1-Un tramway nommé délire

tramway douai

Sujet qui a marqué l’histoire de notre ville, l’installation du « tramway » réclame une description. Le dossier est lourd. Il sera donc découpé en feuilleton.

Une si mauvaise idée (1/3)

Déjà évoquée par Douai Vox™, la grande idée des nouveaux « modes de transport » est la source de ce désastre industriel. L’époque réclame en effet des « circulations douces », du vélo, de la marche à pied mais aussi et c’est là où Douai prend cher, une bonne dose de tramway.

On a oublié le « solitaire« 

La cité avait pourtant eu à partir de 1896 un tramway qui, tant bien que mal, avait survécu aux deux guerres mondiales. Surnommé « le solitaire » comme un vulgaire Binbin pour la rareté de ses passagers, il avait été abandonné en 1953. Il est vrai qu’à cette époque, la modernité était de faire de la place aux autobus.

Le tramway, vieille idée, a retrouvé depuis une vingtaine d’années une nouvelle jeunesse. Malheureusement pour une image positive – l’électricité propre, le rail démocratique – qui masque ses grandes insuffisances. Outre son incapacité à transformer les automobilistes en usagers, son coût est énorme. Il n’est pas évident et surtout très onéreux de poser des rails dans des rues. Il faut de la largeur de voie et une configuration spatiale favorable, deux conditions que l’histoire s’est bien gardée de léguer à Douai. Conservons les en mémoire parce qu’elles sont, avec l’incurie des promoteurs, la clé du désastre.

Un tramway réclame des conditions favorables

Cette « bonne idée » partait d’abord d’hypothèses absolument fausses.  On regrette que les élus, ceux qui ont imaginé d’installer un tramway à Douai, n’aient pas lu la nombreuse littérature qui aborde ce sujet au fond.  

Ils auraient pu commencer par la géographie et la démographie. Sur un territoire, pour qu’un tramway soit viable, toutes les études indiquent qu’un seuil d’au moins 500 000 habitants est nécessaire (1 million pour un métro). La référence en la matière, le « Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme », le fameux CERTU,  est un peu plus souple. Pour lui, la pertinence du tramway dans les agglomérations moyennes dépend au minimum d’un seuil de 300 000 habitants dans le rapport coût/besoins.

Plus compliqué, au nombre s’ajoute la répartition de la population. Si la ville centre connaît une forte concentration d’habitants mais que l’agglomération est plus diffuse, ce fameux « mitage » rend l’intérêt du tramway très incertain. C’est exactement la configuration du Douaisis.

Il faut relire enfin les journaux régionaux de l’époque qui, au delà de la magie du tramway, justifient le projet. On retrouve régulièrement l’argument ébouriffant « d’une hausse de 50% de la circulation automobile dans la ville dans les dix ans », prédiction qui prend tout son sel quand on observe son état actuel. Comme peuvent le certifier nos commerçants, un plan fou est bien plus efficace pour tuer les déplacements automobiles. Il ne coûte rien.

Peut être, posons cette hypothèse, que nos promoteurs devaient faire partie de ces parents qui le matin déposent leur enfant à St Jean ou Châtelet et qui, par la même occasion, bloquent tout le quartier du Canteleu. Quoi qu’il en soit, rien n’a confirmé ces prédictions. La population a diminué depuis 2004 (début du projet), de moins en moins de voitures entrent dans la ville et le tramway est un bus.

De l’illusion à la chimère

Lancée sur des rails qui n’étaient pas encore posés, il était toujours possible de réduire la dimension ou même arrêter une affaire qui dès le début échappait à toute rationalité. Les experts avaient malheureusement cédé la place aux politiques dans un mouvement qui possède, quand on l’observe une décennie plus tard, tous les traits d’une hystérie collective. En bon français, on appelle cette illusion « un schéma de pensée conjoncturel », c’est à dire que l’idée du moment écrase le bon sens du passé.

Fascinés par la modernité magique du mode de transport – guidage magnétique, motorisation hybride, pilotage automatique – les élus n’étaient plus à même de s’opposer à quoi que ce soit. 

S’ajoutait à ce mirage technologique peu éloigné du tapis volant, toute une stratégie marketing de haute volée susceptible de réduire les préventions les plus fermes. Du « Transport du Douaisis » devenant « Eveole » en passant par la rénovation « esthétique » de lieux trop longtemps abandonnés – la gare entre autres – le projet portait en lui la force irrésistible d’un renouveau.

Il donnait enfin à la ville de l’avance. Passée à côté de tant de virages stratégiques, ce « tramway sans exemple connu » mettait Douai à la pointe du progrès. Enfin, la ville devenait pionnière.

Aujourd’hui, tout regard sur ce passé est cruel. Gardons en un seul symbole, celui de la présentation en janvier 2006, au buffet de la gare encore ouvert et bientôt définitivement fermé, d’une chimère qui allait mener le territoire à la ruine.

Max aime apprendre mais parle un peu souvent à la première personne. C'est un travers qu'il combat difficilement. Va falloir l'aider. Il adore la Scarpe et l'orgue de St Pierre, surtout les basses.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec une *. Les commentaires sont mis en ligne après modération.

*