Un mandat si court

Un mandat si court

Il avait conduit une bonne campagne, alimentée, peut être avec l’aide de ses amis de la Région, par des propositions originales, plutôt bien calibrées. Elles répondaient aux destinées d’une ville dont les problèmes étaient si évidents que leurs solutions coulaient de source.

Bien sûr, la mise en œuvre concrète relevait d’une autre logique mais il aurait été quand même injuste de faire au candidat un procès d’intention sur une possible absence de résultats. Il bénéficierait, en cas de victoire, d’un mandat de six années pour tout faire.

On retenait ainsi la formule des « 43 000 Douaisiens qui étaient pour chacun d’entre eux des défenseurs de leur ville ». S’il y avait une erreur sur le chiffre, on appréciait malgré tout la rupture qu’un tel slogan pouvait incarner.

Jeune, sans réel passé, l’affichage politique du candidat comptait pour peu face à la promesse d’avenir qu’il annonçait. Pour beaucoup, les jours du PS local, ancien parti unique aux dérives si nombreuses, étaient comptés. On se doutait bien que le département comme la région, à bout de souffle, changeraient bientôt de main.

Une triangulaire salvatrice

Frédéric Chéreau sut se détacher de cette logique partisane avec beaucoup de finesse. Jouant habilement de sa personnalité, il ne se départait jamais d’un flegme quasi britannique, révélant même, lors des débats, une certaine aptitude à l’oral. Délivré d’une voix posée, le discours était clair, ce qui n’était pas le cas de ses nombreux concurrents dont l’insuffisance en la matière était particulièrement marquée.

La dauphine que le vieux maire lui opposait était de ce point de vue peu dangereuse. Pire, sa faiblesse la plus évidente était sans doute la certitude de la victoire. Elle avait bien essayé de marquer la différence avec son mentor mais ménager la chèvre et le chou n’est jamais une bonne chose, surtout en politique. D’ailleurs la formule du «changement dans la continuité » avait déjà été prise par d’autres en d’autres temps.

Le deuxième tour mit en face de la gauche un assemblage hétéroclite de candidats qui n’avaient, juste avant, cessé de se taper dessus. L’effet donné par l’accord improvisé de la droite fut désastreux. Plus indépendant, le candidat du FN avait mené une campagne qui se limitait, quand on l’interrogeait, à répéter le nom de la présidente de son parti à défaut de la moindre proposition précise. Sans doute pour perpétuer ce vide, il décida de se maintenir contre les deux listes encore en lice.

Une triangulaire était la configuration dont Frédéric aurait pu rêver. C’est ainsi qu’il gagna.

L’état de grâce

Un prometteur état de grâce s’ensuivit et cela d’autant plus que le nouveau maire ne bouscula pas grand-chose, conservant intacte l’administration dont il héritait jusqu’au DGS (Directeur Général des Services). C’était un peu comme si Hollande après sa victoire avait conservé Fillon à Matignon. Un conseiller, s’il en avait eu un, l’aurait conjuré de faire le ménage après les cinq mandats de son prédécesseur. Il ne le fit pas, peut-être parce que s’inscrire dans les pas du vieux monarque le rassurait. Il suffirait de faire la même chose que lui et tout irait bien.

La découverte de ses colistiers donna l’impression que la troupe n’était pas vraiment apte à l’épauler mais cela gêna peu. On avait l’habitude avec Jacques Vernier de l’exercice solitaire du pouvoir. Dans les mois qui suivirent, on vit toutefois dans les rues de Douai un adjoint chargé du commerce qui paraissait prendre son sujet au sérieux. Quant au reste, ce fut le silence, le néant. Parcourir la liste des conseillers et autres adjoints surprend encore jusqu’à aujourd’hui, on n’y connait personne.

La malédiction de l’agenda

Peu entouré, au fond très isolé, le maire éprouva dès lors, le problème de l’élu, surtout novice : la fameuse «malédiction de l’agenda». Les journées sont mangées par toutes sortes d’obligations dans lesquelles la représentation se taille la part du lion. On va chez le sous-préfet ou encore mieux à la préfecture dans la grande ville du Nord, on préside des réunions en tous genres, on reçoit une flopée de mandats aux limites de l’honorifique, on assiste aux remises de décoration, on se rend à Paris pour rencontrer Dimitri et ses collègues etc. Rien de concret, ni de conclusif dans tous ces machins mais qu’on ne s’y trompe pas, ils sont la preuve du pouvoir.

Pris dans ce rythme infernal, comme on délègue peu, les dossiers s’empilent, prennent du délai, sont mis à distance. On n’a pas le temps de penser et de poser une stratégie. On s’en remet à une administration dont le moteur est d’abord la perpétuation de son existence. Imposer la disruption à ces experts est un travail à plein temps qui réclame une énergie de très forte intensité.

mandat - choses remisent à demain

Les mois passent, les années s’écoulent. Un jour, on se rend compte que la prochaine élection approche. L’angoisse du vide saisit le maire. Il est sortant, il sera candidat. Son argument est prêt : « j’ai besoin d’un mandat de plus pour terminer ce que j’ai commencé ». On pourra gloser sur la réalité de cette dernière affirmation mais en hypothèse basse, si on commence sans finir, ce n’est pas faire.

C’est là que l’électeur déçu se pose des questions

Monsieur le maire :
Comme l’indiquait votre programme, où est donc la halle des produits frais dont vous avez parlée régulièrement durant la dernière campagne ?
Quand pourrons nous naviguer sur le canal Seine Nord que vous défendiez avec tant de vigueur devant les électeurs ébahis ?
Mais jusqu’où se prolonge ce fameux tunnel sous la gare qui devait nous permettre d’entrer facilement dans le beau quartier de la Clochette ?
A quel moment sera-t-il possible de mettre nos jeunes dans le CFA qui devait être créé bientôt, projet débattu depuis plus de dix ans ?
Avez-vous enfin rapproché Arras de notre belle ville de Douai comme le proposait fort justement votre programme électoral ?
Avez-vous rééquilibré le rapport de force interne de la CAD – enfin Douaizizaglo – pour que Douai, sans laquelle ce qui précède n’existerait pas, ait ses intérêts préservés ?
Enfin et surtout, avez-vous revitalisé le centre-ville, axe fort, essentiel, absolu de votre discours de candidat, auquel tous les habitants souscrivaient, programme si important qu’il vient de recevoir – à un an des municipales – un « développeur » dont on se demande pourquoi il n’a pas été recruté en 2014 ?

Frédéric Chéreau qu’avez vous fait de votre mandat ?

Addendum

5 septembre 2019

Nous découvrons ce jour sur RCF Radio Chrétienne le lancement de la campagne municipale de M. Chéreau. Notre maire explique comment il a traversé ce premier mandat, pourquoi il se représente et quelles sont ses ambitions pour la ville dans l’avenir.
Nos inquiétudes se confirment. Les 6 années de son mandat ont fait office d’apprentissage. Il nous le jure, nous le promet, il a tout appris, il sera maintenant efficace. Ses projets de 2014, « qu’il a regardé récemment » (peut être les avait-il oubliés) ont tous été réalisés.
Douai Vox reste sans voix, ce qui n’est pas si courant. C’est vrai, le mandat était trop court…


Nestor aime la polémique douaisienne, surtout quand elle est enfouie sous des tonnes de silence. On peut trouver parfois un peu de mauvaise foi dans ses propos mais sans cette liberté, il n'y aurait d'éloges flatteurs.

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