L’Hôpital Général

l'hôpital général douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (2)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

L’Hôpital Général de la Charité

Compte tenu de sa valeur patrimoniale, la Charité ou plutôt l’Hôpital Général de la Charité de Douai, près de la porte de Valenciennes, est un bâtiment d’exception. Démarrée en 1756, la construction du corps principal a été terminée en quatre années seulement mais différents ajouts ont agrandi l’ensemble jusqu’au début du XIX° siècle.

Rien ne révèle mieux la puissance financière des provinces septentrionales de la France au milieu du XVIII° siècle que la floraison à Dunkerque, Lille, Valenciennes et Douai d’hôpitaux généraux chargés de prendre en charge les indigents selon les principes coercitifs qui faisaient obligation aux autorités locales de les enfermer dans un bâtiment clos.

Dans les Flandres et le Hainaut rattachés plus tardivement au royaume, cet édit qui conservait une partie de sa puissance, reçut toutefois une mise en œuvre plus nuancée. D’abord au titre d’une autonomie que ces provinces défendaient jalousement mais ensuite parce que la diffusion des Lumières poussait peu à peu les élites à prendre conscience de leurs obligations sociales envers les pauvres.

Promoteur de la construction de la Charité, premier président du Parlement de Flandre, Charles-Joseph de Pollinchove fut l’initiateur du projet. Le financement était supporté par l’aliénation de revenus de la ville ainsi que les dons des riches familles Douaisiennes. Les besoins étaient grands dans une province populeuse où toute une part des habitants pouvait glisser de la pauvreté à l’indigence au moindre retournement de la conjoncture économique.

Un bâtiment public d’ancien régime

Le plan, qui s’étale sur près de 20 000 m2 de surface, présente la forme d’un carré partagé en croix dont le centre est une chapelle permettant, sur le principe du panoptique, aux femmes, hommes et enfants, soigneusement séparés, d’écouter la messe. Le bâtiment à la destination toute utilitaire est construit en briques, pierre de calcaire pour les encadrements et grès pour les soubassements. Les toits, en ardoise, sont partagés en larmiers qui sont autant de protections contre l’incendie. Le fronton d’entrée sur le Canteleu qui représente la Charité a été réalisé en 1835 par Théophile Bra, sculpteur local.
L’ordonnance du lieu comme sa décoration en font un exemple parfait de l’architecture publique de l’Ancien Régime parvenu jusqu’à nous à peu près préservé. Endommagé partiellement par les bombardements alliés de 1944, sa reconstruction s’est réalisée en parallèle de l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1946.

l'hôpital général douai

Longtemps hospice pour  vieillards mais aussi maison d’accueil pour les orphelins qui y recevaient une formation professionnelle, l’Hôpital général a conservé cette première fonction jusqu’en 2011, date à laquelle l’établissement a été désaffecté. Vide depuis lors, il n’a pas manqué dès cet instant de faire l’objet de projets nombreux d’aménagement qui, en dépit d’une forte médiatisation, n’ont jamais encore abouti.

Les contribuables assurent les rabais

Racheté par la CAD en 2012 pour 3,8 millions d’euros, le bâtiment a été vendu l’année suivante pour 2,5 millions à la « Financière Vauban », holding basée à Tournai qui envisageait d’en faire un hôtel de luxe associé à une opération de vente immobilière, sachant que le classement permet d’intéressantes défiscalisations pour les acheteurs. Les promoteurs, quant à eux, ont fait une bonne affaire puisqu’ils ont obtenu un rabais de plus d’un million. Les Douaisiens un peu moins puisqu’ils ont payé de leur poche la différence de prix.

Mirabeau sur Scarpe

L’Hôtel Mirabeau – on se demande ce que ce noble provençal à la postérité discutable vient faire sur les rives de la Scarpe –   annoncé à grand renfort médiatique dès 2012 par Jacques Vernier, sans doute pour faciliter l’élection de Françoise Prouvost, paraît sept ans plus tard absolument enlisé, constat qui ne manque pas d’interroger.

Un projet identique à Valenciennes – l’hôpital général de la Charité – mené par le même investisseur vient après dix ans de lourds travaux d’être livré. Le Royal Hainaut – beau nom qui lui au moins dit tout – a multiplié tant de difficultés et de retards qu’on tremble un peu qu’il en soit de même pour Douai. On s’inquiète surtout que le promoteur, qui a vu deux groupes hôteliers partenaires crever sous lui (la Société Lilloise d’Investissement Hôtelier, SLIH qui gère le Crowne Plaza et L’Hermitage Gantois puis un groupe belge Martin’s Hôtels), ne sorte si épuisé d’une telle épreuve qu’il ne puisse aller plus loin. Il aurait déboursé 70 millions d’euros pour finir le chantier du Hainaut sans parler de l’obligation de créer une société hôtelière ad hoc, option qui parait indispensable pour Douai, la SLIH ayant depuis disparu du paysage.

Le Royal Hainaut à Valenciennes

Silence, on vous informe

Pour tout citoyen qui souhaite s’informer, il faut vraiment chercher pour obtenir des éléments sur ce dossier. Comme à chaque fois qu’un projet part en quenouille, au lieu de communiquer franchement, la CAD – enfin Douaisis Agglo – ainsi que la municipalité restent cois. Nous avons ici ce qu’on pourrait appeler le syndrome scabinal : tout silence prolongé suivant un gros bruit médiatique est à Douai la preuve du loup.

Si le « curage » du bâtiment a été mené jusqu’au bout (il n’a plus aucune fenêtre, l’intérieur est décapé), on croit avoir compris que les entreprises chargées du gros œuvre et de la réfection de la façade ont déposé le bilan et qu’il faudra du temps pour en trouver d’autres. Par ailleurs, selon le patron de Vauban, « l’année blanche fiscale », liée à la mise en place du prélèvement à la source, aurait plombé les investissements immobiliers très faibles en France cette année.

© SMB bâtiment

Les travaux devraient reprendre à la rentrée de septembre, c’est tout le bien que nous souhaitons à ce magnifique bâtiment.

Besoin d’une idée transparente?

Nous pourrions insister auprès du propriétaire pour qu’un nouvel opérateur soit désigné en urgence afin de relancer ce chantier resté à l’état de projet. Nous pourrions aussi souhaiter que la puissance publique se substitue au privé défaillant. Nous nous en garderons bien.

En revanche, il parait indispensable d’informer les contribuables de la situation exacte de ce chantier. Des visites ont été organisées, ce qui était bienvenu, mais tout citoyen aurait le droit, outre celui de regarder ce beau bâtiment, d’obtenir régulièrement des éléments sur son devenir. Voilà qui serait une bonne occasion pour nos élus de prouver leur transparence sur la gestion des deniers publics mais plus encore de démontrer de leur capacité visionnaire. Dans ce dernier cas, la réhabilitation de la Charité de Douai verra-t-elle le jour avant la fin du prochain mandat municipal ? Les paris sont ouverts !

Nous aurions ainsi peut être un beau et vieux bâtiment… plein.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Douai, la com’ comme avant

La com comme avant

Pour pouvoir attirer des touristes, des investisseurs, de nouveaux habitants ou simplement informer les citoyens, il est important de diffuser une image dynamique de sa commune. Hélas, à Douai, même si la ville utilise de multiples supports de communication, l’ensemble manque de cohérence, d’identité, de force et surtout de visibilité.

Le site internet de la ville

La mairie de Douai dispose de plusieurs outils pour rester en contact avec ses concitoyens ou mettre en valeur ses atouts. Le premier, son site internet www.ville-douai.fr, non sécurisé, obsolète et incompréhensible. Il est inchangé depuis la prise de fonction de M. Frédéric Chéreau. 
Ce constat est étonnant lorsque l’on lit que ce dernier a été «journaliste d’entreprise» et «chef de projet de plusieurs sites web de service public». 
On aurait pu penser, compte tenu de sa jeunesse et de ses expériences, que l’innovation et le numérique allaient être un axe de développement majeur pour sa ville. Il n’en est rien. 
On propose même aux nouveaux arrivants, de venir retirer un kit de bienvenue qui comprend le guide Vernier 2013 (oui vous avez bien lu 2013 !). 

L’image d’une ville est un élément essentiel pour diffuser le dynamisme d’un territoire. En voici un très bon exemple à Saint-Omer, ville de 14 500 habitants https://www.ville-saint-omer.fr/
Rappelons qu’en 2018, 79% des Français on consulté internet pour préparer leur voyage. On organise désormais son séjour sur mesure avec son téléphone portable. on parle d’e-tourisme et de m-tourisme (m pour mobile). 

Refaire le site internet de la ville de Douai et des entités qui lui sont rattachées, semble donc un préalable à son attractivité. Mais pas n’importe comment.

Les réseaux sociaux

Revenons aux canaux de diffusion. Si l’on cherche un peu de modernité, il faut aller voir du côté des réseaux sociaux avec une page Facebook de la ville bien animée. Elle diffuse de l’information sur les événements, les offres d’emploi, les initiatives communales, les nouveaux commerces ou les cérémonies républicaines… et surtout on répond aux questions.
Elle est suivie par 14 400 personnes. Même constat positif sur les comptes Twitter, Instagram, Linkedin. Pour YouTube, la chaîne existe mais on restera muet sur ce dernier support car le bouton sur le site de la ville, mène vers une page Google+ inactive…

Le journal de la commune

Vient ensuite le très attendu journal « Douai notre ville », inchangé également. On a bien modifié la typographie du titre et quelques détails de la maquette, mais c’est tout. La plus importante évolution concerne le tirage, qui est passé de 22 650 exemplaires en 2014, à 21 800 en 2019, signe malheureux de la baisse du nombre d’habitants. 
On félicitera toutefois notre maire de ne pas utiliser ce support pour mettre sa personne en avant, à l’inverse des journaux de la CAD ou de la région dans lesquels le culte de la personnalité – celui de l’armée des élus – se porte très bien. 
Alors, en attendant un changement de format, voici une petite occupation pour les enfants, trouver les 7 erreurs entre deux couvertures du journal communal imprimées à 7 ans d’intervalle.

Le jeu des 7 erreurs - la communication comme avant
Journal « Douai notre ville » – jeu des 7 erreurs

L’affichage

En complément, nous trouvons aussi différents panneaux d’information : les géants qui enjambent la route aux points d’entrées de la ville ne connaissent aucun équivalent en France. Il y a peut-être une raison. Ceux-ci-sont régulièrement changés à la main, au gré des événements qui animent la ville…ce n’est pas du tout chronophage. 

com aux entrées de la ville - la communication comme avant
Panneaux géants aux entrées de la ville de Douai

16 panneaux pour un affichage associatif libre sont également installés dans la ville. On nous précise toutefois qu’il faut se munir de sa colle pour y apposer quelque papier. 

Enfin, Il existe des panneaux publicitaires de type Decaux qui diffusent les affiches des événements de la commune, en cours ou à venir.

panneau Decaux douai - la communication comme avant
Panneau type Decaux

Les conseils de quartier

Pour finir l’outil de communication ultime et « alternatif », le fameux conseil de quartier. En 2014, la ville avec la volonté affichée de maintenir la participation et de favoriser la concertation avec les Douaisiens, en crée une dizaine répartis sur l’ensemble de la cité.  
Les règles sont claires : 
les conseils n’ont qu’un caractère consultatif et ne prennent aucune décision. Ils sont composés d’un collège «habitants », «acteurs économiques» et «associations», plus de deux membres nommés par le Maire. 
Les volontaires sont tirés au sort. Ils se réunissent en moyenne 5 fois par an, soit deux fois plus souvent qu’initialement prévu.

La démarche, qui part d’une bonne intention, n’est pas remise en cause. 
On peut toutefois s’interroger sur son efficacité et la réalité de ses concrétisations. Force est de constater, que régulièrement la moitié des représentants qui les composent sont absents aux réunions. Les sujets évoqués sont pour la plupart des descentes d’information de la mairie, plus que des propositions des habitants. Les questions sur les déjections canines, les ampoules grillées de l’éclairage public, la gestion des déchets, les murs tagués, sont omniprésentes, les réponses lourdement absentes.

La transition numérique et la notion de ville intelligente (smart city) et durable deviennent des enjeux économiques et sociétaux majeurs. Douai et son agglo doivent elles aussi, entrer dans le 21ème siècle.

Besoin d’idées collaboratives?

Un site internet unique pour Douai et son agglo

Lorsque l’on fait le tour des sites internet institutionnels de notre territoire, on passe du capharnaüm de la ville à la coquille vide de la CAD.

Plutôt que d’avoir deux sites médiocres, essayons de rassembler les énergies pour en créer un seul qui répond aux besoins des habitants mais aussi de l’agglomération et surtout qui donne envie de découvrir notre cité. Replaçons Douai, la ville centre à sa place en fusionnant les sites de la commune et de l’agglo, comme le met actuellement en œuvre la ville de Nantes.

NANTES CHAMPIONNE DU DIALOGUE CITOYEN
Le dialogue citoyen de cette grande métropole repose sur 3 axes :
la co-construction des politiques publiques,
le dialogue citoyen de quartier
la ville collaborative.
Quelque soit la taille du projet, ce principe est appliqué et tout le monde peut y prendre part. C’est ce qui a été mis en pratique pour la refonte de leur site internet Nantes & son agglo. Mais plus fort encore, un espace de dialogue citoyen présente tous les projets en cours et leurs suivis. Une transparence de l’action publique qui manque cruellement à Douai.

dialogue citoyen mieux pour promouvoir l'emploi que proch'emploi

Nous aussi on aimerait savoir où en est le projet de l’Hôtel Mirabeau ou de l’Eco quartier du Raquet.

Rendre un meilleur service aux usagers

On dit que M. Jacques Vernier avait toujours des fiches Bristol dans sa poche. Elles lui servaient à transmettre aux services concernés les doléances des administrés croisés dans la rue. 
C’était une démarche de communication participative avant l’heure. Moins coûteuse en temps et probablement plus efficace en délai de mise en œuvre, que les conseils de quartier.

L’ancien maire aurait presque pu inventer l’application « Tell my city », outil de démocratie participative utilisé dans 70 villes en France. 
Celle-ci permet à chaque habitant:
– de signaler une dégradation ou une anomalie au sein de l’espace public (problèmes de voirie, de proximité, d’éclairage…), 
– suggérer une idée à sa ville (demander la création d’une nouvelle aire de jeu…), 
– féliciter une initiative des services publics de la commune
Sur smartphone, tablette ou un ordinateur, vous pouvez écrire, prendre des photos et en quelques clics correspondre avec la mairie. 
Cerise sur le gâteau, la mairie peut répondre, envoyer des alertes, informer sur l’avancée de la demande. 
Elle visualise enfin, la typologie des demandes quartier par quartier sur des tableaux de bord, pour une meilleure prise de décision.

L’idée est de gagner en efficacité pour réduire les coûts et de rendre un meilleur service aux usagers.

A Montauban, le temps de traitement moyen d’un signalement est passé de 60 jours à moins de 4 jours. A Argenteuil en 2015, la ville avait enregistré sur une année 1 111 doléances par les canaux traditionnels. “Tell my city” a été choisie pour lutter contre les dépôts sauvage d’ordures ménagères. Depuis la mise en place de cette application, on compte près de 600 signalements par mois.

Douai ma rue

Certains citoyens avertis diront qu’un tel service existe sur le site de la mairie, c’est vrai. Il s’appelle “Douai ma rue”. Malheureusement le nom le plus adapté par rapport à l’expérience vécue par l’utilisateur serait plutôt : “Douai seul dans ma rue”… à charger une photo pendant 15 minutes et ne recevoir aucune réponse.
Il serait peut-être temps aussi, pour faciliter le dialogue et la concertation, d’adapter la communication de la ville et ses méthodologies, aux nouveaux usages des administrés qui, comme partout en France, passent en moyenne 1h25 sur leur mobile.

Le sixième mandat de Jacques Vernier

Le sixième mandats de Jacques Vernier

Tapi dans l’ombre d’une obscure opposition municipale, un jeune militant socialiste se déclara au bon moment candidat à la mairie d’une belle cité de Flandre. Peu de monde pariait sur ses chances et peut être même pas lui.

Il était unique, il le resterait

Jacques Vernier, le vieux maître de Douai, parrain redouté, passait enfin la main, après un interminable règne de trois décennies, cinq mandats complets, record absolu de l’histoire de la ville depuis les échevins du Moyen-Age.

Le monarque avait désigné sa dauphine, dame patronnesse qui paraissait rassembler tous les suffrages et dans tous les cas recevant le seul qui comptait : la désignation du chef. Ainsi adoubée, l’héritière voyait s’ouvrir devant elle un boulevard balisé en trois étapes, l’élection, la victoire, le pouvoir.

Pas de chance. Le plan ne répondit pas aux espoirs. Sans doute fatigué par la trop longue durée de la période verniérienne, attiré par la nouveauté qui a au moins l’avantage de l’incertitude, l’électorat porta au pouvoir local le jeune socialiste prometteur.

Certes, ses titres étaient bien rares, son expérience professionnelle bien légère mais son profil de jeune premier, sa constante correction, son mutisme stratégique sur beaucoup de questions lui permirent de ramasser la mise.

La dauphine avait fait bien pâle figure dans les pauvres débats qui animèrent la campagne électorale. Ses curieuses prises de parole démontrèrent aisément que ni la bienveillance quotidienne auprès des démunis, ni l’appartenance au sexe dit faible, ne suffisent à convaincre des habitants de la capacité à gérer leur ville.

Election faite, l’opinion s’interrogea sur le choix bizarre du vieux maire. On se demanda s’il n’avait pas trop écouté les conseils de son épouse. On en vint surtout à croire si, au plus profond de lui-même, il ne souhaitait pas cette issue. L’échec de son héritière était peut être le moyen de démontrer qu’il était irremplaçable. Il était unique et il le resterait.

Les apparences de l’exploit

Les premiers pas du jeune maire profitèrent d’un bel état de grâce. Il est vrai que cette victoire d’un homme de gauche sous un gouvernement de gauche possédait toutes les apparences de l’exploit. Outre la forte impopularité des socialistes à cet instant, les électeurs ont souvent l’habitude de sanctionner les candidats du même bord que le pouvoir en place.

Il échappa à ces risques, performance qui fut saluée à sa juste valeur. Il avait bien joué, profitant habilement de l’alignement des planètes. Très clairement, les votants, y compris une partie de la droite, appuyèrent le candidat qui, quoi que soutenu par les lambeaux de la gauche et de l’extrême gauche locales, avait eu la grande intelligence de conserver jusqu’au bout un discours modéré.

Il avait aussi un programme dont la teneur, pourtant bien banale, prend toute sa saveur aujourd’hui, quand on considère la réalité de sa mise en œuvre. Quant à l’équipe municipale, à part une ou deux individualités, dès le début du mandat rien ne dépassa du groupe, masse indistincte à l’épaisseur médiatique fort mince jusqu’à aujourd’hui.

Ce dernier trait ne fut pas sans rappeler l’exercice solitaire du pouvoir que pratiquait l’ancien maire lequel, d’une manière tout à fait inattendue, allait se rapprocher subrepticement de son successeur.

Flèches émoussées n’amassent pas mousse

Il y avait eu, durant la campagne, des critiques du candidat mais ces flèches s’émoussèrent bien vite. On avait entendu que si « de belles choses avaient été faites en trente et un ans », on pouvait regretter, ce qui était juste, que le sortant « n’ait pas eu de politique globale ». Plus méchant, le prétendant avait accusé Jacques Vernier d’avoir géré la ville « dans un superbe isolement » en travaillant peu avec les autres collectivités locales, région et département, ce qui était aussi injuste que faux.

Ces petits nuages se dissipèrent rapidement. Dès qu’il mit la main sur les manettes, Frédéric Chéreau, peut être un peu inquiet quant à sa capacité à saisir seul les destinées d’une ville de cette taille, conserva tous les cadres laissés en héritage par l’équipe sortante, notamment le directeur général des services (DGS), ce qui est sans exemple dans l’histoire des alternances municipales. Le nouvel édile rassura son monde d’une formule lénifiante qui serait la marque de son mode de gestion au long de ses six années de pouvoir : « Tous souhaitent rester. Nous ne leur demandons qu’une chose : un investissement fort dans le nouveau projet. »

Les années aidant et le poids des sujets s’imposant, le rapprochement entre l’ancien et le novice fut de plus en plus voyant. On en vint à se demander si le nouveau maire n’était pas, pour Jacques Vernier, le fils dont il aurait rêvé. Le premier ne ménageait pas ses efforts pour complaire au vieux sage, ravi d’être appelé à la rescousse sur tous les dossiers importants dont les chagrins notèrent qu’ils étaient surtout ceux qui n’avaient pas été réglés durant les cinq mandats du Cincinnatus des bords de Scarpe.

Le parc des vanités

Jacques Vernier, mentor du maire, obtint du conseil municipal un hommage saugrenu dont seul le général de Gaulle – il y a peut être un lien – pouvait s’enorgueillir : qu’on baptise de son vivant un lieu public de son nom. Le bon sens ou même simplement l’humilité auraient du pousser l’intéressé à décliner une telle distinction mais ce ne fut pas le cas.

Le remplacement du parc Gayant par le réseau du “tramway“, compte tenu de son coût pour la ville, aurait été mieux indiqué. Plus modeste, une station aurait pu à son tour célébrer une autre personnalité locale chère au souvenir des contribuables douaisiens. On pense bien sûr à Jean-Jacques Delille, ancien bras droit devenu traître, ardent défenseur d’un concept qui, à l’inverse de son financement bien existant, n’a lui jamais vu le jour.

L’hôtel de la Tramerie

Hôtel de la Tramerie

Nos beaux et vieux bâtiments…vides (1)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Le joyau de la rue des Foulons

Commençons par le petit joyau de la rue des Foulons, le fameux hôtel de la Tramerie. Son nom ne provient pas, comme on aurait pu éventuellement l’imaginer, de la production drapière mais de ses supposés premiers propriétaires, les sieurs de la Tramerie.

Cette famille qui a entretenu de nombreux liens avec de grandes lignées douaisiennes (de Gouy, de Bavinchove etc.) a produit au début du XVII° siècle les puissants seigneurs « de Roucou et du Forest », gouverneurs de la place d’Aire sur la Lys.

L’appellation est impropre puisque les archives révèlent que ce bâtiment, qui était à proximité du véritable hôtel de la famille de la Tramerie, ne lui appartenait pas. Il aurait été construit par un marchand brasseur au début du XVII° siècle avant d’être transformé ensuite en hôtel particulier. Devenu la propriété d’un officier général, juste avant la Révolution, il est passé à ses descendants, notamment les Balthazar qui en ont fait une institution pour jeunes filles, première destination de ce local qui allait en connaître, non sans dommages, de très diverses.

Des usages variés au fil du temps

On lui compte en effet, toutes sortes d’utilisations jusqu’aux années 60, de l’installation d’artisans, du service des contributions indirectes, du logement d’une multitude de gens, notamment après le legs du bâtiment, au début du siècle, par la  famille Demont, à la commune.

C’est d’ailleurs quand il fut question d’installer un bureau de poste dans les lieux et pour éviter les risques de dégradations qui pouvaient en découler, qu’un classement de la façade et de la toiture fut enfin décidé en septembre 1932, sachant que l’hôtel entier avait été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques l’année précédente.

Vide pendant des décennies, livré au vandalisme en dépit de sa protection légale, on s’interroge sur ce que sont devenus ses boiseries, ses parquets et ses ornementations, retirées – volées ? – de l’intégralité de sa surface.  On accusera sans doute la mérule, ou encore la relative jeunesse de ces aménagements. Ils dataient probablement de la restauration de 1889 ou de celle qui avait suivi l’incendie de 1913. Leur valeur historique était peut être faible.

Un bâtiment classé longtemps délaissé

Quoi qu’il en soit, on peut regretter qu’un bâtiment classé, possession de la commune, n’ait pas fait l’objet d’une protection plus sérieuse. De même, de nombreuses destinations ont été envisagées sous le long règne de Jacques Vernier. La plus aboutie, mais sans succès, ayant été celle de l’installation des bureaux de la toute proche Soginorpa, alias Maisons et Cités.

C’est sans doute l’échec de ce projet qui a paradoxalement permis la restauration du bâtiment. Il menaçait ruine quand, en 2013, avec l’aide de l’Etat, de la DRAC et du conseil départemental, la reprise des extérieurs fut lancée. Avec plus d’un million d’euros de budget (comme toujours à Douai, la connaissance du coût exact est une gageure), les travaux se sont toutefois révélés d’une grande qualité. Si l’intérieur est resté quasi inchangé c’est à dire nu, on note la réfection complète des sculptures des fenêtres, la rénovation totale du toit et des ouvrants. On reste juste un peu dubitatif quant à la rougeur accusée des joints des grès du rez-de-chaussée, mais c’est sans doute parce que nous sommes un peu trop habitués à la couleur du mâchefer que les maçons douaisiens utilisaient habituellement.

Hôtel de la Tramerie à Douai - arrière du bâtiment
Hôtel de la Tramerie – arrière du bâtiment

Six années plus tard, une coquille vide

La lecture dans la presse des sévères déclarations de M. Chéreau en 2013, quand il était dans l’opposition municipale, permet de mesurer ce qui sépare, dans le monde du réel, la parole des actes. Reprenons sans problème, puisqu’il s’agit de la même personne, les critiques du candidat à la mairie envers celui qui la dirige depuis 2000 jours ou presque. L’Hôtel de la Tramerie reste une coquille vide et c’est bien dommage.

On s’inquiète aussitôt de la frénésie qui pourrait saisir la municipalité pour trouver en urgence au bâtiment, à quelques semaines des élections, une destination bâclée à base de transformation en logement social ou d’implantation de bureaux ou autres services improbables.

Besoin d’une idée pleine?

En voilà deux, assez proches tournées vers les entreprises, si d’aventure la commune décidait d’abandonner l’eau tiède des solutions banales.

La première serait d’offrir, sous la condition juridique d’un bail emphytéotique, à une personne privée la possibilité d’installer par exemple « une maison d’hôtes d’entreprise » sur le modèle de « ma pièce » à Lyon, concept innovant autour de l’hébergement et l’organisation d’événements d’entreprises dans 4 lieux différents dans la ville (ça tombe bien il y a beaucoup de bâtiments vides à Douai). Design thinking/ serious game/afterwork/séminaires… une palette de services à la carte est proposée. Tout comme dans le même esprit Chateau form city ‘ dont la promesse est de « faire vivre une expérience pour vos réunions au cœur des villes dans une ambiance chic, inspirée et inspirante« . Une commune qui a été capable d’offrir un investissement d’1,4 million à un restaurateur étoilé (ce qui était une bonne idée) doit pouvoir reprendre cette logique pour un projet qui aurait l’avantage de laisser au privé le coût de l’aménagement intérieur selon un cahier des charges adapté aux exigences de ce monument historique.

La seconde. Pourquoi ne pas transformer l’Hôtel de la Tramerie en « espace de coworking et de co-design » Il pourrait en effet avec intérêt devenir un espace ouvert où rencontres, réunions, échanges informels pourraient se développer après un réaménagement des locaux offrant des ressources matérielles et des services de toute nature (co-working, relais de services etc.). De  nombreux projets de cet ordre ont déjà vu le jour dans la région ainsi à Lille (hall du beffroi consulaire), aménagement intelligent qui permet de soutenir le développement de l’économie locale.

Nous aurions ainsi un beau et vieux bâtiment… plein.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

La fin des embouteillages

bière à douai la fin des embouteillages

En 1900, nommé professeur au lycée de Douai, le jeune agrégé et futur géographe Raoul Blanchard est frappé lors de son arrivée par le nombre impressionnant de vespasiennes qui parsèment la ville : « il y en avait partout. Mon sens géographique me suggéra aussitôt que la présence de ces édicules était liée à un usage constant et copieux de la bière. »

La bière de Flandre

Déduction impeccable. A cette époque, les débits de boissons sont innombrables dans la ville. On en compte plusieurs centaines. La bière coule à flots sous toutes les formes.

La Flandre est, comme toutes les régions septentrionales de l’Europe jusqu’en Scandinavie, un grand espace brassicole. Les traces du breuvage y sont très anciennes. Bien plus sûre que l’eau dont la dangerosité était bien connue des hommes de l’époque, la bière est probablement, comme le cidre l’a été pour la Normandie, une des clés de la prospérité de la région. Elle a certes directement limité la mortalité de la population mais surtout, indirectement, a dynamisé, par son importance, les échanges de l’économie locale.

Une clé de la prospérité douaisienne

Le monopole de la vente des grains dont bénéficiait la ville depuis Philippe Le Bel, source de richesse bien plus durable que la draperie, concernait essentiellement l’orge que les négociants stockaient sur les quais de la Scarpe pour la vendre ensuite sur la place d’Armes.

Au XIX° siècle, les brasseurs étaient en ville une confrérie puissante et prospère comme le montre la position enviable de certaines familles.  La muse d’Auguste Angellier, Thérèse Denys, était ainsi issue d’une lignée de brasseurs qui tenaient le haut du pavé.

C’est à cette époque que la fabrication de la bière, inchangée depuis le Moyen-Age, se transforme. A l’origine essentiellement artisanale et basée sur la fermentation haute, elle devient peu à peu, avec l’invention de la réfrigération, plus stable par la fermentation basse que seules les entreprises importantes peuvent mettre en œuvre.

A Douai, après la première guerre mondiale, le secteur se concentre comme le montre la fondation des Enfants de Gayant qui rassemble en 1919 plusieurs brasseries locales. Peu avant le conflit,  La Nationale s’était s’installée au bord de la Scarpe. Le long du canal se repère encore aujourd’hui son impressionnante emprise de la rue du Gouvernement. De même, ici ou là, en regardant bien certaines habitations privées, quelques malteries se devinent sur les toits.

jour sans bière - jour misère
Jour sans bière – Jour misère

Les brasseurs disparaissent

Autre lien fort entre la ville et la bière, l’Ecole nationale des industries agricoles qui a formé durant des décennies ingénieurs et techniciens appelés à diriger les brasseries dans la région et même au delà. Beaucoup plus modeste, cette formation a subsisté au lycée agricole BioTech’ de Wagnonville dont les élèves apprennent à brasser en produisant en très petite série quelques bières spéciales.

Passé quasi inaperçu le départ en 2017 des Brasseurs De Gayant a marqué la fin d’une histoire millénaire. Dès lors, Douai ne produit plus de bière, ce qui n’était pas arrivé depuis l’époque médiévale. On ne peut que regretter – ce qui arrive souvent – que personne n’ait été capable d’empêcher ce déménagement tellement révélateur du déclin de notre ville.

Quels furent donc les arguments définitifs de Saint Omer, qui pèse deux fois moins que Douai en population, pour réussir à obtenir l’installation de cette entreprise purement douaisienne sur son territoire ?

En conclusion, on se prend à rêver, à un moment où la bière connaît un véritable regain auprès des consommateurs, que Douai puisse renouer avec sa tradition millénaire.

Besoin d’une idée maltée?

Imaginons un lieu actuellement désaffecté – on n’en manque pas – dans lequel la formation des brasseurs pourrait s’établir ainsi qu’un musée de la bière. Ce projet est parfaitement possible quand on mesure le succès de la récente exposition et du marché des producteurs de bières au Musée de la chartreuse. Cette brasserie pourrait être visitable à l’exemple de tant d’endroits dans le monde et enfin on y trouverait un estaminet dans lequel serait commercialisées la bière produite sur place, comme des productions locales sinon internationales.

bière marché des producteurs - musée de la chartreuse douai
Marché des producteurs de bières – Musée de la Chartreuse – septembre 2019

Douaisiens, encore un effort pour rester brassicoles !

*L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Sauvons Douai

sauvons douai

C’est dans ces termes, et pas autrement, qu’il faut aborder les municipales qui s’annoncent à Douai. Dans le groupe bien fourni des élus qu’ils se donnent, les Français plébiscitent leur maire.

Ils savent que le patron de la cité dispose d’un pouvoir immédiat sur leur vie quotidienne mais plus encore sur l’avenir de la ville où ils habitent.

Ils savent qu’entre l’action d’un idiot et celle d’un intelligent, la distance peut être considérable, en gros celle qui sépare le succès du désastre.

Ils savent surtout, au final, que s’il revient aux premiers de décider, ce sont d’abord les habitants qui supporteront les conséquences de leurs choix ou, pire, de leur absence de choix.

Pour ces raisons sans doute, le moment des élections municipales est celui où on regarde un peu plus précisément l’état de sa commune. Celui de Douai n’est pas brillant. Il est d’ailleurs rare de rencontrer un habitant qui soit heureux de la situation de la ville. Si un de nos lecteurs en connait un, qu’il nous le présente. Nous serions heureux d’entendre ses arguments.

Bien sûr, il serait idiot de ne pas reconnaitre les effets de l’évolution du pays, de notre région, du désastre que représente, pour les villes moyennes, une mondialisation qui concentre la richesse en quelques endroits pour abandonner au reste le strict minimum.

Si la plainte des Douaisiens peut être parfois excessive, on aura du mal à leur donner tort, tant le constat est sévère. Regardons les devantures vides du centre ville, la baisse régulière de la population qu’accompagne, année après année, son inexorable appauvrissement. La comparaison avec la situation d’il y a trente ans est cruelle. Que sont devenues les activités d’antan, l’énergie qui animait nos quartiers ? Où est donc passée la locomotive économique du Douaisis ?  

Tout prouve que le déclin s’est peu à peu imposé, qu’il est à présent évident et massif, sans qu’aucune équipe municipale n’ait jamais été capable, depuis des décennies, de l’arrêter.

Pourtant – sinon ces lignes n’existeraient pas – rien n’est dit, rien n’est fait. Il est encore temps de réagir. Il est encore possible d’installer une politique municipale digne de son nom, une politique qu’on rêve active et visionnaire. D’autres, ailleurs, y sont parvenus. D’autres ont été capables d’inscrire un nouveau cours, avec l’idée de la rupture et la volonté de tout changer. Pourquoi Douai n’y aurait pas droit ? Pourquoi serions nous tous condamnés à subir la loi générale et la bêtise des élus ?

Un rebond est-il possible ? Peut-on imaginer l’obtenir avec les nombreux candidats qui se poussent aujourd’hui au portillon d’une élection dont tout démontre qu’elle sera incertaine ?

Peut-on faire le pari que ces noms déjà connus, peut être même un peu usés, dont les Douaisiens n’ont pas voulu dans le passé, seront la clé du changement tant espéré ?

Rien n’est moins sûr. Il faut se persuader que ces élections seront pour Douai celles du sursaut vital. Une chose est certaine : si ces élections ne permettent pas de désigner une équipe capable de réaliser le retournement positif qu’attendent tous les Douaisiens, l’avenir de notre ville sera sombre.

Observateurs et acteur de la politique locale, nous nous proposons, dans ce blog, d’analyser et même de participer à la campagne qui s’ouvre, en espérant alimenter le débat qui est nécessaire à toute échéance électorale mais qui parait parfois à Douai bien limité.

Car oui, nous pouvons, tous ensemble, sauver Douai et pour une fois, prouvons le !