Nos chers élus

Nos chers élus - Douai

Thème qui pourrait apparaitre secondaire, qui l’est souvent pour les élus quand on les interroge sur le sujet mais beaucoup moins pour les contribuables qui cotisent pour eux. Leurs indemnités doivent faire partie du débat municipal.

La lourde question des indemnités des élus

En théorie, pour les communes, la taille joue. Les toutes petites devraient ne rien donner, les grosses un peu plus, comme le prévoit d’ailleurs la loi. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la diversité est la règle dans le Nord.

Une enquête de 2009 illustrait cette disparité. Le maire de Marcq en Baroeul ne s’attribuait aucune indemnité quand certains de ses collègues disposaient de revenus confortables, surtout quand ils cumulaient un mandat parlementaire avec celui d’une collectivité locale.

A l’époque, car c’est depuis interdit, c’était le cas d’un Thierry Lazaro qui associait sa charge de maire à celle de député. Pour autant, Jacques Vernier, qui n’était plus à l’assemblée, dépassait largement son collègue de Phalempin : 6152 euros net pour ses trois mandats : maire, vice-président de la CAD et conseiller régional. 

Christian Poiret, qui venait de prendre la présidence de la communauté d’agglomération émargeait, lui, à 4784 euros (soit 4209 euros pour la CAD, 500 euros comme conseiller départemental et 75 euros comme maire de Lauwin-Planque). Ces revenus s’associaient au salaire perçu comme directeur à mi-temps d’une entreprise de négoce de métaux. De même, Jacques Vernier percevait sa rémunération d’ingénieur des mines, tout en étant par ailleurs président de diverses instances notamment, jusqu’à aujourd’hui, de l’ébouriffant conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) dont on ignore s’il donne droit à des rémunérations accessoires.

L’obligation de la transparence

Pas facile de connaître, pour Frédéric Chéreau, les indemnités qu’il reçoit, ni de savoir s’il exerce un métier à côté de ses responsabilités électives. Son choix de réduire les rémunérations du maire et de ses adjoints pour distribuer la différence aux conseillers l’a certainement conduit à passer sous la barre de son prédécesseur. On repère toutefois quelques trucs à côté, dont divers mandats récupérés, parfois ceux de Jacques Vernier, comme la présidence de Maisons & Cités. Il est dommage dans ce dernier cas de ne pouvoir vérifier si cette responsabilité donne lieu à un salaire, encore que l’impossibilité de le savoir est sans doute la preuve que ce soit le cas.

Il est courant d’entendre que bien payer les élus évite de les soumettre à la tentation. L’argument est faible. Comme l’ont montré certaines affaires, aucune indemnité, sur le principe du « toujours plus », n’a jamais empêché les dérives. A l’inverse, sachant que le nombre d’élus qui ne touchent rien est supérieur en France à ceux qui sont rémunérés, cela n’a pas conduit, jusqu’à preuve du contraire, à une explosion de la corruption.

L’argent public est sacré

Ce qui est certain en revanche, comme l’a montré la crise des « Gilets Jaunes », c’est que le statut de l’argent public a changé. D’une ressource « gratuite » qu’il est possible d’utiliser sans aucun frein, il apparaît et tant mieux, de plus en plus sacralisé. C’est un des avantages de cette révolte que d’avoir installé dans l’opinion la conscience, à la fois du poids de la fiscalité en France mais surtout de l’effort qu’elle représente pour tous les citoyens, y compris les plus démunis soumis comme tout le monde à une TVA triomphante (deux fois plus rémunératrice que l’impôt sur le revenu).

Il existe aujourd’hui un débat sur l’évolution de la situation des élus avec en ligne de mire un régime indemnitaire plus régulier et surtout plus conséquent que l’actuel. Cette voie est discutable. Le risque de transformer en professionnels de la politique ceux qui s’engagent au service de l’intérêt public est évident.

Il faut au contraire revenir à l’origine de ces fonctions électives en réduisant autant que possible la dépendance qui s’attache à la rémunération des mandats. Etre au service de ses concitoyens est un engagement bénévole par définition. Etre désigné par eux est d’abord un honneur. Tradition héritée de Rome, les fonctions électives sont gratuites en France. Inexistant avant la loi de 1992, le statut juridique de l’élu permet un régime indemnitaire qui n’est pas un salaire mais seulement la contrepartie de l’éventuelle réduction de l’activité professionnelle du fait de l’exercice électif.

Si devenir maire puis ensuite par ricochets président de quelque société d’économie mixte ou autre syndicat intercommunal, conduit certains à voir leur niveau de vie augmenter fortement, on comprend que la perte de ces responsabilités puisse être mal vécue par les intéressés.

L’obsession de la réélection conçue comme la condition de la survie matérielle peut conduire certains à s’accrocher au pouvoir faute de disposer d’un métier à côté. Deux conséquences bien connues de ce travers. D’abord la violence des enjeux électoraux. Quant il faut conserver son mandat pour éviter de pointer à Pôle Emploi, on ne fait pas dans la dentelle contre les adversaires lorsque le renouvellement approche. Ensuite et surtout, une telle nécessité rend bien relative les convictions personnelles. Ce qui compte, ce ne sont plus les valeurs mais tout ce qui peut maintenir au pouvoir. Il est très amusant de voir actuellement le positionnement d’élus PS ou LR, notamment des maires, devant le succès de LREM…

Gardons le principe fondateur du mandat électif, « servir et non pas se servir ».

Besoin d’une idée gratuite ?

La conséquence de ce qui précède est simple et se décline en trois étapes. 

1/ La première, basique, c’est que le maire élu présente l’étendue de son patrimoine à l’entrée et à la sortie de son mandat. 

2/ La deuxième qu’il indique publiquement toutes les responsabilités liées à sa fonction qui lui donnent droit à rémunération, du type jeton de présence ici ou là. 

3/ Enfin, troisièmement, la plus radicale : aucune indemnité pour lui comme ses co-listiers, aucune voiture de fonction, frais réduits, hors ceux strictement attachés au mandat. 

Aucun euro des Douaisiens ne doit parvenir dans la poche du maire. Il est à leur service et pas le contraire. Le bénévolat est la preuve de son engagement.

Retards aux urgences

retards aux urgences

Inauguré en septembre 2008, le Centre hospitalier de Douai est un établissement ultra moderne qui était censé apporter aux 150 000 habitants de notre agglomération des conditions de soin exceptionnelles.

Comme toujours, il y avait loin de la coupe aux lèvres. La crise du système de santé national n’est aucunement celle du matériel. Elle est d’abord une question de personnel qualifié mais surtout d’organisation de la prise en charge des patients.

En juillet 2019, un député du Nord a testé les urgences de l’hôpital de Douai pour juger de la qualité des soins apportés aux patients. Son témoignage est édifiant : «Six heures d’attente et encore, j’ai eu de la chance». Suit la description d’un service au bord de la rupture où la prise en charge, déficiente, est submergée par une demande qui dépasse de très loin les capacités prévues.

Encore une fois, on n’ose imaginer la conséquence désastreuse que peut avoir la médiatisation d’un tel constat au-delà des frontières du Douaisis, par exemple sur tous ceux qui, sur le point de tenter l’aventure flamande, s’apprêtaient à habiter dans notre contrée.

Les indicateurs de santé des Hauts de France sont mauvais. Tant chez les hommes que chez les femmes, la mortalité est supérieure de 20 % par rapport aux valeurs nationales. Ce différentiel est encore plus élevé dans les zones urbaines, ce qui est un paradoxe qui confine au scandale puisque la concentration démographique devrait au contraire permettre l’économie d’échelle qui est au cœur de la logique hospitalière. Le plus terrible, enfin, est de constater que ce décrochage s’amplifie depuis les années 80.

Il est courant d’expliquer cette surmortalité régionale par les « comportements à risque » de la population selon la trilogie mortifère : tabac, alcool, suicides. Pour autant, on ne peut s’empêcher de croire, si cette explication possède sa part de vérité, que nous ne luttons pas avec les mêmes armes.

Les Hauts de France ont moins de médecins et de professionnels de santé que le reste du pays (de 5 à 30% de moins selon les territoires). Exemple parmi tant d’autres, les chirurgiens-dentistes et les médecins spécialistes libéraux sont, en densité, respectivement inférieurs de 24 % et 27 %. Pour les seconds, nous sommes même les plus mauvais de France.

Si notre député s’est essayé au test concret, tant de concitoyens – dans une agglomération de 150 000 habitants – ont vécu en vrai ce type d’épreuve, la plus catastrophique étant la période du week-end où se faire soigner quelque part relève de l’impossible. Faute d’un accueil adapté du type dispensaire, maison médicale ou simplement médecine de garde, toutes les pathologies, des plus graves aux plus imaginaires, convergent aux urgences du centre hospitalier qui ne peut évidemment répondre à cet assaut.

Dans un pays où la cotisation à l’assurance maladie est obligatoire pour tous les citoyens, il n’est pas rare que le salut provienne de la vente sans ordonnance d’un médicament par un pharmacien compatissant, comme l’aurait fait un médecin voilà un siècle quand n’existaient dans notre bonne ville de Douai ni sécurité sociale, ni CMU, ni hôpital, ni ARS.

Besoin d’une idée médicale?

Si cette solution n’est pas neuve, il faut augmenter dans la ville l’offre médicale généraliste mais surtout spécialisée. Le principe de l’aide à l’installation de jeunes médecins (la commune offre le local et le plateau technique) a déjà fait ses preuves ailleurs. Il serait d’ailleurs judicieux d’ajouter une action supplémentaire.
Profiter de l’abandon prochain du numerus clausus, qui limitait jusqu’à présent le nombre de docteurs en médecine en France, pour offrir des bourses aux étudiants douaisiens méritants, n’est pas à négliger. En contrepartie, à l’issue de leur cursus ces derniers devraient assurer une durée d’exercice de 5 à 10 ans dans le territoire et en priorité sur les urgences de proximité.

Autre idée copiée au Canada. La commune peut offrir aux praticiens un plateau technique mais aussi et surtout toute la gestion administrative qui est souvent lourde. Le médecin intervient pour assurer des soins, parfois à temps partiel ou par vacations, mais ne s’occupe de rien d’autre. D’une certaine manière, on retrouve dans ces projets la bonne vieille idée du dispensaire.

De même, pour contrer l’extension des déserts médicaux, une innovation menée par l’ARS de l’Ile et Vilaine et la ville de Fougères. Des étudiants en médecine interne sont accompagnés en stage chez des confrères pour mieux connaître le terrain, l’exercice du métier et les possibilités de clientèle.

Enfin, l’invention d’une application dans la région des Hauts de France, Remplanor depuis devenu RemplaFrance, inventé en 2013 par un médecin lillois, permet d’organiser en direct les remplacements entre praticiens, notamment dans les territoires déficitaires.

L’Hôpital Général

l'hôpital général douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (2)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

L’Hôpital Général de la Charité

Compte tenu de sa valeur patrimoniale, la Charité ou plutôt l’Hôpital Général de la Charité de Douai, près de la porte de Valenciennes, est un bâtiment d’exception. Démarrée en 1756, la construction du corps principal a été terminée en quatre années seulement mais différents ajouts ont agrandi l’ensemble jusqu’au début du XIX° siècle.

Rien ne révèle mieux la puissance financière des provinces septentrionales de la France au milieu du XVIII° siècle que la floraison à Dunkerque, Lille, Valenciennes et Douai d’hôpitaux généraux chargés de prendre en charge les indigents selon les principes coercitifs qui faisaient obligation aux autorités locales de les enfermer dans un bâtiment clos.

Dans les Flandres et le Hainaut rattachés plus tardivement au royaume, cet édit qui conservait une partie de sa puissance, reçut toutefois une mise en œuvre plus nuancée. D’abord au titre d’une autonomie que ces provinces défendaient jalousement mais ensuite parce que la diffusion des Lumières poussait peu à peu les élites à prendre conscience de leurs obligations sociales envers les pauvres.

Promoteur de la construction de la Charité, premier président du Parlement de Flandre, Charles-Joseph de Pollinchove fut l’initiateur du projet. Le financement était supporté par l’aliénation de revenus de la ville ainsi que les dons des riches familles Douaisiennes. Les besoins étaient grands dans une province populeuse où toute une part des habitants pouvait glisser de la pauvreté à l’indigence au moindre retournement de la conjoncture économique.

Un bâtiment public d’ancien régime

Le plan, qui s’étale sur près de 20 000 m2 de surface, présente la forme d’un carré partagé en croix dont le centre est une chapelle permettant, sur le principe du panoptique, aux femmes, hommes et enfants, soigneusement séparés, d’écouter la messe. Le bâtiment à la destination toute utilitaire est construit en briques, pierre de calcaire pour les encadrements et grès pour les soubassements. Les toits, en ardoise, sont partagés en larmiers qui sont autant de protections contre l’incendie. Le fronton d’entrée sur le Canteleu qui représente la Charité a été réalisé en 1835 par Théophile Bra, sculpteur local.
L’ordonnance du lieu comme sa décoration en font un exemple parfait de l’architecture publique de l’Ancien Régime parvenu jusqu’à nous à peu près préservé. Endommagé partiellement par les bombardements alliés de 1944, sa reconstruction s’est réalisée en parallèle de l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1946.

l'hôpital général douai

Longtemps hospice pour  vieillards mais aussi maison d’accueil pour les orphelins qui y recevaient une formation professionnelle, l’Hôpital général a conservé cette première fonction jusqu’en 2011, date à laquelle l’établissement a été désaffecté. Vide depuis lors, il n’a pas manqué dès cet instant de faire l’objet de projets nombreux d’aménagement qui, en dépit d’une forte médiatisation, n’ont jamais encore abouti.

Les contribuables assurent les rabais

Racheté par la CAD en 2012 pour 3,8 millions d’euros, le bâtiment a été vendu l’année suivante pour 2,5 millions à la « Financière Vauban », holding basée à Tournai qui envisageait d’en faire un hôtel de luxe associé à une opération de vente immobilière, sachant que le classement permet d’intéressantes défiscalisations pour les acheteurs. Les promoteurs, quant à eux, ont fait une bonne affaire puisqu’ils ont obtenu un rabais de plus d’un million. Les Douaisiens un peu moins puisqu’ils ont payé de leur poche la différence de prix.

Mirabeau sur Scarpe

L’Hôtel Mirabeau – on se demande ce que ce noble provençal à la postérité discutable vient faire sur les rives de la Scarpe –   annoncé à grand renfort médiatique dès 2012 par Jacques Vernier, sans doute pour faciliter l’élection de Françoise Prouvost, paraît sept ans plus tard absolument enlisé, constat qui ne manque pas d’interroger.

Un projet identique à Valenciennes – l’hôpital général de la Charité – mené par le même investisseur vient après dix ans de lourds travaux d’être livré. Le Royal Hainaut – beau nom qui lui au moins dit tout – a multiplié tant de difficultés et de retards qu’on tremble un peu qu’il en soit de même pour Douai. On s’inquiète surtout que le promoteur, qui a vu deux groupes hôteliers partenaires crever sous lui (la Société Lilloise d’Investissement Hôtelier, SLIH qui gère le Crowne Plaza et L’Hermitage Gantois puis un groupe belge Martin’s Hôtels), ne sorte si épuisé d’une telle épreuve qu’il ne puisse aller plus loin. Il aurait déboursé 70 millions d’euros pour finir le chantier du Hainaut sans parler de l’obligation de créer une société hôtelière ad hoc, option qui parait indispensable pour Douai, la SLIH ayant depuis disparu du paysage.

Le Royal Hainaut à Valenciennes

Silence, on vous informe

Pour tout citoyen qui souhaite s’informer, il faut vraiment chercher pour obtenir des éléments sur ce dossier. Comme à chaque fois qu’un projet part en quenouille, au lieu de communiquer franchement, la CAD – enfin Douaisis Agglo – ainsi que la municipalité restent cois. Nous avons ici ce qu’on pourrait appeler le syndrome scabinal : tout silence prolongé suivant un gros bruit médiatique est à Douai la preuve du loup.

Si le « curage » du bâtiment a été mené jusqu’au bout (il n’a plus aucune fenêtre, l’intérieur est décapé), on croit avoir compris que les entreprises chargées du gros œuvre et de la réfection de la façade ont déposé le bilan et qu’il faudra du temps pour en trouver d’autres. Par ailleurs, selon le patron de Vauban, « l’année blanche fiscale », liée à la mise en place du prélèvement à la source, aurait plombé les investissements immobiliers très faibles en France cette année.

© SMB bâtiment

Les travaux devraient reprendre à la rentrée de septembre, c’est tout le bien que nous souhaitons à ce magnifique bâtiment.

Besoin d’une idée transparente?

Nous pourrions insister auprès du propriétaire pour qu’un nouvel opérateur soit désigné en urgence afin de relancer ce chantier resté à l’état de projet. Nous pourrions aussi souhaiter que la puissance publique se substitue au privé défaillant. Nous nous en garderons bien.

En revanche, il parait indispensable d’informer les contribuables de la situation exacte de ce chantier. Des visites ont été organisées, ce qui était bienvenu, mais tout citoyen aurait le droit, outre celui de regarder ce beau bâtiment, d’obtenir régulièrement des éléments sur son devenir. Voilà qui serait une bonne occasion pour nos élus de prouver leur transparence sur la gestion des deniers publics mais plus encore de démontrer de leur capacité visionnaire. Dans ce dernier cas, la réhabilitation de la Charité de Douai verra-t-elle le jour avant la fin du prochain mandat municipal ? Les paris sont ouverts !

Nous aurions ainsi peut être un beau et vieux bâtiment… plein.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

Si les TER étaient à l’heure ?

si les TER étaient à l'heure?

Pour les usagers des transports ferroviaires habitant le Douaisis, voyager en TER se révèle un véritable défi au quotidien. Combien de trains en retard, supprimés, combien de rendez-vous manqués, d’embauches tardives sous le regard désapprobateur du patron ou la gêne de collaborateurs suspendus à l’arrivée de celui qui devait diriger la réunion ?

Le TER c’est comme la pluie

Dieu merci, tous savent, dès l’instant où ils résident dans le coin, qu’emprunter le réseau ferroviaire régional doit toujours se faire aux risques et périls de l’usager. S’il peut être certain de monter dans une rame s’il en trouve une, arriver à l’heure n’est pas toujours assuré. C’est ainsi, il faut faire avec. C’est comme la pluie. Encore que dans ce dernier cas, un imperméable ou un couvre-chef peuvent aider. Notons qu’ils ne servent à rien dans le train.

Si nous étions dans un monde logique, l’avis des usagers serait incontournable puisque un train existe pour eux et personne d’autre. De même, leurs souhaits quant aux fréquences et dessertes des fameux « sillons » devraient constituer la base de tout service public digne de ce nom. Sommés par les pouvoirs publics d’utiliser la voie ferrée plutôt que la route, les pauvres Douaisiens endurent le paradoxe de la qualité très discutable d’un transport, sur lequel ils n’ont aucun mot à dire alors qu’ils le paient deux fois, par les impôts et le prix du billet.

Depuis 2000 et la loi SRU qui avait été annoncée dès les premières décentralisations de 1983, la région est organisatrice des transports collectifs d’intérêt général, compétence de plus en plus étendue au fil des années. Le bilan de ce transfert est mitigé pour le moins qu’on puisse dire. Un rapport de 2013 pointe entre autres le fait que la montée en puissance des régions aurait dû avoir comme effet l’accompagnement de la décentralisation par la SNCF à travers l’organisation de ses réseaux. Selon les auteurs, c’est plutôt le phénomène inverse qui s’est produit. La décentralisation a débouché sur la concentration des lignes. On s’en doutait un peu.

2 600 TER retardés par an

Quand on entre dans les détails de la qualité du service des TER dans les Hauts de France, les statistiques sont peu glorieuses. Un exemple : sur les 15 000 trains qui ont circulé en novembre 2016, plus de 2600 ont été retardés tandis que 413 ont été annulés. L’année suivante, une enquête de l’UFC – Que Choisir indique que si 89% des trains étaient à l’heure, les retards, concentrés sur les périodes de pointe, accroissent encore la visibilité des problèmes.

Les raisons invoquées pour les expliquer sont nombreuses. On y trouve les conditions météorologiques (le froid, le chaud, la pluie, le vent, la neige, le gel, les feuilles des arbres, la pleine lune…), les pannes mécaniques, les malveillances, les « accidents de personnes » mais aussi les défauts internes de la SNCF qui comptent pour plus de la moitié du total. Il n’est pas rare, en effet, qu’un train ne puisse démarrer simplement parce qu’un membre du personnel est absent ou en retard, conducteurs mais aussi contrôleurs. Ne les accablons pas, ils viennent peut être en train au boulot.

L’ouverture à la concurrence

Bien consciente de l’image désastreuse pour les Hauts de France mais plus encore de la gêne qu’occasionne un service de si mauvaise qualité pour ses usagers journaliers – 110 000 personnes dont 10 000 à Douai – qui se trouvent être aussi des électeurs, le conseil régional a décidé récemment d’ouvrir à la concurrence une partie du transport ferroviaire. Cette perspective, prévue pour 2023, est susceptible d’obliger la SNCF à se bouger pour conserver un chiffre d’affaire qui d’ailleurs stagne voire même se réduit.

Une autre solution pourrait aussi contribuer à améliorer les choses, des pénalités plus sévères pour tous ces dysfonctionnements dans le respect de la législation européenne que notre région n’a jamais adoptée. En effet, les Hauts de France n’ont pas, on se demande bien pour quelle raison, mis en place un système de remboursement automatique en cas de retards récurrents sur une ligne.

Besoin d’une idée électronique?

Sans avoir besoin d’aller plus loin dans l’ouverture du réseau à la concurrence, sujet très compliqué dont on voit mal comment notre ville pourrait y jouer un rôle, la piste du remboursement semble plus opératoire. Pourquoi ne pas exiger qu’un retard donne automatiquement droit à une indemnité de la part de la SNCF ? Un système informatisé à partir du badge utilisé par les usagers serait un moyen intéressant. Il suffirait de le relier, à la suite du passage à la borne électronique, au train retardé ou supprimé qui suivrait cet enregistrement et qui correspondrait à la ligne de l’usager. Le compte servant à payer l’abonnement serait immédiatement crédité d’une somme forfaitaire proportionnée à l’importance du retard mais aussi, soyons fous, au kilométrage de l’abonnement.

Douai est-elle librairicide

Librairie la Charpente Douai

Il fut un temps où les Douaisiens achetaient leurs livres à la librairie Lauverjat. Un lieu incontournable depuis le XIX° siècle dont le souvenir reste très vif dans la ville. Et puis un jour, pour des raisons obscures, la librairie ancestrale a fermé. Son beau local a été transformé en magasin de vêtements. Signe des temps, la culture a laissé la place à la couture.

Le Furet et puis c’est tout

Cette disparition, qu’on pouvait croire isolée, était toutefois l’annonce d’un mouvement profond que cache mal l’installation récente et bruyante du Furet du Nord dans les anciens locaux du magasin Treca dans la rue de la mairie.

Il ne s’agit pas de critiquer un projet qui a au moins le mérite d’exister. Cela d’autant plus qu’il permet le sauvetage d’un bâtiment historique inoccupé depuis des années, tout en offrant à une enseigne connue un local sans comparaison avec celui, incommode, qu’elle utilisait auparavant. Plus encore, rapprocher le Furet du Nord de la zone de concentration commerciale représentée aujourd’hui par la fameuse « croix » Bellain-Hôtel de ville, est une excellente opération.

Il faut s’interroger cependant sur le fait qu’il ne reste à notre ville – qui pèse quand même près de 40 000 habitants – qu’une seule librairie-papeterie après la disparition de trois d’entre elles en quelques années.

Certes, tous les jours en France ferme un point de vente d’un secteur touché de plein fouet par la concurrence d’internet mais surtout d’Amazon. Mais pour Douai, il faut aussi se convaincre qu’au-delà de ces évolutions globales, la réduction de cette offre témoigne aussi de l’appauvrissement social de la ville sur lequel nous reviendrons dans un autre article.

Le livre disparait

Quoi qu’il en soit, résumons les étapes de la disparition de nos chères librairies dans les rues de la ville.

– en décembre 2013, c’est Chapitre alias Brunet, beau magasin sur la place d’Armes  depuis 1995 qui met la clé sous la porte. D’incompréhensibles rachats et vente à la découpe de la part d’actionnaires étrangers seraient à l’origine de cette fermeture.

– en avril 2014, c’est la Papéthèque de la rue de Paris qui baisse le rideau. On y vendait depuis 1992 surtout des articles de bureau et des journaux mais aussi un peu de livres. La fragilité de l’équilibre financier aurait conduit à cette difficile conclusion.

 en décembre 2018, La Charpente qui avait ouvert quatre ans plus tôt, pose sur sa porte l’avertissement suivant : « fermé pour cause de fermeture ». Une belle aventure se termine à la grande tristesse de ses fidèles soutiens.

Librairie la Charpente
On ne saurait être plus clair…

Je suis « La Charpente »

Arrêtons nous un instant sur ce dossier qui résume à lui seul les contradictions de l’équipe municipale actuelle quant aux stratégies d’aménagement qu’elle met en œuvre depuis 2014.

L’ouverture de La Charpente a représenté dans le centre ville une bouffée d’oxygène pour un quartier en bien mauvaise posture. Parfaitement située, aménagée avec goût, cette librairie apportait le « je ne sais quoi » qui rendait le lieu unique, accueillant et chaleureux. On y trouvait des conseils avisés de lecture, un choix original d’ouvrages  mais surtout des chats qui, tout en se prélassant sur les présentoirs, semblaient vouloir convaincre les clients de la qualité des livres qui s’y trouvaient.

Pantoufle le chat de la charpente
Pantoufle critique littéraire

Peu d’avanies ont été épargnées à ses fondateurs depuis l’ouverture de ce magasin. Si la mairie n’a rien à voir avec la coupure électrique intempestive qui a perturbé son fonctionnement pendant quelques temps, il faut quand même évoquer les conséquences des travaux de voirie qui ont durant des mois empêché les clients d’entrer ou même aux passants d’approcher de la devanture.

Il est à souligner le succès du financement participatif en septembre 2017 qui a vu plusieurs centaines de personnes soutenir par leurs dons cette librairie avec la conviction que l’existence à Douai d’un lieu de culture de cette qualité était une nécessité.

Deux poids, deux mesures

Par contre, la municipalité ne paraissait pas toujours souscrire à cette logique. Sans doute obnubilée par le projet Furet du Nord, peut être peu convaincue de l’utilité d’avoir dans la rue deux points de vente sur le même objet mais plus certainement indifférente, la commune n’a rien tenté pour sauver ce commerce. On se souviendra longtemps de la maladresse insigne des services municipaux quand ils ont installé devant la porte de La Charpente, alors moribonde, une bannière exaltant l’ouverture prochaine du Furet du Nord à quelques mètres de là.

Pour finir, il faut se convaincre qu’il était parfaitement possible de faire vivre deux points de vente en aucun cas concurrents mais simplement complémentaires. Quoi qu’il en soit, posons la question du coût de l’installation du Furet.

On sait que le budget annoncé était de 1,7 million d’euros pour la ville, celle-ci recevant 500 000 euros de Douaisis Agglo et 600 000 de l’Etat au titre du soutien à l’investissement local, ce qui donne 600 000 pour la commune en propre. Il faut y ajouter le prix d’achat du bâtiment, soit 340 000 euros, ce qui monte l’effort des contribuables douaisiens à plus d’un million. Du côté du Furet du Nord plusieurs sources indiquent que l’aménagement du lieu lui aurait coûté 500 000 euros, sachant que le loyer à acquitter, relativement faible, sera dans tous les cas lié à l’évolution du chiffre d’affaires.

Besoin d’une idée solidaire?

Le local actuel est parfaitement situé, le mobilier déjà en place, pourquoi la mairie ne rachète-t-elle pas La Charpente pour la transformer en une « librairie solidaire » Café/Jeux sous un statut de SCOP qui permet d’allier le public et le privé et d’aider au maintien des commerces sans entrer dans une concurrence déloyale. La librairie du village de Lafrançaise, 3000 habitants, a réussi à le faire. Douai devrait en être capable.

Autre exemple relevant de l’économie sociale et solidaire, le statut SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) comme pour la librairie La Cavale à Montpellier mais aussi dans beaucoup d’autres villes.
Selon le statut, la Mairie peut être partie prenante avec un soutien proportionnel à celui qui a été apporté au Furet du Nord.
A minima accorder un loyer faible aux repreneurs, une offre proche du modèle initial, mais enrichie, tous les ingrédients du succès seraient présents, notamment pour l’aide radicale à l’équilibre financier qu’un tel choix permettrait. Vite, rendez nous notre Charpente !

Pour aller plus loin
Aides pour les librairies
C’est quoi une SCOP
C’est quoi une SCIC

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

L’or touristique

façade de la mairie et beffroi ville de douai - L'or touristique

L’importance du patrimoine ancien de Douai n’est plus à décrire. Cette masse léguée par nos illustres devanciers fait notre richesse bien plus que d’hypothétiques installations d’usines ou la réouverture des mines comme on l’entend parfois.

Capitaliser sur ces avantages revêt une importance extrême pour les retombées positives qu’ils peuvent apporter à tous les niveaux de l’économie locale, sans même parler de l’amélioration de son image dans et hors de la région.

Certains lieux ou bâtiments sont d’ailleurs très connus des touristes, ainsi le beffroi, la collégiale Saint Pierre ou le musée de la Chartreuse. D’autres attirent leur attention quant ils se promènent, comme les bords de Scarpe. Mieux, ils peuvent aussi s’étonner de l’unité architecturale du centre ville, caractéristique dont peu de cités peuvent se prévaloir.

Le tourisme, phénomène sur lequel nous reviendrons souvent, fonctionne sur le mode de pionniers qui découvrent des lieux rares, avant que cette avant-garde ne soit dépassée, avec un décalage, par la masse des visiteurs intégrés dans des mouvements de forte ampleur, des circuits des tours opérateurs aux stratégies des sociétés hôtelières.

Cette problématique pourrait admirablement s’appliquer à Douai qui n’est pas, quand on interroge les spécialistes du sujet, une destination évidente de prime abord. Notre ville possède donc un potentiel qui ne demande qu’à être mobilisé et cela d’autant plus que le tourisme moderne a aujourd’hui changé. Ses ressorts anciens faits de plage, de soleil ou de destinations lointaines ont vécu. Ce que cherche le public aujourd’hui ce sont des « expériences » authentiques, des mises en situation dans des lieux insolites, innovants et ludiques.

Enrichir l’offre touristique en valorisant des lieux encore peu connus, en s’appuyant sur les nouvelles technologies, notamment le numérique dont les possibilités sont infinies, seraient autant de pistes à suivre. La reprise de l’office du tourisme par la communauté d’agglomération a incontestablement marqué une amélioration dans la gestion du sujet mais elle reste insuffisante, faute d’une envergure à la hauteur de l’enjeu.

Pour autant, la voie est positivement tracée. Elle réussira si l’objectif reçoit une réponse totale : tout mettre au service du tourisme en appuyant sur un ensemble de leviers que commanderait un schéma directeur digne de ce nom, c’est à dire pensé dans la profondeur et la durée selon le tryptique bien connu : stratégie, pilotage, communication…

L’hôtel de la Tramerie

Hôtel de la Tramerie

Nos beaux et vieux bâtiments…vides (1)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Le joyau de la rue des Foulons

Commençons par le petit joyau de la rue des Foulons, le fameux hôtel de la Tramerie. Son nom ne provient pas, comme on aurait pu éventuellement l’imaginer, de la production drapière mais de ses supposés premiers propriétaires, les sieurs de la Tramerie.

Cette famille qui a entretenu de nombreux liens avec de grandes lignées douaisiennes (de Gouy, de Bavinchove etc.) a produit au début du XVII° siècle les puissants seigneurs « de Roucou et du Forest », gouverneurs de la place d’Aire sur la Lys.

L’appellation est impropre puisque les archives révèlent que ce bâtiment, qui était à proximité du véritable hôtel de la famille de la Tramerie, ne lui appartenait pas. Il aurait été construit par un marchand brasseur au début du XVII° siècle avant d’être transformé ensuite en hôtel particulier. Devenu la propriété d’un officier général, juste avant la Révolution, il est passé à ses descendants, notamment les Balthazar qui en ont fait une institution pour jeunes filles, première destination de ce local qui allait en connaître, non sans dommages, de très diverses.

Des usages variés au fil du temps

On lui compte en effet, toutes sortes d’utilisations jusqu’aux années 60, de l’installation d’artisans, du service des contributions indirectes, du logement d’une multitude de gens, notamment après le legs du bâtiment, au début du siècle, par la  famille Demont, à la commune.

C’est d’ailleurs quand il fut question d’installer un bureau de poste dans les lieux et pour éviter les risques de dégradations qui pouvaient en découler, qu’un classement de la façade et de la toiture fut enfin décidé en septembre 1932, sachant que l’hôtel entier avait été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques l’année précédente.

Vide pendant des décennies, livré au vandalisme en dépit de sa protection légale, on s’interroge sur ce que sont devenus ses boiseries, ses parquets et ses ornementations, retirées – volées ? – de l’intégralité de sa surface.  On accusera sans doute la mérule, ou encore la relative jeunesse de ces aménagements. Ils dataient probablement de la restauration de 1889 ou de celle qui avait suivi l’incendie de 1913. Leur valeur historique était peut être faible.

Un bâtiment classé longtemps délaissé

Quoi qu’il en soit, on peut regretter qu’un bâtiment classé, possession de la commune, n’ait pas fait l’objet d’une protection plus sérieuse. De même, de nombreuses destinations ont été envisagées sous le long règne de Jacques Vernier. La plus aboutie, mais sans succès, ayant été celle de l’installation des bureaux de la toute proche Soginorpa, alias Maisons et Cités.

C’est sans doute l’échec de ce projet qui a paradoxalement permis la restauration du bâtiment. Il menaçait ruine quand, en 2013, avec l’aide de l’Etat, de la DRAC et du conseil départemental, la reprise des extérieurs fut lancée. Avec plus d’un million d’euros de budget (comme toujours à Douai, la connaissance du coût exact est une gageure), les travaux se sont toutefois révélés d’une grande qualité. Si l’intérieur est resté quasi inchangé c’est à dire nu, on note la réfection complète des sculptures des fenêtres, la rénovation totale du toit et des ouvrants. On reste juste un peu dubitatif quant à la rougeur accusée des joints des grès du rez-de-chaussée, mais c’est sans doute parce que nous sommes un peu trop habitués à la couleur du mâchefer que les maçons douaisiens utilisaient habituellement.

Hôtel de la Tramerie à Douai - arrière du bâtiment
Hôtel de la Tramerie – arrière du bâtiment

Six années plus tard, une coquille vide

La lecture dans la presse des sévères déclarations de M. Chéreau en 2013, quand il était dans l’opposition municipale, permet de mesurer ce qui sépare, dans le monde du réel, la parole des actes. Reprenons sans problème, puisqu’il s’agit de la même personne, les critiques du candidat à la mairie envers celui qui la dirige depuis 2000 jours ou presque. L’Hôtel de la Tramerie reste une coquille vide et c’est bien dommage.

On s’inquiète aussitôt de la frénésie qui pourrait saisir la municipalité pour trouver en urgence au bâtiment, à quelques semaines des élections, une destination bâclée à base de transformation en logement social ou d’implantation de bureaux ou autres services improbables.

Besoin d’une idée pleine?

En voilà deux, assez proches tournées vers les entreprises, si d’aventure la commune décidait d’abandonner l’eau tiède des solutions banales.

La première serait d’offrir, sous la condition juridique d’un bail emphytéotique, à une personne privée la possibilité d’installer par exemple « une maison d’hôtes d’entreprise » sur le modèle de « ma pièce » à Lyon, concept innovant autour de l’hébergement et l’organisation d’événements d’entreprises dans 4 lieux différents dans la ville (ça tombe bien il y a beaucoup de bâtiments vides à Douai). Design thinking/ serious game/afterwork/séminaires… une palette de services à la carte est proposée. Tout comme dans le même esprit Chateau form city ‘ dont la promesse est de « faire vivre une expérience pour vos réunions au cœur des villes dans une ambiance chic, inspirée et inspirante« . Une commune qui a été capable d’offrir un investissement d’1,4 million à un restaurateur étoilé (ce qui était une bonne idée) doit pouvoir reprendre cette logique pour un projet qui aurait l’avantage de laisser au privé le coût de l’aménagement intérieur selon un cahier des charges adapté aux exigences de ce monument historique.

La seconde. Pourquoi ne pas transformer l’Hôtel de la Tramerie en « espace de coworking et de co-design » Il pourrait en effet avec intérêt devenir un espace ouvert où rencontres, réunions, échanges informels pourraient se développer après un réaménagement des locaux offrant des ressources matérielles et des services de toute nature (co-working, relais de services etc.). De  nombreux projets de cet ordre ont déjà vu le jour dans la région ainsi à Lille (hall du beffroi consulaire), aménagement intelligent qui permet de soutenir le développement de l’économie locale.

Nous aurions ainsi un beau et vieux bâtiment… plein.

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La fin des embouteillages

bière à douai la fin des embouteillages

En 1900, nommé professeur au lycée de Douai, le jeune agrégé et futur géographe Raoul Blanchard est frappé lors de son arrivée par le nombre impressionnant de vespasiennes qui parsèment la ville : « il y en avait partout. Mon sens géographique me suggéra aussitôt que la présence de ces édicules était liée à un usage constant et copieux de la bière. »

La bière de Flandre

Déduction impeccable. A cette époque, les débits de boissons sont innombrables dans la ville. On en compte plusieurs centaines. La bière coule à flots sous toutes les formes.

La Flandre est, comme toutes les régions septentrionales de l’Europe jusqu’en Scandinavie, un grand espace brassicole. Les traces du breuvage y sont très anciennes. Bien plus sûre que l’eau dont la dangerosité était bien connue des hommes de l’époque, la bière est probablement, comme le cidre l’a été pour la Normandie, une des clés de la prospérité de la région. Elle a certes directement limité la mortalité de la population mais surtout, indirectement, a dynamisé, par son importance, les échanges de l’économie locale.

Une clé de la prospérité douaisienne

Le monopole de la vente des grains dont bénéficiait la ville depuis Philippe Le Bel, source de richesse bien plus durable que la draperie, concernait essentiellement l’orge que les négociants stockaient sur les quais de la Scarpe pour la vendre ensuite sur la place d’Armes.

Au XIX° siècle, les brasseurs étaient en ville une confrérie puissante et prospère comme le montre la position enviable de certaines familles.  La muse d’Auguste Angellier, Thérèse Denys, était ainsi issue d’une lignée de brasseurs qui tenaient le haut du pavé.

C’est à cette époque que la fabrication de la bière, inchangée depuis le Moyen-Age, se transforme. A l’origine essentiellement artisanale et basée sur la fermentation haute, elle devient peu à peu, avec l’invention de la réfrigération, plus stable par la fermentation basse que seules les entreprises importantes peuvent mettre en œuvre.

A Douai, après la première guerre mondiale, le secteur se concentre comme le montre la fondation des Enfants de Gayant qui rassemble en 1919 plusieurs brasseries locales. Peu avant le conflit,  La Nationale s’était s’installée au bord de la Scarpe. Le long du canal se repère encore aujourd’hui son impressionnante emprise de la rue du Gouvernement. De même, ici ou là, en regardant bien certaines habitations privées, quelques malteries se devinent sur les toits.

jour sans bière - jour misère
Jour sans bière – Jour misère

Les brasseurs disparaissent

Autre lien fort entre la ville et la bière, l’Ecole nationale des industries agricoles qui a formé durant des décennies ingénieurs et techniciens appelés à diriger les brasseries dans la région et même au delà. Beaucoup plus modeste, cette formation a subsisté au lycée agricole BioTech’ de Wagnonville dont les élèves apprennent à brasser en produisant en très petite série quelques bières spéciales.

Passé quasi inaperçu le départ en 2017 des Brasseurs De Gayant a marqué la fin d’une histoire millénaire. Dès lors, Douai ne produit plus de bière, ce qui n’était pas arrivé depuis l’époque médiévale. On ne peut que regretter – ce qui arrive souvent – que personne n’ait été capable d’empêcher ce déménagement tellement révélateur du déclin de notre ville.

Quels furent donc les arguments définitifs de Saint Omer, qui pèse deux fois moins que Douai en population, pour réussir à obtenir l’installation de cette entreprise purement douaisienne sur son territoire ?

En conclusion, on se prend à rêver, à un moment où la bière connaît un véritable regain auprès des consommateurs, que Douai puisse renouer avec sa tradition millénaire.

Besoin d’une idée maltée?

Imaginons un lieu actuellement désaffecté – on n’en manque pas – dans lequel la formation des brasseurs pourrait s’établir ainsi qu’un musée de la bière. Ce projet est parfaitement possible quand on mesure le succès de la récente exposition et du marché des producteurs de bières au Musée de la chartreuse. Cette brasserie pourrait être visitable à l’exemple de tant d’endroits dans le monde et enfin on y trouverait un estaminet dans lequel serait commercialisées la bière produite sur place, comme des productions locales sinon internationales.

bière marché des producteurs - musée de la chartreuse douai
Marché des producteurs de bières – Musée de la Chartreuse – septembre 2019

Douaisiens, encore un effort pour rester brassicoles !

*L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

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Une triste ville étudiante

une bien triste ville étudiante

Il fut un temps où Douai était une ville universitaire. On ne parle pas ici de l’université fondée en 1562 à Douai par Philippe II mais de la période plus courte et plus récente, celle où, de 1809 à 1887, la ville a accueilli de nombreux étudiants et lycéens en son sein.

De plus en plus ténues, les traces de ce passé sont néanmoins toujours là. On connait la rue de l’Université près de l’Hôtel de Ville dans laquelle se trouve le bâtiment imposant du rectorat ainsi que des facultés des Lettres et de Droit. Transformé en Ecole nationale des industries agricoles en 1893, il subsiste presque intact.

Le lien entre la présence d’étudiants dans une ville et son climat général mérite qu’on s’y arrête un moment. Le sujet est compliqué mais essentiel. Pour rajeunir une population, posséder une université peut avoir son intérêt. Outre d’être une promesse d’avenir, la jeunesse qu’elle reçoit peut contribuer à apporter dans la cité l’ambiance sympathique dont tout le monde peut profiter.
L’action des élus peut être déterminante dans cet enchaînement positif mais tout dépend de la conception de la ville qu’ils défendent.
Doit-elle être calme et paisible ou bien doit-elle être vivante et festive ? Cette question a été souvent évoquée lors de la campagne électorale de 2014, plusieurs solutions ayant alors été avancées pour répondre à la nécessité d’améliorer l’image de Douai.

Beaucoup de témoins déplorent que notre cité soit si pauvre en lieux festifs, mettant d’ailleurs cette caractéristique sur le dos de Jacques Vernier. Il n’est pas rare d’entendre que ce dernier aurait tout fait pour réduire le nombre d’établissements du centre ville afin d’éviter les débordements que leur présence pourrait occasionner pour les riverains.

De l’agitation nulle part

Il faudrait disposer d’une étude sérieuse pour soutenir ces critiques sans doute excessives, même si, après tout, un maire qui s’est maintenu plus de trente ans à la tête d’une commune doit bien avoir sa part de responsabilité dans un tel constat. A part le « 32 », belle réussite qui doit d’ailleurs tout à ses seuls promoteurs, les possibilités de trouver dans le centre ville un endroit agréable pour passer la soirée sont quasi nulles.

Cette volonté de privilégier le calme au bruit vient d’ailleurs de loin. Les archives de Douai ont conservé le mémoire produit par la municipalité en 1850 quand elle défendait son lycée et son rectorat face au gouvernement, c’était la première fois, qui envisageait leur déplacement à Lille. Pour empêcher cette catastrophe qui viendrait plus tard, les avantages de Douai étaient simples : il ne se passe rien dans la ville. Le maire indique que dans les rues il n’y a « du mouvement et de l’agitation nulle part, le calme et la tranquillité partout » pour conclure sur la clé bien connue de la réussite scolaire, la tradition, puisque Douai « est encore aujourd’hui comme autrefois la ville la plus favorable aux études ».

Le renversement de logique est amusant car aujourd’hui les étudiants par leur présence sont considérés comme un élément majeur de dynamisme, notamment grâce à l’ambiance que toute jeunesse apporte avec elle. C’est si vrai que beaucoup de villes universitaires, Rennes, Poitiers, Nantes, Metz etc., communiquent régulièrement sur la présence de leurs facultés pour expliquer leur attractivité comme leur image positive.

On voit donc que ce sujet n’est pas anecdotique à Douai qui possède un certain nombre de structures supérieures, la faculté de Droit, l’Ecole des Mines, entre autres, sans être certain que l’accueil des étudiants soit aussi favorable qu’il devrait être. Pour un peu, s’ils en avaient besoin, on leur conseillerait plutôt d’aller profiter des bars et bistrots arrageois ou, mieux, lillois.
Le palmarès 2018 des villes étudiantes place Douai en 42° position (sur 44) avec la pire note en attractivité (4 sur 25). N’est-il pas temps de se mobiliser sur l’amélioration de l’accueil de cette jeunesse qui ne paraît pas trop apprécier la vie locale qu’on lui offre ?
En juin 1886, des étudiants douaisiens avaient présenté au Ministre de l’Instruction Publique une pétition pour que soient installées les facultés à Lille, arguant de l’avantage pour eux d’étudier dans une ville plus grande et mieux dotée en services. Ils furent entendus l’année suivante…

Samedi place Saint Amé

samedi place saint amé ville de douai

Si vous ne la connaissez pas, allez faire un tour sur la place Saint Amé, mais faites le un samedi matin, jour de marché. C’est sans doute un des lieux les plus agréables de la ville, totalement transformé par l’installation des étals et l’afflux des clients dans ce lieu singulier.

Prenez le temps de déambuler sur les chemins tracés, arrêtez vous pour jouir du spectacle offert par les nombreux vendeurs spécialisés en animaux vivants, en légumes frais, en bons produits locaux mais aussi en délicieuses productions exotiques.

Si le temps le permet, il faut s’arrêter dans un des estaminets de la place pour y boire une bonne bière* ou tout autre breuvage qui vous conviendra, avec la possibilité de goûter des huîtres ou même de déguster de la cochonnaille. Il est peu d’endroits dans la ville où il est possible de profiter d’une terrasse et de l’ambiance qui va avec.

place saint-amé - ville de Douai

Si la place a été récemment rénovée – il faut reconnaître avec goût – son marché est ancien. Il date de la Révolution, plus exactement du Directoire, quand la décision a été prise en 1798 de démolir la collégiale Saint Amé. Selon les voeux des habitants alors entendus, il s’agissait de libérer un espace pour le commerce, objectif vital dans une ville enserrée dans ses murs où les dégagements étaient rares.

Ville de Douai – Place saint Amé

La destruction de cette vieille église, dont le plan a été astucieusement conservé lors de la rénovation de 2008, est sans doute regrettable. Des fouilles archéologiques de sauvetage ont toutefois permis de mieux connaître son histoire millénaire. Il reste de plus autour de son emplacement les maisons qui pour la plupart accueillaient les religieux de la collégiale. Là encore, la rénovation d’une bonne partie d’entre elles, qui a été menée en même temps que la réorganisation de la place, est assez réussie.

place saint amé douai - journée verte
Journée verte place Saint Amé

*L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.