La porte de Valenciennes

La Porte de Valenciennes à douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (6)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Les traces d’une place forte

Dès sa fondation, Douai a été protégée par des fortifications sans cesse modernisées et agrandies avant le démantèlement de 1891 qui a fait disparaître dans la ville la quasi totalité de ces aménagements. La première enceinte érigée à la fin du XI° siècle par les comtes de Flandre, bien modeste, fut rapidement agrandie. Une seconde ligne de défense au XIII° siècle puis une troisième au XIV° siècle délimitèrent enfin un espace très important dont l’intérieur ne fut densément construit qu’au XIX° siècle.

Enserrée dans ses murs, la ville était ainsi en mesure de se défendre, ce qu’elle fera plusieurs fois. Un de ces épisodes sera d’ailleurs à l’origine des Gayants, victoire contre le roi de France célébrée jusqu’à aujourd’hui par une ironie dont seule l’histoire a le secret.
Ville frontière, Douai constituait un enjeu important des conflits entre la Flandre et le royaume, tout à tour défenseur ou attaquant selon les revirements d’alliances auxquelles la ville prendra part.

Une enceinte dont il reste peu

Une dizaine de portes fortifiées établies aux voies de passage mais aussi des tours réparties tout au long de l’enceinte, chacune nommée, renforcent la défense. Les hauts murs présentent un parement en grès soigneusement monté, dissimulant un appareil de briques de forte épaisseur. Un chemin de ronde couronne les remparts. Il permet aux défenseurs de s’abriter des coups de l’ennemi tout en acheminant les troupes aux endroits stratégiques.

Par ailleurs, par une gestion habile des eaux de la Scarpe, les constructeurs successifs ajouteront aux fortifications un système sophistiqué d’alimentation des fossés dont la maîtrise trouve sa source – c’est le cas de le dire – dans la tradition flamande. Des batardeaux, en permettant le moment venu, selon l’expression du temps, de « tendre l’inondation », empêchent efficacement les armées ennemies d’approcher de certains points de l’enceinte.

Après le rattachement définitif de la ville à la France en 1667, Vauban améliorera les défenses de Douai – deuxième ligne du fameux « pré carré » – en portant ces dispositifs à leur perfection comme le révèlent tous les détails du plan relief. La fortification de Douai en 1709 comporte chaque élément de la théorie du maître de la poliorcétique : escarpes, contrescarpes, glacis, bastions, demi-lunes, casernements, entrepôts etc.

La porte Vacqueresse, Notre-Dame puis de Valenciennes

Seul vestige des fortifications, avec la porte d’Arras, parvenus jusqu’à nous en état à peu près complet, la porte de Valenciennes est toutefois la mieux conservée, sans doute grâce à la qualité de sa construction. Cette porte de prestige fut souvent réservée aux entrées royales, ainsi celle de Louis XV en 1744 mais tout autant des processions et autres moments forts de la cité. En 1710, c’est par là que sortit la garnison du marquis d’Albergotti après sa défense héroïque contre les Alliés.

Construite en 1453, la « porte Vacqueresse », devenue ensuite Notre-Dame par la proximité de l’église du même nom, a été désignée en 1827, comme toutes les autres portes de Douai (ainsi St Eloi devenue d’Arras) par la direction qu’elle donnait.

Les chartistes sont là :
« Mill cccc chinquante trois,
D’avril XV jours, an ou mois,
De cette porte par devise,
tute pierre première mise. »

Si la base est médiévale avec ses blocs de grès et une belle dédicace en gothique, les bâtiments de la garnison ont été construits en 1771. Ce fut l’occasion d’une lourde rénovation, notamment du côté extérieur dont le porche de facture classique est alors réalisé en pierre bleue, matériau rare dans les bâtiments douaisiens. Ces locaux servaient de prison aux officiers, remplaçant celle placée auparavant dans la rue du Grand Canteleu. Comportant à l’origine une seule ouverture au centre, les deux arches de côté furent ajoutées à la fin du XIX° siècle pour permettre à la troupe de passer plus facilement lors des défilés.

Du logement à l’abandon

Le démantèlement de 1891 a fait de la porte un îlot puisque les murs qui y étaient attachés ont alors disparu comme a été comblé le fossé qui était à l’extérieur. Les clichés du début du siècle la montrent toutefois moins isolée qu’aujourd’hui car des immeubles, détruits lors des bombardements de 1944, en étaient proches. L’ouvrage fut d’ailleurs, à cet instant, endommagé. On en voit encore la trace par les reprises de maçonnerie du côté de l’Hôpital Général.

La porte avant le démantèlement prise sur le pont qui enjambe le fossé. Elle est toujours attachée aux remparts et ses lucarnes subsistent. A gauche, au loin, le clocher rabougri de Notre-Dame.

Classée par arrêté du 5 mai 1928 au titre des monuments historiques, la porte de Valenciennes connut, comme tant de monuments anciens de la ville, de nombreux avatars après la Libération. Elle logea durant plusieurs années des sapeurs-pompiers de la ville dont la caserne était au Dauphin sur la place d’Armes. La commune présenta même sous le mandat d’André Canivez un projet de transformation en bibliothèque municipale que les conservateurs parisiens, Julien Cain en tête, refusèrent horrifiés.

Vide depuis de nombreuses années, aucune affectation des lieux ne paraît envisagée à court terme. Durant la campagne des municipales de 2014, idée absurde d’une période qui n’en manqua pas, des candidats proposèrent même sa transformation en « boite de nuit ». Ils pensaient probablement que l’épaisseur des murs séculaires limiterait les nuisances pour les lointains riverains.

inscription porte de valenciennes à douai
Le maître d’ouvrage a laissé ses instructions aux artisans sur le mur. Il devait manquer de papier : ne pas oublier les crémones, les targettes mais surtout les fiches à larder…

Besoin d’une idée fortifiante?

On peut s’étonner encore une fois de l’absence de projets concernant ce lieu unique qui, comme un amer, se voit de très loin tout en symbolisant le passé militaire de la ville.
Avant 1891, ainsi que l’explique Mme Camescasse, Douai était d’abord une place forte, d’ailleurs close le soir pour l’imprudent qui aurait laissé passer l’heure. Cette fonction était le trait principal de la cité.
La porte de Valenciennes a été intégrée dans un circuit de visites sur les fortifications de Douai, ce qui est une bonne chose mais cela, comme toujours, ne va pas plus loin. Quelle célébration avons-nous en ville de notre histoire militaire ? Arkéos ne parait pas trop équipé pour ça. Il est vrai qu’il sera difficile d’y installer la porte de Valenciennes.

Nous proposons que ce lieu soit un espace muséal consacré à ce passé oublié au point d’être nié. Le plus singulier, c’est que nous avons encore, tant mieux, un lien encore possible avec l’histoire par la présence d’unités toujours encasernées dans la ville, 41° RT en tête.

A peu de frais – enfin on espère que le long abandon des lieux ne les ait pas irrémédiablement affectés – il serait possible d’installer dans les anciens logements, ainsi qu’au rez-de-chaussée réaménagé, une exposition permanente sur ce thème, le système de Vauban, les étapes successives des fortifications de la ville, la vie quotidienne de la garnison, mais aussi les péripéties des sièges, celui de 1710 étant particulièrement bien documenté.

La vue des remparts est d’ailleurs plutôt belle. La promenade sur le pourtour de la porte étant possible. Ce serait un intérêt de plus pour que soit enfin mise en œuvre la rénovation tant attendue.

Max aime apprendre mais parle un peu souvent à la première personne. C'est un travers qu'il combat difficilement. Va falloir l'aider. Il adore la Scarpe et l'orgue de St Pierre, surtout les basses.

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