d’un aristocrate local mais plus prosaïquement le projet d’un maître charpentier, Pouille, qui souhaitait investir dans les « immeubles de rapport » comme on le disait alors, objectif qui, parait-il, le mena à la ruine.

Le règlement de 1718

Pour autant, l’unité architecturale de Douai est un élément d’intérêt évident. Elle découle du célèbre « règlement de 1718 », édicté par les échevins. Cette décision pionnière envisageait en effet, comme le prévoient les plan locaux d’urbanisme actuels (PLU), d’obliger les propriétaires à bâtir selon des principes stricts, dans l’apparence des maisons et les matériaux utilisés.

Deux sièges, en 1710 puis 1712, provoquèrent d’importants dégâts. Surtout le premier, quand les Alliés ont conquis la place après deux mois de durs combats. La reprise de la ville par Villars deux ans plus tard fut moins destructrice mais c’est une cité ravagée qui redevient définitivement française quand se termine la guerre de Succession d’Espagne.

Avec beaucoup d’intelligence, les échevins anticipèrent les conséquences probables de la reconstruction qui s’annonçait. Leur volonté de planification visait d’abord à éviter l’anarchie du passé médiéval, à répondre, au contraire, aux canons modernes de la rationalité mais plus encore à manifester un « goût français » qui confirmait l’intégration de la Flandre dans le royaume.

Le Magistrat, c’est-à-dire le conseil municipal, exposa ainsi ses arguments parmi lesquels il souhaitait procurer aux propriétaires « par un règlement les sûretés convenables et les facilités qu’ils pourraient désirer, soit pour prévenir les accidents du feu ou autres, soit pour leur épargner des dépenses superflues. »

Les matériaux et techniques de construction étaient précisés. Les toits de chaume devaient disparaitre, les façades devaient s’aligner et toute construction devait faire l’objet d’une demande d’agrément.

Les contraintes du règlement

Cette « architecture officielle » s’organisait, selon la description de Victor Champier, « pour les maisons des particuliers » de la façon suivante : « sur une « gresserie » c’est-à-dire un rez-de-chaussée en grès, percé de hautes fenêtres, s’élève un étage (parfois deux) éclairé par les mêmes fenêtres qui laissent apparaître entre leurs jambages de pierre un mince trumeau de briques. Le toit couvert de tuiles projette en avant deux ou trois lucarnes et souvent deux rangées superposées, quand le comble est brisé. Parfois la fenêtre centrale s’élargit sous un arc en plein cintre.  »

Alignement- le plu - règlement de 1718
Alignement des étages et cordons rue de l’Université
Hôtel avec porte cochère - règlement de 1718
Hôtel avec porte cochère et enduit à l’étage

Les contraintes du règlement sont la clé de l’harmonie des rues douaisiennes. Pourtant, aucune maison n’est identique à une autre. Si on retrouve toujours les traits communs avec une hauteur des étages soigneusement contrôlée, pour le reste la liberté est de mise. Certaines façades sont intégralement en grès, d’autres ne connaissent pas la brique aux étages mais seulement le calcaire. Les sculptures sont simples mais là encore toujours différentes.

Il faut tout de suite indiquer que les riches familles surent se libérer de ces obligations lorsqu’elles souhaitèrent se construire des demeures exceptionnelles. C’est ainsi que les plus beaux hôtels de la ville, ainsi celui d’Aoust, rue de la comédie, se sont construits sur des principes plus indépendants. Pour autant, le respect du règlement peut aussi concerner de grands bâtiments, ainsi l’hôtel de Warenghien construit par Durand d’Elecourt en 1754 dont la façade sur la rue est parfaitement conforme aux obligations échevinales.

Le disparition de la ville flamande

Tout au long du XVIII° siècle, ces règles strictes d’urbanisme allaient faire disparaître la vieille ville flamande. Le plan relief de Douai qui date de 1709 expose en effet une physionomie totalement différente de celle du siècle suivant. La brique recule vigoureusement mais surtout le « retournement » des toitures impose l’organisation française un peu partout. Les maisons aux pignons flamand dits « à pas de moineau » qui se serraient les unes contre les autres, séparées par un chéneau commun, sont démolies. Elles laissent la place aux grandes façades sur la voie qui permettent une simplification des charpentes mais surtout un meilleur écoulement des eaux pluviales.

maison flamande dans la ville de Douai - avant le règlement de 1718
Ancienne maison flamande à pignon en « pas de moineau » rue des Dominicains

Il n’est pourtant pas rare lors de travaux de découvrir dans les murs des maisons douaisiennes des traces du vieil appareil, les maçons s’étant contentés d’ajouter des ouvertures aux encadrements de calcaire dans les anciens pignons augmentés en surface. Cette trace flamande, sinon médiévale, est encore plus évidente sous les rues. Bien souvent, les caves sont restées intactes. On a construit dessus mais sans toujours correspondre à leur plan quand celui-ci ne respectait pas la règle d’alignement. Parfois organisées sur deux niveaux, voûtées, elles peuvent ainsi s’avancer sous la voie ou, au contraire, être en retrait.

Maison douaisienne pure -règlement de 1718
Demeure douaisienne « pure », rez de chaussée en fenêtres à linteaux clavés horizontaux, l’étage avec des arcatures cintrées.

Jusqu’à la fin du XIX° siècle, les Douaisiens construisirent leurs maisons dans un respect du règlement de 1718 qui, pourtant, perdit peu à peu de sa force. Mme Camescasse signale ainsi une maison qui, vers 1880, à l’étonnement des habitants, ne le respecta pas. Toujours debout rue des Foulons, sa façade tranche effectivement avec celles de ses voisines.

Les oublis de la modernité

Si les vieux principes disparurent plus ou moins lors des constructions des boulevards qui suivirent la démolition des fortifications, le XX° siècle les oublia totalement.

Ce fut bien sûr le cas quand la ville se releva des destructions de 1918. Le choix fut celui de l’Art Nouveau, notamment dans la rue de Bellain ou la place Carnot. On conserva toutefois les proportions des étages et celle des toitures, réussissant à reprendre la grammaire traditionnelle tout en l’éloignant avec une certaine habileté.

L’expérience fut bien moins réussie quand Douai se releva des suites des bombardements de 1944. L’exemple le plus discutable est évidemment la place d’Armes reconstruite sur les plans d’Alexandre Miniac mais surtout les dessins d’Henri Chomette. Les bâtiments qui ferment l’espace, avec leur structure de béton visible mais aussi les piliers du rez de chaussée sont autant de références aux préceptes havrais d’Auguste Perret. Dans l’esprit de l’époque – il fallait du neuf et du bon marché – s’imposa une architecture en tous points différente des anciens canons, parfaitement étrangère au style local.

façades art nouveau - PLU
Façades Art Nouveau Rue de Bellain
Plu - place d'Armes Douai
Immeuble de la place d’Armes

Quoi qu’il en soit, après cette période difficile pour l’image de notre cité, l’obsession réglementaire du temps présent a produit de nouvelles lois d’urbanisme, nombreuses, complexes, dont certaines, parfois à juste titre, sont critiquées pour leur rigidité. On leur doit toutefois la protection de rues entières que tous les amoureux des vieilles pierres ne peuvent que saluer.
Outre d’empêcher la disparition de notre patrimoine, ces documents conduisent même à perpétuer, dans le PLU qui a été voté en 2009, l’art de bâtir de nos échevins. Nous pouvons donc affirmer que le règlement de 1718 a fêté l’an dernier ses deux siècles d’existence. Qui dit mieux ?

Les pieds dedans

les pieds dedans à douai

Saviez-vous que la ville de Douai possède d’importantes ressources naturelles inexploitées? Non? Pourtant, les réserves semblent inépuisables, puisque chaque jour de nouveaux gisements sont découverts dans nos rues.

L’exploitation de cette matière première organique soulève toutefois des questions économiques, environnementales et donc politiques. Confrontés à ce sujet presque aussi tabou que “le tram“, nos élus éludent, protestent, s’agitent, s’interrogent, pour surtout ne rien faire. Alors qu’avec juste un peu de créativité, ils pourraient inverser la tendance et profiter de cette manne pour réduire les charges de la commune.

De l’or brun à portée de pied

Cet or brun, c’est les crottes de chien. Vous êtes surpris ? C’est normal, ça fait toujours cela lorsque l’on marche dedans et à Douai on marche souvent dedans. Des déjections canines, on en observe de toutes formes et de toutes les couleurs, difficile par contre d’identifier leurs auteurs. Chaque année, des centaines de kilos sont déposées sur nos trottoirs, mais saviez-vous qu’elles peuvent avoir une utilisation plus durable que de finir sous vos semelles?.

Besoin d’une idée lumineuse?

Transformer les crottes de chien en énergie

On pourrait lutter contre la déforestation en exploitant des déjections d’éléphants adultes pour fabriquer du papier. 50 kg de fumier par jour offre un potentiel de 115 feuilles de papier. Ce procédé a été expérimenté en Asie et en Afrique, malheureusement l’animal est rare dans nos contrées.

Ici, il s’agit plutôt comme à Malvern – ville de 30 000 habitants dans l’ouest de l’Angleterre – d’éclairer nos rues en transformant les crottes de chien en biogaz composé à 60% de méthane. En effet, seulement 10 petits sachets d’excréments placés dans une cuve au pied des lampadaires, chauffés et mélangés avant d’être décomposés permettent de les alimenter chaque soir en énergie pendant 2 heures. Les reliquats sont récupérés pour produire de l’engrais. Cette innovation a permis de réduire la consommation de gaz de 70% dans cette commune britannique. A Douai, avec l’entrain déployé par nos heureux propriétaires de canidés, c’est probablement l’ensemble de l’agglomération qui pourrait être illuminée.

Besoin d’une idée artistique?

Mise en boite et amende salée

En 1961, l’artiste italien Piero Manzoni réalise une œuvre “merde d’artiste composée de 90 boites de conserves hermétiquement fermées, numérotées et signées, qui contiennent les excréments de son auteur. Elles pèsent chacune 30 gr et doivent être monnayées selon le créateur, contre 30 gr d’or, au cours du jour. Malheureusement pour lui, il en a vendu très peu de son vivant. La côte des boites n’a commencé à monter qu’après le décès de l’artiste. En 2015, l’une d’entre elles a été adjugée pour environ 202 980 € lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à Londres.

crottes en boite
“Merde d’artiste” œuvre de Piero Manzoni

A Douai, industrialisons l’oeuvre de Piero Manzoni

Après l’identification du maître indélicat par les 118 caméras installées dans la ville, rapporter la boite à son propriétaire pour sa collection personnelle, accompagnée d’une contravention de 335 euros, comme à Abbeville, à acquitter immédiatement (actuellement l’amende est de 68 euros). Si le contrevenant n’est pas solvable, 20 heures de travaux d’intérêt général à nettoyer les rues et les bacs à fleurs avec les agents de la propreté, semble une peine très adaptée.

TEXTE PROPOSÉ POUR L’ÉTIQUETTE DE LA BOITE REMISE EN MAIN PROPRE
Merde de (ici le nom du canidé)
contenu net 30 gr 
conservée au naturel
Produite localement
mise en boite à Douai

Voilà 2 beaux exemples d’économie circulaire, éco-citoyenne et participative. 

Besoin d’une idée scientifique?

Le fichage des ADN canins

Cette idée mise en oeuvre à Naples, Jérusalem, Londres a permis une réduction de 80% des déjections canines dans ces villes. Les propriétaires de chiens ont l’obligation de faire effectuer un prélèvement d’échantillons de poils ou de salive sur leur animal. Une base de donnée est alors constituée et régulièrement mise à jour. Ainsi, en cas de découverte de déjections sur la voie publique, les autorités prélèvent des échantillons pour les faire analyser. Les contrevenants sont identifiés et sanctionnés pour ne pas avoir ramassé derrière leur animal.

Besoin d’une idée écologique?

Chasse le naturel pour qu’il parte au galop

Il existe de nombreuses recettes à base de produits naturels pour fabriquer un répulsif à vaporiser préventivement devant votre domicile. Nous retiendrons celle à base d’Ail + huile essentielle + eau, pour la proximité avec la ville d’Arleux dont la spécialité est l’ail fumé.

La recette :
– Mélangez  1 litre d’eau bouillante à 2 gousses d’ail écrasées.
– Laissez refroidir, puis ajoutez 10 gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée et 10 gouttes d’huile essentielle de citronnelle.
– Laisser macérer pendant 2 semaines, filtrez puis vaporisez la préparation devant chez vous.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

TGV, Très Grande Victoire?

TGV quai gare de douai

A Douai, nous aimons le train, déjà les TER comme nous l’avons dit, mais plus encore les TGV qui peuvent nous envoyer en un peu plus d’une heure à Paris et vice-versa. C’est un atout qui vient de loin. Notre capitale est placée sur une des voies ferrées les plus vieilles de France, mais n’allez pas imaginer que cela puisse nous protéger de sa disparition.

SNCF ou la stratégie du voleur chinois

Depuis 1846, l’axe Paris-Lille, vital pour notre pays, n’a cessé tout au long du siècle de se développer. Pour mémoire, nous avons même eu, dans les années 60, un merveilleux « Gayant », Trans Europ Express qui reliait Paris à Tourcoing en passant par Douai. C’était la grande époque de « l’industriel du Nord » qui se rendait à Paris pour ses affaires, figure mythique faite de classe (de fait la première), de vitesse, de richesse et d’avenir.

La SNCF a fermé cette ligne en 1986, premier pas d’une réduction continue des transports de Douai vers Paris mais aussi vers le reste de la France. Comme un voleur chinois qui déplace l’objet convoité jour après jour pour endormir la vigilance du propriétaire avant de le dérober, notre entreprise publique s’est ingéniée à retirer peu à peu de notre gare des dessertes, des horaires, des trains, des services. Un jour, le seul trafic qui subsistera sera celui qu’abrite la Maison du Vélo.

Nous avons ainsi connu la disparition des trains direct vers la Bretagne, vers l’Alsace et puis même, récemment, vers le Sud-Ouest. Nous découvrons maintenant la réduction des liaisons vers Paris dans le plan 2020 de la SNCF.

De sept dessertes directes, celle-ci a proposé en février de les réduire à quatre, avec l’idée lumineuse de renforcer l’axe Paris-Arras, histoire d’habituer les Douaisiens à emprunter un peu plus les TER avant de monter dans le TGV pour renouer avec la durée de trajet de la Belle Epoque, soit deux à trois heures pour se rendre dans la capitale.

Qui veut noyer son chien

L’examen des arguments pour réduire la fréquence de nos TGV est intéressant.

Augmenter les capacités régionales

D’abord, il fut question d’une réponse à « la demande des Hauts-de-France » qui souhaitait augmenter les capacités de la région au détriment des liaisons vers Paris. La SNCF, perfide, rappelait que le trafic voyageur de Douai relevait à 82% de liaisons inter-régionales et concluait, maline, qu’elle souhaitait réaffecter les rames supprimées aux liaisons régionales à grande vitesse (TER-GV). Certes mais dans ce dernier cas, Douai n’est pas concernée.

Augmenter la capacité des rames TGV

TGV Paris- valenciennes
TGV au départ de Paris Nord vers Valenciennes – 2 rames collées et bondées en plein mois d’août

Ensuite, la SNCF arguait de son obligation d’acheter des rames TGV à deux étages dont la capacité (550 personnes) réclamait « un taux d’occupation convenable ». Elle justifiait de plus ce retrait par l’absence de subvention des lignes TGV depuis Paris. Outre l’association bizarre des deux arguments, les habitués de la ligne peuvent contester le premier quand ils observent le taux de remplissage du Paris-Valenciennes, d’ailleurs constitué de deux grands trains associés.

Augmenter le volume du fret

Enfin, dernière raison apportée par notre maire et peut être indirectement par la SNCF, c’était le choix de favoriser le fret au détriment des voyageurs. Les « sillons » aurait été réservés et loués aux opérateurs privés dans le cadre de la mise en concurrence. Outre que cette dernière est déjà réalisée depuis 2006, le niveau du transport des marchandises est aujourd’hui en France celui de 1927. Sacrifier des liaisons voyageurs de la gare de Douai pour cette raison est risible.

TGV manifestation Douai
Manifestation le 2 mars 2019 – Parvis de la gare de Douai

Le bouton atomique qui fait pschitt

Quoi qu’il en soit l’Union Sacrée s’est immédiatement déclarée chez nos élus, bien relayés par les citoyens consternés par cette décision unilatérale. On a eu des manifestations à partir de février, des pétitions, une médiatisation importante, au point de réussir à pousser la SNCF à revoir ses positions.

Il est à noter la posture martiale de notre maire qui adopta, ce n’est pas son habitude, un discours de fermeté qu’on aurait cru copié sur celui de ses collègues communistes. Il évoquait même le possible emploi d’une « bombe atomique » contre le ministère des transports à Paris en y plaçant – peut être en l’amenant en train – tel Godzilla, le Gayant menaçant.

Toute personne qui a eu un jour affaire aux polytechniciens ferroviaires sait que ces derniers utilisent régulièrement la bonne vieille méthode du maximum annoncé pour aboutir, après un simulacre de discussion, au minimum visé dès le départ.

Une concertation déconcertante

Une ultime concertation s’est tenue au mois de juin avec les élus et la SNCF. On peut imaginer que les participants (D. Houbron, C. Beauchamp, F. Chéreau, F. Nihous, C. Poiret, le sous-préfet en figuration) se sont quittés sans décisions très claires, car leurs réactions après l’arbitrage furent plus ou moins contrastées.

Si les sept liaisons TGV dans le sens Douai-Paris étaient maintenues, deux étaient supprimées dans le sens du retour. Outre ce déséquilibre curieux (peut-on plus facilement fuir Douai qu’y venir ?), tous les habitués de la ligne ont remarqué qu’ils devraient à présent quitter plus tôt la capitale, soit 18h52 au lieu de 19h52. Passée cette heure, il faudra coucher à Paris.

Le communiqué triomphant de notre maire, qui ferait passer la bataille de Waterloo pour une victoire, affirmait que « les mobilisations, ça paye ! » tout en reconnaissant que « nous n’aurons pas obtenu hélas le maintien intégral ». Cette dernière phrase reçut aussitôt la désapprobation de ses collègues. Tous, avec des nuances, déclarèrent avoir été mis devant le fait accompli, propos immédiatement contesté par Frédéric Chéreau sur le mode habituel du « consensus mou » qui, dans notre Douaisis excuse et permet tout : « nous avons entériné collectivement ce scénario ».

Des conséquences incalculables pour le Douaisis

L’évolution du transport ferroviaire dans notre région peut en apparence ressembler aux fermetures des voies qui se sont abattues sur les territoires ruraux un peu partout en France. L’échelle du Douaisis est toute autre. Rétrécir les liaisons TGV vers la région parisienne d’une agglomération de plus de 150 000 habitants possède des conséquences incalculables sur les ressorts économiques du territoire.

Affirmer qu’il faut des voyageurs pour avoir des trains laisse entendre que ces derniers doivent d’abord découler du dynamisme économique de la région. Sauf qu’il s’agit de l’inverse. Il faut des trains pour avoir des voyageurs et pas le contraire. Plus encore, attribuer à Douai des financements importants dans le cadre de la “revitalisation des centres villes” n’a aucun sens si le levier du transport national n’est pas maintenu ou mieux, renforcé.

Ces questions interrogent l’utilité d’un « service public » dont l’unique objet serait de relier les grandes métropoles entre elles. A quoi donc peut servir la SNCF ? Cette nébuleuse incompréhensible résiste à l’analyse, sans parler de l’opacité de ses modalités de gestion. Qui est capable de connaître le prix réel d’un sillon ? Les subventions publiques à l’entreprise représentent 14 milliards d’euros par an, soit 823 euros pour chaque ménage versant l’impôt sur le revenu…

Besoin d’une stratégie ferroviaire?

garder ses TGV à Douai
mais pas son Maire

Dénoncer l’accord avec la SNCF

Il reviendra à la nouvelle équipe municipale de dénoncer ce compromis inadmissible validé par Frédéric Chéreau pour laisser à la seule SNCF la responsabilité de cette décision. Elle est parfaitement contradictoire avec la politique gouvernementale. Après la crise des Gilets Jaunes, l’Etat parait avoir pris conscience qu’il fallait mieux s’occuper des territoires qui connaissent un recul de leurs services publics alors qu’ils subissent, comme tout le monde, une ponction fiscale de plus en plus lourde.

Clarifier le rôle de la région Hauts de France

Un partenaire parait ici bien trop silencieux : la région Hauts de France. Elle se doit, outre de clarifier son rôle, d’assumer son obligation d’aménageur qui est au cœur de ses compétences. Elle serait bien inspirée de fédérer toutes les bonnes villes de Flandre – Valenciennes, Béthune, Calais, Douai – qui prennent de plein fouet les réductions continues de leur liaisons ferroviaires. Il faut installer cette union régionale pour contraindre la SNCF à revoir sa politique.

Peser sur l’ouverture du réseau à la concurrence

Enfin, la région doit peser dans le débat de l’ouverture, à partir de 2019, de la concurrence sur les grandes lignes du pays. Rien n’empêche, si la SNCF fait défaut, de solliciter les grandes compagnies européennes pour qu’elles installent sur les « sillons » des Hauts de France une offre de transport plus variée et dans tous les cas, différente d’une société nationale de plus en plus éloignée des impératifs du service public.

A ce jour, Douai et l’ensemble de son agglomération reste la Très Grande Victime de ces négociations.