Sin, Sin, c’était dans mon programme

Amis de la poésie bonsoir,
Comme le dit l’intéressée régulièrement : il fallait oser
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Douai c’était moi, j’en étais l’héroïne, l’unique
Douaizizaglo l’ennemi, j’allais lui faire la nique

Douai pour toi, je mènerai seule la révolte
Douaizizaglo mon adversaire, mais mais… virevolte !

Les alliés, les fans, assommés par la nouvelle
S’interrogent. Un départ de Douai ? Oh non, pas elle
Bientôt, la fuite est confirmée. Juste un petit bond
Cadeau du parrain malin sauvé dans son canton

La grosse couleuvre, fallait l’avaler en silence
Gageure majeure même pour le notaire vieille France
Entendre en plaidoirie qu’on défend Douai à Sin
Et dire à Douai sans rire qu’on défendra Sin sans fin

L’ambition s’impose. Devant elle, tout disparait
Il y a l’intérêt de Sin, le sien mais pas celui de Douai
La vertu tuée d’un coup par le bras corrupteur
Comme l’insoumis perdu oubliant ses valeurs

Un mandat pour moi, c’est ce que j’ai toujours cherché
Vous m’avez aidée, vous m’aiderez quand je serai perchée
Là haut dans le département, celui qui m’a vue naitre
Vous m’y verrez souvent près de mon nouveau maître

Ainsi élue, ma place, la mienne, belle et riche chose
La seule qui compte, refrain connu de ceux qui osent
La grande cité décline, ailleurs est mon destin
A moi l’indemnité : je prends mes sous à Sin !

Douai et ses monuments historiques (1/2)

Une façade à Douai conservée devant une reconstruction moderne

Il fut une époque où on ne souciait pas des traces du passé. On avait en ces temps troublés des crises, ainsi des guerres, qui détruisaient villes et campagnes. Quand l’orage était passé, on reconstruisait sans se poser de questions.
Tout au plus, pour des raisons d’économie ou de rares envies de conserver du beau, on intégrait des bouts de vieux dans le neuf. L’évolution d’une cité était une sorte de processus naturel, faiblement maîtrisé par la règle.

Attention danger ! Article de fond !

Plusieurs siècles de destructions

A Douai, le nombre de « beaux bâtiments » disparus est évidemment supérieur à celui des survivants. Tout le monde connaît l’ampleur des dégâts du siège de 1710 et, plus encore celle des effets du « règlement de 1718 ». Il a fait totalement disparaître la ville flamande en imposant partout un « style français » qui, devenu « classique », est d’ailleurs à peu près protégé aujourd’hui.

Passons sur la Révolution qui a démoli sans vergogne une masse étonnante de chefs d’œuvres architecturaux, ainsi la collégiale Saint Amé ou des établissements religieux qui faisaient pourtant la renommée de la ville.

Nous ne nous appesantirons pas sur la disparition complète des fortifications de 1891 à 1895. Ces travaux ont modifié en profondeur l’apparence de la cité en l’ouvrant sur son espace immédiat. Nous avons quand même conservé quelques portes et gagné des boulevards, dernier refuge de nos chères automobiles.

La porte d’Arras éventrée, juste après la démolition des fortifications. A gauche, l’entrée du pont sur les douves, encore visible de nos jours ® www.cparama.com

A leur tour, les méchants alboches n’ont pas hésité en quittant la ville en 1918 à incendier des rues entières. Ce vandalisme s’explique mal sinon par l’envie d’embêter ceux qui étaient en train de les vaincre. 
La reconstruction – payée par les « dommages de guerre » – a permis l’éclosion d’un « art nouveau » que les contemporains aimaient peu mais qui est de  nos jours plébiscité. Il est vrai que les architectes surent alors mélanger l’ancien et le neuf avec une rare subtilité.

L’Hôtel dit « de Calonne », rue de Bellain, incendié par les Allemands en 1918, superbe bâtiment dont il ne reste rien. ® ecpa

On ne peut pas en dire autant du modernisme de l’après guerre quand les maires de l’époque, Canivez ou Fenain, après une reconstruction ratée imposée par l’Etat, se sont mis à démolir sans aucun état d’âme des bâtiments pourtant anciens. On conserverait aujourd’hui mais, à l’époque, ils étaient des fardeaux. Entre autres, il existait rue des Wetz de magnifiques hôtels qui ont été remplacés par des édicules dont l’intérêt patrimonial reste encore à trouver.

Façades XVIII° de la rue des Wetz, dont l’entrée de l’abbaye des Prés au fond, juste avant leur démolition au début des années 70 ® Mémoire de Douai
Bâtiments des années 70 rue des Wetz Douai
Superbe alignement remplaçant ce qui se trouvait au dessus. Innovation, esthétisme, beauté patrimoniale. On a tout.

Nos 46 monuments historiques

Les meilleurs spécialistes de l’histoire douaisienne ne seraient pas tous capables de citer les « monuments historiques » de leur ville. Même si certains mériteraient de l’être et ne le sont pas, il y est vrai qu’il y en a beaucoup, 46 en tout, dont 11 classés – souvent les plus anciens – le reste étant simplement inscrit.

Précisons avant toute chose que le « classement », plutôt national, est devenu rare quand « l’inscription », régionale, apparait plus courante mais moins protectrice que le premier. Le dernier monument « classé » à Douai est le théâtre qui l’a été en 2003.

Parmi nos voisines et concurrentes, Valenciennes fait moins bien que nous avec seulement 36 protections mais nous sommes faibles à côté d’Arras qui en compte 226 dont une immense partie (104) consécutive aux destructions de la Grande Guerre.

De fait, la fameuse liste de 1840 des « monuments historiques » –  la première – n’en donne que quatre dans le Nord quand le Calvados en a alors 23. Il faut attendre 1862 pour les voir apparaître à Douai : le beffroi, évidemment, mais aussi l’hôtel de ville qui le jouxte. Voyons là l’effet d’une époque où – c’était du proto Arkeos – on raffolait d’un médiéval aussi romantique que mythifié.

Évidemment, les deux guerres par leurs destructions ont poussé, juste après, les pouvoirs publics à protéger par précaution ce qui restait encore debout. Cela explique la fréquence des années 20 puis 40.

Enfin, la perception d’un danger pour le patrimoine, après l’iconoclastie des années 50 et 60, a convaincu Jacques Vernier – rendons à ce Douaisien d’adoption ce qui lui revient – de protéger quelques joyaux, aujourd’hui restaurés grâce à lui.

L’important c’est de durer

Si les dates de décision des protections sont intéressantes pour la prise de conscience qu’elles révèlent de la part des décideurs, plus opératoire reste toutefois leur période de construction pour comprendre ce qui a « fait monument » dans leur tête. Le compte n’est pas toujours facile quand certains bâtiments – ainsi Saint Pierre – sont un mélange de plusieurs époques.

Pour autant, grosso modo, en ordre de grandeur, le XVIII° siècle, en bonne logique de l’histoire douaisienne, se taille la part du lion avec 16 inscriptions / classements. Dans ce compte, par simplification, la place du Marché aux poissons où chaque maison est classée individuellement (la plupart en 1971) a été rassemblée en une seule unité. Viennent ensuite le médiéval avec 8 protections, le XVII° et le XIX° avec 5 puis 4.

Arrivent enfin les trois décisions concernant des bâtiments du XX° siècle qu’il convient de détailler.

D’abord le fameux magasin de la rue Bellegambe avec sa forme si particulière (1972). Ensuite l’hippodrome dont la colonnade palladienne ne manque pas de grandeur (1981) et enfin le magnifique ensemble industriel des Textiles de Douai, à Frais-Marais, œuvre de Voilery (2001).

Ancienne filature les textiles de Douai monuments historiques inscrits
intérieur ancienne filature les textiles de douai

De fait, un « monument » le devient s’il parvient à dépasser la zone dangereuse du mépris que toutes les périodes architecturales ont connue. Il serait maintenant difficile de détruire un bâtiment du XVIII° siècle qu’on liquidait sans problème un siècle après leur construction, voire même au delà.
Si aujourd’hui on commence à respecter les œuvres du XIX° siècle, certaines, comme le montre la situation de l’église St Jacques, n’échappent pas encore au risque de leur disparition.
Plus originale, notre région possède le privilège d’être pionnière dans la conservation des bâtiments industriels contemporains. Cette avant-garde est évidemment liée à notre passé glorieux. Selon la formule de Victor Hugo, « en mesurant le gros orteil, on mesure le géant » . Conserver des traces architecturales offre parfois aux habitants une fierté que le présent donne peu.

Les raisons d’une conservation

Cette vision a évolué tout au long du XIX° siècle. Le monument historique, facteur de cohésion sociale, est dévenu un marqueur d’identité, témoin que se passent les générations entre elles.
La lecture régulière de l’intéressante page des « Flâneries en Douaisis » le prouve inlassablement. Une bonne part des commentaires sont des souvenirs dans lesquels les auteurs s’identifient aux lieux présentés.
Cette culture du monument, individuelle et collective, est d’ailleurs la plus démocratique qui soit. Loin d’être réservé à une élite privilégiée, le patrimoine est un bien commun offert à l’appréciation de tous. Il suffit de le contempler pour en profiter sachant que sa conservation procède d’un double miracle : la force de la loi qui protège et la grâce de l’impôt qui restaure.

Pour sacrifier au dogme religieux actuel sans lequel aucun discours n’est aujourd’hui possible, les monuments historiques constituent aussi un élément du développement durable en renforçant la qualité du cadre de vie. On dira en effet qu’il est plus agréable de vivre dans un lieu au bâti exceptionnel plutôt que dans une zone industrielle ou une cité d’urgence.

Ensuite, la caractéristique propre d’un monument historique justifie un classement décidé « du point de vue de l’histoire ou de l’art au nom de l’intérêt public ».  Ce concept peut d’ailleurs susciter des débats. Qu’est ce qui est « beau » ? Qu’est ce qui est « digne d’être conservé  » ? Qu’est ce que « l’intérêt public » ?

On remarque à Douai que certaines maisons privées sont protégées et pas d’autres qui pourtant leur ressemblent beaucoup. On imagine assez l’action d’un architecte dit « des monuments historiques » qui, à un moment donné, pour une raison précise, a appuyé cette décision. Il n’est pas toujours évident de réunir ces deux facteurs.

Car l’esthétique est une appréciation subjective, comme le prouve à son tour la formule de l’inscription d’un monument prise selon « l’intérêt d’histoire ou d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation ». On peut faire le pari que la beauté de l’usine de Frais-Marais n’est pas appréciée par tout le monde. A l’inverse, de nombreux monuments intéressants ne sont pourtant pas protégés, l’Université par exemple. Le Quartier Caux a attendu 2018 pour être inscrit aux MH, Saint Pierre les années 70.

Comme nous l’avons vu, l’ancienneté intervient aussi, encore qu’elle soit bien difficile à apprécier dans la réalité. A Douai, il n’est pas rare qu’un bâtiment réputé médiéval ait été largement reconstruit au XIX° siècle (La Tramerie, Les « Templiers » et même le beffroi).
A l’inverse, la ville est un palimpseste. Toutes les maisons du centre possèdent des caves ou des superstructures internes plus anciennes que leurs aménagements modernes. Le retournement des toitures du règlement de 1718 n’empêche d’ailleurs pas de deviner les anciennes bâtisses fondues dans une même façade comme le montrent certains endroits du plan relief.

L’intérêt d’un patrimoine

Ville d’histoire, Douai possède un patrimoine monumental conséquent, ce qui permet de s’interroger sur le sens de cette conservation.

Il est d’ailleurs notable que la rareté des débuts, sinon les décisions par périodes, fait place aujourd’hui à une fréquence de protections exactement inverse à celle des rénovations. A Douai, comme la multiplication des édits royaux qui prouve qu’on n’arrivait à rien sur un sujet, plus on inscrit, moins on entretient ou sauve.

Notons les deux pointes des protections, l’après-guerre bien sûr mais surtout la dernière qui correspond aux maisons de la Place du Marché aux Poissons

Cet abandon – n’ayons pas peur des mots – est paradoxal puisque ces décisions légales déclenchent l’aide publique. Pour cette raison, beaucoup de collectivités locales s’appliquent à les obtenir en faisant le pari qu’elles seront aidées financièrement lors des travaux. Le Quartier Caux ou l’Hôpital Général doivent leur inscription, entre autres, aux avantages fiscaux qu’elle donne aux opérateurs.

A l’inverse, beaucoup de propriétaires privés perçoivent ces décisions comme une calamité. Si l’État peut subventionner leurs restaurations – à degrés variables – ils ne peuvent plus disposer de leur bien à leur guise. Quand on y réfléchit, cet impératif de préservation s’avère une intrusion étonnante dans le droit de propriété. En France, 43% des monuments historiques sont possédés par des personnes privées.

Il existe même des situations où la disparition d’un patrimoine découle d’un excès d’exigence. A l’inverse de beaucoup de nos voisins européens plus souples, nous sommes dans une logique très française où se télescopent le coût – plus lourd quand on doit respecter l’apparence originale – et l’impossibilité de prendre quelques libertés avec une rénovation pour la faciliter.

Cette rigidité est d’autant plus curieuse qu’une restauration est toujours le produit de l’air du temps. Les exigences de nos services des monuments historiques ont varié. On acceptait le ciment sur les façades des Capucins dans les années 50. L’aspect actuel de l’Hôtel d’Aoust, très « daté » , découle d’une violence esthétique typique des années 80. De nos jours, on tente un peu plus la nuance et le retour aux matériaux d’origine mais comme le veut la Charte de Venise, on ne revient jamais à un supposé état initial.

Tout le monde connaît l’histoire ébouriffante du beffroi de Bergues, classé en 1840, mais détruit en 1944 par nos habituels touristes en feldgrau. L’impossibilité de trouver un compromis entre les désirs des monuments historiques et la pingrerie municipale a conduit au déclassement du bâtiment pour que la ville puisse, à coup de béton, le reconstruire. Les différences entre l’original et la médiocre copie ne sont pas perçues par les touristes mais le plus amusant reste quand même le reclassement de ce pastiche en 2004 pour qu’il puisse satisfaire aux critères de l’Unesco.

Le paradoxe patrimonial

Devant les difficultés d’assumer le coût des protections à répétition pour lesquelles Douai paraît en bonne place, certains architectes évoquent même le « complexe de Noé » pour le qualifier.
Comme un amoureux des chats en abrite chez lui des dizaines sans avoir la capacité de les nourrir tous, créer sans fin des monuments historiques chez soi conduit à ne plus pouvoir les sauver.
Du millier de la liste initiale de 1840, la France est passée à 11000 en 1980. Elle en possède 44000 aujourd’hui. C’est probablement une des clés de l’impuissance municipale actuelle. L’excès de monuments tue le monument historique.

Quoi qu’il en soit, citons en conclusion Auguste Rodin décrivant en son temps la contradiction de toute préservation d’un patrimoine historique : « Oh ! je vous en supplie, au nom de nos ancêtres et dans l’intérêt de nos enfants, ne cassez et ne restaurez plus !
Songez que des générations d’artistes, des siècles d’amour et de pensée aboutissent là, s’expriment là, que ces pierres signifient toute l’âme de notre nation, que vous ne saurez rien de cette âme si vous détruisez ces pierres, qu’elle sera morte, tuée par vous, et que vous aurez du même coup dilapidé la fortune de la patrie, — car les voilà, les vraies pierres précieuses !  » .

Tout le monde est prévenu !

BNF : t’as intérêt à être pour

Stockage BNF du douaisis

Et bé, ça matraque, ça pilonne, ça communique dans tous les sens. Voilà même qu’aujourd’hui tombe dans nos boites aux lettres un tract émanant de Douaizizaglo® intitulé « Tous mobilisés pour la BNF dans le Douaisis ». C’est beau un territoire défendant les bouquins. On dirait la liberté guidant le peuple.

Faut pas mollir

En spécialistes, on cherche, même écrit en tout petit, à savoir d’où ça vient, qui l’a imprimé, bref, les fameuses mentions légales. Elles manquent. On sourit à penser que ce précieux document ne pourra pas, pour cette raison, se trouver archivé dans le futur « conservatoire de la presse », alias cette mythique « BNF », qui en est la raison d’être. C’est bien dommage.

A l’évidence, on sent les élections approcher. Après le coup de la gratuité des transports qui visait à persuader les Douaisiens que le Père Noël serait candidat aux cantonales, nous voilà donc tous mis en demeure d’approuver la nouvelle lubie du seigneur de Lauwin-Planque. Y’a intérêt à être pour, il n’y a pas d’autre option et d’ailleurs faudra voter pour lui. Il y va du salut de la patrie.

Le père noël mobilisé pour la BNF du Douaisis
Bad Santa in Skarpland…

Sommés de soutenir un projet en forme de miracle, on y va et pas mollo sinon gare à vous : « montrez votre soutien », « rejoignez nous », mettez votre trombine dans le logo etc. Les réseaux sociaux sont en surchauffe. C’est à qui déclarera sa foi la plus pure aux yeux de tous. On attend les maillots floqués, les écharpes et les auto-collants. On n’est pas inquiets. On les aura.

On ne lésine pas

Sur le tract, la liste des soutiens montre qu’on a un peu bâclé. Pas trop de hiérarchie dans les vignettes. Des élus, des collectivités, des associations, des entreprises. Après tout, pourquoi pas ? Les éléments de langage sont montés à la truelle. Ils n’ont d’ailleurs pas vocation à être lus. « On soutient » (15 citations quand même), « une chance pour le Douaisis », « une opportunité » et « même au fond de nos campagnes » proclame le maire d’Hamel vice-président à 771 habitants et 270 électeurs. Ce qui compte ce sont les photos et les logos, pas le fond.

Tract de Douaisis Agglo On se mobilise
Un tract ? Une notice ? Un prospectus ? Un bulletin électoral ?

Le « parrain » y est en bonne place, bien en haut et bien au milieu. Même avec un torticolis, on ne peut pas le louper. Son adversaire, maire de Douai, est mis à droite. Il n’a pas l’air content. Son espace d’expression a été mesuré au millimètre comme la taille du drapeau de la Corée du Nord à Panmunjeom. Il en profite pour délivrer son programme : réseau de bibliothèques, médiathèque, salons du livre jeunesse et du polar. N’en jetez plus, c’est un sans faute. Voilà « l’Athènes du Nord » ressuscitée.

Tous les élus, syndrome de l’unanimisme bien connu chez nous, enfourchent le cheval bibliothécaire. Si on n’y voit pas la tête de la patronne du « shadow cabinet » qui offre à la ville tout ce que le maire ne peut obtenir, se hausse du col son camarade de parti, député de la circonscription.
Juste en dessous, subtil équilibre politique, on repère l’ami Bruneel, ce qui n’étonne pas. Pour les Communistes Apolitiques du Douaisis (CAD), plus c’est payé par les riches qui ne votent pas pour eux, mieux c’est.

S’agissant d’une affaire de « bibliothèque », on se rassure de voir le patron de « IN Groupe », le bon père Trutt. Pour les non initiés – encore que le sigle est un indice – son entreprise gère entre autres l’Imprimerie Nationale. De cette dernière, comme pour l’URSS, Castoriadis aurait pu dire que ses deux termes sont deux mensonges. Ce n’est plus tout à fait une imprimerie et, société anonyme depuis 1993, elle n’est plus du tout nationale. On s’étonne par contre de l’absence sur le manifeste de Pierre Coursières, le big boss du Furet. L’imprimé qui sauve l’attractivité du territoire c’est quand même lui. Comment ? Il ne « soutient » pas ?

Plus inquiétante enfin est la place réservée aux Lillois décidément en force sur la double page. Chaque Douaisien un peu au courant de l’histoire de sa ville à l’obligation de se méfier des « soutiens » émanant d’une grande métropole qui nous taille des croupières à chaque occasion. Il faut vraiment se dire que si Castelain, Aubry et Lecerf soutiennent cette opération c’est qu’elle n’a pas grand intérêt… pour eux.

Un peu de rationalité dans une hystérie collective ne fait jamais de mal. On a bien conscience qu’une petite voix dissonante a peu de chance d’être écoutée mais il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre.

D’abord de quoi s’agit-il ? Contrairement au battage médiatique qui vise à empêcher le citoyen de penser, nous ne sommes pas sur un projet gigantesque assimilable à la bibliothèque Mitterrand de Tolbiac. Ce n’est en aucun cas non plus une opération pharaonique dans le genre du Louvre-Lens.

Soyons précis

Depuis François Ier, la Bibliothèque Nationale doit enregistrer le fameux « dépôt légal », bref tout ce qui s’imprime dans le pays. Dans l’appel à projet, on lit que « ce nouveau pôle sera doté d’un conservatoire spécifiquement dédié à la collection de presse de la BnF ». En gros, cette partie devenue à l’étroit dans la capitale doit trouver un entrepôt de « 15000 mètres carrés, sur un terrain avec possibilité d’extension ».

Dans les documents qu’elle produit – qui ne sont pas les mantras de Douaizizaglo®l’institution « cherche à nouer un partenariat fort avec une collectivité territoriale pour construire un projet d’avenir, qui doit permettre d’assurer la pérennité de collections patrimoniales uniques et de valoriser la collection de presse, dont la valeur historique, culturelle et éducative est majeure ».

On sent qu’il faut dans cet « appel à manifestation d’intérêt » (AMI) attirer le chaland en saupoudrant un peu de sucre culturo-patrimonial sur le gâteau. Pour autant, au delà du métalangage écrit avec les pieds, se pose la question de l’usage concret du lieu.

Sans doute les « soutiens » pensent-ils – tout en n’ayant jamais mis les pieds à « Richelieu » ou à « l’Arsenal »aux milliers de « chercheurs » venant cartable à la main compulser de précieux documents. Pour information, dans le bilan annuel de la BNF, 220 personnes en 2019 ont sollicité le fonds presse. Ce nombre est en baisse constante depuis quelques années.

Une bonne idée ou pas ?

Tout le reste, tel qu’il est évoqué par les « soutiens » , n’est pas pour autant impossible. On peut imaginer qu’à côté du dépôt, on puisse trouver des animations, des projets accessoires qui donneraient au stockage un peu plus d’intérêt. On aimerait dès lors savoir qui les mettra en œuvre car immédiatement passent devant les yeux du contribuable des images bien nettes du Raquet enlisé, d’Arkeos en mal de visites sauf celles des cambrioleurs, de Sourcéane en déficit et surtout d’Hôpital Général en perdition.

La même trouille saisit le Douaisien quand il découvre les projets du maire. N’osons même pas envisager leur concrétisation avant la fin du mandat. Nous sommes quand même dans une ville qui a tué trois librairies en quelques années. Elle possède une bibliothèque, véritable œuvre d’art des années 50, qu’elle a abandonnée à elle même depuis des lustres. Une médiathèque, si possible en périphérie. Du livre partout. Quelle bonne idée.

Les travaux de la BNF ont commencés
Le chantier de la médiathèque de l’Athènes du Nord. A droite, Flines les Râches.

Pas dans Douai, évidemment

D’ailleurs, le choix du site fait tiquer. Pourquoi, encore une fois, mettre cette BNF mirobolante en dehors de Douai ? On n’y manque pas d’espaces disponibles, ni de bâtiments énormes abandonnés. Si nous étions des « Verts », à l’image de notre passionaria locale qui voit tous les sujets par leur périphérie écologique, nous nous inquiéterions des 15000 m2 que mangera le futur entrepôt. Ils s’ajouteront aux centaines d’hectares agricoles perdus pour une culture qui n’est pas la bonne (rien que 80 ha depuis 2009 à Lauwin-Planque).

C’est Flers en Escrébieux qui a touché le gros lot. L’AMI réclame une « situation à 3 heures de Paris en voiture et 2 heures en transports entre une gare parisienne et le point de desserte en transports en commun le plus proche ». On plaint l’utilisateur qui, après avoir trouvé Gare du Nord un TGV vers le Douai lointain, devra à son arrivée chercher un autre moyen de déplacement pour se rendre dans la zone de conservation. Il est vrai qu’en théorie le bus est gratuit.

Les chercheurs de la BNF du douaisis craig-whitehead-jpg
Descendu du quai, le chercheur cherche le tram, il ne voit que des bus. Vont-ils quand même vers la lointaine BNF du Douaisis ?

Un AMI qui vous veut du bien

Autre questionnement, le statut de cet « appel à manifestation d’intérêt » (AMI). Sa caractéristique principale, étrange, est « de ne pas être défini par les textes » . Outil hybride, certes souple, il possède une faiblesse dont les juristes seuls ont conscience. Outre de pouvoir être « utilisé à mauvais escient » , il risque une « requalification en contrat de la commande publique » qui déclencherait une avalanche de contentieux. Le tramway, ça ne vous dit rien ?

Comme toujours, il faut se demander combien coûte « cette chance pour le Douaisis  » . Selon la BNF, son montant « est estimé entre 70 et 90 millions d’euros » , ce qui veut dire qu’avec les dépassements habituels, on sera plutôt aux alentours de 100, une fois et demie le budget de la commune.

Ensuite, qui paiera ? Là encore lisons : « L’AMI vise au-delà, à trouver un partenaire pour le très long terme afin de soutenir le financement de l’investissement du pôle de conservation » . En bon français, le « partenaire » c’est nous, ce qui veut dire qu’il faudra mettre la main au porte-monnaie pour que ça marche. Comme tout ce que réalise Douaizizaglo®, ce beau produit ne nous sera pas donné, nous devrons l’acheter.

Remarque ultime, on ne peut qu’être surpris de cet emballement pour un stockage d’imprimés sous forme physique. La BNF, c’est le célèbre Gallica qui permet de son fauteuil d’accéder à des sources numériques infinies. Cette idée de dépôt parait contradictoire avec les évolutions technologiques actuelles. Comment à l’ère de l’immatériel triomphant, justifier l’existence d’un silo ? N’est-ce pas un combat d’arrière garde ? Après avoir approché les 300 000, le nombre de « fascicules de périodiques imprimés » est en baisse constante, un peu au dessus de 220 000 en 2018…

Pour autant, qu’on ne se trompe pas sur notre propos. A condition d’un coût maîtrisé et d’un bilan serré des avantages, il serait idiot de refuser à un établissement public d’installer une antenne dans le Douaisis.
Comme toute activité logistique, ainsi chez Amazon, un hangar peut toujours créer du boulot. La BNF compte un peu plus de 2000 employés sur 7 sites dont 4 en Ile-de-France. A vue de nez, on aura 100 personnes dans un 8eme « conservatoire », soit 1/4 des emplois directs du tourisme dans le Douaisis. C’est toujours bon à prendre mais il ne s’agit en aucun cas de la révolution culturelle qu’on nous vend.

Appariteur du site BNF du Douaisis en quête d’un magazine du dépôt légal

Le produit, c’est vous

Pour être encore plus clair en conclusion, ce que nous dénonçons c’est la posture de ces promoteurs qui prennent les citoyens pour des gogos. On surjoue pour les « fédérer » autour d’un dossier sans jamais en évoquer les inconvénients et l’utilité réelle.
Cet excès d’agitation n’a pas d’autre but que de servir, non pas un projet dont l’appel n’est d’ailleurs pas encore gagné, mais d’abord l’intérêt des maîtres du jeu local.
On balance entre l’incompétence et le cynisme. La situation actuelle des projets de Douaisis Agglo, tous des catastrophes déficitaires, militerait pour la première. Mais préférons la seconde pour sa posture diabolique qui, jouant sur la fierté locale, rend toute critique illégitime.
Selon la BNF, ce lieu de conservation délocalisé sera au mieux livré en 2028 (n+6 après le choix du site) mais c’est un détail trivial. Vous avez compris le message. Ne risquez pas l’excommunication. Le soutien aux élus sortants, rois de la dépense, c’est maintenant.