L’Hôpital Général

l'hôpital général douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (2)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

L’Hôpital Général de la Charité

Compte tenu de sa valeur patrimoniale, la Charité ou plutôt l’Hôpital Général de la Charité de Douai, près de la porte de Valenciennes, est un bâtiment d’exception. Démarrée en 1756, la construction du corps principal a été terminée en quatre années seulement mais différents ajouts ont agrandi l’ensemble jusqu’au début du XIX° siècle.

Rien ne révèle mieux la puissance financière des provinces septentrionales de la France au milieu du XVIII° siècle que la floraison à Dunkerque, Lille, Valenciennes et Douai d’hôpitaux généraux chargés de prendre en charge les indigents selon les principes coercitifs qui faisaient obligation aux autorités locales de les enfermer dans un bâtiment clos.

Dans les Flandres et le Hainaut rattachés plus tardivement au royaume, cet édit qui conservait une partie de sa puissance, reçut toutefois une mise en œuvre plus nuancée. D’abord au titre d’une autonomie que ces provinces défendaient jalousement mais ensuite parce que la diffusion des Lumières poussait peu à peu les élites à prendre conscience de leurs obligations sociales envers les pauvres.

Promoteur de la construction de la Charité, premier président du Parlement de Flandre, Charles-Joseph de Pollinchove fut l’initiateur du projet. Le financement était supporté par l’aliénation de revenus de la ville ainsi que les dons des riches familles Douaisiennes. Les besoins étaient grands dans une province populeuse où toute une part des habitants pouvait glisser de la pauvreté à l’indigence au moindre retournement de la conjoncture économique.

Un bâtiment public d’ancien régime

Le plan, qui s’étale sur près de 20 000 m2 de surface, présente la forme d’un carré partagé en croix dont le centre est une chapelle permettant, sur le principe du panoptique, aux femmes, hommes et enfants, soigneusement séparés, d’écouter la messe. Le bâtiment à la destination toute utilitaire est construit en briques, pierre de calcaire pour les encadrements et grès pour les soubassements. Les toits, en ardoise, sont partagés en larmiers qui sont autant de protections contre l’incendie. Le fronton d’entrée sur le Canteleu qui représente la Charité a été réalisé en 1835 par Théophile Bra, sculpteur local.
L’ordonnance du lieu comme sa décoration en font un exemple parfait de l’architecture publique de l’Ancien Régime parvenu jusqu’à nous à peu près préservé. Endommagé partiellement par les bombardements alliés de 1944, sa reconstruction s’est réalisée en parallèle de l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1946.

l'hôpital général douai

Longtemps hospice pour  vieillards mais aussi maison d’accueil pour les orphelins qui y recevaient une formation professionnelle, l’Hôpital général a conservé cette première fonction jusqu’en 2011, date à laquelle l’établissement a été désaffecté. Vide depuis lors, il n’a pas manqué dès cet instant de faire l’objet de projets nombreux d’aménagement qui, en dépit d’une forte médiatisation, n’ont jamais encore abouti.

Les contribuables assurent les rabais

Racheté par la CAD en 2012 pour 3,8 millions d’euros, le bâtiment a été vendu l’année suivante pour 2,5 millions à la « Financière Vauban », holding basée à Tournai qui envisageait d’en faire un hôtel de luxe associé à une opération de vente immobilière, sachant que le classement permet d’intéressantes défiscalisations pour les acheteurs. Les promoteurs, quant à eux, ont fait une bonne affaire puisqu’ils ont obtenu un rabais de plus d’un million. Les Douaisiens un peu moins puisqu’ils ont payé de leur poche la différence de prix.

Mirabeau sur Scarpe

L’Hôtel Mirabeau – on se demande ce que ce noble provençal à la postérité discutable vient faire sur les rives de la Scarpe –   annoncé à grand renfort médiatique dès 2012 par Jacques Vernier, sans doute pour faciliter l’élection de Françoise Prouvost, paraît sept ans plus tard absolument enlisé, constat qui ne manque pas d’interroger.

Un projet identique à Valenciennes – l’hôpital général de la Charité – mené par le même investisseur vient après dix ans de lourds travaux d’être livré. Le Royal Hainaut – beau nom qui lui au moins dit tout – a multiplié tant de difficultés et de retards qu’on tremble un peu qu’il en soit de même pour Douai. On s’inquiète surtout que le promoteur, qui a vu deux groupes hôteliers partenaires crever sous lui (la Société Lilloise d’Investissement Hôtelier, SLIH qui gère le Crowne Plaza et L’Hermitage Gantois puis un groupe belge Martin’s Hôtels), ne sorte si épuisé d’une telle épreuve qu’il ne puisse aller plus loin. Il aurait déboursé 70 millions d’euros pour finir le chantier du Hainaut sans parler de l’obligation de créer une société hôtelière ad hoc, option qui parait indispensable pour Douai, la SLIH ayant depuis disparu du paysage.

Le Royal Hainaut à Valenciennes

Silence, on vous informe

Pour tout citoyen qui souhaite s’informer, il faut vraiment chercher pour obtenir des éléments sur ce dossier. Comme à chaque fois qu’un projet part en quenouille, au lieu de communiquer franchement, la CAD – enfin Douaisis Agglo – ainsi que la municipalité restent cois. Nous avons ici ce qu’on pourrait appeler le syndrome scabinal : tout silence prolongé suivant un gros bruit médiatique est à Douai la preuve du loup.

Si le « curage » du bâtiment a été mené jusqu’au bout (il n’a plus aucune fenêtre, l’intérieur est décapé), on croit avoir compris que les entreprises chargées du gros œuvre et de la réfection de la façade ont déposé le bilan et qu’il faudra du temps pour en trouver d’autres. Par ailleurs, selon le patron de Vauban, « l’année blanche fiscale », liée à la mise en place du prélèvement à la source, aurait plombé les investissements immobiliers très faibles en France cette année.

© SMB bâtiment

Les travaux devraient reprendre à la rentrée de septembre, c’est tout le bien que nous souhaitons à ce magnifique bâtiment.

Besoin d’une idée transparente?

Nous pourrions insister auprès du propriétaire pour qu’un nouvel opérateur soit désigné en urgence afin de relancer ce chantier resté à l’état de projet. Nous pourrions aussi souhaiter que la puissance publique se substitue au privé défaillant. Nous nous en garderons bien.

En revanche, il parait indispensable d’informer les contribuables de la situation exacte de ce chantier. Des visites ont été organisées, ce qui était bienvenu, mais tout citoyen aurait le droit, outre celui de regarder ce beau bâtiment, d’obtenir régulièrement des éléments sur son devenir. Voilà qui serait une bonne occasion pour nos élus de prouver leur transparence sur la gestion des deniers publics mais plus encore de démontrer de leur capacité visionnaire. Dans ce dernier cas, la réhabilitation de la Charité de Douai verra-t-elle le jour avant la fin du prochain mandat municipal ? Les paris sont ouverts !

Nous aurions ainsi peut être un beau et vieux bâtiment… plein.

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Si les TER étaient à l’heure ?

si les TER étaient à l'heure?

Pour les usagers des transports ferroviaires habitant le Douaisis, voyager en TER se révèle un véritable défi au quotidien. Combien de trains en retard, supprimés, combien de rendez-vous manqués, d’embauches tardives sous le regard désapprobateur du patron ou la gêne de collaborateurs suspendus à l’arrivée de celui qui devait diriger la réunion ?

Le TER c’est comme la pluie

Dieu merci, tous savent, dès l’instant où ils résident dans le coin, qu’emprunter le réseau ferroviaire régional doit toujours se faire aux risques et périls de l’usager. S’il peut être certain de monter dans une rame s’il en trouve une, arriver à l’heure n’est pas toujours assuré. C’est ainsi, il faut faire avec. C’est comme la pluie. Encore que dans ce dernier cas, un imperméable ou un couvre-chef peuvent aider. Notons qu’ils ne servent à rien dans le train.

Si nous étions dans un monde logique, l’avis des usagers serait incontournable puisque un train existe pour eux et personne d’autre. De même, leurs souhaits quant aux fréquences et dessertes des fameux « sillons » devraient constituer la base de tout service public digne de ce nom. Sommés par les pouvoirs publics d’utiliser la voie ferrée plutôt que la route, les pauvres Douaisiens endurent le paradoxe de la qualité très discutable d’un transport, sur lequel ils n’ont aucun mot à dire alors qu’ils le paient deux fois, par les impôts et le prix du billet.

Depuis 2000 et la loi SRU qui avait été annoncée dès les premières décentralisations de 1983, la région est organisatrice des transports collectifs d’intérêt général, compétence de plus en plus étendue au fil des années. Le bilan de ce transfert est mitigé pour le moins qu’on puisse dire. Un rapport de 2013 pointe entre autres le fait que la montée en puissance des régions aurait dû avoir comme effet l’accompagnement de la décentralisation par la SNCF à travers l’organisation de ses réseaux. Selon les auteurs, c’est plutôt le phénomène inverse qui s’est produit. La décentralisation a débouché sur la concentration des lignes. On s’en doutait un peu.

2 600 TER retardés par an

Quand on entre dans les détails de la qualité du service des TER dans les Hauts de France, les statistiques sont peu glorieuses. Un exemple : sur les 15 000 trains qui ont circulé en novembre 2016, plus de 2600 ont été retardés tandis que 413 ont été annulés. L’année suivante, une enquête de l’UFC – Que Choisir indique que si 89% des trains étaient à l’heure, les retards, concentrés sur les périodes de pointe, accroissent encore la visibilité des problèmes.

Les raisons invoquées pour les expliquer sont nombreuses. On y trouve les conditions météorologiques (le froid, le chaud, la pluie, le vent, la neige, le gel, les feuilles des arbres, la pleine lune…), les pannes mécaniques, les malveillances, les « accidents de personnes » mais aussi les défauts internes de la SNCF qui comptent pour plus de la moitié du total. Il n’est pas rare, en effet, qu’un train ne puisse démarrer simplement parce qu’un membre du personnel est absent ou en retard, conducteurs mais aussi contrôleurs. Ne les accablons pas, ils viennent peut être en train au boulot.

L’ouverture à la concurrence

Bien consciente de l’image désastreuse pour les Hauts de France mais plus encore de la gêne qu’occasionne un service de si mauvaise qualité pour ses usagers journaliers – 110 000 personnes dont 10 000 à Douai – qui se trouvent être aussi des électeurs, le conseil régional a décidé récemment d’ouvrir à la concurrence une partie du transport ferroviaire. Cette perspective, prévue pour 2023, est susceptible d’obliger la SNCF à se bouger pour conserver un chiffre d’affaire qui d’ailleurs stagne voire même se réduit.

Une autre solution pourrait aussi contribuer à améliorer les choses, des pénalités plus sévères pour tous ces dysfonctionnements dans le respect de la législation européenne que notre région n’a jamais adoptée. En effet, les Hauts de France n’ont pas, on se demande bien pour quelle raison, mis en place un système de remboursement automatique en cas de retards récurrents sur une ligne.

Besoin d’une idée électronique?

Sans avoir besoin d’aller plus loin dans l’ouverture du réseau à la concurrence, sujet très compliqué dont on voit mal comment notre ville pourrait y jouer un rôle, la piste du remboursement semble plus opératoire. Pourquoi ne pas exiger qu’un retard donne automatiquement droit à une indemnité de la part de la SNCF ? Un système informatisé à partir du badge utilisé par les usagers serait un moyen intéressant. Il suffirait de le relier, à la suite du passage à la borne électronique, au train retardé ou supprimé qui suivrait cet enregistrement et qui correspondrait à la ligne de l’usager. Le compte servant à payer l’abonnement serait immédiatement crédité d’une somme forfaitaire proportionnée à l’importance du retard mais aussi, soyons fous, au kilométrage de l’abonnement.

Douai est-elle librairicide

Librairie la Charpente Douai

Il fut un temps où les Douaisiens achetaient leurs livres à la librairie Lauverjat. Un lieu incontournable depuis le XIX° siècle dont le souvenir reste très vif dans la ville. Et puis un jour, pour des raisons obscures, la librairie ancestrale a fermé. Son beau local a été transformé en magasin de vêtements. Signe des temps, la culture a laissé la place à la couture.

Le Furet et puis c’est tout

Cette disparition, qu’on pouvait croire isolée, était toutefois l’annonce d’un mouvement profond que cache mal l’installation récente et bruyante du Furet du Nord dans les anciens locaux du magasin Treca dans la rue de la mairie.

Il ne s’agit pas de critiquer un projet qui a au moins le mérite d’exister. Cela d’autant plus qu’il permet le sauvetage d’un bâtiment historique inoccupé depuis des années, tout en offrant à une enseigne connue un local sans comparaison avec celui, incommode, qu’elle utilisait auparavant. Plus encore, rapprocher le Furet du Nord de la zone de concentration commerciale représentée aujourd’hui par la fameuse « croix » Bellain-Hôtel de ville, est une excellente opération.

Il faut s’interroger cependant sur le fait qu’il ne reste à notre ville – qui pèse quand même près de 40 000 habitants – qu’une seule librairie-papeterie après la disparition de trois d’entre elles en quelques années.

Certes, tous les jours en France ferme un point de vente d’un secteur touché de plein fouet par la concurrence d’internet mais surtout d’Amazon. Mais pour Douai, il faut aussi se convaincre qu’au-delà de ces évolutions globales, la réduction de cette offre témoigne aussi de l’appauvrissement social de la ville sur lequel nous reviendrons dans un autre article.

Le livre disparait

Quoi qu’il en soit, résumons les étapes de la disparition de nos chères librairies dans les rues de la ville.

– en décembre 2013, c’est Chapitre alias Brunet, beau magasin sur la place d’Armes  depuis 1995 qui met la clé sous la porte. D’incompréhensibles rachats et vente à la découpe de la part d’actionnaires étrangers seraient à l’origine de cette fermeture.

– en avril 2014, c’est la Papéthèque de la rue de Paris qui baisse le rideau. On y vendait depuis 1992 surtout des articles de bureau et des journaux mais aussi un peu de livres. La fragilité de l’équilibre financier aurait conduit à cette difficile conclusion.

 en décembre 2018, La Charpente qui avait ouvert quatre ans plus tôt, pose sur sa porte l’avertissement suivant : « fermé pour cause de fermeture ». Une belle aventure se termine à la grande tristesse de ses fidèles soutiens.

Librairie la Charpente
On ne saurait être plus clair…

Je suis « La Charpente »

Arrêtons nous un instant sur ce dossier qui résume à lui seul les contradictions de l’équipe municipale actuelle quant aux stratégies d’aménagement qu’elle met en œuvre depuis 2014.

L’ouverture de La Charpente a représenté dans le centre ville une bouffée d’oxygène pour un quartier en bien mauvaise posture. Parfaitement située, aménagée avec goût, cette librairie apportait le « je ne sais quoi » qui rendait le lieu unique, accueillant et chaleureux. On y trouvait des conseils avisés de lecture, un choix original d’ouvrages  mais surtout des chats qui, tout en se prélassant sur les présentoirs, semblaient vouloir convaincre les clients de la qualité des livres qui s’y trouvaient.

Pantoufle le chat de la charpente
Pantoufle critique littéraire

Peu d’avanies ont été épargnées à ses fondateurs depuis l’ouverture de ce magasin. Si la mairie n’a rien à voir avec la coupure électrique intempestive qui a perturbé son fonctionnement pendant quelques temps, il faut quand même évoquer les conséquences des travaux de voirie qui ont durant des mois empêché les clients d’entrer ou même aux passants d’approcher de la devanture.

Il est à souligner le succès du financement participatif en septembre 2017 qui a vu plusieurs centaines de personnes soutenir par leurs dons cette librairie avec la conviction que l’existence à Douai d’un lieu de culture de cette qualité était une nécessité.

Deux poids, deux mesures

Par contre, la municipalité ne paraissait pas toujours souscrire à cette logique. Sans doute obnubilée par le projet Furet du Nord, peut être peu convaincue de l’utilité d’avoir dans la rue deux points de vente sur le même objet mais plus certainement indifférente, la commune n’a rien tenté pour sauver ce commerce. On se souviendra longtemps de la maladresse insigne des services municipaux quand ils ont installé devant la porte de La Charpente, alors moribonde, une bannière exaltant l’ouverture prochaine du Furet du Nord à quelques mètres de là.

Pour finir, il faut se convaincre qu’il était parfaitement possible de faire vivre deux points de vente en aucun cas concurrents mais simplement complémentaires. Quoi qu’il en soit, posons la question du coût de l’installation du Furet.

On sait que le budget annoncé était de 1,7 million d’euros pour la ville, celle-ci recevant 500 000 euros de Douaisis Agglo et 600 000 de l’Etat au titre du soutien à l’investissement local, ce qui donne 600 000 pour la commune en propre. Il faut y ajouter le prix d’achat du bâtiment, soit 340 000 euros, ce qui monte l’effort des contribuables douaisiens à plus d’un million. Du côté du Furet du Nord plusieurs sources indiquent que l’aménagement du lieu lui aurait coûté 500 000 euros, sachant que le loyer à acquitter, relativement faible, sera dans tous les cas lié à l’évolution du chiffre d’affaires.

Besoin d’une idée solidaire?

Le local actuel est parfaitement situé, le mobilier déjà en place, pourquoi la mairie ne rachète-t-elle pas La Charpente pour la transformer en une « librairie solidaire » Café/Jeux sous un statut de SCOP qui permet d’allier le public et le privé et d’aider au maintien des commerces sans entrer dans une concurrence déloyale. La librairie du village de Lafrançaise, 3000 habitants, a réussi à le faire. Douai devrait en être capable.

Autre exemple relevant de l’économie sociale et solidaire, le statut SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) comme pour la librairie La Cavale à Montpellier mais aussi dans beaucoup d’autres villes.
Selon le statut, la Mairie peut être partie prenante avec un soutien proportionnel à celui qui a été apporté au Furet du Nord.
A minima accorder un loyer faible aux repreneurs, une offre proche du modèle initial, mais enrichie, tous les ingrédients du succès seraient présents, notamment pour l’aide radicale à l’équilibre financier qu’un tel choix permettrait. Vite, rendez nous notre Charpente !

Pour aller plus loin
Aides pour les librairies
C’est quoi une SCOP
C’est quoi une SCIC

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L’or touristique

façade de la mairie et beffroi ville de douai - L'or touristique

L’importance du patrimoine ancien de Douai n’est plus à décrire. Cette masse léguée par nos illustres devanciers fait notre richesse bien plus que d’hypothétiques installations d’usines ou la réouverture des mines comme on l’entend parfois.

Capitaliser sur ces avantages revêt une importance extrême pour les retombées positives qu’ils peuvent apporter à tous les niveaux de l’économie locale, sans même parler de l’amélioration de son image dans et hors de la région.

Certains lieux ou bâtiments sont d’ailleurs très connus des touristes, ainsi le beffroi, la collégiale Saint Pierre ou le musée de la Chartreuse. D’autres attirent leur attention quant ils se promènent, comme les bords de Scarpe. Mieux, ils peuvent aussi s’étonner de l’unité architecturale du centre ville, caractéristique dont peu de cités peuvent se prévaloir.

Le tourisme, phénomène sur lequel nous reviendrons souvent, fonctionne sur le mode de pionniers qui découvrent des lieux rares, avant que cette avant-garde ne soit dépassée, avec un décalage, par la masse des visiteurs intégrés dans des mouvements de forte ampleur, des circuits des tours opérateurs aux stratégies des sociétés hôtelières.

Cette problématique pourrait admirablement s’appliquer à Douai qui n’est pas, quand on interroge les spécialistes du sujet, une destination évidente de prime abord. Notre ville possède donc un potentiel qui ne demande qu’à être mobilisé et cela d’autant plus que le tourisme moderne a aujourd’hui changé. Ses ressorts anciens faits de plage, de soleil ou de destinations lointaines ont vécu. Ce que cherche le public aujourd’hui ce sont des « expériences » authentiques, des mises en situation dans des lieux insolites, innovants et ludiques.

Enrichir l’offre touristique en valorisant des lieux encore peu connus, en s’appuyant sur les nouvelles technologies, notamment le numérique dont les possibilités sont infinies, seraient autant de pistes à suivre. La reprise de l’office du tourisme par la communauté d’agglomération a incontestablement marqué une amélioration dans la gestion du sujet mais elle reste insuffisante, faute d’une envergure à la hauteur de l’enjeu.

Pour autant, la voie est positivement tracée. Elle réussira si l’objectif reçoit une réponse totale : tout mettre au service du tourisme en appuyant sur un ensemble de leviers que commanderait un schéma directeur digne de ce nom, c’est à dire pensé dans la profondeur et la durée selon le tryptique bien connu : stratégie, pilotage, communication…

L’hôtel de la Tramerie

Hôtel de la Tramerie

Nos beaux et vieux bâtiments…vides (1)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Le joyau de la rue des Foulons

Commençons par le petit joyau de la rue des Foulons, le fameux hôtel de la Tramerie. Son nom ne provient pas, comme on aurait pu éventuellement l’imaginer, de la production drapière mais de ses supposés premiers propriétaires, les sieurs de la Tramerie.

Cette famille qui a entretenu de nombreux liens avec de grandes lignées douaisiennes (de Gouy, de Bavinchove etc.) a produit au début du XVII° siècle les puissants seigneurs « de Roucou et du Forest », gouverneurs de la place d’Aire sur la Lys.

L’appellation est impropre puisque les archives révèlent que ce bâtiment, qui était à proximité du véritable hôtel de la famille de la Tramerie, ne lui appartenait pas. Il aurait été construit par un marchand brasseur au début du XVII° siècle avant d’être transformé ensuite en hôtel particulier. Devenu la propriété d’un officier général, juste avant la Révolution, il est passé à ses descendants, notamment les Balthazar qui en ont fait une institution pour jeunes filles, première destination de ce local qui allait en connaître, non sans dommages, de très diverses.

Des usages variés au fil du temps

On lui compte en effet, toutes sortes d’utilisations jusqu’aux années 60, de l’installation d’artisans, du service des contributions indirectes, du logement d’une multitude de gens, notamment après le legs du bâtiment, au début du siècle, par la  famille Demont, à la commune.

C’est d’ailleurs quand il fut question d’installer un bureau de poste dans les lieux et pour éviter les risques de dégradations qui pouvaient en découler, qu’un classement de la façade et de la toiture fut enfin décidé en septembre 1932, sachant que l’hôtel entier avait été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques l’année précédente.

Vide pendant des décennies, livré au vandalisme en dépit de sa protection légale, on s’interroge sur ce que sont devenus ses boiseries, ses parquets et ses ornementations, retirées – volées ? – de l’intégralité de sa surface.  On accusera sans doute la mérule, ou encore la relative jeunesse de ces aménagements. Ils dataient probablement de la restauration de 1889 ou de celle qui avait suivi l’incendie de 1913. Leur valeur historique était peut être faible.

Un bâtiment classé longtemps délaissé

Quoi qu’il en soit, on peut regretter qu’un bâtiment classé, possession de la commune, n’ait pas fait l’objet d’une protection plus sérieuse. De même, de nombreuses destinations ont été envisagées sous le long règne de Jacques Vernier. La plus aboutie, mais sans succès, ayant été celle de l’installation des bureaux de la toute proche Soginorpa, alias Maisons et Cités.

C’est sans doute l’échec de ce projet qui a paradoxalement permis la restauration du bâtiment. Il menaçait ruine quand, en 2013, avec l’aide de l’Etat, de la DRAC et du conseil départemental, la reprise des extérieurs fut lancée. Avec plus d’un million d’euros de budget (comme toujours à Douai, la connaissance du coût exact est une gageure), les travaux se sont toutefois révélés d’une grande qualité. Si l’intérieur est resté quasi inchangé c’est à dire nu, on note la réfection complète des sculptures des fenêtres, la rénovation totale du toit et des ouvrants. On reste juste un peu dubitatif quant à la rougeur accusée des joints des grès du rez-de-chaussée, mais c’est sans doute parce que nous sommes un peu trop habitués à la couleur du mâchefer que les maçons douaisiens utilisaient habituellement.

Hôtel de la Tramerie à Douai - arrière du bâtiment
Hôtel de la Tramerie – arrière du bâtiment

Six années plus tard, une coquille vide

La lecture dans la presse des sévères déclarations de M. Chéreau en 2013, quand il était dans l’opposition municipale, permet de mesurer ce qui sépare, dans le monde du réel, la parole des actes. Reprenons sans problème, puisqu’il s’agit de la même personne, les critiques du candidat à la mairie envers celui qui la dirige depuis 2000 jours ou presque. L’Hôtel de la Tramerie reste une coquille vide et c’est bien dommage.

On s’inquiète aussitôt de la frénésie qui pourrait saisir la municipalité pour trouver en urgence au bâtiment, à quelques semaines des élections, une destination bâclée à base de transformation en logement social ou d’implantation de bureaux ou autres services improbables.

Besoin d’une idée pleine?

En voilà deux, assez proches tournées vers les entreprises, si d’aventure la commune décidait d’abandonner l’eau tiède des solutions banales.

La première serait d’offrir, sous la condition juridique d’un bail emphytéotique, à une personne privée la possibilité d’installer par exemple « une maison d’hôtes d’entreprise » sur le modèle de « ma pièce » à Lyon, concept innovant autour de l’hébergement et l’organisation d’événements d’entreprises dans 4 lieux différents dans la ville (ça tombe bien il y a beaucoup de bâtiments vides à Douai). Design thinking/ serious game/afterwork/séminaires… une palette de services à la carte est proposée. Tout comme dans le même esprit Chateau form city ‘ dont la promesse est de « faire vivre une expérience pour vos réunions au cœur des villes dans une ambiance chic, inspirée et inspirante« . Une commune qui a été capable d’offrir un investissement d’1,4 million à un restaurateur étoilé (ce qui était une bonne idée) doit pouvoir reprendre cette logique pour un projet qui aurait l’avantage de laisser au privé le coût de l’aménagement intérieur selon un cahier des charges adapté aux exigences de ce monument historique.

La seconde. Pourquoi ne pas transformer l’Hôtel de la Tramerie en « espace de coworking et de co-design » Il pourrait en effet avec intérêt devenir un espace ouvert où rencontres, réunions, échanges informels pourraient se développer après un réaménagement des locaux offrant des ressources matérielles et des services de toute nature (co-working, relais de services etc.). De  nombreux projets de cet ordre ont déjà vu le jour dans la région ainsi à Lille (hall du beffroi consulaire), aménagement intelligent qui permet de soutenir le développement de l’économie locale.

Nous aurions ainsi un beau et vieux bâtiment… plein.

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La fin des embouteillages

bière à douai la fin des embouteillages

En 1900, nommé professeur au lycée de Douai, le jeune agrégé et futur géographe Raoul Blanchard est frappé lors de son arrivée par le nombre impressionnant de vespasiennes qui parsèment la ville : « il y en avait partout. Mon sens géographique me suggéra aussitôt que la présence de ces édicules était liée à un usage constant et copieux de la bière. »

La bière de Flandre

Déduction impeccable. A cette époque, les débits de boissons sont innombrables dans la ville. On en compte plusieurs centaines. La bière coule à flots sous toutes les formes.

La Flandre est, comme toutes les régions septentrionales de l’Europe jusqu’en Scandinavie, un grand espace brassicole. Les traces du breuvage y sont très anciennes. Bien plus sûre que l’eau dont la dangerosité était bien connue des hommes de l’époque, la bière est probablement, comme le cidre l’a été pour la Normandie, une des clés de la prospérité de la région. Elle a certes directement limité la mortalité de la population mais surtout, indirectement, a dynamisé, par son importance, les échanges de l’économie locale.

Une clé de la prospérité douaisienne

Le monopole de la vente des grains dont bénéficiait la ville depuis Philippe Le Bel, source de richesse bien plus durable que la draperie, concernait essentiellement l’orge que les négociants stockaient sur les quais de la Scarpe pour la vendre ensuite sur la place d’Armes.

Au XIX° siècle, les brasseurs étaient en ville une confrérie puissante et prospère comme le montre la position enviable de certaines familles.  La muse d’Auguste Angellier, Thérèse Denys, était ainsi issue d’une lignée de brasseurs qui tenaient le haut du pavé.

C’est à cette époque que la fabrication de la bière, inchangée depuis le Moyen-Age, se transforme. A l’origine essentiellement artisanale et basée sur la fermentation haute, elle devient peu à peu, avec l’invention de la réfrigération, plus stable par la fermentation basse que seules les entreprises importantes peuvent mettre en œuvre.

A Douai, après la première guerre mondiale, le secteur se concentre comme le montre la fondation des Enfants de Gayant qui rassemble en 1919 plusieurs brasseries locales. Peu avant le conflit,  La Nationale s’était s’installée au bord de la Scarpe. Le long du canal se repère encore aujourd’hui son impressionnante emprise de la rue du Gouvernement. De même, ici ou là, en regardant bien certaines habitations privées, quelques malteries se devinent sur les toits.

jour sans bière - jour misère
Jour sans bière – Jour misère

Les brasseurs disparaissent

Autre lien fort entre la ville et la bière, l’Ecole nationale des industries agricoles qui a formé durant des décennies ingénieurs et techniciens appelés à diriger les brasseries dans la région et même au delà. Beaucoup plus modeste, cette formation a subsisté au lycée agricole BioTech’ de Wagnonville dont les élèves apprennent à brasser en produisant en très petite série quelques bières spéciales.

Passé quasi inaperçu le départ en 2017 des Brasseurs De Gayant a marqué la fin d’une histoire millénaire. Dès lors, Douai ne produit plus de bière, ce qui n’était pas arrivé depuis l’époque médiévale. On ne peut que regretter – ce qui arrive souvent – que personne n’ait été capable d’empêcher ce déménagement tellement révélateur du déclin de notre ville.

Quels furent donc les arguments définitifs de Saint Omer, qui pèse deux fois moins que Douai en population, pour réussir à obtenir l’installation de cette entreprise purement douaisienne sur son territoire ?

En conclusion, on se prend à rêver, à un moment où la bière connaît un véritable regain auprès des consommateurs, que Douai puisse renouer avec sa tradition millénaire.

Besoin d’une idée maltée?

Imaginons un lieu actuellement désaffecté – on n’en manque pas – dans lequel la formation des brasseurs pourrait s’établir ainsi qu’un musée de la bière. Ce projet est parfaitement possible quand on mesure le succès de la récente exposition et du marché des producteurs de bières au Musée de la chartreuse. Cette brasserie pourrait être visitable à l’exemple de tant d’endroits dans le monde et enfin on y trouverait un estaminet dans lequel serait commercialisées la bière produite sur place, comme des productions locales sinon internationales.

bière marché des producteurs - musée de la chartreuse douai
Marché des producteurs de bières – Musée de la Chartreuse – septembre 2019

Douaisiens, encore un effort pour rester brassicoles !

*L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

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Une triste ville étudiante

une bien triste ville étudiante

Il fut un temps où Douai était une ville universitaire. On ne parle pas ici de l’université fondée en 1562 à Douai par Philippe II mais de la période plus courte et plus récente, celle où, de 1809 à 1887, la ville a accueilli de nombreux étudiants et lycéens en son sein.

De plus en plus ténues, les traces de ce passé sont néanmoins toujours là. On connait la rue de l’Université près de l’Hôtel de Ville dans laquelle se trouve le bâtiment imposant du rectorat ainsi que des facultés des Lettres et de Droit. Transformé en Ecole nationale des industries agricoles en 1893, il subsiste presque intact.

Le lien entre la présence d’étudiants dans une ville et son climat général mérite qu’on s’y arrête un moment. Le sujet est compliqué mais essentiel. Pour rajeunir une population, posséder une université peut avoir son intérêt. Outre d’être une promesse d’avenir, la jeunesse qu’elle reçoit peut contribuer à apporter dans la cité l’ambiance sympathique dont tout le monde peut profiter.
L’action des élus peut être déterminante dans cet enchaînement positif mais tout dépend de la conception de la ville qu’ils défendent.
Doit-elle être calme et paisible ou bien doit-elle être vivante et festive ? Cette question a été souvent évoquée lors de la campagne électorale de 2014, plusieurs solutions ayant alors été avancées pour répondre à la nécessité d’améliorer l’image de Douai.

Beaucoup de témoins déplorent que notre cité soit si pauvre en lieux festifs, mettant d’ailleurs cette caractéristique sur le dos de Jacques Vernier. Il n’est pas rare d’entendre que ce dernier aurait tout fait pour réduire le nombre d’établissements du centre ville afin d’éviter les débordements que leur présence pourrait occasionner pour les riverains.

De l’agitation nulle part

Il faudrait disposer d’une étude sérieuse pour soutenir ces critiques sans doute excessives, même si, après tout, un maire qui s’est maintenu plus de trente ans à la tête d’une commune doit bien avoir sa part de responsabilité dans un tel constat. A part le « 32 », belle réussite qui doit d’ailleurs tout à ses seuls promoteurs, les possibilités de trouver dans le centre ville un endroit agréable pour passer la soirée sont quasi nulles.

Cette volonté de privilégier le calme au bruit vient d’ailleurs de loin. Les archives de Douai ont conservé le mémoire produit par la municipalité en 1850 quand elle défendait son lycée et son rectorat face au gouvernement, c’était la première fois, qui envisageait leur déplacement à Lille. Pour empêcher cette catastrophe qui viendrait plus tard, les avantages de Douai étaient simples : il ne se passe rien dans la ville. Le maire indique que dans les rues il n’y a « du mouvement et de l’agitation nulle part, le calme et la tranquillité partout » pour conclure sur la clé bien connue de la réussite scolaire, la tradition, puisque Douai « est encore aujourd’hui comme autrefois la ville la plus favorable aux études ».

Le renversement de logique est amusant car aujourd’hui les étudiants par leur présence sont considérés comme un élément majeur de dynamisme, notamment grâce à l’ambiance que toute jeunesse apporte avec elle. C’est si vrai que beaucoup de villes universitaires, Rennes, Poitiers, Nantes, Metz etc., communiquent régulièrement sur la présence de leurs facultés pour expliquer leur attractivité comme leur image positive.

On voit donc que ce sujet n’est pas anecdotique à Douai qui possède un certain nombre de structures supérieures, la faculté de Droit, l’Ecole des Mines, entre autres, sans être certain que l’accueil des étudiants soit aussi favorable qu’il devrait être. Pour un peu, s’ils en avaient besoin, on leur conseillerait plutôt d’aller profiter des bars et bistrots arrageois ou, mieux, lillois.
Le palmarès 2018 des villes étudiantes place Douai en 42° position (sur 44) avec la pire note en attractivité (4 sur 25). N’est-il pas temps de se mobiliser sur l’amélioration de l’accueil de cette jeunesse qui ne paraît pas trop apprécier la vie locale qu’on lui offre ?
En juin 1886, des étudiants douaisiens avaient présenté au Ministre de l’Instruction Publique une pétition pour que soient installées les facultés à Lille, arguant de l’avantage pour eux d’étudier dans une ville plus grande et mieux dotée en services. Ils furent entendus l’année suivante…

Samedi place Saint Amé

samedi place saint amé ville de douai

Si vous ne la connaissez pas, allez faire un tour sur la place Saint Amé, mais faites le un samedi matin, jour de marché. C’est sans doute un des lieux les plus agréables de la ville, totalement transformé par l’installation des étals et l’afflux des clients dans ce lieu singulier.

Prenez le temps de déambuler sur les chemins tracés, arrêtez vous pour jouir du spectacle offert par les nombreux vendeurs spécialisés en animaux vivants, en légumes frais, en bons produits locaux mais aussi en délicieuses productions exotiques.

Si le temps le permet, il faut s’arrêter dans un des estaminets de la place pour y boire une bonne bière* ou tout autre breuvage qui vous conviendra, avec la possibilité de goûter des huîtres ou même de déguster de la cochonnaille. Il est peu d’endroits dans la ville où il est possible de profiter d’une terrasse et de l’ambiance qui va avec.

place saint-amé - ville de Douai

Si la place a été récemment rénovée – il faut reconnaître avec goût – son marché est ancien. Il date de la Révolution, plus exactement du Directoire, quand la décision a été prise en 1798 de démolir la collégiale Saint Amé. Selon les voeux des habitants alors entendus, il s’agissait de libérer un espace pour le commerce, objectif vital dans une ville enserrée dans ses murs où les dégagements étaient rares.

Ville de Douai – Place saint Amé

La destruction de cette vieille église, dont le plan a été astucieusement conservé lors de la rénovation de 2008, est sans doute regrettable. Des fouilles archéologiques de sauvetage ont toutefois permis de mieux connaître son histoire millénaire. Il reste de plus autour de son emplacement les maisons qui pour la plupart accueillaient les religieux de la collégiale. Là encore, la rénovation d’une bonne partie d’entre elles, qui a été menée en même temps que la réorganisation de la place, est assez réussie.

place saint amé douai - journée verte
Journée verte place Saint Amé

*L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

La voiture disparaît

la voiture disparaît

Il fut un temps, jusqu’aux années 40 où la petite reine faisait partie des habitudes locales, un peu à la mode belge. Le pays est plat. Le vélo est bon marché. Tout le monde possédait un biclou pour se déplacer.

Et puis, peu à peu, comme partout, la voiture s’est mise à régner en maître. A Douai, les cartes postales des années 50 ou 60 montrent l’ampleur du phénomène. Dans tous les points stratégiques de la ville apparaissent alors de merveilleux parkings parfaitement placés, la Place d’Armes, le Barlet, superbe foirail, et puis un peu plus loin St Amé et Carnot.

Le rejet de la voiture

Peu à peu, au gré des programmes municipaux toujours à la recherche d’innovation et de modernité, est venue l’idée qu’il fallait faire disparaître la voiture du paysage et donc l’empêcher d’entrer dans la ville.

Cela partait d’un bon sentiment, on voulait sans doute purifier l’air. Il y avait probablement, comme souvent à Douai, un peu de confusion dans les objectifs. Si le rejet de la bagnole permettait à nos édiles de se poser sans contestation possible en défenseurs de l’environnement, il n’est pas certain en revanche qu’ils aient toujours mesuré les conséquences de leurs actes.

Si l’effondrement du commerce de détail dans le centre-ville n’est pas totalement lié à cette décision, il est évident qu’elle y a joué un rôle non négligeable. Entre des trajets compliqués qui aboutissent à l’impossibilité de se garer près des rues commerçantes ou la zone de Noyelles-Godault qui rassemble parkings et magasins en un seul point, l’arbitrage du client qui n’habite pas Douai est rapidement fait.

Le plan de circulation fou

Arrêtons nous un instant sur le plan de circulation délirant que nous devons à l’équipe municipale précédente et que l’actuelle s’est d’ailleurs bien gardée de modifier. Peu de villes conduisent, c’est le cas de le dire, l’automobiliste à devoir préparer le moindre de ses parcours par une réflexion préalable assez poussée. Il faut mesurer ses chances de parvenir au point d’arrivée mais plus encore à revenir à son point de départ car il n’est pas rare que le sens du démarrage soit à l’opposé du but.

Quel statut pour la voiture à Douai?

Ne serait-il pas temps de se poser la question du statut de la voiture automobile dans Douai ? Sans dogme et sans tabou ? L’exemple d’Arras mérite ainsi le détour. Intelligents élus qui ont su réserver une place à la voiture, à ménager des parkings relativement près du centre quand ce n’est pas sur les places. Ce choix est possible et dans tous les cas ce sujet doit être débattu.

En serons nous capables ?

Le grand flou de la mobilité douce

la mobilité douce

Il existe des marqueurs incontournables pour l’élu qui veut se peindre en vert. Ce sont le bus, le vélo, la trottinette ou la voiture électrique, un peu comme les tablettes et les babioles numériques dans les collèges qui permettent aux conseils départementaux de jouer les visionnaires technologiques.

L’important n’est pas l’usage mais l’affichage

Peu importe que nos représentants n’utilisent pas eux mêmes ces objets et qu’ils n’y comprennent pas grand chose. Ce qui compte c’est l’image. L’objectif est certes que les contribuables s’en emparent mais quand ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave, l’objet existe ou pas, mais on en parle beaucoup.

Bien sûr, il serait souhaitable qu’un maire soit un cycliste au quotidien ou, encore mieux, un utilisateur assidu des transports en commun qu’il prône pour ses administrés. 

Pour avoir vu une fois ou deux Frédéric Chéreau sur une bicyclette, reconnaissons qu’il possède au moins cette politesse. Il n’est pas certain, il nous le dira peut être, que cette utilisation soit aussi régulière que cela mais ne lui faisons pas un faux procès. Il pourra d’ailleurs se défendre en mettant en avant l’achat par la commune de véhicules électriques et l’installation de bornes de rechargement, attestant l’entrée de Douai dans le monde des «nouvelles mobilités», puisque c’est ainsi que le métalangage actuel appelle le transport.

Ce choix de l’électrique est contradictoire avec les principes du plan de circulation de notre ville. Si sa construction en labyrinthe vise à réduire la pollution dans la cité en interdisant les autos d’y entrer, on se demande ce qu’on prétextera quand tous les Douaisiens seront dotés de voitures électriques.

En face de l’interdiction d’entrer dans la ville en automobile, il faut offrir aux conducteurs des transports publics réguliers et nombreux ainsi qu’un circuit complet de pistes cyclables. Seul le cumul de ces deux solutions est susceptible de faciliter les « mobilités » des habitants du Douaisis privés de bagnole.

Les mètres linéaires de la mobilité douce

Mais concentrons nous sur l’aménagement des «mètres linéaires» de la «mobilité douce» c’est à dire l’aménagement des voies cyclables.

Encore une fois, le mouvement est bon mais l’ampleur reste comme toujours à Douai bien timide. Si la cité doit peu à peu retrouver ses racines flamandes pour ressembler aux sœurs bataves merveilleusement organisées autour de la petite reine, nous sommes loin du compte.

L’ouverture de la « Maison du Vélo et de la Mobilité » en 2016 a cependant été un premier pas qu’il faut saluer. On regrette toutefois la complexité d’une gestion du lieu qui doit avoir été inventée par ceux qui ont pensé le plan de circulation.

On déplore surtout l’exploitation limitée de cet espace exceptionnel. Pas de vente, ni de location de vélos, service de réparation incertain (deux heures le vendredi ?), horaires d’ouverture (à peine 5 heures morcelées sur une journée), autant de freins qui méritent d’être levés si on souhaite mettre sur deux roues une bonne partie de la population douaisienne sinon ses visiteurs occasionnels, touristes en tête quand ils sortent de la gare.

L’impasse est au bout de la piste cyclable

l'impasse au bout de la piste cyclable - mobilité douce
L’impasse au bout de la piste cyclable

Quant aux aménagements de la voirie, le marquage au sol permet certes la remontée des rues en contre sens – martingale indispensable quand on affronte au quotidien le plan fou – mais la hauteur de la prise de risque pour le cycliste repose sur le degré d’information du conducteur qui déboule en face.

Pour les aménagements plus lourds – dont le coût doit être mis en face de la fréquence de leur utilisation – on note leur discontinuité mais plus encore leur incohérence ici ou là, bizarreries qui obligent à se demander si ceux qui les ont créées ont un jour enfourché un vélo.

Exemple terrible, la récente réfection de la rue de la mairie. Elle est plutôt réussie visuellement, notamment par la beauté du pavage et la qualité de l’exécution. Cependant, son partage du trottoir entre les vélocipédistes et les piétons, incompréhensible, est un échec. 
Notre conseil aux premiers pour éviter les conflits avec les seconds, c’est, dans le cas où ils disposent d’une bonne sonnette, d’emprunter la voie automobile en redoublant de prudence.

Besoin d’idées mobiles?

Encore une fois, deux propositions de nature différente qu’il est possible de voir comme le prolongement de la politique menée par nos élus, ce qu’ils pourront prendre comme un hommage.

Un « code de la rue » pour sécuriser la pratique du vélo en ville

Actions de prévention et campagne d’information tous publics sont indispensables si le développement de ce mode de déplacement devient la règle dans la ville. Cela concerne notamment la connaissance par les automobilistes, comme les cyclistes, des droits et devoirs de deux parties. Plutôt que d’installer d’affreux panneaux exaltant la présence en centre ville de parkings introuvables, quelques messages clairs ne seraient pas de trop pour sécuriser l’utilisation du vélo. Prenons l’exemple de la ville de Troyes ou celle de clermont ferrand qui ont récemment édité un code de la rue. Il permet de rappeler à chacun les règles de base de la circulation en ville, à pied, à bicyclette, à trottinette ou en voiture 

Vélos : achat et location à Douai

Si la stratégie municipale est de favoriser les déplacements en vélo (sinon pourquoi avoir créé près de 60 kilomètres de zones cyclables?) il faudrait développer l’offre concrète d’accès au vélo par l’achat, mais aussi à la location.

Une aide à l’achat d’un vélo électrique par la municipalité ou la CAD

En 2015, l’état a institué un bonus écologique d’un maximum de 200 euros sur l’achat d’un vélo électrique. Tout le monde pouvait en bénéficier. 
Depuis le 1er février 2018, (si vous saviez qu’elle existait), la prime nationale pour l’achat d’un Vélo à Assistance Electrique (VAE), a été rendue plus restrictive
Pour l’obtenir, il faut respecter les conditions suivantes : 
– Être majeur
– Non imposable sur les revenus l’année précédant l’achat
– Acheter un vélo à assistance électrique neuf
– Être domicilié en France
– Ne jamais avoir bénéficié auparavant d’une aide nationale pour un achat de même type 
Le clou du spectacle : Justifier d’une subvention obtenue auprès d’une collectivité locale dont vous dépendez  
C’est là que nos lecteurs comprennent qu’ils ne peuvent pas obtenir l’aide nationale quelque soit leur situation. “Pas de prime locale, signifie pas de prime nationale”. 
Mais qu’attend donc notre écologiste élu, M. Avenel (EELV) Adjoint au maire en charge du cadre de vie, pour mettre en place une prime locale à l’achat de vélo électrique à Douai?

la location de vélo qui vient à pied

A Douai, la boutique de location de vélos la plus proche est à Courchelettes. On peut toutefois les réserver en ligne  https://www.ouibike.net/. Si cette offre est adaptée pour un douaisien prévoyant, elle ne l’est pas du tout pour un touriste qui arriverait à la gare et qui devrait aller à pied dans la commune qui offre ce service. Il est certain que ce genre de facilité prouve assez clairement comment nos décideurs envisagent d’accroître la capacité touristique de notre ville. 
Prévoir une offre de location dans la Maison du Vélo semble donc une évidence. Il suffit simplement de l’équiper d’un parc adapté et des services qui vont avec. 
Comme par exemple, La station vélo supportée par l’agglomération à la gare d’ Annecy http://www.velonecy.com/fr. Les formules vont de la journée au mois, avec d’importantes réductions pour les abonnés SNCF, les étudiants, les entreprises…

location de vélos à la gare d'annecy - mobilité douce
La “station vélo” location et réparation à la gare d’ Annecy

En mai 2019, Douaisis Agglo annonçait dans la Voix du Nord avoir commandé des vélos électriques. Quatre mois plus tard, on ne voit toujours rien venir. Il n’a pas été précisé où ils seront placés (à Lauwin-Planque?), ni la date de livraison. Prudence, le fournisseur aura peut être déposé le bilan entre temps.

La marge budgétaire existe. Le coût du « tramway » a représenté pour les Douaisiens l’achat pour chacun d’eux de cinq bicyclettes électriques « made in France ».

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