Tout vient de la Scarpe

tout vient de la scarpe à Douai

Il y a tant de choses à dire sur la Scarpe. Sans elle, Douai n’existerait pas, ce qui rend encore plus étonnant le fait qu’elle lui tourne aujourd’hui le dos.

Le berceau de la cité

Il y a d’abord au tout début de cette histoire la géomorphologie. C’est au contact de deux types de sols qu’apparait la rivière, entre la craie du sud et les sables argileux du nord. L’eau qui s’accumule entre les deux, un marécage, permet une modeste navigation, variable selon les saisons. Le milieu est riche pour l’homme qui peut s’y nourrir plus facilement qu’ailleurs. Il faut se convaincre que l’existence de nombreuses abbayes sur le cours de la Scarpe – Flines, Anchin, Marchiennes – tient entre autres à ces premiers avantages naturels.

Ce sont peut être ensuite les moines, avec le soutien ou simplement l’accord du Comte de Flandre, qui ont entrepris des travaux dont l’efficacité étonne jusqu’à maintenant. Ces aménageurs, dont l’histoire ignore tout, venaient peut être du Nord. Habitués au creusement des watringues qui, à la même époque, faisaient la richesse des Flandres, ils rendent alors possible l’existence de Douai.

A la fin du X° siècle, en effet, un canal percé à Vitry permet de dévier le cours de la Sensée pour qu’elle se déverse dans la Scarpe. Cet aménagement, qui augmente la force et le niveau de l’eau, fonde la rivière moderne. L’origine de Douai relève, comme les polders flamands, du gain d’un nouveau territoire par la seule volonté de l’homme. On peut y voir l’origine de sa fragilité foncière. La ville, qui a subi tout au long de son histoire des revers et des succès ne profite d’aucun avantage naturel incontestable. Ce que possède Douai ne lui est pas donné, elle doit le prendre.

Une voie de communication essentielle

A cette fin du X° siècle, de part et d’autre du cours d’eau, la ville se développe. D’abord une tour, petit château qui garde le passage pour le Comte de Flandre et puis une église, bientôt collégiale, Saint Amé. En dépit de ces débuts, paradoxalement, la ville se développe sur l’autre rive, vers la place d’Armes. Elle devient même au XII° siècle, s’appuyant sur son beffroi, une cité qui se gouverne elle même. « La loi et la liberté de Douai » fait des émules tout autour jusqu’à Orchies. Un siècle plus tard, elle devient une ville « drapante » qui fabrique et exporte sa production textile dans toute l’Europe. La cité voit grand. Elle se construit une enceinte fortifiée si large qu’elle ne parviendra à la remplir qu’à la fin du XIX° siècle. La ville médiévale est un géant qui abrite près de 15 000 habitants.

Evidemment, la Scarpe est la clé de cette puissance. Elle est la voie qui permet l’acheminement des produits et des matières premières, à une époque où les capacités des routes sont très faibles. Il faut se représenter la cité grouillante de vie au pied de la rivière où tout arrive et tout repart.

gravure ancienne de la Scarpe
Le Grand Constantin (futur palais de justice) au XVII° siècle – @Mémoire de Douai

La draperie, un siècle tout rond, le XIII°, sera une riche parenthèse pour Douai qui ne parviendra jamais à retrouver ce statut « industriel » jusqu’à aujourd’hui. Par contre, une autre activité plus diffuse va lui permettre de conserver sa place parmi les grandes villes de Flandre.

Au XIV°, lors d’une courte période durant laquelle Douai est française, Philippe le Bel accorde à la ville le monopole de la vente des grains dans la région. Il est vrai qu’elle est l’endroit de la rupture de charge, le point de départ des échanges commerciaux fluviaux vers le Nord par l’Escaut. Ce privilège va permettre à la cité de disposer de ressources importantes mais surtout va placer la ville au centre de liaisons commerciales de grande ampleur.

La rivière augmentée en force et en étiage peut de plus accueillir plusieurs moulins – plus d’une dizaine – sur son cours, ce qui est une ressource pour la ville. Elle financera ses fortifications avec ces taxes.

La clé de la puissance douaisienne

Dès lors, la Scarpe est le cœur de la puissance de la ville. Tout y vient et tout en repart. Si on devine aujourd’hui ici ou là les traces des quais où les marchandises étaient déposées – ainsi la halle du palais de justice avec ses arches gothiques – on perçoit mieux les hauts murs des entrepôts où les négociants stockaient les grains.

Le succès est si grand que l’encombrement augmente au point de rendre la traversée compliquée, surtout quand se développe l’activité minière après 1857. On dit ainsi que franchir Douai en bateau prenait au milieu du XIX° près de deux jours. Les clichés de l’époque montrent un canal où les péniches et autres gabarres se partagent difficilement la voie d’eau. Celle-ci avait pourtant été modernisée par Jules Maurice sous le Second Empire. On doit à ce maire énergique les berges qui ont subsisté jusqu’à maintenant.

aménagement sur les quais de scarpe
Aménagement des quais sous le Second Empire

La construction du canal de dérivation en 1896 allait bien sûr réduire le trafic dans la ville. On conserve pourtant l’habitude d’emprunter le canal ici ou là. Il arrive même qu’on se rende chez des amis en barque, à une époque où les bras de la Scarpe, ainsi derrière la rue des Foulons, existent encore.

De l’eau vive au bras mort

Et puis ensuite, les deux guerres poussent peu à peu la ville à s’éloigner de la Scarpe nourricière. D’un avantage, elle devient une gêne. En 1926, le canal est désaffecté. On comble les bras qui entraient dans la ville. Les ponts mobiles sont immobilisés, abaissés et bétonnés. La navigation devient impraticable. La rumeur la déclare même interdite. Peu à peu, la Scarpe, source de vie, devient un bras mort.

Charles Fenain, lors de la bêtise moderniste qui allait laisser tant de traces dans la ville, envisage même un moment de couvrir le canal millénaire. Le projet prévoit de le transformer en double voie automobile. On sourit à penser que celle-ci pourrait aujourd’hui permettre au tramway, non au BHNS, de l’emprunter. Par chance, faute des financements suffisants, cette folie ne vit pas le jour.

Voilà une bonne vingtaine d’années, la ville reçut à l’inverse un budget pour rénover ses berges qui étaient alors dans un piteux état. Des façades sont restaurées, des murs consolidés. Mais les accès des maisons sont systématiquement condamnés, avec peut être l’idée qu’il fallait les protéger de l’eau. Ces travaux surtout ne furent continués par aucune politique d’ampleur. Il ne fut pas question de rendre possible la navigation, ni de mettre en place une stratégie globale pouvant redonner à la ville son statut fluvial.

Depuis des années l’écluse de l’entrée des eaux est fermée. De récents travaux ont même remplacé les batardeaux provisoires par un aménagement qui condamne définitivement le passage de Courchelettes à Douai. En aval, depuis 2005, le canal qui relie la ville à Saint Amand connait le même sort. Les ponts mobiles non entretenus sont devenus infranchissables.

Pour le malheur de Douai, elle se trouve juste au milieu de deux Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE). Celui de la « Scarpe aval» qui a été approuvé en 2009 après dix années de laborieuses concertations et celui de la «Scarpe amont» qui vient d’arrêter, selon le métalangage actuel, cette année, son «scenario tendanciel ». Ces documents touffus, que personne ne lit jamais, parlent peu de la navigation sinon pour reconnaître, c’est un aveu, qu’elle est « limitée » sur la totalité du SAGE d’Artois comme d’ailleurs celui du Nord.

Le retournement de statut de notre ville, née de sa fonction de passage mais devenue à présent le lieu de l’empêchement, n’est pas le moindre de ses paradoxes. La plaisance fluviale est pourtant un enjeu crucial en termes de développement. On se prend à imaginer une Scarpe redevenue vivante, reliant Arras à Saint Amand, mais surtout abritant des projets nautiques, des guinguettes. La vie enfin rendue à la rivière, remettant dans le site originel de la ville la dynamique nouvelle qui la sauvera.

Besoin d’idées fluviales?


Clarifier les responsabilités et les compétences du canal de Scarpe

La première approche doit être celle de la clarification du statut du canal du centre ville. On croit comprendre qu’il ne dépend pas des Voies Navigables de France (VNF) mais de la commune pour ses ponts et des particuliers pour les murs. Pour autant, il apparait obligatoire de prendre langue avec les animateurs des SAGE dont la compétences s’exerce sur le bassin hydrographique de la région. Douai doit faire le lien entre ces deux entités. L’action sur les ponts comme les écluses est une priorité.


Développer le potentiel touristique de la Scarpe, espace festif et convivial

Restaurants au bord de l'eau à Gand
bateaux à Gand

La seconde idée est d’une échelle différente. Un projet d’aménagement de la vieille Scarpe est indispensable. Il doit envisager, dans une perspective de développement du potentiel touristique, des animations, des aides à l’installation d’établissements, des aménagements pour les touristes fluviaux. Une offre de location de paddles, kayaks, barques etc. ne serait pas de trop. De même les parcours doivent être améliorés. Il est actuellement impossible de suivre en vélo le chemin de halage en continuité. Le modèle doit être Gand et pas autre chose.

aménagement du canal à Gand
A Gand, cheminement le long du canal pour rejoindre les terrasses de restaurants.

Retrouver l’ancienne fonction motrice

Enfin troisième proposition qui pourrait être explorée avec intérêt, celle de centrales électriques qui retrouveraient l’ancienne fonction motrice dans les endroits qui accueillaient autrefois les moulins, ainsi le pont des Dominicains. La chute, comme le courant, existent toujours. Pourquoi ne pas imaginer que l’éclairage des quais soit alimenté par cette ressource gratuite ?

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Le PLU avant le PLU

Le plu avant le plu

Douai présente, plus que toute autre cité des Flandres, un patrimoine exceptionnel qui tient à son unité architecturale. Il y a aussi la magnificence. Les grandes familles douaisiennes n’hésitaient pas à étaler aux yeux de tous les preuves de leur prospérité, par la taille mais surtout la décoration de leurs somptueuses demeures.

Qu’elles aient réussi à traverser les siècles et les nombreuses destructions du passé relève du miracle. Les deux guerres mondiales ont été bien agressives contre Douai. L’action des « aménageurs » qui a suivi la Libération, André Canivez et Charles Fenain n’a pas été sans effet. Les deux n’ont eu aucun état d’âme à détruire des vieilles bâtisses pour mettre à la place des bâtiments en béton, verre et fer. Il faudra un jour faire la liste de ces démolitions qui témoignent de leur part d’une étonnante indifférence au passé.

Quoi qu’il en soit, si les plus beaux hôtels de la ville attestaient des moyens financiers et du goût des magistrats et aristocrates – souvent fusionnés – on compte aussi dans la ville des réussites architecturales qui découlaient parfois de motivations plus banales.

Ainsi le fameux bâtiment de « la Poule » avec sa magnifique façade Louis XVI, ses colonnes, son tympan sculpté, n’était pas à l’origine la propriété d’un aristocrate local mais plus prosaïquement le projet d’un maître charpentier, Pouille, qui souhaitait investir dans les « immeubles de rapport » comme on le disait alors, objectif qui, parait-il, le mena à la ruine.

Le règlement de 1718

Pour autant, l’unité architecturale de Douai est un élément d’intérêt évident. Elle découle du célèbre « règlement de 1718 », édicté par les échevins. Cette décision pionnière envisageait en effet, comme le prévoient les plan locaux d’urbanisme actuels (PLU), d’obliger les propriétaires à bâtir selon des principes stricts, dans l’apparence des maisons et les matériaux utilisés.

Deux sièges, en 1710 puis 1712, provoquèrent d’importants dégâts. Surtout le premier, quand les Alliés ont conquis la place après deux mois de durs combats. La reprise de la ville par Villars deux ans plus tard fut moins destructrice mais c’est une cité ravagée qui redevient définitivement française quand se termine la guerre de Succession d’Espagne.

Avec beaucoup d’intelligence, les échevins anticipèrent les conséquences probables de la reconstruction qui s’annonçait. Leur volonté de planification visait d’abord à éviter l’anarchie du passé médiéval, à répondre, au contraire, aux canons modernes de la rationalité mais plus encore à manifester un « goût français » qui confirmait l’intégration de la Flandre dans le royaume.

Le Magistrat, c’est-à-dire le conseil municipal, exposa ainsi ses arguments parmi lesquels il souhaitait procurer aux propriétaires « par un règlement les sûretés convenables et les facilités qu’ils pourraient désirer, soit pour prévenir les accidents du feu ou autres, soit pour leur épargner des dépenses superflues. »

Les matériaux et techniques de construction étaient précisés. Les toits de chaume devaient disparaitre, les façades devaient s’aligner et toute construction devait faire l’objet d’une demande d’agrément.

Les contraintes du règlement

Cette « architecture officielle » s’organisait, selon la description de Victor Champier, « pour les maisons des particuliers » de la façon suivante : « sur une « gresserie » c’est-à-dire un rez-de-chaussée en grès, percé de hautes fenêtres, s’élève un étage (parfois deux) éclairé par les mêmes fenêtres qui laissent apparaître entre leurs jambages de pierre un mince trumeau de briques. Le toit couvert de tuiles projette en avant deux ou trois lucarnes et souvent deux rangées superposées, quand le comble est brisé. Parfois la fenêtre centrale s’élargit sous un arc en plein cintre.  »

Alignement- le plu - règlement de 1718
Alignement des étages et cordons rue de l’Université
Hôtel avec porte cochère - règlement de 1718
Hôtel avec porte cochère et enduit à l’étage

Les contraintes du règlement sont la clé de l’harmonie des rues douaisiennes. Pourtant, aucune maison n’est identique à une autre. Si on retrouve toujours les traits communs avec une hauteur des étages soigneusement contrôlée, pour le reste la liberté est de mise. Certaines façades sont intégralement en grès, d’autres ne connaissent pas la brique aux étages mais seulement le calcaire. Les sculptures sont simples mais là encore toujours différentes.

Il faut tout de suite indiquer que les riches familles surent se libérer de ces obligations lorsqu’elles souhaitèrent se construire des demeures exceptionnelles. C’est ainsi que les plus beaux hôtels de la ville, ainsi celui d’Aoust, rue de la comédie, se sont construits sur des principes plus indépendants. Pour autant, le respect du règlement peut aussi concerner de grands bâtiments, ainsi l’hôtel de Warenghien construit par Durand d’Elecourt en 1754 dont la façade sur la rue est parfaitement conforme aux obligations échevinales.

Le disparition de la ville flamande

Tout au long du XVIII° siècle, ces règles strictes d’urbanisme allaient faire disparaître la vieille ville flamande. Le plan relief de Douai qui date de 1709 expose en effet une physionomie totalement différente de celle du siècle suivant. La brique recule vigoureusement mais surtout le « retournement » des toitures impose l’organisation française un peu partout. Les maisons aux pignons flamand dits « à pas de moineau » qui se serraient les unes contre les autres, séparées par un chéneau commun, sont démolies. Elles laissent la place aux grandes façades sur la voie qui permettent une simplification des charpentes mais surtout un meilleur écoulement des eaux pluviales.

maison flamande dans la ville de Douai - avant le règlement de 1718
Ancienne maison flamande à pignon en « pas de moineau » rue des Dominicains

Il n’est pourtant pas rare lors de travaux de découvrir dans les murs des maisons douaisiennes des traces du vieil appareil, les maçons s’étant contentés d’ajouter des ouvertures aux encadrements de calcaire dans les anciens pignons augmentés en surface. Cette trace flamande, sinon médiévale, est encore plus évidente sous les rues. Bien souvent, les caves sont restées intactes. On a construit dessus mais sans toujours correspondre à leur plan quand celui-ci ne respectait pas la règle d’alignement. Parfois organisées sur deux niveaux, voûtées, elles peuvent ainsi s’avancer sous la voie ou, au contraire, être en retrait.

Maison douaisienne pure -règlement de 1718
Demeure douaisienne « pure », rez de chaussée en fenêtres à linteaux clavés horizontaux, l’étage avec des arcatures cintrées.

Jusqu’à la fin du XIX° siècle, les Douaisiens construisirent leurs maisons dans un respect du règlement de 1718 qui, pourtant, perdit peu à peu de sa force. Mme Camescasse signale ainsi une maison qui, vers 1880, à l’étonnement des habitants, ne le respecta pas. Toujours debout rue des Foulons, sa façade tranche effectivement avec celles de ses voisines.

Les oublis de la modernité

Si les vieux principes disparurent plus ou moins lors des constructions des boulevards qui suivirent la démolition des fortifications, le XX° siècle les oublia totalement.

Ce fut bien sûr le cas quand la ville se releva des destructions de 1918. Le choix fut celui de l’Art Nouveau, notamment dans la rue de Bellain ou la place Carnot. On conserva toutefois les proportions des étages et celle des toitures, réussissant à reprendre la grammaire traditionnelle tout en l’éloignant avec une certaine habileté.

L’expérience fut bien moins réussie quand Douai se releva des suites des bombardements de 1944. L’exemple le plus discutable est évidemment la place d’Armes reconstruite sur les plans d’Alexandre Miniac mais surtout les dessins d’Henri Chomette. Les bâtiments qui ferment l’espace, avec leur structure de béton visible mais aussi les piliers du rez de chaussée sont autant de références aux préceptes havrais d’Auguste Perret. Dans l’esprit de l’époque – il fallait du neuf et du bon marché – s’imposa une architecture en tous points différente des anciens canons, parfaitement étrangère au style local.

façades art nouveau - PLU
Façades Art Nouveau Rue de Bellain
Plu - place d'Armes Douai
Immeuble de la place d’Armes

Quoi qu’il en soit, après cette période difficile pour l’image de notre cité, l’obsession réglementaire du temps présent a produit de nouvelles lois d’urbanisme, nombreuses, complexes, dont certaines, parfois à juste titre, sont critiquées pour leur rigidité. On leur doit toutefois la protection de rues entières que tous les amoureux des vieilles pierres ne peuvent que saluer.
Outre d’empêcher la disparition de notre patrimoine, ces documents conduisent même à perpétuer, dans le PLU qui a été voté en 2009, l’art de bâtir de nos échevins. Nous pouvons donc affirmer que le règlement de 1718 a fêté l’an dernier ses deux siècles d’existence. Qui dit mieux ?

TGV, Très Grande Victoire?

TGV quai gare de douai

A Douai, nous aimons le train, déjà les TER comme nous l’avons dit, mais plus encore les TGV qui peuvent nous envoyer en un peu plus d’une heure à Paris et vice-versa. C’est un atout qui vient de loin. Notre capitale est placée sur une des voies ferrées les plus vieilles de France, mais n’allez pas imaginer que cela puisse nous protéger de sa disparition.

SNCF ou la stratégie du voleur chinois

Depuis 1846, l’axe Paris-Lille, vital pour notre pays, n’a cessé tout au long du siècle de se développer. Pour mémoire, nous avons même eu, dans les années 60, un merveilleux « Gayant », Trans Europ Express qui reliait Paris à Tourcoing en passant par Douai. C’était la grande époque de « l’industriel du Nord » qui se rendait à Paris pour ses affaires, figure mythique faite de classe (de fait la première), de vitesse, de richesse et d’avenir.

La SNCF a fermé cette ligne en 1986, premier pas d’une réduction continue des transports de Douai vers Paris mais aussi vers le reste de la France. Comme un voleur chinois qui déplace l’objet convoité jour après jour pour endormir la vigilance du propriétaire avant de le dérober, notre entreprise publique s’est ingéniée à retirer peu à peu de notre gare des dessertes, des horaires, des trains, des services. Un jour, le seul trafic qui subsistera sera celui qu’abrite la Maison du Vélo.

Nous avons ainsi connu la disparition des trains direct vers la Bretagne, vers l’Alsace et puis même, récemment, vers le Sud-Ouest. Nous découvrons maintenant la réduction des liaisons vers Paris dans le plan 2020 de la SNCF.

De sept dessertes directes, celle-ci a proposé en février de les réduire à quatre, avec l’idée lumineuse de renforcer l’axe Paris-Arras, histoire d’habituer les Douaisiens à emprunter un peu plus les TER avant de monter dans le TGV pour renouer avec la durée de trajet de la Belle Epoque, soit deux à trois heures pour se rendre dans la capitale.

Qui veut noyer son chien

L’examen des arguments pour réduire la fréquence de nos TGV est intéressant.

Augmenter les capacités régionales

D’abord, il fut question d’une réponse à « la demande des Hauts-de-France » qui souhaitait augmenter les capacités de la région au détriment des liaisons vers Paris. La SNCF, perfide, rappelait que le trafic voyageur de Douai relevait à 82% de liaisons inter-régionales et concluait, maline, qu’elle souhaitait réaffecter les rames supprimées aux liaisons régionales à grande vitesse (TER-GV). Certes mais dans ce dernier cas, Douai n’est pas concernée.

Augmenter la capacité des rames TGV

TGV Paris- valenciennes
TGV au départ de Paris Nord vers Valenciennes – 2 rames collées et bondées en plein mois d’août

Ensuite, la SNCF arguait de son obligation d’acheter des rames TGV à deux étages dont la capacité (550 personnes) réclamait « un taux d’occupation convenable ». Elle justifiait de plus ce retrait par l’absence de subvention des lignes TGV depuis Paris. Outre l’association bizarre des deux arguments, les habitués de la ligne peuvent contester le premier quand ils observent le taux de remplissage du Paris-Valenciennes, d’ailleurs constitué de deux grands trains associés.

Augmenter le volume du fret

Enfin, dernière raison apportée par notre maire et peut être indirectement par la SNCF, c’était le choix de favoriser le fret au détriment des voyageurs. Les « sillons » aurait été réservés et loués aux opérateurs privés dans le cadre de la mise en concurrence. Outre que cette dernière est déjà réalisée depuis 2006, le niveau du transport des marchandises est aujourd’hui en France celui de 1927. Sacrifier des liaisons voyageurs de la gare de Douai pour cette raison est risible.

TGV manifestation Douai
Manifestation le 2 mars 2019 – Parvis de la gare de Douai

Le bouton atomique qui fait pschitt

Quoi qu’il en soit l’Union Sacrée s’est immédiatement déclarée chez nos élus, bien relayés par les citoyens consternés par cette décision unilatérale. On a eu des manifestations à partir de février, des pétitions, une médiatisation importante, au point de réussir à pousser la SNCF à revoir ses positions.

Il est à noter la posture martiale de notre maire qui adopta, ce n’est pas son habitude, un discours de fermeté qu’on aurait cru copié sur celui de ses collègues communistes. Il évoquait même le possible emploi d’une « bombe atomique » contre le ministère des transports à Paris en y plaçant – peut être en l’amenant en train – tel Godzilla, le Gayant menaçant.

Toute personne qui a eu un jour affaire aux polytechniciens ferroviaires sait que ces derniers utilisent régulièrement la bonne vieille méthode du maximum annoncé pour aboutir, après un simulacre de discussion, au minimum visé dès le départ.

Une concertation déconcertante

Une ultime concertation s’est tenue au mois de juin avec les élus et la SNCF. On peut imaginer que les participants (D. Houbron, C. Beauchamp, F. Chéreau, F. Nihous, C. Poiret, le sous-préfet en figuration) se sont quittés sans décisions très claires, car leurs réactions après l’arbitrage furent plus ou moins contrastées.

Si les sept liaisons TGV dans le sens Douai-Paris étaient maintenues, deux étaient supprimées dans le sens du retour. Outre ce déséquilibre curieux (peut-on plus facilement fuir Douai qu’y venir ?), tous les habitués de la ligne ont remarqué qu’ils devraient à présent quitter plus tôt la capitale, soit 18h52 au lieu de 19h52. Passée cette heure, il faudra coucher à Paris.

Le communiqué triomphant de notre maire, qui ferait passer la bataille de Waterloo pour une victoire, affirmait que « les mobilisations, ça paye ! » tout en reconnaissant que « nous n’aurons pas obtenu hélas le maintien intégral ». Cette dernière phrase reçut aussitôt la désapprobation de ses collègues. Tous, avec des nuances, déclarèrent avoir été mis devant le fait accompli, propos immédiatement contesté par Frédéric Chéreau sur le mode habituel du « consensus mou » qui, dans notre Douaisis excuse et permet tout : « nous avons entériné collectivement ce scénario ».

Des conséquences incalculables pour le Douaisis

L’évolution du transport ferroviaire dans notre région peut en apparence ressembler aux fermetures des voies qui se sont abattues sur les territoires ruraux un peu partout en France. L’échelle du Douaisis est toute autre. Rétrécir les liaisons TGV vers la région parisienne d’une agglomération de plus de 150 000 habitants possède des conséquences incalculables sur les ressorts économiques du territoire.

Affirmer qu’il faut des voyageurs pour avoir des trains laisse entendre que ces derniers doivent d’abord découler du dynamisme économique de la région. Sauf qu’il s’agit de l’inverse. Il faut des trains pour avoir des voyageurs et pas le contraire. Plus encore, attribuer à Douai des financements importants dans le cadre de la “revitalisation des centres villes” n’a aucun sens si le levier du transport national n’est pas maintenu ou mieux, renforcé.

Ces questions interrogent l’utilité d’un « service public » dont l’unique objet serait de relier les grandes métropoles entre elles. A quoi donc peut servir la SNCF ? Cette nébuleuse incompréhensible résiste à l’analyse, sans parler de l’opacité de ses modalités de gestion. Qui est capable de connaître le prix réel d’un sillon ? Les subventions publiques à l’entreprise représentent 14 milliards d’euros par an, soit 823 euros pour chaque ménage versant l’impôt sur le revenu…

Besoin d’une stratégie ferroviaire?

garder ses TGV à Douai
mais pas son Maire

Dénoncer l’accord avec la SNCF

Il reviendra à la nouvelle équipe municipale de dénoncer ce compromis inadmissible validé par Frédéric Chéreau pour laisser à la seule SNCF la responsabilité de cette décision. Elle est parfaitement contradictoire avec la politique gouvernementale. Après la crise des Gilets Jaunes, l’Etat parait avoir pris conscience qu’il fallait mieux s’occuper des territoires qui connaissent un recul de leurs services publics alors qu’ils subissent, comme tout le monde, une ponction fiscale de plus en plus lourde.

Clarifier le rôle de la région Hauts de France

Un partenaire parait ici bien trop silencieux : la région Hauts de France. Elle se doit, outre de clarifier son rôle, d’assumer son obligation d’aménageur qui est au cœur de ses compétences. Elle serait bien inspirée de fédérer toutes les bonnes villes de Flandre – Valenciennes, Béthune, Calais, Douai – qui prennent de plein fouet les réductions continues de leur liaisons ferroviaires. Il faut installer cette union régionale pour contraindre la SNCF à revoir sa politique.

Peser sur l’ouverture du réseau à la concurrence

Enfin, la région doit peser dans le débat de l’ouverture, à partir de 2019, de la concurrence sur les grandes lignes du pays. Rien n’empêche, si la SNCF fait défaut, de solliciter les grandes compagnies européennes pour qu’elles installent sur les « sillons » des Hauts de France une offre de transport plus variée et dans tous les cas, différente d’une société nationale de plus en plus éloignée des impératifs du service public.

A ce jour, Douai et l’ensemble de son agglomération reste la Très Grande Victime de ces négociations.

Nos chers élus

Nos chers élus - Douai

Thème qui pourrait apparaitre secondaire, qui l’est souvent pour les élus quand on les interroge sur le sujet mais beaucoup moins pour les contribuables qui cotisent pour eux. Leurs indemnités doivent faire partie du débat municipal.

La lourde question des indemnités des élus

En théorie, pour les communes, la taille joue. Les toutes petites devraient ne rien donner, les grosses un peu plus, comme le prévoit d’ailleurs la loi. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la diversité est la règle dans le Nord.

Une enquête de 2009 illustrait cette disparité. Le maire de Marcq en Baroeul ne s’attribuait aucune indemnité quand certains de ses collègues disposaient de revenus confortables, surtout quand ils cumulaient un mandat parlementaire avec celui d’une collectivité locale.

A l’époque, car c’est depuis interdit, c’était le cas d’un Thierry Lazaro qui associait sa charge de maire à celle de député. Pour autant, Jacques Vernier, qui n’était plus à l’assemblée, dépassait largement son collègue de Phalempin : 6152 euros net pour ses trois mandats : maire, vice-président de la CAD et conseiller régional. 

Christian Poiret, qui venait de prendre la présidence de la communauté d’agglomération émargeait, lui, à 4784 euros (soit 4209 euros pour la CAD, 500 euros comme conseiller départemental et 75 euros comme maire de Lauwin-Planque). Ces revenus s’associaient au salaire perçu comme directeur à mi-temps d’une entreprise de négoce de métaux. De même, Jacques Vernier percevait sa rémunération d’ingénieur des mines, tout en étant par ailleurs président de diverses instances notamment, jusqu’à aujourd’hui, de l’ébouriffant conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) dont on ignore s’il donne droit à des rémunérations accessoires.

L’obligation de la transparence

Pas facile de connaître, pour Frédéric Chéreau, les indemnités qu’il reçoit, ni de savoir s’il exerce un métier à côté de ses responsabilités électives. Son choix de réduire les rémunérations du maire et de ses adjoints pour distribuer la différence aux conseillers l’a certainement conduit à passer sous la barre de son prédécesseur. On repère toutefois quelques trucs à côté, dont divers mandats récupérés, parfois ceux de Jacques Vernier, comme la présidence de Maisons & Cités. Il est dommage dans ce dernier cas de ne pouvoir vérifier si cette responsabilité donne lieu à un salaire, encore que l’impossibilité de le savoir est sans doute la preuve que ce soit le cas.

Il est courant d’entendre que bien payer les élus évite de les soumettre à la tentation. L’argument est faible. Comme l’ont montré certaines affaires, aucune indemnité, sur le principe du « toujours plus », n’a jamais empêché les dérives. A l’inverse, sachant que le nombre d’élus qui ne touchent rien est supérieur en France à ceux qui sont rémunérés, cela n’a pas conduit, jusqu’à preuve du contraire, à une explosion de la corruption.

L’argent public est sacré

Ce qui est certain en revanche, comme l’a montré la crise des « Gilets Jaunes », c’est que le statut de l’argent public a changé. D’une ressource « gratuite » qu’il est possible d’utiliser sans aucun frein, il apparaît et tant mieux, de plus en plus sacralisé. C’est un des avantages de cette révolte que d’avoir installé dans l’opinion la conscience, à la fois du poids de la fiscalité en France mais surtout de l’effort qu’elle représente pour tous les citoyens, y compris les plus démunis soumis comme tout le monde à une TVA triomphante (deux fois plus rémunératrice que l’impôt sur le revenu).

Il existe aujourd’hui un débat sur l’évolution de la situation des élus avec en ligne de mire un régime indemnitaire plus régulier et surtout plus conséquent que l’actuel. Cette voie est discutable. Le risque de transformer en professionnels de la politique ceux qui s’engagent au service de l’intérêt public est évident.

Il faut au contraire revenir à l’origine de ces fonctions électives en réduisant autant que possible la dépendance qui s’attache à la rémunération des mandats. Etre au service de ses concitoyens est un engagement bénévole par définition. Etre désigné par eux est d’abord un honneur. Tradition héritée de Rome, les fonctions électives sont gratuites en France. Inexistant avant la loi de 1992, le statut juridique de l’élu permet un régime indemnitaire qui n’est pas un salaire mais seulement la contrepartie de l’éventuelle réduction de l’activité professionnelle du fait de l’exercice électif.

Si devenir maire puis ensuite par ricochets président de quelque société d’économie mixte ou autre syndicat intercommunal, conduit certains à voir leur niveau de vie augmenter fortement, on comprend que la perte de ces responsabilités puisse être mal vécue par les intéressés.

L’obsession de la réélection conçue comme la condition de la survie matérielle peut conduire certains à s’accrocher au pouvoir faute de disposer d’un métier à côté. Deux conséquences bien connues de ce travers. D’abord la violence des enjeux électoraux. Quant il faut conserver son mandat pour éviter de pointer à Pôle Emploi, on ne fait pas dans la dentelle contre les adversaires lorsque le renouvellement approche. Ensuite et surtout, une telle nécessité rend bien relative les convictions personnelles. Ce qui compte, ce ne sont plus les valeurs mais tout ce qui peut maintenir au pouvoir. Il est très amusant de voir actuellement le positionnement d’élus PS ou LR, notamment des maires, devant le succès de LREM…

Gardons le principe fondateur du mandat électif, « servir et non pas se servir ».

Besoin d’une idée gratuite ?

La conséquence de ce qui précède est simple et se décline en trois étapes. 

1/ La première, basique, c’est que le maire élu présente l’étendue de son patrimoine à l’entrée et à la sortie de son mandat. 

2/ La deuxième qu’il indique publiquement toutes les responsabilités liées à sa fonction qui lui donnent droit à rémunération, du type jeton de présence ici ou là. 

3/ Enfin, troisièmement, la plus radicale : aucune indemnité pour lui comme ses co-listiers, aucune voiture de fonction, frais réduits, hors ceux strictement attachés au mandat. 

Aucun euro des Douaisiens ne doit parvenir dans la poche du maire. Il est à leur service et pas le contraire. Le bénévolat est la preuve de son engagement.

Retards aux urgences

retards aux urgences

Inauguré en septembre 2008, le Centre hospitalier de Douai est un établissement ultra moderne qui était censé apporter aux 150 000 habitants de notre agglomération des conditions de soin exceptionnelles.

Comme toujours, il y avait loin de la coupe aux lèvres. La crise du système de santé national n’est aucunement celle du matériel. Elle est d’abord une question de personnel qualifié mais surtout d’organisation de la prise en charge des patients.

En juillet 2019, un député du Nord a testé les urgences de l’hôpital de Douai pour juger de la qualité des soins apportés aux patients. Son témoignage est édifiant : «Six heures d’attente et encore, j’ai eu de la chance». Suit la description d’un service au bord de la rupture où la prise en charge, déficiente, est submergée par une demande qui dépasse de très loin les capacités prévues.

Encore une fois, on n’ose imaginer la conséquence désastreuse que peut avoir la médiatisation d’un tel constat au-delà des frontières du Douaisis, par exemple sur tous ceux qui, sur le point de tenter l’aventure flamande, s’apprêtaient à habiter dans notre contrée.

Les indicateurs de santé des Hauts de France sont mauvais. Tant chez les hommes que chez les femmes, la mortalité est supérieure de 20 % par rapport aux valeurs nationales. Ce différentiel est encore plus élevé dans les zones urbaines, ce qui est un paradoxe qui confine au scandale puisque la concentration démographique devrait au contraire permettre l’économie d’échelle qui est au cœur de la logique hospitalière. Le plus terrible, enfin, est de constater que ce décrochage s’amplifie depuis les années 80.

Il est courant d’expliquer cette surmortalité régionale par les « comportements à risque » de la population selon la trilogie mortifère : tabac, alcool, suicides. Pour autant, on ne peut s’empêcher de croire, si cette explication possède sa part de vérité, que nous ne luttons pas avec les mêmes armes.

Les Hauts de France ont moins de médecins et de professionnels de santé que le reste du pays (de 5 à 30% de moins selon les territoires). Exemple parmi tant d’autres, les chirurgiens-dentistes et les médecins spécialistes libéraux sont, en densité, respectivement inférieurs de 24 % et 27 %. Pour les seconds, nous sommes même les plus mauvais de France.

Si notre député s’est essayé au test concret, tant de concitoyens – dans une agglomération de 150 000 habitants – ont vécu en vrai ce type d’épreuve, la plus catastrophique étant la période du week-end où se faire soigner quelque part relève de l’impossible. Faute d’un accueil adapté du type dispensaire, maison médicale ou simplement médecine de garde, toutes les pathologies, des plus graves aux plus imaginaires, convergent aux urgences du centre hospitalier qui ne peut évidemment répondre à cet assaut.

Dans un pays où la cotisation à l’assurance maladie est obligatoire pour tous les citoyens, il n’est pas rare que le salut provienne de la vente sans ordonnance d’un médicament par un pharmacien compatissant, comme l’aurait fait un médecin voilà un siècle quand n’existaient dans notre bonne ville de Douai ni sécurité sociale, ni CMU, ni hôpital, ni ARS.

Besoin d’une idée médicale?

Si cette solution n’est pas neuve, il faut augmenter dans la ville l’offre médicale généraliste mais surtout spécialisée. Le principe de l’aide à l’installation de jeunes médecins (la commune offre le local et le plateau technique) a déjà fait ses preuves ailleurs. Il serait d’ailleurs judicieux d’ajouter une action supplémentaire.
Profiter de l’abandon prochain du numerus clausus, qui limitait jusqu’à présent le nombre de docteurs en médecine en France, pour offrir des bourses aux étudiants douaisiens méritants, n’est pas à négliger. En contrepartie, à l’issue de leur cursus ces derniers devraient assurer une durée d’exercice de 5 à 10 ans dans le territoire et en priorité sur les urgences de proximité.

Autre idée copiée au Canada. La commune peut offrir aux praticiens un plateau technique mais aussi et surtout toute la gestion administrative qui est souvent lourde. Le médecin intervient pour assurer des soins, parfois à temps partiel ou par vacations, mais ne s’occupe de rien d’autre. D’une certaine manière, on retrouve dans ces projets la bonne vieille idée du dispensaire.

De même, pour contrer l’extension des déserts médicaux, une innovation menée par l’ARS de l’Ile et Vilaine et la ville de Fougères. Des étudiants en médecine interne sont accompagnés en stage chez des confrères pour mieux connaître le terrain, l’exercice du métier et les possibilités de clientèle.

Enfin, l’invention d’une application dans la région des Hauts de France, Remplanor depuis devenu RemplaFrance, inventé en 2013 par un médecin lillois, permet d’organiser en direct les remplacements entre praticiens, notamment dans les territoires déficitaires.

L’Hôpital Général

l'hôpital général douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (2)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

L’Hôpital Général de la Charité

Compte tenu de sa valeur patrimoniale, la Charité ou plutôt l’Hôpital Général de la Charité de Douai, près de la porte de Valenciennes, est un bâtiment d’exception. Démarrée en 1756, la construction du corps principal a été terminée en quatre années seulement mais différents ajouts ont agrandi l’ensemble jusqu’au début du XIX° siècle.

Rien ne révèle mieux la puissance financière des provinces septentrionales de la France au milieu du XVIII° siècle que la floraison à Dunkerque, Lille, Valenciennes et Douai d’hôpitaux généraux chargés de prendre en charge les indigents selon les principes coercitifs qui faisaient obligation aux autorités locales de les enfermer dans un bâtiment clos.

Dans les Flandres et le Hainaut rattachés plus tardivement au royaume, cet édit qui conservait une partie de sa puissance, reçut toutefois une mise en œuvre plus nuancée. D’abord au titre d’une autonomie que ces provinces défendaient jalousement mais ensuite parce que la diffusion des Lumières poussait peu à peu les élites à prendre conscience de leurs obligations sociales envers les pauvres.

Promoteur de la construction de la Charité, premier président du Parlement de Flandre, Charles-Joseph de Pollinchove fut l’initiateur du projet. Le financement était supporté par l’aliénation de revenus de la ville ainsi que les dons des riches familles Douaisiennes. Les besoins étaient grands dans une province populeuse où toute une part des habitants pouvait glisser de la pauvreté à l’indigence au moindre retournement de la conjoncture économique.

Un bâtiment public d’ancien régime

Le plan, qui s’étale sur près de 20 000 m2 de surface, présente la forme d’un carré partagé en croix dont le centre est une chapelle permettant, sur le principe du panoptique, aux femmes, hommes et enfants, soigneusement séparés, d’écouter la messe. Le bâtiment à la destination toute utilitaire est construit en briques, pierre de calcaire pour les encadrements et grès pour les soubassements. Les toits, en ardoise, sont partagés en larmiers qui sont autant de protections contre l’incendie. Le fronton d’entrée sur le Canteleu qui représente la Charité a été réalisé en 1835 par Théophile Bra, sculpteur local.
L’ordonnance du lieu comme sa décoration en font un exemple parfait de l’architecture publique de l’Ancien Régime parvenu jusqu’à nous à peu près préservé. Endommagé partiellement par les bombardements alliés de 1944, sa reconstruction s’est réalisée en parallèle de l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1946.

l'hôpital général douai

Longtemps hospice pour  vieillards mais aussi maison d’accueil pour les orphelins qui y recevaient une formation professionnelle, l’Hôpital général a conservé cette première fonction jusqu’en 2011, date à laquelle l’établissement a été désaffecté. Vide depuis lors, il n’a pas manqué dès cet instant de faire l’objet de projets nombreux d’aménagement qui, en dépit d’une forte médiatisation, n’ont jamais encore abouti.

Les contribuables assurent les rabais

Racheté par la CAD en 2012 pour 3,8 millions d’euros, le bâtiment a été vendu l’année suivante pour 2,5 millions à la « Financière Vauban », holding basée à Tournai qui envisageait d’en faire un hôtel de luxe associé à une opération de vente immobilière, sachant que le classement permet d’intéressantes défiscalisations pour les acheteurs. Les promoteurs, quant à eux, ont fait une bonne affaire puisqu’ils ont obtenu un rabais de plus d’un million. Les Douaisiens un peu moins puisqu’ils ont payé de leur poche la différence de prix.

Mirabeau sur Scarpe

L’Hôtel Mirabeau – on se demande ce que ce noble provençal à la postérité discutable vient faire sur les rives de la Scarpe –   annoncé à grand renfort médiatique dès 2012 par Jacques Vernier, sans doute pour faciliter l’élection de Françoise Prouvost, paraît sept ans plus tard absolument enlisé, constat qui ne manque pas d’interroger.

Un projet identique à Valenciennes – l’hôpital général de la Charité – mené par le même investisseur vient après dix ans de lourds travaux d’être livré. Le Royal Hainaut – beau nom qui lui au moins dit tout – a multiplié tant de difficultés et de retards qu’on tremble un peu qu’il en soit de même pour Douai. On s’inquiète surtout que le promoteur, qui a vu deux groupes hôteliers partenaires crever sous lui (la Société Lilloise d’Investissement Hôtelier, SLIH qui gère le Crowne Plaza et L’Hermitage Gantois puis un groupe belge Martin’s Hôtels), ne sorte si épuisé d’une telle épreuve qu’il ne puisse aller plus loin. Il aurait déboursé 70 millions d’euros pour finir le chantier du Hainaut sans parler de l’obligation de créer une société hôtelière ad hoc, option qui parait indispensable pour Douai, la SLIH ayant depuis disparu du paysage.

Le Royal Hainaut à Valenciennes

Silence, on vous informe

Pour tout citoyen qui souhaite s’informer, il faut vraiment chercher pour obtenir des éléments sur ce dossier. Comme à chaque fois qu’un projet part en quenouille, au lieu de communiquer franchement, la CAD – enfin Douaisis Agglo – ainsi que la municipalité restent cois. Nous avons ici ce qu’on pourrait appeler le syndrome scabinal : tout silence prolongé suivant un gros bruit médiatique est à Douai la preuve du loup.

Si le « curage » du bâtiment a été mené jusqu’au bout (il n’a plus aucune fenêtre, l’intérieur est décapé), on croit avoir compris que les entreprises chargées du gros œuvre et de la réfection de la façade ont déposé le bilan et qu’il faudra du temps pour en trouver d’autres. Par ailleurs, selon le patron de Vauban, « l’année blanche fiscale », liée à la mise en place du prélèvement à la source, aurait plombé les investissements immobiliers très faibles en France cette année.

© SMB bâtiment

Les travaux devraient reprendre à la rentrée de septembre, c’est tout le bien que nous souhaitons à ce magnifique bâtiment.

Besoin d’une idée transparente?

Nous pourrions insister auprès du propriétaire pour qu’un nouvel opérateur soit désigné en urgence afin de relancer ce chantier resté à l’état de projet. Nous pourrions aussi souhaiter que la puissance publique se substitue au privé défaillant. Nous nous en garderons bien.

En revanche, il parait indispensable d’informer les contribuables de la situation exacte de ce chantier. Des visites ont été organisées, ce qui était bienvenu, mais tout citoyen aurait le droit, outre celui de regarder ce beau bâtiment, d’obtenir régulièrement des éléments sur son devenir. Voilà qui serait une bonne occasion pour nos élus de prouver leur transparence sur la gestion des deniers publics mais plus encore de démontrer de leur capacité visionnaire. Dans ce dernier cas, la réhabilitation de la Charité de Douai verra-t-elle le jour avant la fin du prochain mandat municipal ? Les paris sont ouverts !

Nous aurions ainsi peut être un beau et vieux bâtiment… plein.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Si les TER étaient à l’heure ?

si les TER étaient à l'heure?

Pour les usagers des transports ferroviaires habitant le Douaisis, voyager en TER se révèle un véritable défi au quotidien. Combien de trains en retard, supprimés, combien de rendez-vous manqués, d’embauches tardives sous le regard désapprobateur du patron ou la gêne de collaborateurs suspendus à l’arrivée de celui qui devait diriger la réunion ?

Le TER c’est comme la pluie

Dieu merci, tous savent, dès l’instant où ils résident dans le coin, qu’emprunter le réseau ferroviaire régional doit toujours se faire aux risques et périls de l’usager. S’il peut être certain de monter dans une rame s’il en trouve une, arriver à l’heure n’est pas toujours assuré. C’est ainsi, il faut faire avec. C’est comme la pluie. Encore que dans ce dernier cas, un imperméable ou un couvre-chef peuvent aider. Notons qu’ils ne servent à rien dans le train.

Si nous étions dans un monde logique, l’avis des usagers serait incontournable puisque un train existe pour eux et personne d’autre. De même, leurs souhaits quant aux fréquences et dessertes des fameux « sillons » devraient constituer la base de tout service public digne de ce nom. Sommés par les pouvoirs publics d’utiliser la voie ferrée plutôt que la route, les pauvres Douaisiens endurent le paradoxe de la qualité très discutable d’un transport, sur lequel ils n’ont aucun mot à dire alors qu’ils le paient deux fois, par les impôts et le prix du billet.

Depuis 2000 et la loi SRU qui avait été annoncée dès les premières décentralisations de 1983, la région est organisatrice des transports collectifs d’intérêt général, compétence de plus en plus étendue au fil des années. Le bilan de ce transfert est mitigé pour le moins qu’on puisse dire. Un rapport de 2013 pointe entre autres le fait que la montée en puissance des régions aurait dû avoir comme effet l’accompagnement de la décentralisation par la SNCF à travers l’organisation de ses réseaux. Selon les auteurs, c’est plutôt le phénomène inverse qui s’est produit. La décentralisation a débouché sur la concentration des lignes. On s’en doutait un peu.

2 600 TER retardés par an

Quand on entre dans les détails de la qualité du service des TER dans les Hauts de France, les statistiques sont peu glorieuses. Un exemple : sur les 15 000 trains qui ont circulé en novembre 2016, plus de 2600 ont été retardés tandis que 413 ont été annulés. L’année suivante, une enquête de l’UFC – Que Choisir indique que si 89% des trains étaient à l’heure, les retards, concentrés sur les périodes de pointe, accroissent encore la visibilité des problèmes.

Les raisons invoquées pour les expliquer sont nombreuses. On y trouve les conditions météorologiques (le froid, le chaud, la pluie, le vent, la neige, le gel, les feuilles des arbres, la pleine lune…), les pannes mécaniques, les malveillances, les « accidents de personnes » mais aussi les défauts internes de la SNCF qui comptent pour plus de la moitié du total. Il n’est pas rare, en effet, qu’un train ne puisse démarrer simplement parce qu’un membre du personnel est absent ou en retard, conducteurs mais aussi contrôleurs. Ne les accablons pas, ils viennent peut être en train au boulot.

L’ouverture à la concurrence

Bien consciente de l’image désastreuse pour les Hauts de France mais plus encore de la gêne qu’occasionne un service de si mauvaise qualité pour ses usagers journaliers – 110 000 personnes dont 10 000 à Douai – qui se trouvent être aussi des électeurs, le conseil régional a décidé récemment d’ouvrir à la concurrence une partie du transport ferroviaire. Cette perspective, prévue pour 2023, est susceptible d’obliger la SNCF à se bouger pour conserver un chiffre d’affaire qui d’ailleurs stagne voire même se réduit.

Une autre solution pourrait aussi contribuer à améliorer les choses, des pénalités plus sévères pour tous ces dysfonctionnements dans le respect de la législation européenne que notre région n’a jamais adoptée. En effet, les Hauts de France n’ont pas, on se demande bien pour quelle raison, mis en place un système de remboursement automatique en cas de retards récurrents sur une ligne.

Besoin d’une idée électronique?

Sans avoir besoin d’aller plus loin dans l’ouverture du réseau à la concurrence, sujet très compliqué dont on voit mal comment notre ville pourrait y jouer un rôle, la piste du remboursement semble plus opératoire. Pourquoi ne pas exiger qu’un retard donne automatiquement droit à une indemnité de la part de la SNCF ? Un système informatisé à partir du badge utilisé par les usagers serait un moyen intéressant. Il suffirait de le relier, à la suite du passage à la borne électronique, au train retardé ou supprimé qui suivrait cet enregistrement et qui correspondrait à la ligne de l’usager. Le compte servant à payer l’abonnement serait immédiatement crédité d’une somme forfaitaire proportionnée à l’importance du retard mais aussi, soyons fous, au kilométrage de l’abonnement.

Douai est-elle librairicide

Librairie la Charpente Douai

Il fut un temps où les Douaisiens achetaient leurs livres à la librairie Lauverjat. Un lieu incontournable depuis le XIX° siècle dont le souvenir reste très vif dans la ville. Et puis un jour, pour des raisons obscures, la librairie ancestrale a fermé. Son beau local a été transformé en magasin de vêtements. Signe des temps, la culture a laissé la place à la couture.

Le Furet et puis c’est tout

Cette disparition, qu’on pouvait croire isolée, était toutefois l’annonce d’un mouvement profond que cache mal l’installation récente et bruyante du Furet du Nord dans les anciens locaux du magasin Treca dans la rue de la mairie.

Il ne s’agit pas de critiquer un projet qui a au moins le mérite d’exister. Cela d’autant plus qu’il permet le sauvetage d’un bâtiment historique inoccupé depuis des années, tout en offrant à une enseigne connue un local sans comparaison avec celui, incommode, qu’elle utilisait auparavant. Plus encore, rapprocher le Furet du Nord de la zone de concentration commerciale représentée aujourd’hui par la fameuse « croix » Bellain-Hôtel de ville, est une excellente opération.

Il faut s’interroger cependant sur le fait qu’il ne reste à notre ville – qui pèse quand même près de 40 000 habitants – qu’une seule librairie-papeterie après la disparition de trois d’entre elles en quelques années.

Certes, tous les jours en France ferme un point de vente d’un secteur touché de plein fouet par la concurrence d’internet mais surtout d’Amazon. Mais pour Douai, il faut aussi se convaincre qu’au-delà de ces évolutions globales, la réduction de cette offre témoigne aussi de l’appauvrissement social de la ville sur lequel nous reviendrons dans un autre article.

Le livre disparait

Quoi qu’il en soit, résumons les étapes de la disparition de nos chères librairies dans les rues de la ville.

– en décembre 2013, c’est Chapitre alias Brunet, beau magasin sur la place d’Armes  depuis 1995 qui met la clé sous la porte. D’incompréhensibles rachats et vente à la découpe de la part d’actionnaires étrangers seraient à l’origine de cette fermeture.

– en avril 2014, c’est la Papéthèque de la rue de Paris qui baisse le rideau. On y vendait depuis 1992 surtout des articles de bureau et des journaux mais aussi un peu de livres. La fragilité de l’équilibre financier aurait conduit à cette difficile conclusion.

 en décembre 2018, La Charpente qui avait ouvert quatre ans plus tôt, pose sur sa porte l’avertissement suivant : « fermé pour cause de fermeture ». Une belle aventure se termine à la grande tristesse de ses fidèles soutiens.

Librairie la Charpente
On ne saurait être plus clair…

Je suis « La Charpente »

Arrêtons nous un instant sur ce dossier qui résume à lui seul les contradictions de l’équipe municipale actuelle quant aux stratégies d’aménagement qu’elle met en œuvre depuis 2014.

L’ouverture de La Charpente a représenté dans le centre ville une bouffée d’oxygène pour un quartier en bien mauvaise posture. Parfaitement située, aménagée avec goût, cette librairie apportait le « je ne sais quoi » qui rendait le lieu unique, accueillant et chaleureux. On y trouvait des conseils avisés de lecture, un choix original d’ouvrages  mais surtout des chats qui, tout en se prélassant sur les présentoirs, semblaient vouloir convaincre les clients de la qualité des livres qui s’y trouvaient.

Pantoufle le chat de la charpente
Pantoufle critique littéraire

Peu d’avanies ont été épargnées à ses fondateurs depuis l’ouverture de ce magasin. Si la mairie n’a rien à voir avec la coupure électrique intempestive qui a perturbé son fonctionnement pendant quelques temps, il faut quand même évoquer les conséquences des travaux de voirie qui ont durant des mois empêché les clients d’entrer ou même aux passants d’approcher de la devanture.

Il est à souligner le succès du financement participatif en septembre 2017 qui a vu plusieurs centaines de personnes soutenir par leurs dons cette librairie avec la conviction que l’existence à Douai d’un lieu de culture de cette qualité était une nécessité.

Deux poids, deux mesures

Par contre, la municipalité ne paraissait pas toujours souscrire à cette logique. Sans doute obnubilée par le projet Furet du Nord, peut être peu convaincue de l’utilité d’avoir dans la rue deux points de vente sur le même objet mais plus certainement indifférente, la commune n’a rien tenté pour sauver ce commerce. On se souviendra longtemps de la maladresse insigne des services municipaux quand ils ont installé devant la porte de La Charpente, alors moribonde, une bannière exaltant l’ouverture prochaine du Furet du Nord à quelques mètres de là.

Pour finir, il faut se convaincre qu’il était parfaitement possible de faire vivre deux points de vente en aucun cas concurrents mais simplement complémentaires. Quoi qu’il en soit, posons la question du coût de l’installation du Furet.

On sait que le budget annoncé était de 1,7 million d’euros pour la ville, celle-ci recevant 500 000 euros de Douaisis Agglo et 600 000 de l’Etat au titre du soutien à l’investissement local, ce qui donne 600 000 pour la commune en propre. Il faut y ajouter le prix d’achat du bâtiment, soit 340 000 euros, ce qui monte l’effort des contribuables douaisiens à plus d’un million. Du côté du Furet du Nord plusieurs sources indiquent que l’aménagement du lieu lui aurait coûté 500 000 euros, sachant que le loyer à acquitter, relativement faible, sera dans tous les cas lié à l’évolution du chiffre d’affaires.

Besoin d’une idée solidaire?

Le local actuel est parfaitement situé, le mobilier déjà en place, pourquoi la mairie ne rachète-t-elle pas La Charpente pour la transformer en une « librairie solidaire » Café/Jeux sous un statut de SCOP qui permet d’allier le public et le privé et d’aider au maintien des commerces sans entrer dans une concurrence déloyale. La librairie du village de Lafrançaise, 3000 habitants, a réussi à le faire. Douai devrait en être capable.

Autre exemple relevant de l’économie sociale et solidaire, le statut SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) comme pour la librairie La Cavale à Montpellier mais aussi dans beaucoup d’autres villes.
Selon le statut, la Mairie peut être partie prenante avec un soutien proportionnel à celui qui a été apporté au Furet du Nord.
A minima accorder un loyer faible aux repreneurs, une offre proche du modèle initial, mais enrichie, tous les ingrédients du succès seraient présents, notamment pour l’aide radicale à l’équilibre financier qu’un tel choix permettrait. Vite, rendez nous notre Charpente !

Pour aller plus loin
Aides pour les librairies
C’est quoi une SCOP
C’est quoi une SCIC

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

L’or touristique

façade de la mairie et beffroi ville de douai - L'or touristique

L’importance du patrimoine ancien de Douai n’est plus à décrire. Cette masse léguée par nos illustres devanciers fait notre richesse bien plus que d’hypothétiques installations d’usines ou la réouverture des mines comme on l’entend parfois.

Capitaliser sur ces avantages revêt une importance extrême pour les retombées positives qu’ils peuvent apporter à tous les niveaux de l’économie locale, sans même parler de l’amélioration de son image dans et hors de la région.

Certains lieux ou bâtiments sont d’ailleurs très connus des touristes, ainsi le beffroi, la collégiale Saint Pierre ou le musée de la Chartreuse. D’autres attirent leur attention quant ils se promènent, comme les bords de Scarpe. Mieux, ils peuvent aussi s’étonner de l’unité architecturale du centre ville, caractéristique dont peu de cités peuvent se prévaloir.

Le tourisme, phénomène sur lequel nous reviendrons souvent, fonctionne sur le mode de pionniers qui découvrent des lieux rares, avant que cette avant-garde ne soit dépassée, avec un décalage, par la masse des visiteurs intégrés dans des mouvements de forte ampleur, des circuits des tours opérateurs aux stratégies des sociétés hôtelières.

Cette problématique pourrait admirablement s’appliquer à Douai qui n’est pas, quand on interroge les spécialistes du sujet, une destination évidente de prime abord. Notre ville possède donc un potentiel qui ne demande qu’à être mobilisé et cela d’autant plus que le tourisme moderne a aujourd’hui changé. Ses ressorts anciens faits de plage, de soleil ou de destinations lointaines ont vécu. Ce que cherche le public aujourd’hui ce sont des « expériences » authentiques, des mises en situation dans des lieux insolites, innovants et ludiques.

Enrichir l’offre touristique en valorisant des lieux encore peu connus, en s’appuyant sur les nouvelles technologies, notamment le numérique dont les possibilités sont infinies, seraient autant de pistes à suivre. La reprise de l’office du tourisme par la communauté d’agglomération a incontestablement marqué une amélioration dans la gestion du sujet mais elle reste insuffisante, faute d’une envergure à la hauteur de l’enjeu.

Pour autant, la voie est positivement tracée. Elle réussira si l’objectif reçoit une réponse totale : tout mettre au service du tourisme en appuyant sur un ensemble de leviers que commanderait un schéma directeur digne de ce nom, c’est à dire pensé dans la profondeur et la durée selon le tryptique bien connu : stratégie, pilotage, communication…

L’hôtel de la Tramerie

Hôtel de la Tramerie

Nos beaux et vieux bâtiments…vides (1)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Le joyau de la rue des Foulons

Commençons par le petit joyau de la rue des Foulons, le fameux hôtel de la Tramerie. Son nom ne provient pas, comme on aurait pu éventuellement l’imaginer, de la production drapière mais de ses supposés premiers propriétaires, les sieurs de la Tramerie.

Cette famille qui a entretenu de nombreux liens avec de grandes lignées douaisiennes (de Gouy, de Bavinchove etc.) a produit au début du XVII° siècle les puissants seigneurs « de Roucou et du Forest », gouverneurs de la place d’Aire sur la Lys.

L’appellation est impropre puisque les archives révèlent que ce bâtiment, qui était à proximité du véritable hôtel de la famille de la Tramerie, ne lui appartenait pas. Il aurait été construit par un marchand brasseur au début du XVII° siècle avant d’être transformé ensuite en hôtel particulier. Devenu la propriété d’un officier général, juste avant la Révolution, il est passé à ses descendants, notamment les Balthazar qui en ont fait une institution pour jeunes filles, première destination de ce local qui allait en connaître, non sans dommages, de très diverses.

Des usages variés au fil du temps

On lui compte en effet, toutes sortes d’utilisations jusqu’aux années 60, de l’installation d’artisans, du service des contributions indirectes, du logement d’une multitude de gens, notamment après le legs du bâtiment, au début du siècle, par la  famille Demont, à la commune.

C’est d’ailleurs quand il fut question d’installer un bureau de poste dans les lieux et pour éviter les risques de dégradations qui pouvaient en découler, qu’un classement de la façade et de la toiture fut enfin décidé en septembre 1932, sachant que l’hôtel entier avait été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques l’année précédente.

Vide pendant des décennies, livré au vandalisme en dépit de sa protection légale, on s’interroge sur ce que sont devenus ses boiseries, ses parquets et ses ornementations, retirées – volées ? – de l’intégralité de sa surface.  On accusera sans doute la mérule, ou encore la relative jeunesse de ces aménagements. Ils dataient probablement de la restauration de 1889 ou de celle qui avait suivi l’incendie de 1913. Leur valeur historique était peut être faible.

Un bâtiment classé longtemps délaissé

Quoi qu’il en soit, on peut regretter qu’un bâtiment classé, possession de la commune, n’ait pas fait l’objet d’une protection plus sérieuse. De même, de nombreuses destinations ont été envisagées sous le long règne de Jacques Vernier. La plus aboutie, mais sans succès, ayant été celle de l’installation des bureaux de la toute proche Soginorpa, alias Maisons et Cités.

C’est sans doute l’échec de ce projet qui a paradoxalement permis la restauration du bâtiment. Il menaçait ruine quand, en 2013, avec l’aide de l’Etat, de la DRAC et du conseil départemental, la reprise des extérieurs fut lancée. Avec plus d’un million d’euros de budget (comme toujours à Douai, la connaissance du coût exact est une gageure), les travaux se sont toutefois révélés d’une grande qualité. Si l’intérieur est resté quasi inchangé c’est à dire nu, on note la réfection complète des sculptures des fenêtres, la rénovation totale du toit et des ouvrants. On reste juste un peu dubitatif quant à la rougeur accusée des joints des grès du rez-de-chaussée, mais c’est sans doute parce que nous sommes un peu trop habitués à la couleur du mâchefer que les maçons douaisiens utilisaient habituellement.

Hôtel de la Tramerie à Douai - arrière du bâtiment
Hôtel de la Tramerie – arrière du bâtiment

Six années plus tard, une coquille vide

La lecture dans la presse des sévères déclarations de M. Chéreau en 2013, quand il était dans l’opposition municipale, permet de mesurer ce qui sépare, dans le monde du réel, la parole des actes. Reprenons sans problème, puisqu’il s’agit de la même personne, les critiques du candidat à la mairie envers celui qui la dirige depuis 2000 jours ou presque. L’Hôtel de la Tramerie reste une coquille vide et c’est bien dommage.

On s’inquiète aussitôt de la frénésie qui pourrait saisir la municipalité pour trouver en urgence au bâtiment, à quelques semaines des élections, une destination bâclée à base de transformation en logement social ou d’implantation de bureaux ou autres services improbables.

Besoin d’une idée pleine?

En voilà deux, assez proches tournées vers les entreprises, si d’aventure la commune décidait d’abandonner l’eau tiède des solutions banales.

La première serait d’offrir, sous la condition juridique d’un bail emphytéotique, à une personne privée la possibilité d’installer par exemple « une maison d’hôtes d’entreprise » sur le modèle de « ma pièce » à Lyon, concept innovant autour de l’hébergement et l’organisation d’événements d’entreprises dans 4 lieux différents dans la ville (ça tombe bien il y a beaucoup de bâtiments vides à Douai). Design thinking/ serious game/afterwork/séminaires… une palette de services à la carte est proposée. Tout comme dans le même esprit Chateau form city ‘ dont la promesse est de « faire vivre une expérience pour vos réunions au cœur des villes dans une ambiance chic, inspirée et inspirante« . Une commune qui a été capable d’offrir un investissement d’1,4 million à un restaurateur étoilé (ce qui était une bonne idée) doit pouvoir reprendre cette logique pour un projet qui aurait l’avantage de laisser au privé le coût de l’aménagement intérieur selon un cahier des charges adapté aux exigences de ce monument historique.

La seconde. Pourquoi ne pas transformer l’Hôtel de la Tramerie en « espace de coworking et de co-design » Il pourrait en effet avec intérêt devenir un espace ouvert où rencontres, réunions, échanges informels pourraient se développer après un réaménagement des locaux offrant des ressources matérielles et des services de toute nature (co-working, relais de services etc.). De  nombreux projets de cet ordre ont déjà vu le jour dans la région ainsi à Lille (hall du beffroi consulaire), aménagement intelligent qui permet de soutenir le développement de l’économie locale.

Nous aurions ainsi un beau et vieux bâtiment… plein.

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