Un tramway nommé délire

tramway douai

Sujet qui a marqué l’histoire de notre ville, l’installation du « tramway » réclame une description. Le dossier est lourd. Il sera donc découpé en feuilleton.

Une si mauvaise idée (1/3)

Déjà évoquée par Douai Vox™, la grande idée des nouveaux « modes de transport » est la source de ce désastre industriel. L’époque réclame en effet des « circulations douces », du vélo, de la marche à pied mais aussi et c’est là où Douai prend cher, une bonne dose de tramway.

On a oublié le « solitaire« 

La cité avait pourtant eu à partir de 1896 un tramway qui, tant bien que mal, avait survécu aux deux guerres mondiales. Surnommé « le solitaire » comme un vulgaire Binbin pour la rareté de ses passagers, il avait été abandonné en 1953. Il est vrai qu’à cette époque, la modernité était de faire de la place aux autobus.

Le tramway, vieille idée, a retrouvé depuis une vingtaine d’années une nouvelle jeunesse. Malheureusement pour une image positive – l’électricité propre, le rail démocratique – qui masque ses grandes insuffisances. Outre son incapacité à transformer les automobilistes en usagers, son coût est énorme. Il n’est pas évident et surtout très onéreux de poser des rails dans des rues. Il faut de la largeur de voie et une configuration spatiale favorable, deux conditions que l’histoire s’est bien gardée de léguer à Douai. Conservons les en mémoire parce qu’elles sont, avec l’incurie des promoteurs, la clé du désastre.

Un tramway réclame des conditions favorables

Cette « bonne idée » partait d’abord d’hypothèses absolument fausses.  On regrette que les élus, ceux qui ont imaginé d’installer un tramway à Douai, n’aient pas lu la nombreuse littérature qui aborde ce sujet au fond.  

Ils auraient pu commencer par la géographie et la démographie. Sur un territoire, pour qu’un tramway soit viable, toutes les études indiquent qu’un seuil d’au moins 500 000 habitants est nécessaire (1 million pour un métro). La référence en la matière, le « Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme », le fameux CERTU,  est un peu plus souple. Pour lui, la pertinence du tramway dans les agglomérations moyennes dépend au minimum d’un seuil de 300 000 habitants dans le rapport coût/besoins.

Plus compliqué, au nombre s’ajoute la répartition de la population. Si la ville centre connaît une forte concentration d’habitants mais que l’agglomération est plus diffuse, ce fameux « mitage » rend l’intérêt du tramway très incertain. C’est exactement la configuration du Douaisis.

Il faut relire enfin les journaux régionaux de l’époque qui, au delà de la magie du tramway, justifient le projet. On retrouve régulièrement l’argument ébouriffant « d’une hausse de 50% de la circulation automobile dans la ville dans les dix ans », prédiction qui prend tout son sel quand on observe son état actuel. Comme peuvent le certifier nos commerçants, un plan fou est bien plus efficace pour tuer les déplacements automobiles. Il ne coûte rien.

Peut être, posons cette hypothèse, que nos promoteurs devaient faire partie de ces parents qui le matin déposent leur enfant à St Jean ou Châtelet et qui, par la même occasion, bloquent tout le quartier du Canteleu. Quoi qu’il en soit, rien n’a confirmé ces prédictions. La population a diminué depuis 2004 (début du projet), de moins en moins de voitures entrent dans la ville et le tramway est un bus.

De l’illusion à la chimère

Lancée sur des rails qui n’étaient pas encore posés, il était toujours possible de réduire la dimension ou même arrêter une affaire qui dès le début échappait à toute rationalité. Les experts avaient malheureusement cédé la place aux politiques dans un mouvement qui possède, quand on l’observe une décennie plus tard, tous les traits d’une hystérie collective. En bon français, on appelle cette illusion « un schéma de pensée conjoncturel », c’est à dire que l’idée du moment écrase le bon sens du passé.

Fascinés par la modernité magique du mode de transport – guidage magnétique, motorisation hybride, pilotage automatique – les élus n’étaient plus à même de s’opposer à quoi que ce soit. 

S’ajoutait à ce mirage technologique peu éloigné du tapis volant, toute une stratégie marketing de haute volée susceptible de réduire les préventions les plus fermes. Du « Transport du Douaisis » devenant « Eveole » en passant par la rénovation « esthétique » de lieux trop longtemps abandonnés – la gare entre autres – le projet portait en lui la force irrésistible d’un renouveau.

Il donnait enfin à la ville de l’avance. Passée à côté de tant de virages stratégiques, ce « tramway sans exemple connu » mettait Douai à la pointe du progrès. Enfin, la ville devenait pionnière.

Aujourd’hui, tout regard sur ce passé est cruel. Gardons en un seul symbole, celui de la présentation en janvier 2006, au buffet de la gare encore ouvert et bientôt définitivement fermé, d’une chimère qui allait mener le territoire à la ruine.

Budget de l’agglo, on vaporise ou on concentre?

Budget on vaporise ou on concentre

La lecture attentive du « Mag Douaisis Agglo » apporte toujours son lot d’informations intéressantes. Préparation de la campagne qui s’annonce, les patrons de l’intercommunalité se mobilisent. Ils ont évidemment l’espoir de se maintenir aux manettes de cette extraordinaire « pompe à phynances » comme l’aurait appelée Ubu Roi.

Au passage, comme le font beaucoup de lecteurs de Douai Vox qui s’inquiètent à tort des entorses que nous ferions au code électoral par nos interventions sur les réseaux sociaux, nous posons à notre tour la question du statut de cette présentation.

Cette publicité vise-t-elle à faciliter la réélection de nos mâles vice-présidents, tous maires et tous ou presque candidats au renouvèlement de leur mandat ? On conseille au directeur de la publication la lecture de l’alinéa 4.2.11.4 concernant le bilan des élus, notamment la célébration de leurs réalisations en période électorale dans des publications financées par une intercommunalité.

Il s’agit bien là d’une apologie de l’action de nos élus car Douaizizaglo® , ça n’existe pas. Ce qui existe ce sont les décisions de ses membres. Elles ne sont vues qu’à travers, non pas leur efficacité, mais de la seule chose qui compte : la dépense. Présenter un bilan en termes d’accroissement de population, de réduction du chômage, d’implantations d’entreprises dynamiques et pourvoyeuses de plus-value, ne vient visiblement pas à l’esprit de nos représentants. On donne des sous et advienne que pourra.

Comme nous l’avions déjà expliqué, décision et impact sont comme souvent dissociés dans la tête de nos élus. Si le second n’est pas mesurable, ne reste donc que la première, c’est-à-dire la dépense.

Regardons la structure des 35 communes de la CAD, aperçue du côté des financements dont elles ont bénéficié « depuis 2014 » selon l’organe officiel de la communauté d’agglo.
Nous ne garantissons pas la justesse absolue de ce travail. Notre source est exclusivement cette présentation elle-même qui possède peut être quelques biais.

Sur un total de 240 millions d’euros de financements, en tout bien tout honneur, compte tenu de son importance, Douai arrive en tête en valeur absolue avec près de 82 millions depuis 2014. A l’autre bout de la liste, la commune la moins « aidée » en volume est Roucourt avec 420 000 euros. Ce n’est quand même pas rien quand on rapporte cette dernière somme à l’effort fiscal sur laquelle repose cette manne. Elle correspond à une taxe foncière de 4 200 euros payée par 100 citoyens en un an…

Plus finement, en termes de montant, examinons les grosses bénéficiaires, au-delà de la dizaine de millions. On repère dans l’ordre Auby (39 millions), Cuincy (21), Sin (15), Lambres (12), Flers (12), Waziers (12), soit la plupart des communes qui encerclent Douai. Par capillarité avec leur grande voisine, ce sont des villes qui accueillent beaucoup d’habitants, ce qui explique peut être l’importance de ces transferts.

Pour autant, toutes ne sont pas aussi bien servies. Cela renseigne sans doute sur la stratégie inconsciente de la CAD dans une agglomération prise dans son ensemble. Car enfin, le plus curieux est le calcul que cette présentation permet de faire entre le nombre d’habitants et les financements reçus par commune.

On peut dès lors se rendre compte de celles qui sont les mieux aidées par Douaizizaglo® mais surtout du degré d’équité qui devrait être le ressort de cette stratégie, si d’aventure l’objectif est de donner la même proportion à tout le monde, ce que semble suggérer cet article.

Par tête d’habitant, la variation est forte. Elle s’étale de 287 euros/habitant (Lallaing, les pauvres…) et Auby qui plane à 5433 euros soit 18 fois celle des moins bien lotis. Si nous étions les habitants de la première, nous nous poserions des questions. D’abord celle de la formule magique qui permet à Freddy Kaczmarek de rafler un pactole de cette importance. Il se présente aux élections pour un 4° mandat. Tant mieux pour les Aubygeois…

Analysons enfin les communes qui suivent. Cuincy (3 243 euros/hab) puis, tiens, on l’aurait deviné, Lauwin-Planque qui culmine à 2 644 euros/hab. Il doit être quand même assez utile d’avoir comme premier magistrat la personne qui se trouve être depuis dix ans le président de l’agglo.
Se succèdent enfin Lambres (2 482), Flers (2 118) et enfin Douai (2 056) pour les dotations au-delà de la barre de 2 000 euros par habitant.

A l’autre bout du spectre, on retrouve bien sûr les délaissés de Lallaing (297 euros/habitant), Raimbeaucourt (357), Roost-Warendin (460), Arleux (469), Estrées (471), Lécluse (486) pour les communes placées sous les 500 euros.

Le moins qu’on puisse dire devant ces chiffres c’est que la diversité semble être la règle comme d’ailleurs la dispersion des financements. Tout le monde reçoit quelque chose. Aucune concentration de la manne sur des axes prioritaires ne semble apparaitre.

Les exemples donnés dans le « Mag » sont en effet d’une grande diversité (aménagements urbains, achat de voiture, réhabilitation de salle des fêtes etc.). De même, il est facile de comprendre que la construction d’un échangeur routier coûte plus cher que la réfection d’un préau d’école.

Le rapport entre le nombre d’habitants total rapporté au budget global permet ainsi de calculer l’aide moyenne théorique pour chacun d’entre eux, soit 1 609 euros/habitant (240 millions partagés également entre les 150 000 habitants de la CAD).

Cette distribution fictive permet de comparer avec les transferts concrètement réalisés. Le résultat est étonnant. En effet, 7 communes sur les 35 reçoivent des dotations supérieures à leur niveau théorique. Evidemment Auby (+ 27 millions) puis Douai (+ 17), Cuincy (+ 10), Lambres (+ 4,4), Flers (+ 3), Lauwin-Planque (+ 1,8) et enfin Waziers (+ 0,3).

Toutes les autres communes sont sous leur niveau théorique. Les moins subventionnées sont dans l’ordre décroissant en millions d’euros : Sin (- 9,6), Lallaing (-8,1), Roost (-7), Dechy (-5,6), Flines (-5,1), Raimbeaucourt (-5), Guesnain (-3,7), Arleux (-3,4) etc.

Quelle conclusion tirer de ce qui précède ?
La diversité des dotations est à l’évidence le résultat d’une gestion aux objectifs confus. On saupoudre. On vaporise.
Existe-t-il une correspondance entre les objectifs du SCoT Grand Douaisis et cette longue liste de dépenses ? Pas vraiment.
Ne serait-il pas plus efficace, pour le développement du territoire, de prioriser les financements sur des objectifs plus structurants ? Privilégier le cœur de ville pour sa capacité d’entrainement sur la dynamique générale doit être au cœur des futurs débats au sein de l’assemblée communautaire.

L’université de Douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (7)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Douai, ville universitaire

Pendant plusieurs siècles, Douai abrita dans ses murs une université. Fondée en 1562 par Philippe II cette création n’était pas indifférente. Elle incarnait pour les Habsbourg, aux avants postes du catholicisme, la résistance à la Réforme qui triomphait au Nord.

En 1791, la Révolution supprime toutes les facultés du pays que l’Empire recrée quinze ans plus tard. C’est un peu improvisé pour Douai qui voit pourtant revenir avec plaisir ses étudiants mais ces derniers sont, jusqu’à une nouvelle suppression en 1816, très peu nombreux. Il n’est même pas certain que des cours aient réellement eu lieu durant cette période.

Si la ville perd une nouvelle fois son université, elle conserve toutefois son rectorat et son lycée, celui-ci étant simplement passé d’impérial à royal. Il faudra attendre le Second Empire pour voir revenir à Douai l’université tant attendue. En 1854, Napoléon III signe le décret de fondation d’une faculté des Lettres, complétée en 1865 par une Ecole de Droit, cette dernière s’appuyant, comme aujourd’hui, dans le ressort judiciaire, sur les charges qui s’y attachent.

Tout au long de ces péripéties universitaires et scolaires, la municipalité fit preuve d’une pingrerie étonnante, ainsi pour le rectorat qui ne disposa d’aucun local spécifique ou du lycée installé dans des bâtiments improvisés difficilement entretenus. Il est vrai qu’à cette époque, merveilleux système, les décideurs sont les payeurs, ce qui ne pousse personne à la dépense.

Il revient à Jules Maurice, maire en 1852, d’avoir rompu avec cette ancienne logique, choisissant enfin d’investir pour rendre possible à Douai l’installation d’une université. L’accord avec le gouvernement reposait en effet sur la construction d’un local payé par la ville.

Le palais académique

Plutôt habile mais encore une fois par esprit d’économie, le maire choisit, pour installer l’université, de transformer un bâtiment du XVII° siècle, le Mont-de-Piété, dans la rue du même nom, qui abritait déjà les cours de la faculté des Lettres ainsi que le rectorat.

L’architecte de la ville, Gustave Meurant, fut chargé de la construction. Outre de choisir pour la façade sur la rue un style Louis XIII alors original, ses plans prévoyaient des salles de cours (dont deux amphithéâtres) au rez-de-chaussée, des bureaux ainsi que des logements (pour le recteur et le doyen) aux étages. Il était même prévu d’installer dans un des grands salons un portrait en pied de l’empereur.

Fortoul en 1856, dans son journal, critique le « plan très médiocre du palais des facultés de la ville ». Un peu plus loin, il fustige encore le manque d’envergure du dossier : « reçu les députés de Nancy et de Douai (Emmanuel Choque) venant défendre de détestables architectes chargés de faire de détestables palais pour mes facultés. » Il est vrai qu’on est loin des somptueux bâtiments que Lille construira pour rassembler après 1887 toutes les universités dans la ville.

Le palais fut très rapidement saturé mais surtout peu apte à étendre ses enseignements et donc à supporter la concurrence lilloise. Ernest Lavisse, partisan du déménagement, déclare ainsi en 1886 : « L’état des bâtiments universitaires de Douai est déplorable. Ils étaient déjà vieux en 1854 lorsqu’ils servaient de mont de piété. Les locaux d’enseignement y sont très insuffisants. On a logé la bibliothèque universitaire dans l’ancien appartement du doyen de la faculté de droit. Les livres sont entassés. »

De la culture à l’agriculture

Le déménagement à Lille des universités constitua pour la ville un traumatisme dont les effets se firent ressentir très longtemps dans l’imaginaire douaisien. L’Etat, comme souvent dans ces cas là, mit pourtant en œuvre diverses compensations, lesquelles d’ailleurs furent déterminantes dans le développement économique du territoire.

La démolition des fortifications (1895), la construction du canal de dérivation (1896) et enfin la fondation de l’école nationale supérieure des industries agricoles (1893), qui remplaça l’université dans ses murs, donnèrent un coup de fouet à une cité endormie dans ses fortifications.

Durant plus d’un siècle, le bâtiment fut utilisé pour former des ingénieurs et techniciens agricoles pour toute la France. Ils y apprenaient la distillerie, la sucrerie et la brasserie, avec une recherche constante d’innovation pour favoriser le développement industriel de ces secteurs.


Tant bien que mal, l’école avait installé des laboratoires, des ateliers et même un internat. En 2007, le site de Douai est fermé. Ses formations, fusionnées avec celles d’une multitude d’écoles d’ingénieurs, ont donné lieu à la création d’AgroParisTech dont le siège principal est à Paris.

L’affectation peine à sortir

Resté vide pendant près de dix ans, le bâtiment qui appartenait à la région a été cédé gratuitement à la ville en 2015. Cette cession n’était qu’un retour logique au don que Douai avait fait en 1893 à l’Etat lors de la création de l’école d’agriculture.

L’Université, plutôt imposante avec ses hauts murs et son entrée couverte monumentale au beau tympan sculpté, n’est ni classée, ni inscrite, ce qui est peut être dommage.
Sa taille, que le ministre Fortoul estimait médiocre, reste quand même impressionnante avec près de 5000 m2. Sur l’arrière, la démolition des bâtiments techniques, à une date incertaine, a libéré un espace important qui a longtemps servi de parking. C’est actuellement un dépôt de matériaux pour les entreprises qui rénovent la place du Dauphin.

Un peu laid, non ?

Si la façade sur rue, restaurée, est remarquable, celle de l’autre côté est affreuse avec son enduit de ciment, comme apparait l’extension en béton des années 60 qui abritait le foyer des étudiants, collée au bâtiment sans respecter l’alignement de l’université, ni évidemment le style des bâtiments voisins.

On admirera la qualité de la transition des deux bâtiments accolés

L’intérieur, pour ce qu’on peut en savoir, est le résultat de rénovations partielles réalisées sans aucune unité tout au long du fonctionnement de l’école d’agriculture. Elles ont complètement dénaturé une organisation originale dont il ne reste absolument rien, hors peut être une cheminée, quelques portes et le hall d’entrée qui a conservé sa superbe marqueterie de pierre.

Comme toujours, les seuls projets évoqués – jamais réalisés – furent des implantations administratives dont l’hétérogénéité démontre de leur impraticabilité.
Frédéric Chéreau a évoqué l’installation de services du ministère de la justice, de bureaux d’avocats et même d’une maison d’accès aux droits.
De son côté, Françoise Prouvost alors candidate, parlait quant à elle, d’y mettre des services municipaux, ainsi l’office municipal des sports, le redoutable et puissant « OMS » bien connu des sportifs douaisiens.

Ces propositions sont toutes restées à l’état de projets. Prudente, la municipalité évoquait « plusieurs mandats » pour pouvoir mener à bien une rénovation de cette importance. Si la lenteur peut être un mode de gestion, il est regrettable que l’avantage d’une localisation en plein centre-ville n’ait pas permis d’aller plus vite.

L’absence de concrétisation devant un tel potentiel est un étonnement de plus dans une ville qui ne manque pas de « on aurait pu faire mais on ne l’a pas fait » . Encore une fois, le Douaisien de base s’interroge sur cette propension des élus à considérer ces lieux d’exception comme des fardeaux plutôt que des opportunités pour la ville.

Douaizizaglo® n’a aucun problème à lancer des projets à l’extérieur – piscines, boulodromes, patinoires, planétarium, musée – aux équilibres financiers incertains. Il ne lui vient pas à l’idée qu’il serait peut être intéressant, dans la ville-centre, d’investir dans les vieilles pierres qui constituent un argument évident d’attraction pour les habitants comme les touristes.

Besoin d’idées brassicoles ?

Un bar à bière-école-polyvalent

Loin de proposer une réaffectation administrative à ce beau bâtiment ou, pire, la transformation en logement social à la mode habituelle, la proposition s’appuie sur le passé brassicole du lieu et de la ville.
Nous avons tous noté avec intérêt le succès de l’exposition sur la bière accueillie au musée de la Chartreuse mais plus encore celui de la manifestation qui a permis de faire connaître de nombreuses productions locales dans les jardins du monastère.
Il est vrai que le développement récent de ce secteur est un mouvement de fond. En 2007, on comptait, en France, pas plus de 200 brasseries artisanales. Elle sont plus de 1000 aujourd’hui. L’atout des artisans brasseurs est leur proximité géographique. Ils profitent de la recherche de la part des consommateurs des « circuits courts » et d’une alimentation plus authentique sinon naturelle.
Nous avions déjà évoqué la perte que Douai avait essuyée avec le départ à St Omer des Brasseurs de Gayant en 2015. L’ancienne université mais surtout l’ancienne école de brasserie doit pouvoir renouer avec son passé en épousant les modes actuelles.
Notre Flandre est un pays de la bière, retrouvons ces racines. Par ailleurs, Douai est si pauvre en lieux de convivialité que l’ancienne université constitue une opportunité extraordinaire.

Imaginons au rez de chaussée l’installation d’une brasserie qui ferait voir ses entrailles comme le faisait le laboratoire de l’Ecole d’agriculture.
De nombreux endroits dans le monde entier pourraient servir de modèle à un établissement qui profiterait des possibilités incroyables du bâtiment, son parking à l’arrière, son étendue, la qualité de ses vestiges décoratifs. Il serait aussi possible de réserver une salle retraçant l’histoire de la bière douaisienne.

Un merveilleux exemple, Brouwerij ’t IJ d’Amsterdam

Fabriquer une bière à base d’eau de pluie

université eau de pluie

Cette idée est venue à Joris Hoebe lors d’une période d’intempéries qui a frappé Amsterdam en 2016. Constatant qu’il avait besoin d’une importante quantité d’eau tout au long du processus de fabrication, Joris a inventé une bière à base d’eau de pluie. Avec un groupe de quatre étudiants aidés d’un chercheur, il a installé deux réservoirs sur le terrain de l’université des sciences appliquées d’Amsterdam qui ont recueilli près de 1000 litres d’eau en deux semaines. L’eau, ensuite filtrée avec des ultraviolets et du carbone, est portée à ébullition pour supprimer toute trace d’impureté.
Séduite par cette idée, une brasserie artisanale d’Amsterdam, connue pour ses bières originales, s’est associée à l’entreprise. Cette bière à l’eau de pluie a été baptisée Hemelswater, « l’eau de paradis »

Ateliers et team building

A l’étage, il serait intéressant de proposer des espaces à louer pour des séminaires ou des Workshops, mais aussi offrir dans la journée des « team building » brassage de bière, de 10 à 24 personnes comme l’organise la société YAAZZZ à Paris. Pendant 4 heures, de façon ludique, vous apprenez l’intégralité des étapes du brassage par équipe en brassant 20 litres de bière que vous emportez à la fin. Ce type de lieu n’existe pas à Douai.

Team-Building-atelier-initiation-brassage-de-biere-entre-collegues-a-paris
Team building Yaazzz à paris

Escape game bière

Autre idée proposée par l’agence événementielle l’échapée belle à Lille. Un espace Game autour de la bière. Le principe : « vous êtes enfermés en équipe dans l’ancien laboratoire du scientifique Louis Pasteur, vous disposez d’une heure pour remettre la main sur un précieux antidote supposé sauver l’humanité.
Des Indices sont dissimulés, énigmes à résoudre, expériences à réaliser, bières à déguster… autant de challenges à résoudre en équipe pour sortir vainqueurs de cet escape game brassicole ».

Et puis on ne résiste pas à vous présenter ce film publicitaire d’exception qui vante les qualités de « The BevBuckle« . Le ceinturon qui permet d’avoir les mains libres en buvant une bière, ce qui, le lecteur en conviendra, est d’une extrême importance.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

La porte de Valenciennes

La Porte de Valenciennes à douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (6)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Les traces d’une place forte

Dès sa fondation, Douai a été protégée par des fortifications sans cesse modernisées et agrandies avant le démantèlement de 1891 qui a fait disparaître dans la ville la quasi totalité de ces aménagements. La première enceinte érigée à la fin du XI° siècle par les comtes de Flandre, bien modeste, fut rapidement agrandie. Une seconde ligne de défense au XIII° siècle puis une troisième au XIV° siècle délimitèrent enfin un espace très important dont l’intérieur ne fut densément construit qu’au XIX° siècle.

Enserrée dans ses murs, la ville était ainsi en mesure de se défendre, ce qu’elle fera plusieurs fois. Un de ces épisodes sera d’ailleurs à l’origine des Gayants, victoire contre le roi de France célébrée jusqu’à aujourd’hui par une ironie dont seule l’histoire a le secret.
Ville frontière, Douai constituait un enjeu important des conflits entre la Flandre et le royaume, tout à tour défenseur ou attaquant selon les revirements d’alliances auxquelles la ville prendra part.

Une enceinte dont il reste peu

Une dizaine de portes fortifiées établies aux voies de passage mais aussi des tours réparties tout au long de l’enceinte, chacune nommée, renforcent la défense. Les hauts murs présentent un parement en grès soigneusement monté, dissimulant un appareil de briques de forte épaisseur. Un chemin de ronde couronne les remparts. Il permet aux défenseurs de s’abriter des coups de l’ennemi tout en acheminant les troupes aux endroits stratégiques.

Par ailleurs, par une gestion habile des eaux de la Scarpe, les constructeurs successifs ajouteront aux fortifications un système sophistiqué d’alimentation des fossés dont la maîtrise trouve sa source – c’est le cas de le dire – dans la tradition flamande. Des batardeaux, en permettant le moment venu, selon l’expression du temps, de « tendre l’inondation », empêchent efficacement les armées ennemies d’approcher de certains points de l’enceinte.

Après le rattachement définitif de la ville à la France en 1667, Vauban améliorera les défenses de Douai – deuxième ligne du fameux « pré carré » – en portant ces dispositifs à leur perfection comme le révèlent tous les détails du plan relief. La fortification de Douai en 1709 comporte chaque élément de la théorie du maître de la poliorcétique : escarpes, contrescarpes, glacis, bastions, demi-lunes, casernements, entrepôts etc.

La porte Vacqueresse, Notre-Dame puis de Valenciennes

Seul vestige des fortifications, avec la porte d’Arras, parvenus jusqu’à nous en état à peu près complet, la porte de Valenciennes est toutefois la mieux conservée, sans doute grâce à la qualité de sa construction. Cette porte de prestige fut souvent réservée aux entrées royales, ainsi celle de Louis XV en 1744 mais tout autant des processions et autres moments forts de la cité. En 1710, c’est par là que sortit la garnison du marquis d’Albergotti après sa défense héroïque contre les Alliés.

Construite en 1453, la « porte Vacqueresse », devenue ensuite Notre-Dame par la proximité de l’église du même nom, a été désignée en 1827, comme toutes les autres portes de Douai (ainsi St Eloi devenue d’Arras) par la direction qu’elle donnait.

Les chartistes sont là :
« Mill cccc chinquante trois,
D’avril XV jours, an ou mois,
De cette porte par devise,
tute pierre première mise. »

Si la base est médiévale avec ses blocs de grès et une belle dédicace en gothique, les bâtiments de la garnison ont été construits en 1771. Ce fut l’occasion d’une lourde rénovation, notamment du côté extérieur dont le porche de facture classique est alors réalisé en pierre bleue, matériau rare dans les bâtiments douaisiens. Ces locaux servaient de prison aux officiers, remplaçant celle placée auparavant dans la rue du Grand Canteleu. Comportant à l’origine une seule ouverture au centre, les deux arches de côté furent ajoutées à la fin du XIX° siècle pour permettre à la troupe de passer plus facilement lors des défilés.

Du logement à l’abandon

Le démantèlement de 1891 a fait de la porte un îlot puisque les murs qui y étaient attachés ont alors disparu comme a été comblé le fossé qui était à l’extérieur. Les clichés du début du siècle la montrent toutefois moins isolée qu’aujourd’hui car des immeubles, détruits lors des bombardements de 1944, en étaient proches. L’ouvrage fut d’ailleurs, à cet instant, endommagé. On en voit encore la trace par les reprises de maçonnerie du côté de l’Hôpital Général.

La porte avant le démantèlement prise sur le pont qui enjambe le fossé. Elle est toujours attachée aux remparts et ses lucarnes subsistent. A gauche, au loin, le clocher rabougri de Notre-Dame.

Classée par arrêté du 5 mai 1928 au titre des monuments historiques, la porte de Valenciennes connut, comme tant de monuments anciens de la ville, de nombreux avatars après la Libération. Elle logea durant plusieurs années des sapeurs-pompiers de la ville dont la caserne était au Dauphin sur la place d’Armes. La commune présenta même sous le mandat d’André Canivez un projet de transformation en bibliothèque municipale que les conservateurs parisiens, Julien Cain en tête, refusèrent horrifiés.

Vide depuis de nombreuses années, aucune affectation des lieux ne paraît envisagée à court terme. Durant la campagne des municipales de 2014, idée absurde d’une période qui n’en manqua pas, des candidats proposèrent même sa transformation en « boite de nuit ». Ils pensaient probablement que l’épaisseur des murs séculaires limiterait les nuisances pour les lointains riverains.

inscription porte de valenciennes à douai
Le maître d’ouvrage a laissé ses instructions aux artisans sur le mur. Il devait manquer de papier : ne pas oublier les crémones, les targettes mais surtout les fiches à larder…

Besoin d’une idée fortifiante?

On peut s’étonner encore une fois de l’absence de projets concernant ce lieu unique qui, comme un amer, se voit de très loin tout en symbolisant le passé militaire de la ville.
Avant 1891, ainsi que l’explique Mme Camescasse, Douai était d’abord une place forte, d’ailleurs close le soir pour l’imprudent qui aurait laissé passer l’heure. Cette fonction était le trait principal de la cité.
La porte de Valenciennes a été intégrée dans un circuit de visites sur les fortifications de Douai, ce qui est une bonne chose mais cela, comme toujours, ne va pas plus loin. Quelle célébration avons-nous en ville de notre histoire militaire ? Arkéos ne parait pas trop équipé pour ça. Il est vrai qu’il sera difficile d’y installer la porte de Valenciennes.

Nous proposons que ce lieu soit un espace muséal consacré à ce passé oublié au point d’être nié. Le plus singulier, c’est que nous avons encore, tant mieux, un lien encore possible avec l’histoire par la présence d’unités toujours encasernées dans la ville, 41° RT en tête.

A peu de frais – enfin on espère que le long abandon des lieux ne les ait pas irrémédiablement affectés – il serait possible d’installer dans les anciens logements, ainsi qu’au rez-de-chaussée réaménagé, une exposition permanente sur ce thème, le système de Vauban, les étapes successives des fortifications de la ville, la vie quotidienne de la garnison, mais aussi les péripéties des sièges, celui de 1710 étant particulièrement bien documenté.

La vue des remparts est d’ailleurs plutôt belle. La promenade sur le pourtour de la porte étant possible. Ce serait un intérêt de plus pour que soit enfin mise en œuvre la rénovation tant attendue.

Une ville moyenne en crise

ville moyenne en crise

La ville rêvée est une ville moyenne

Quand on demande aux Français dans quel endroit ils aimeraient vivre, leur réponse désigne très majoritairement le lieu qui seul leur parait offrir la vie agréable à laquelle ils aspirent : les « villes moyennes ». Ils les opposent aux espaces ruraux mais surtout aux grandes métropoles dont d’abord Paris, symbole absolu de pollution, de vie chère et de transports saturés.

Ces lieux rêvés, en dépit du plébiscite populaire, sont pourtant aujourd’hui en crise profonde. Crise si grave qu’ils sont des « espaces en voie de disparition » quand on voit l’accélération récente de leur effondrement. Il se mesure par la baisse de leur population et son appauvrissement, la fermeture d’entreprises, la disparition de liaisons ferroviaires, le retrait graduel des services publics : casernes, tribunaux, hôpitaux, écoles, IUFM…

Le second paradoxe, c’est que ce mouvement accompagne une décentralisation qui n’a cessé depuis le début des années 80 de s’approfondir. De là à penser que les collectivités locales de plus en plus autonomes sont placées devant un phénomène qui les dépasse, il n’y a qu’un pas. Gérée de bout en bout par l’Etat qui disposait alors de tous les pouvoirs, l’implantation dans le Douaisis d’une usine Renault serait aujourd’hui impossible.

La ville moyenne disparait

Cette crise à laquelle notre ville, comme beaucoup de ses consœurs, est confrontée, se concentre d’abord dans le centre qui voit se fermer peu à peu tous ses commerces. Voilà près de vingt ans, si le déclin était imperceptible, le moteur était déjà en place. Il se trouvait dans la création des zones commerciales à la périphérie, celle de Noyelles-Godault, coup de génie empoisonné de Jacques Piette, étant le modèle du genre.

Ces implantations étaient présentées par les élus de l’époque comme une chance pour l’agglomération. Ils imaginaient, outre les taxes mirifiques qu’ils toucheraient, qu’elles allaient créer des emplois sans dommage pour les activités traditionnelles des alentours.

Le lien négatif entre ces deux phénomènes est aujourd’hui parfaitement prouvé. Il est même mesuré : chaque année, la superficie des zones commerciales périphériques progresse de 3 ou 4%, quand la hausse de la consommation ne dépasse pas 1%. La différence est assurée par la fermeture des commerces de centre-ville dont la vacance augmente partout. Douai se situe à près de 15%.

Le drame, c’est que passé un certain seuil de destruction de points de vente, la crise des centres villes s’auto-alimente. Moins de magasins, c’est moins de services, moins d’animation. Faute d’attractivité, les classes moyennes et supérieures, qui ont le choix, se logent plus loin, ce qui amplifie la paupérisation de la population donc du bâti. Etape suivante, les cellules commerciales se vident, les prix de l’immobilier s’effondrent. La spirale négative devient incontrôlable.

Cette mort annoncée des villes moyennes est très grave si on considère l’attachement des Français pour ce modèle urbain à taille humaine. C’est pire encore quand on mesure le poids démographique du phénomène, pas loin de 20 millions de personnes concernées et plus d’un tiers des départements du pays. Les conséquences politiques sont du même ordre comme l’a montré la crise des « Gilets Jaunes » mais aussi le choix des extrêmes dans les scrutins électoraux.

Des réponses nationales et locales sont apportées à ce défi. Le plan « Action cœur de ville » concerne Douai. De son côté, la mairie s’essaie au soutien du commerce local selon les principes habituels. On voit ainsi apparaître des marchés de Noël, des spectacles de rue, des « managers de centre ville », des piétonisations etc.  Nous sommes plus dans la psychothérapie de groupe et l’accompagnement en fin de vie que dans des stratégies volontaristes et le traitement de cheval.

La ville moyenne doit assumer la concurrence

Car le mal est fait. Personne ne peut sérieusement penser qu’on puisse supprimer les équipements commerciaux de la périphérie, surtout quand ils se trouvent dans le Pas-de-Calais qui n’est pas le Nord. L’enjeu est celui d’une concurrence assumée à armes égales. Notre centre-ville pourra triompher dès l’instant où nos élus passeront enfin à une autre politique dans leur tête et dans les actes.

Le centre-ville est le coeur de l’agglomération

D’abord, il faut comprendre que le centre-ville n’est pas un quartier comme un autre. Il est le phare, le cœur de l’agglomération, celui sur lequel doit converger toutes les attentions, par exemple de Douaizizaglo®. L’idée que cette dernière doit donner quelque chose à chaque commune de la CAD pour la consoler de ne pas être le centre, est un contre-sens grave. S’il disparaît, tout le monde disparaitra.

La délocalisation à la périphérie des services publics (on pense tout de suite à Arkéos ou aux épouvantables projets de patinoires et autres boulodromes) parce que les accès sont faciles ou que le terrain coûte moins cher est une dérive mortelle. Car tout ce qui ne renforce pas le cœur, tout ce qui va diluer son énergie ailleurs, empêche à terme de maintenir un niveau minimal d’attractivité en dessous duquel aucune renaissance du centre-ville ne sera possible.

Le centre-ville n’appartient pas aux gens du centre-ville

Cette priorité au centre-ville ne revient pas à apporter à ceux qui y résident, pour leur seul bien être, des équipements ou des services de proximité plus nombreux qu’ailleurs. Il s’agit d’abord d’attirer un public extérieur par des investissements ciblés. Car si certains équipements renforcent l’attractivité du centre tout en répondant à la demande locale, ce n’est pas toujours le cas.

On peut douter que les « locaux » visitent chaque semaine le beffroi ou le musée de la Chartreuse. A l’inverse, hors peut être notre merveilleux Hippodrome, les équipements de proximité permettent peu au centre de rayonner à l’extérieur.

Le bon alliage est celui d’une richesse patrimoniale renforcée par une offre commerciale et touristique cohérente. Nous avons la chance d’avoir de beaux monuments mais ils doivent être mieux défendus pour que la ville soit un pôle touristique digne de ce nom.

Le centre-ville a besoin de grandes enseignes

Un des avantages, entre autres, de la périphérie c’est sa concentration de « grandes enseignes » qui sont devenues, qu’on le veuille ou non, les locomotives du commerce de proximité. On peut y voir des symboles honnis de la mondialisation, sans parler de la concurrence inégale dont elles profitent.

Si c’est le cas, il faut donc tout faire pour les implanter dans le centre ville pour rétablir l’équilibre. D’une certaine manière, la présence du Furet du Nord répond à cette stratégie assez habilement. Pour autant, si cette enseigne est isolée, l’effet restera incertain comme le devenir de ce magasin.

ville moyenne damart se barre
Coup de chaud chez Damart,
la lecture attentive de cette affiche vaut son pesant de thermolactyl

Car ces grandes marques recherchent un effet masse découlant du voisinage d’autres enseignes de niveau équivalent. Les ramener dans Douai quand elles sont parties les unes après les autres sera difficile mais selon l’adage, si c’est possible, cela a été déjà été fait, et si c’est impossible, cela se fera.

Une autre option pourrait être d’identifier un secteur commercial jugé prioritaire dans la concurrence mortelle engagée avec les zones commerciales périphériques, notamment pour attirer au centre le public extérieur. C’est plus complexe que d’aller chercher des grandes enseignes.

Le centre-ville doit être accessible en voiture

Identifiée par tant de Douaisiens comme l’explication première de l’effondrement des commerces du centre ville, la question du transport est, comme on dit, un sujet.

Interdire la circulation dans la ville par un plan fou, contribue à valoriser l’offre de la périphérie. C’est tellement basique qu’on en arrive à s’interroger sur l’esprit de logique de nos représentants, à moins qu’ils ne soient incapables de sortir des dogmes imposés de la « mobilité douce ».

Notre ville s’est crue une métropole comme le montre sa gestion catastrophique de ses transports en commun. Elle, ou plutôt ses élus, n’ont pas compris que Douai ne possédait pas le même potentiel. Si l’impact d’un « tramway » en termes d’image est évident, sa capacité à transformer des automobilistes en usagers des transports en commun est nulle. Le test est facile. Demandons à notre maire et au patron de Douaizizaglo® s’ils se déplacent quotidiennement en bus pour vaquer à leurs occupations.

L’urgence est donc de rééquilibrer les modes d’accès à la ville, ce qui implique d’y faire revenir la voiture. Un chiffre intéressant : 68% des déplacements liés aux achats sont et continueront quoi qu’il advienne d’être réalisés en automobile. Cela signifie qu’on enlève à notre agglomération une part très importante du potentiel commercial du centre en refusant par dogme cette rupture vitale.

Le centre-ville doit être beau et accueillant

Quant on arrive à associer culture et commerce, un centre-ville possède des avantages très supérieurs aux zones commerciales périphériques. Le premier possède en effet un cadre authentique et chaleureux, qui permet à la fois la balade et le shopping. Il peut aussi offrir des endroits « tendance » et insolites qui font le succès des villes qui jouent de ces avantages. On peut chercher longtemps la poésie du cliquetis des Caddies d’Auchan ou de Carrefour…

Valoriser le patrimoine urbain existant en se concentrant sur un périmètre limité où toutes les actions pourront être coordonnées, donnera rapidement des résultats visibles. Ce sera plus payant au sens propre qu’un nouveau festival ou tout autre animation culturelle.

Quand on les interroge, les professionnels de la profession sont formels : «Seul un itinéraire marchand en boucle avec deux pôles commerciaux forts aux extrémités est en mesure de faire revenir durablement les acheteurs

Le centre-ville doit être protégé des zones commerciales

Enfin, pour finir, il faut empêcher les implantations nouvelles et les extension des zones périphériques et même les interdire.
La très célèbre « Commission départementale d’aménagement commercial » (CDAC) rend chaque année, sans aucune publicité, des décisions de ce type.
En 2018, sur 45 dossiers, seulement 5 ont été refusés (arrondissement de Douai, 4 dossiers, 0 refus), en 2019, année en cours, 16 dossiers (Douai, 3 dossiers, 1 refus). On se demande si les membres de cette instance savent réellement ce qui peut les autoriser à rejeter un projet d’installation quand on sait qu’il n’existe pas de normes partagées pour définir les exigences minimales à respecter en matière d’aménagement du territoire.
Encore une fois, le « doigt mouillé » frappe de tout sa force et nos pauvres commerces meurent.

Le paradoxe scolaire douaisien

le paradoxe scolaire ville de douai

Douai ne manque pas d’offre scolaire. On y compte à cette rentrée près de 40 écoles, 7 collèges et 8 lycées. En termes de profil, la ville a évidemment de tout, avec une petite tendance vers la difficulté, ce qui est logique compte tenu de ses déterminations sociales.
Un collège – Gayant à Frais-Marais – relève du label REP+ tandis que Canivez est classé en Education Prioritaire « simple ». Le reste des établissements est plus divers mais on compte parmi eux des structures prestigieuses, ainsi le célèbre St Jean (privé) et accessoirement le lycée Châtelet (public).

De médiocres performances

Au niveau national, l’académie de Lille connait des résultats qui ne sont pas parmi les meilleurs de France, loin de là. Pourtant largement dotée en moyens, de nombreux indicateurs la rangent dans le bas des tableaux en termes d’orientation dans les filières générales, de maintien dans l’école au-delà de 16 ans, de devenir des élèves après le bac, surtout en taux d’entrée dans les études supérieures.

Beaucoup d’observateurs expliquent cette faible plus-value du système scolaire par l’histoire. Ainsi, les mono-activités – la mine, le textile – qui ont fait la richesse du territoire, ont pesé sur son organisation. Il a en effet pendant longtemps privilégié les formations techniques, l’entrée précoce sur le marché parfois sans diplôme (dès 14 ans, il suffisait de prendre la voie des parents, l’embauche suivait) mais aussi, ce qui nous amène à Douai, un fonctionnement « clivé » qui réservait aux élites les voies longues prestigieuses pour laisser aux milieux populaires les filières courtes peu sélectives.

D’une certaine manière, l’académie de Lille fonctionne encore de cette façon, comme notre ville d’ailleurs quand on observe l’organisation de son réseau scolaire. En gros, les classes privilégiées, qui n’habitent pas toujours Douai, inscrivent leurs enfants à St Jean ou Châtelet quand les familles populaires se contentent des établissements de leur secteur.

Plus finement, les parents avertis connaissent les moyens d’éviter, pour le public, les contraintes de la carte scolaire en mettant leur progéniture dès le primaire dans des filières spécifiques, comme la musique (les fameuses classes à horaires aménagés musique, alias CHAM). L’école – Fontellaye pour ne pas la nommer – permet ensuite aux élèves d’entrer directement à Châtelet. La voie est tracée pour aller jusqu’au bac… général.

En 2006, un rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale analysait la situation des collèges douaisiens en insistant sur la faiblesse des taux de passage en Seconde générale à la sortie de 3°. Si tous étaient proches de 50%, seul Châtelet frisait les 80%.

Près de 15 ans plus tard, les chiffres sont quasiment les mêmes. Plus gênant encore, pour ce qu’on peut en connaître, c’est que le devenir du groupe d’élèves qui entrent en filière générale n’est pas glorieux. Après la Seconde, une bonne partie est réorientée vers le professionnel (15% à 20% pour Gayant et Canivez) ou redouble (au moins 10% dans certains cas).

Cela revient à dire que dans les collèges aux performances les plus faibles, sur un groupe de 100 élèves de 6°, seulement 50 accèderont au lycée général, 30 passeront en 1ère et sans doute à peine 20 obtiendront leur baccalauréat – pour la plupart technologique – en 2 ans. Quant à l’entrée dans les filières universitaires, ce sera probablement 1 élève ou 2 sur… 100.

L’école est la clé de tout

Il a évidemment un lien entre ce qui précède et le profil social de la population de notre ville. L’INSEE précise que 34% des Douaisiens (37% pour les femmes) ne possèdent aucun diplôme.  Il faut se persuader qu’il s’agit là, parce qu’on sait qu’ils bougent peu, des anciens collégiens douaisiens. A l’autre bout, les « super diplômés » sont beaucoup moins nombreux, 25%. Il est vrai que leur capacité à quitter la ville, diplôme obtenu, est plus grande. Pour information, la part de non-diplômés est à Valenciennes de 28% et à Arras de 29%. Lauwin-Planque est à 23%.

Il y a enfin un rapport entre le niveau de formation de la population et sa situation de chômage. Plus le premier sera haut et moins elle sera soumise à ces risques. Sa capacité à suivre les évolutions économiques du territoire sera meilleure. L’adaptation au marché du travail est évidemment plus forte chez les diplômés que chez ceux qui ne le sont pas.

Au début des années 70, lors de l’implantation, par la seule volonté de l’Etat, de la Régie Renault à Douai, sur des filières pourtant plutôt techniques, les pouvoirs publics faisaient le pari du transfert des mineurs sur cette nouvelle activité. Cet espoir fut largement déçu parce que ce qui a manqué alors, entre autres, c’est le niveau de formation initiale qui aurait favorisé cette transition.

Prendre le contrôle éducatif

Le rôle de l’école dans notre ville est donc essentiel. Avec la Scarpe…Tout part de là. En termes de compétences, la commune possède les locaux des écoles mais n’a pas de pouvoir sur la pédagogie. Pour autant, la loi sur les « rythmes » a fortement renforcé le rôle des villes comme premier partenaire du système scolaire. Les limites sont de plus en plus poreuses, ainsi dans la sphère péri-scolaire qui voit les municipalités proposer aux élèves des activités après la classe dont le lien avec l’enseignement est évident.

Déjà en place depuis pas mal d’années, ces actions à la périphérie de l’Ecole n’ont pas changé grand chose à la réussite scolaire de Douai qui ne peut se satisfaire d’une situation aussi peu favorable. Souvenons nous des péripéties de l’établissement à Douai des « rythmes scolaires » dans la ville. Nous y avons quand même vu une municipalité affichant le « pour » organiser le « contre » qui a conduit in fine à la mort du bidule.

Comme Clemenceau qui, en parlant de la guerre, disait qu’elle était trop sérieuse pour la confier aux militaires, il serait temps que la ville se saisisse du sujet pour ne pas le laisser à la seule Education Nationale. Après tout, elle est concernée au premier chef par la médiocrité des performances de ses établissements.

C’est d’autant plus vrai que Douai est un paradoxe scolaire. Elle possède le problème et sa solution mais ne fait pas le lien entre les deux. Elle accueille des lycées sélectifs qui offrent des sorties très positives (St Jean réussit à placer certaines années des élèves à Polytechnique, HEC, ESSEC…) mais ces établissements accueillent peu d’élèves en provenance des collèges défavorisés, y compris quand leurs capacités permettraient de le faire.

Il serait peut être possible de commencer par là. Ouvrir un peu plus ces parcours de réussite aux élèves des établissements en Education Prioritaire – quand ils possèdent le potentiel – parait une absolue nécessité. Cette première obligation doit ensuite s’affirmer au lycée jusqu’au baccalauréat. La qualité de l’accueil mais surtout de celle de l’accompagnement de ces élèves doivent être durablement améliorées. Sur ce dernier point, les marges sont grandes.

Par ailleurs, si tous les élèves ne peuvent évidemment prétendre à entrer à Polytechnique, l’autre priorité reste celle du diplôme en fin de parcours. Si celui-ci ne protège pas de tout, il démontre qu’en son absence l’intégration dans le monde du travail n’est pas facile. Il est de la responsabilité de l’Ecole de rendre des comptes quant au devenir des collégiens et lycéens qui disparaissent du système éducatif sans aucune formation.

Enfin, comme certaines communes l’ont déjà réalisé, ainsi St Omer en 2018, une coordination entre les entreprises, l’éducation nationale et les collectivités locales doit être créée pour que les lycées et les établissements supérieurs s’adaptent au marché du travail local, à l’exemple de la logique des CFA récemment évoqués. La convention audomaroise envisage ainsi, dans ce cadre contractuel, de créer de nouveaux diplômes, de favoriser l’émergence de filières porteuses, de réduire la voilure de celles qui ne le sont pas etc.

Besoin d’une idée éducative?

La première idée consiste évidemment pour la commune à vérifier l’efficacité de toutes les actions mises en oeuvre sur le temps péri-scolaire. Leur plus-value doit être mesurée d’abord par l’amélioration, ou non, des résultats au sein de la classe des élèves accompagnés dans ce cadre. Pour privilégier l’intervention des enseignants sur « l’aide aux devoirs » , leur engagement doit être mieux rémunéré. Ils doivent être les seuls opérateurs d’un « accompagnement éducatif » conçu comme un prolongement du temps scolaire.

La deuxième idée repose sur l’intervention des élus au sein des établissements, collèges et lycées, comme le prévoit le Code de l’Education. Plutôt que de se contenter d’assister en silence aux conseils d’administration, les représentants de la collectivité (1 pour la commune, 1 pour la communauté d’agglo) doivent exiger un bilan annuel des établissements sur les sujets qui fâchent : sorties de parcours sans diplôme (décrochage) et plus généralement, la performance des élèves sur les indicateurs stratégiques. L’entrée en plus grand nombre des collégiens issus de l’Education Prioritaire dans les lycées généraux sera la cerise sur le gâteau.

La troisième idée prévoit d’organiser l’offre de formation locale – la fameuse « carte des formations » – en sollicitant l’avis des entrepreneurs et des parents avant de négocier avec le rectorat et la région l’évolution à court terme des filières scolaires du Douaisis. Ensuite, cette base rénovée doit appuyer l’émergence d’un « pôle de compétitivité » sur un secteur économique précis, probablement tertiaire à Douai. Enfin, la ville doit s’attacher à mieux arrimer les formations supérieures aux publics locaux, notamment ceux issus des milieux populaires. Combien de jeunes Douaisiens intègrent l’Ecole des Mines chaque année ?

Il est temps de se mobiliser pour l’Ecole et d’agir concrètement sur le système. L’avenir de Douai passe aussi et d’abord par le scolaire.

Vous aussi vous avez des idées, partagez les avec nous.

La caserne du quartier de Caux

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Nos beaux et vieux bâtiments… vides (5)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Douai, cité militaire

Enfermée dans ses murs, Douai a longtemps été une cité militaire, place forte essentielle pour le royaume par sa proximité d’une frontière régulièrement franchie par l’ennemi.

Dès la conquête de 1667, la cohabitation des habitants avec les troupes est constante. Les rues sont encombrées d’uniformes. La part des militaires dans la population peut être importante, surtout en cas de guerre. En 1789, période de paix, on compte dejà 4600 hommes dans la ville.

A partir du XVII° siècle, un changement apparait dans le mode de casernement. Au logement chez les particuliers succède en effet l’installation des soldats et du matériel dans des bâtiments spécifiques. Outre de disposer d’une organisation plus rationnelle, on limite les contacts avec la population qui pouvaient parfois être rugueux.

caserne caux

La caserne d’Esquerchin

Après le rattachement à la France, l’armée a surtout utilisé des bâtiments religieux désaffectés, ainsi ceux des abbayes d’Anchin ou de Marchiennes, plus ou moins réaménagés. Un siècle plus tard, la ville décide d’investir. La décision est prise en 1751 de bâtir une caserne sur des terrains de l’abbaye de Vaucelles près de la porte d’Esquerchin. Le coût de la construction – 600 000 livres soit près de 10 millions d’euros – est assuré par la ville pour moitié, le reste étant supporté par des droits d’octroi reversés par le roi.

Destinée à l’infanterie, le plan de la caserne est extrêmement simple, totalement dédié à la chose militaire. Deux longs bâtiments de 160 mètres, partagés par une place d’armes rectangulaire, se font face. Hors les tuiles de la couverture en pente forte (qui ont remplacé les ardoises d’origine), ils ressemblent à ceux de l’Hôpital Général. A partir d’un soubassement de grès, l’élévation est en briques sauf les angles et les ouvertures en calcaire d’Avesnes. La décoration est limitée. On note un tympan triangulaire posé à l’aplomb des entrées centrales – qui sont cochères – sur la corniche du toit.

Dès la réception des travaux, la première unité à occuper les lieux est le régiment de Belzunce, du nom de son colonel, ensuite dénommé de Flandre, caserné à Esquerchin au moment de la Révolution. En 1868, le 15° Régiment d’artillerie investit la caserne. Il y restera jusqu’en 1940. Nommé Quartier de Caux en 1887 en honneur du général Victor de Caux de Blaquetot, douaisien célèbre mort en 1845, le site devient Centre Mobilisateur 215 en 1963. Il est fermé en 1998 à la suite de la suspension du service national qui a conduit à la réorganisation complète des forces armées du pays.

Des projets sans envergure qui ont tous échoué

Vide depuis cette date, soit près de vingt ans, la caserne n’a pas manqué de projets de réhabilitation. Tous, sans exception, ont échoué.

On a eu successivement :
– en 2009, après quatre ans d’étude, le projet de SIA Habitatqui envisageait d’implanter 94 logements sociaux sur le site, capote à cause du coût de l’opération. Evaluée à 27 millions d’euros au minimum, selon les dirigeants du groupe, l’opération n’aurait été équilibrée qu’en dessous de 20 millions. 
– en 2012, après une forte campagne publicitaire, l’opérateur privé Saint Louis Promotion abandonne, arguant de la dégradation du marché immobilier local. Le projet était original, prévoyant une réhabilitation des bâtiments par la création de lofts, d’appartement bruts ou finis, le tout – près de 200 lots – promis à la vente aux particuliers.
en 2017, un projet de déplacement sur le site du siège du bailleur social Maison & Cités tourne court deux ans plus tard.  Il envisageait de partager l’aile nord entre des logements sociaux et des bureaux construits par la caisse des dépôts et consignations. Le surcoût lié à l’état du bâti aurait amené la dépense au delà de 30 millions d’euros. 

On note qu’entre 2009 et 2019, les estimations quant à la réhabilitation sont passées de 20 à 50 millions d’euros selon les récentes déclarations de Frédéric Chéreau, ce qui paraît beaucoup mais il est parfois prudent de voir large en ces matières.

Dans tous les cas, il y a probablement un rapport entre l’abandon du bâtiment depuis vingt ans et sa dégradation au fil des ans qui augmente inexorablement le prix de sa réhabilitation. Cette évolution s’accentuera si rien n’est entrepris à court terme. Il faut se féliciter de l’initiative de la commune qui a réclamé en octobre 2016 l’inscription du bâtiment, effective par l’arrêté du 9 août 2018 qui protège la totalité du site. Outre d’empêcher sa destruction, cette décision était motivée par le projet Maisons & Cités et in fine peut être le souhait d’obtenir de l’Etat des aides pour cette opération.

Mais que dire de ces projets visant à installer dans le Quartier de Caux des logements sociaux ? Dans notre ville, la vacance locative, la plus haute du territoire, atteignait en 2013, près de 13,2% dont 70% en habitat collectif ? Pire, le recours aux bailleurs les plus présents dans la ville apparaît comme une facilité problématique. Avec 36% de logements locatifs sociaux, le parc douaisien est un des plus haut de la CAD (Lauwin-Planque 14%). 
Vacances et saturation ont logiquement empêché la réalisation de ces programmes. Tant mieux.

Un projet structurant, enfin

A ce stade d’urgence mais aussi d’importance pour la ville, le projet « Quartier de Caux » mérite qu’on s’y attarde un peu. Hors l’Hôpital Général dont il partage, nous l’avons vu, beaucoup de points communs, aucun lieu dans la ville ne possède un tel potentiel.

Si ses inconvénients sont sans cesse rappelés, ils sont tout autant réversibles. Les avantages du site sont manifestes. D’abord sa localisation à l’entrée de Douai près des flux qui arrivent de Lille. Ensuite, sa proximité du cœur de ville sans parler de sa taille. Son emprise remarquable permet beaucoup de choses. La caserne d’Esquerchin est une chance pour la ville. Elle n’est pas le problème, elle est la solution.

La mairie, qui n’a pas réussi en cinq ans à faire aboutir le moindre projet viable, a commencé à bouger, les élections approchent, en prévoyant un aménagement large prenant en compte le triangle rue d’Arras, rue d’Esquerchin et rue d’Albergotti.
Recréer le « Jardin des plantes » du XIX° siècle en détruisant une part de l’IUFM inoccupé est une excellente idée. Un mauvais esprit dirait que la meilleure manière d’enterrer un dossier c’est de l’inscrire dans un débat plus large mais ne boudons pas notre plaisir. Cette approche est un préalable indispensable.

Caserne d’Esquerchin en haut, Couvent des Capucins en bas, entre les deux, le Jardin des Plantes, on le refait ?

Quelle pourrait être la destination d’un site aussi unique ? Douai s’est contentée de mettre en avant des solutions limitées avec des recettes banales qui ont toutes échoué.
A l’inverse, l’examen des villes proches qui ont fait le pari de l’innovation d’envergure est utile. On repère avec intérêt le développement de nouveaux Tiers-lieux comme le “Labo” de Cambrai, de “l’hôpital St Jean Baptiste” d’Aire sur la Lys, de la “Station” de St Omer, de la “Condition Publique” de Roubaix etc.

Et si on s’y mettait aussi ? Il faut penser autrement, sortir du cadre et enfin adopter le « think big* » pour offrir aux Douaisiens un lieu exceptionnel par sa valeur patrimoniale, son envergure et la diversité de ses services. Basée sur la solidarité collective qui est un point fort de notre culture locale, associée à une démarche éco-responsable, la «Caserne Caux» doit être la vitrine du renouveau de la cité.

Besoin d’un projet d’envergure ?

Nous proposons de mobiliser le concept de Tiers-lieu mais en l’élargissant pour en faire un « écosystème » qui envisage, sur un espace commun, l’interaction de publics différents pour des activités de toutes natures.

Le concept à privilégier est ici étranger, à savoir celui de l’architecte Lina Bo Bardi réalisé à Sao Paulo (Brésil) à partir d’une ancienne usine réhabilitée. Ce Centre culturel atypique comprend au même endroit des infrastructures sportives, une bibliothèque, un théâtre, des espaces d’exposition, un restaurant, un solarium et des espaces de convivialité diversifiés.
Depuis 1977, le SESC Pompeia parvient à attirer des publics de tous les âges et tous les milieux sociaux par ses spectacles variés, ses horaires amples, ses tarifs très accessibles mais surtout son aménagement flexible.

L’exemple de la citadelle du loisir à Sao Paulo

De la caserne Caux au Quartier CO

A Douai, la «Caserne» s’intègre dans un aménagement large, grâce à une «Coulée Verte» organisée en «sentes» qui relient l’arrière du quartier au Couvent des Capucins, en passant par l’ex-IUFM. 

L’ensemble, qui doit être autonome sur le plan énergétique et auto-financé en fonctionnement, sera un Tiers-lieu de grande envergure offrant une multitude de services à un public inter-générationnel, abonnés ou utilisateurs occasionnels. Il doit être tourné vers la stratégie régionale Rev3 qui met l’économie durable et connectée au cœur des projets locaux.

Pour illustrer la démarche, le tiers-lieu peut offrir des services dont la liste qui suit n’est pas exhaustive :
un food hall**, proposant différents stands de restauration préparés avec des produits frais authentiques, le tout dans un cadre agréable propice au partage. Ici, on viendra chercher avant tout une expérience.
– des ateliers d’artisans, d’artistes en résidence, des galeries d’art.
– des salles de spectacles modulables de petit format.
– un espace de co-working (individuel et collectif)
– un marché de produits divers locaux.
– un espace enfant (jeux, ateliers, mini-salle de cinéma).
– un espace d’innovation numérique et de formation.
– des salles de danse, de yoga, de détente.
– un mur d’escalade intérieur.
– une salle de lecture (journaux, magazines)
– un jardin, verger, potager, un rucher, sur le modèle génial de l’agriculture urbaine.
– un FabLab adossé sur l’Ecole des Mines.
– des espaces réservés à la musique adossés au Conservatoire (répétition, enregistrement etc.)
– un cinéma de plein air avec transats aux beaux jours.
– des gites à louer sur le principe de la Cité des Electriciens de Bruay.


Le «Quartier CO» sera le renouveau de la ville. Qui osera relever ce défi ?

*Penser grand en british
**Espace de stands culinaires en grand breton

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Un CFA et t’es sauvé!

Un CFA à douai

Que ferions-nous sans La Voix du Nord ? Sans les infos qu’elle distille quotidiennement au citoyen démuni, nous ne saurions rien de rien sur rien. La communication est quand même un tour de force dans le Douaisis une fois franchies les déclarations lénifiantes des élus. Sans la PQR, nous serions sourds et aveugles. Voilà c’est dit.

Un CFA à La Clochette

On y trouve ainsi la récente déclaration de Douaizizaglo® quant à l’émergence prochaine d’un CFA dans le quartier de la Clochette.

Ce projet est très ancien, au moins dix ans voire plus. Il n’a jamais abouti. Si les conditions n’ont pas été réunies, cela devrait inciter à la prudence. Une vieille idée n’est pas forcément une bonne idée. 2020 n’est plus 2000.

Quoi qu’il en soit, cette fois-ci c’est bon. Le CFA va bientôt sortir de terre. Le terrain est acheté. On en connait le prix. C’est comme toujours le célébrissime « million d’euros » apporté par la communauté d’agglomération, c’est-à-dire les contribuables du Douaisis. Enfin, cette somme représente, si on comprend bien, un amorçage car le coût total sera de 25 millions, supportés in fine par la région et la Chambre des métiers.

Le citoyen qui a un peu de mal à payer ses impôts locaux s’intéresse immédiatement aux motivations de cette décision. Il s’inquiète surtout de son efficacité pour répondre aux besoins du territoire.

La bonne idée d’apprentissage

Un Centre de Formation des Apprentis (CFA) n’est pas un lycée qui, s’il envoie régulièrement ses élèves en stage, les enseigne dans ses locaux. Le CFA fait reposer d’abord sur l’entreprise, par contrat, la formation de l’apprenti.

L’apprentissage a toujours été présenté comme une réponse efficace à la demande de jeunes en attente d’insertion, entre autres parce qu’ils reçoivent un salaire qui peut les aider à vivre et qu’ils sont employables dès la sortie du contrat.

On met aussi en avant la plus grande aptitude des CFA à gérer le lien – difficile – entre la formation et le besoin local. Très présentes, les entreprises interviennent dans la définition de leurs filières qui peuvent donc s’adapter plus vite aux évolutions économiques du territoire que celles des lycées professionnels.

Une bonne idée qui prend mal

Cette idée géniale peine pourtant à se développer comme elle le devrait, surtout dans notre région. 

Plus précisément, ça coince au « niveau V » c’est à dire celui des CAP et des BEP, sachant que plus on monte dans la hiérarchie des diplômes et plus l’apprentissage fonctionne bien (pour les ingénieurs du « niveau I » mais ils ne sont que 2% du total des apprentis).

Dans les Hauts de France, compte tenu du profil de la population scolaire et des médiocres capacités de son système éducatif à former les élèves les plus faibles, le besoin en niveau V est évident.

L’apprentissage a pourtant du mal à augmenter ses effectifs. Voilà dix ans, on comptait dans l’académie de Lille environ 9000 apprentis. Leur nombre est quasi le même aujourd’hui (soit 2,5% des élèves du Second Degré).

Plusieurs raisons interviennent pour expliquer le faible succès de l’apprentissage. Le déficit d’image, le peu d’envie des familles d’y mettre leurs enfants. Il est vrai que le décrochage, c’est à dire les ruptures de contrat, y est relativement fort, ce qui ne les rassure pas. On peut ajouter pour notre région la présence massive de lycées professionnels (10% à 15% de plus que le national en moyenne) qui pèse sur les orientations des élèves dans ces filières.

Cette question est au centre de l’installation d’un CFA à Douai car notre ville et plus encore son bassin sont très fournis en LP. La complémentarité des deux est un point essentiel. C’est sans doute pour cette raison que la région – qui finance lycées et CFA – a si longuement hésité à soutenir le projet.

Une absente, l’Education Nationale

Nous savons, ainsi que le Président de la CAD nous l’a affirmé par écrit voilà peu, que les « élus de la République réfléchissent avant de prendre une décision ». Nous n’en doutons évidemment pas.

Juste une interrogation quant à l’absence de l’Education Nationale dans la « troïka » qui a scellé le récent accord, soit Douaizizaglo®, la région et enfin la chambre des métiers (CMA).

Il existe dans notre ville le lycée Labbé, siège du « GRETA Grand Hainaut » qui après avoir fusionné plusieurs structures similaires en 2016, couvre à présent un territoire allant de Douai à Fourmies en passant par Cambrai et Valenciennes (41 lycées contre 25 en 2015).

On repère aussi dans l’académie un « Campus des Métiers du bâtiment » qui étend son influence à travers de très nombreux établissements professionnels, Douai étant pile au milieu et le lycée Cassin de Montigny, spécialiste du bâtiment avec CFA, juste à côté.

On espère que tous ces réseaux ont été intégrés dans l’architecture du projet, notamment en prenant langue avec les autorités académiques qui ne gèrent pas les locaux mais, comme chacun sait, tous les emplois qui correspondent à ces nombreux établissements.

Quels besoins pour le territoire?

Décider d’une implantation de cet ordre doit d’abord répondre à un besoin connu, mesuré et surtout prioritaire.  Au niveau V, en France, le recours à l’apprentissage se concentre dans le BTP (22 % des entrées), l’agroalimentaire (13 %), l’hôtellerie-restauration et le tourisme (12%) . Dans ces branches, à composante manuelle et artisanale, l’employabilité est avérée.

En termes de prospective, il serait bon de disposer d’élément concernant le futur de notre territoire. Justifier cette création par la rénovation de « 23 000 logements des cités minières » est, certes, un coup de communication saluant notre passé charbonneux mais il parait quand même un peu léger pour justifier l’engagement financier de 25 millions d’euros. La CAD n’a-t-elle pas d’idées plus stratégiques comme, par exemple, inscrire cette création dans une perspective territoriale plus large ?

Du bâtiment ou pas?

L’interrogation qui découle de ce qui précède concerne évidemment les filières qui seront accueillies par le futur CFA. L’article de La Voix du Nord les présente un peu comme une ménagère annoncerait la couleur de sa nouvelle cuisine sans être certaine de la choisir. Verbatim, ça donne : « on partirait sur les métiers du bâtiment, notamment tout ce qui gravite autour de la domotique et de l’éco-construction mais il y aura aussi du service à la personne, du tourisme et de la restauration ».

Tout cela ne parait pas trop assuré. Il faut choisir. Soit on prend la filière du bâtiment avec tout ce que ça comporte pour obtenir un effet masse sur le territoire, soit on envisage plusieurs parcours, histoire de faire un peu de tout à la mode douaisienne, avec le risque de peser sur pas grand-chose.

Le CFA de Saint Saulve, admirable projet (1200 apprentis prévus, le double de celui de Douai qui envisage, admirez la précision, 533 jeunes en formation) a fait ainsi le pari du soutien déterminé à un secteur en forte demande de main d’œuvre locale, l’artisanat, en concentrant dessus tous les moyens créés.

De la formation initiale ou de l’insertion?

L’autre sujet concernant un CFA est celui du profil du public accueilli. Il peut ainsi intégrer des collégiens en fin de 3° mais tout autant des jeunes en insertion sortis du système scolaire sans diplôme voire des adultes souhaitant une réorientation.

Dans les faits, il est très difficile de mélanger ces deux profils comme l’ont analysé de nombreux rapport sur l’apprentissage quand ils s’interrogent sur la difficulté d’augmenter le volume de ce mode de formation.

Compte tenu des sorties sans diplôme plutôt forts dans le bassin de Douai, il serait sans doute plus indiqué de faire le choix de l’insertion, d’autant plus que dans ce cas on ne prend pas le pain de la bouche des LP du coin qui gèrent, eux, la formation initiale.

Douaizizaglo® s’occupe de tout

L’autre étonnement concerne les déclarations du président Poiret affirmant que la CAD allait gérer en direct les travaux du nouveau CFA parce qu’ainsi elle récupèrerait « la TVA et maitrisera mieux l’avancée du chantier ». Nous savons que la communauté d’agglomération joue déjà les vendeurs des maisons du quartier du Raquet. L’état de ce projet séculaire après 15 ans d’existence permet de s’inquiéter de l’efficacité d’une prise en charge directe.

La vente comme la construction immobilières entrent-t-elles dans les compétences obligatoires de notre communauté d’agglomération ? Pas sûr. Notre président paraissait ravi de ce choix en considérant qu’il était une innovation majeure. Il indiquait assez fier que « personne ne l’avait jamais encore fait, sauf peut être aux Antilles ». Prendre cette région en exemple fait un peu peur quand on connait les performances scolaires des DROM mais surtout la situation financière de ces administrations locales, notamment quant à leurs charges excessives en personnels.

Une conclusion en forme d’inquiétude

Le lecteur comprendra sans peine l’inquiétude qui parcourt cette analyse. Un CFA pourquoi pas ? Mais le mais arrive tout de suite.

On craint immédiatement que cette création – outre de faire taire les critiques concernant le CFA dont on parle souvent et qu’on ne fait jamaissoit d’abord à but immobilier. Investir à La Clochette pour donner à ce quartier très enclavé l’importance qu’il a beaucoup de mal à avoir, est peut être la motivation première de ses promoteurs.
On aimerait tout autant, symétriquement, que les arguments qui ont réussi à débloquer ce dossier enlisé depuis si longtemps soient réellement la réponse adaptée aux besoins, identifiés et mesurés, de notre territoire.
Et là, comme nous l’avons déjà évoqué, ce qui doit primer dans la décision, c’est l’ordre des choses. On a besoin d’apprentis dans un secteur prioritaire donc on construit un CFA pour les former. On n’occupe pas un terrain avec un CFA en pariant au final que cela va rendre service à des entreprises qui, par chance, chercheraient des apprentis.

Enfin, comment ne pas regretter l’absence d’envergure d’un projet qui parait ne rien connaître, à l’inverse de celui de St Saulve, de Rev3, dite « 3° révolution technologique de la région des Hauts de France « , qui vise à faire de celle-ci l’une des plus avancées en matière de transition énergétique et de technologies numériques. On espère que nos chers élus placent notre futur CFA dans l’un des 10 projets structurants qu’envisage cette extraordinaire stratégie.

La plus vieille maison de Douai

plus vielle maison de Douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (4)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Un modeste témoin du passé

Bien discret sur son pignon, à l’angle des rues de Huit-Prêtres et du Clocher Saint Pierre, le bâtiment ne paie pas de mine.  Il est vrai que l’allure est peu flatteuse quand on regarde l’horrible rideau métallique qui ferme le rez-de-chaussée, l’affreuse enseigne masquée depuis peu, l’incroyable vitrine de la devanture mais plus encore l’état des fenêtres qui, ici ou là, ont même perdu leurs carreaux.

Pourtant, à bien le regarder, on comprend qu’il ne date pas d’hier comme le montrent ses pans de bois dont la facture médiévale ne fait pas de doute. On perçoit aussi le montage en encorbellement des étages puis tout en haut la façade triangulaire qui épouse la forme du toit.

Une miraculée de la Grande Guerre

Sa modestie l’a probablement sauvée à l’inverse de sa voisine. Juste en face, se trouvait en effet la célèbre maison dite « des Rémy », un des monuments les plus connus de la ville. Sa restauration sous le Second Empire en avait fait le joyau de la cité, exaltant un « style espagnol » qui n’était d’ailleurs que flamand. Incendiée en 1918 par les troupes allemandes en retraite, cette merveille est partie en fumée avec ses superbes sculptures, ses pilastres ciselées, ses métopes délicates, ses colonnes ouvragées.

A comparer la forme des deux façades, la disparue et la survivante, on comprend qu’il y a une filiation dont la plus modeste mais la plus ancienne, est peut être l’origine. Construit au XIV° siècle, le bâtiment était une dépendance d’un ensemble plus grand, l’Hôpital des Huit-Prêtres fondé par une certaine Marguerite Mullez ou Mulet, « dite Baudane », sœur du prévôt de St Pierre.

Si on en croit Plouvain, l’héritage de cette bienfaitrice disparue en 1329 était destiné à permettre l’accueil de « huit prêtres indigents » mais surtout de pourvoir à leur entretien. Reconstruit en 1519 – la brique a remplacé les colombages – l’hospice a traversé l’Ancien Régime pour finir vendu comme bien national à la Révolution. Le bâtiment subsistant n’est donc que la partie miraculeusement indemne d’un îlot dont il ne reste rien, plus étonnant encore, dans un quartier durement touché par les destructions de la première guerre mondiale.

Un monument protégé devenu bien municipal

Brièvement poste de gendarmerie, elle est dès le début du XIX° siècle un estaminet puis un magasin, le fameux « bazar à 100 francs » de la famille Cocheteux. Vendue l’année dernière par ses descendants pour 80 000 euros (quand même moins cher que le Furet) à la mairie, la collectivité a acquis cette maison « afin qu’elle ne se détériore pas davantage », ce qui est une très bonne idée.

On peut regretter qu’un bâtiment dont la façade et les toitures ont été inscrites à l’inventaire des Monuments Historiques dès décembre 1964 n’ait pas été plus tôt acheté et restauré comme il se doit. Ici encore, on voit que le ciment a frappé, ainsi que le montrent les joints de briques datant sans doute des années 50. Il ne reste probablement pas beaucoup de matériaux d’origine. Sur la façade, les pans de bois du XIV°, régulièrement réparés depuis, ont peut être disparu depuis longtemps.

Besoin d’une idée médiévale?

Sans aller jusqu’à réclamer son retour à la fonction originelle qui n’était sans doute pas très éloignée d’une conciergerie, conserver à cette maison sa fonction commerciale ne serait pas indigne dès l’instant où elle constituerait une étape dans le circuit touristique d’un centre-ville enfin valorisé.
Célébrer le passé médiéval, la draperie qui était l’âge d’or de Douai, aurait beaucoup d’avantages.
Cette idée rejoindrait le goût du Moyen-Age qui plait à Douaisis Agglo à travers le soutien important qu’elle apporte à Arkéos, notamment son extension en parc médiéval. Le sujet est porteur comme le prouve le succès des animations organisées sur ce thème. Un soutien financier, même modeste, devrait pouvoir se mettre en place, la surface du local est réduite – 70m2 au sol – ce n’est ni Le Furet, ni Le Prévost.

boutique médiévale plus vieille maison de douai

Restaurée dans sa forme originelle, la maison pourrait être un lieu de vente d’objets touristiques, artisanaux, issus de productions locales, peut être même associatives. Une échoppe médiévale reconstituée pourrait être un lieu de vente original, susceptible d’attirer l’attention touristique.
Il serait possible pour renforcer l’intérêt de ce projet, de l’associer par convention avec les établissements professionnels du secteur. Plusieurs lycées, ainsi Rabelais (vente) ou Leforest de Lewarde (accueil), pourraient en faire un lieu de stage pour les élèves en cours de formation.

Échoppe médiévale à l’Aigle (Orne), bien jolie non ?

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Trop d’impôt tue la ville

trop d'impôt tue la ville - Gettyimages

En période électorale, la question des impôts locaux payés par les habitants est une interrogation obligatoire. Le principe est simple. Tout Douaisien donne de sa poche pour faire fonctionner les services de sa ville et même un peu plus. Dans ce « plus », il y a les investissements qui préparent l’avenir, comme les pistes cyclables ou le restaurant le Prévost.

Un système incohérent

Penchons nous sur deux impôts locaux principaux, la taxe d’habitation et la taxe foncière, cette dernière assumée par les seuls propriétaires. Nous évoquerons en conclusion la suppression de la première qui va changer profondément la donne de la fiscalité locale. C’était pourtant la ressource la plus importante des communes. A Douai, elle compte pour un tiers des 60 millions du budget de la ville.

Le calcul de la TH et de la TF relève de logiques curieuses, de celles dont notre pays a le triste privilège en matière fiscale, c’est-à-dire le n’importe quoi. D’une part les valeurs qui servent de base de calcul sont les mêmes depuis 1970 et de l’autre l’imposition n’a aucun rapport avec les revenus des habitants.

Taxes d’habitation et foncières sont en effet calculées sur une « base locative cadastrale » fictive, valeur de 1970 actualisée automatiquement et qui dépend d’éléments divers. On y trouve le confort du bien (WC, chauffage, salle de bain etc.), son emplacement, sa taille, son état d’entretien etc. C’est sur cette valeur que la commune applique le taux qu’elle vote.

Une « commission communale des impôts directs » est chargée de réviser les valeurs cadastrales. Elle est constituée de contribuables choisis par la mairie d’abord (qui propose une liste de « spécialistes », notaires ou agents immobiliers, distribués selon les quartiers) puis le Trésor Public qui distingue dans le lot 8 personnes. Difficile de connaître l’identité de ces experts installés à chaque élection, dans les faits probablement reconduits de mandat en mandat. Si un des membres de la commission lit ces lignes, on aimerait qu’il nous explique comment ça marche.

On prend cher à Douai

Les taux de Douai pour la taxe d’habitation sont à 28,95% quand Cuincy est à 12,57% et Lauwin-Planque à 19,91%.
Il faut se méfier de ces chiffres. Un village de Corse, Tasso, possède le douteux avantage d’un taux à 50,09% quand Neuilly sur Seine est à 12,57%. La différence provient de cette fameuse valeur locative révisée par la commission communale. 12,57% à Neuilly rapportent beaucoup et 50,09% à Tasso, très peu.

Les communes du Nord connaissent des taux qui sont parmi les plus hauts de France (d’où peut être le nom de la région) parce que leurs bases seraient faibles.
Sur 35361 communes du pays, dans les 100 taux les plus forts (de 30% à 50%), le Nord en constitue plus d’un tiers. Selon la Cour Régionale des Comptes, les bases de Douai sont « inférieures aux moyennes de la strate » (867,1 euros/habitant en 2018). On peut faire l’hypothèse qu’elles étaient en 1970 peu élevées, encore qu’on ne comprend pas vraiment pourquoi.

D’ailleurs, il n’est pas facile de connaître cette valeur locative, ni de la comprendre, ni même de la comparer avec celle des communes voisines. Des Douaisiens découvrent d’une année sur l’autre, alors qu’aucune amélioration de leur bien ne s’est réalisée, qu’elle augmente automatiquement et pas dans de faibles proportions.

Cette tendance est d’autant plus étonnante qu’à Douai les valeurs immobilières baissent régulièrement depuis des années. Il suffit de comparer les prix des maisons mises en vente aujourd’hui et celles qui l’étaient voilà dix ans. Avec plus de nuances selon les biens, la location est peu dynamique, ce qui rend ces augmentations « automatiques » incompréhensibles.

Car encore une fois, la fuite des habitants, processus complexe, a peut-être un lien avec le taux d’imposition. Il est courant d’entendre des Douaisiens se plaindre du poids de la fiscalité locale et d’expliquer ainsi la baisse de la population. L’examen des taux parait leur donner raison et cela d’autant plus que les valeurs locatives des communes voisines ne doivent pas beaucoup s’éloigner de celles de Douai. Il vaut mieux habiter Lambres ou Cuincy pour profiter des services de la grosse ville sans y payer ses impôts.

On peut d’ailleurs se représenter sans peine le cercle vicieux ainsi lancé : à budget constant, la baisse de la population conduit la municipalité à augmenter les impôts sur ceux qui restent. De plus en plus ponctionnés, la fuite des payants s’amplifie. Incapable de baisser ses dépenses, la commune appuie sur les taux. Les gens continuent à partir etc. Au bout du cycle, de moins en moins de Douaisiens mais à l’inverse des impôts locaux de plus en plus lourds.

Les chiffres paraissent donner raison à ce terrible enchainement. La hausse des deux taxes (TF et TH) depuis 2000 est forte, plus de 40%. Leurs taux étaient alors à 20%. Ils sont respectivement aujourd’hui à 29,55% et à 28,95%. La baisse de la population de Douai est exactement inverse à l’augmentation des taux. Etonnant, non?

Une seule option, l’augmentation

Comment ne pas soulever la responsabilité des municipalités successives dans cette évolution fiscale toujours plus lourde ?

Nous nous souvenons de la déclaration de F. Chéreau quand il a augmenté les taux « par précaution », justification qui vaut son pesant de fiscalité. Mieux, l’argument avancé pour répondre aux critiques était que « d’autres villes sont plus imposées que la notre ». Outre que cette déclaration est démentie par la périphérie de la ville, on pourrait ensuite demander aux Douaisiens s’ils souhaitent se rapprocher de ces chanceux qui paient plus qu’eux, à Condé sur Escaut (43,17%), Lambersart (37,80 %) ou Valenciennes (35,50 %).

Quoi qu’il en soit la disparition de la taxe d’habitation rend tous ces raisonnements inutiles puisque supprimée dès cette année pour les plus pauvres, elle n’existera plus pour tous les contribuables en 2023.

Prudence cependant. Le gouvernement a fait le choix, pour compenser cette perte de revenu pour les communes, de faire glisser sur elles l’intégralité du produit de la taxe foncière auparavant attribué aux départements. Si la révision des bases est prévue à partir de 2022 – sur dix ans – les municipalités continueront donc à fixer les taux. Pour mémoire, celui de Douai, à 29,55%, n’est battu dans sa périphérie que par Flers qui se situe à 31,7%.

Plutôt habile, cette réforme parait résoudre toutes les contradictions d’une fiscalité locale incohérente. La commune conserve, certes amoindri, un pouvoir propre sur ses ressources. Les bases, révisées par la redoutable et secrète commission communale, seront plus justes. C’est dit, c’est écrit.

Le Douaisien critique fera remarquer que seuls les propriétaires assureront le coût d’un impôt auxquels échapperont donc tous les locataires. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre l’effet sur la population de Douai. Estamper les seuls proprios reviendra évidemment à les faire fuir un peu plus. La ville connait 36,8% de propriétaires, soit 6500 foyers sur 17700. L’assiette sera bien réduite. Tremblez possédants, ça va taxer !

De même, parce que les recettes de la taxe foncière ne correspondent pas à celles de la taxe d’habitation, l’Etat est obligé de compenser le manque à gagner des communes. Cette idée diabolique lui donnera un levier d’une grande efficacité pour les contraindre à réduire leurs dépenses. Ce paramètre va en effet s’ajouter à une dotation globale de fonctionnement (DGF) dont les variations à la baisse sont devenues la règle. Craignons que nos élus n’aient la tentation, « par précaution » , de compenser la compensation par des hausses des taux.

Enfin, cette réforme qui possède un coût évident, va être au final supportée par tout le monde à travers l’impôt sur le revenu, la TVA, la TICPE, les taxes délirantes dont la France a le secret… Avec un peu de chance, le fardeau va se vaporiser sur la masse mais il reste une certitude pour nous tous : l’impôt ne baissera pas, ni dans la ville, ni dans le pays.

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