Boules et patins au Raquet

Patin au raquet à douai

Il est juste temps d’analyser, à la suite de notre article sur le projet séculaire du Raquet, les deux opérations sur lesquelles, faute d’habitants, repose à présent son incertain salut.

Notons une fois de plus que ces machins sont directement sortis du cerveau de notre président candidat. Fi des oppositions et autres appels au bon sens dans une région pauvre où l’argent public est aussi rare que cher.
Si Christian Poiret pense que c’est bon, rien ne peut le faire changer d’avis. C’est la force bien connue du pouvoir absolu. Je dépense donc je suis : « le rayonnement du Douaisis passe par le boulodrome et la patinoire ».

On a un doute. Regardons de près ce qu’il en est.

La réfrigération sauve l’écoquartier

Le second projet est moins avancé que le premier. Peut être sera-t-il encore possible de l’arrêter, sachant que la patinoire coûte en gros le double du boulodrome : 15 millions d’euros.

Comme toujours, le Grand Timonier balaie d’un revers de main les appels à la prudence devant un tel investissement (n’oubliez pas l’apocope habituelle : prononcez « invest’ », autre variante possible : « c’est du cash »).
Il y aura, c’est du futur et pas du conditionnel, de la fréquentation de masse, du patinage artistique et des clubs de hockey, c’est sûr et certain. Payez contribuables, l’intendance suivra.

Relevons – c’est une technique de commercial – que les arguments qui précèdent exposent les facteurs du succès d’une patinoire. Agiter d’emblée les points faibles en les présentant comme des points forts est imparable. C’est un métier.

Il y a en France une « grosse centaine » de patinoires dont la moitié par tradition montagnarde se trouvent dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. L’histoire de ces équipements, « boostés » après les jeux de 1968, est marquée par deux malédictions : le déficit et l’obsolescence.

Il faut avouer que leur bilan carbone transformerait tout climatosceptique en écolo intégriste. La succession infinie des lois européennes sur les gaz de réfrigération le démontre aisément, sans parler des remises à jour onéreuses qui en découlent régulièrement.
Il y a aussi les insuffisances du modèle économique. Où que ce soit, le coût de gestion ne passe jamais sous 700 000 euros annuels. Autrement dit, faute de recettes égales, l’argent public doit toujours équilibrer le budget.

Les patinoires sont à la rencontre de deux logiques. D’abord leur configuration (taille et nombre des pistes, existence de services annexes, capacités d’ouverture) et ensuite leur usage (grand public, clubs, prestations diverses).

Cela revient à dire que la dimension de l’outil commande logiquement le bilan coût avantage. Plus on est gros et diversifié, plus on augmente le chiffre d’affaire mais les charges s’avèrent alors beaucoup plus lourdes. En bon français, on appelle ça une aporie. Il est compliqué d’en sortir.

Si les associations sportives (hockey, danse, patinage…) peuvent apporter une redevance sinon des spectateurs payants, elles occupent des plages horaires qui empêchent le public d’accéder aux installations.
Ses entrées sont pourtant plus rentables que les recettes des clubs, souvent aléatoires. Pour autant, aucune patinoire ne peut survivre sans eux, source indispensable de communication et, accessoirement, d’aides gouvernementales.

Quoi qu’il en soit, il n’existe pas de clubs de glace dans le Douaisis. Si la fonction crée l’organe, il est quand même curieux de devoir débourser 15 millions d’euros pour les rendre possibles. Habituellement, les patinoires sont construites pour répondre aux demandes d’associations existantes et pas le contraire.

Au delà de cette hypothétique création, inutile d’insister sur la complexité du monde du hockey, mauvaise copie en France des modèles d’outre-Atlantique. Il n’est pas rare en effet qu’un champion de la confidentielle « Synerglace Ligue Magnus » se retrouve l’année suivante en dépôt de bilan, sans parler des championnats qui ne peuvent se réunir au complet faute de moyens financiers.

Reste donc, pour équilibrer les comptes de notre futur « éléphant blanc » comme neige, la fréquentation du grand public. Le président répète à l’envi un chiffre de « 70 000 entrées annuelles » gravé dans le marbre à force d’être cité. Ce montant ne correspond pas aux prévisions initiales qui auraient fait, paraît-il, l’impasse sur le public venant du Pas de Calais.

Loin de ce nuage de fumée, plusieurs patinoires adeptes de la transparence présentent des bilans intéressants pour mesurer l’enjeu. Situées dans de grandes agglomérations, leur fréquentation provient à 60% de la métropole et même à 40% du centre-ville. A peine un tiers relève du reste du territoire. On ne fait pas des kilomètres pour faire du patin, c’est un attrait de proximité.

A Brest, chiffres vérifiés dans une métropole prospère qui pèse 140 000 habitants au sein d’une agglomération de grande dimension, la fréquentation de la patinoire a été en 2017 de 80 000 personnes dont 60 000 relevant du grand public.  Dans ce dernier groupe, les scolaires comptaient pour 15000, volume à peu près identique à celui des spectateurs des manifestations sportives.

Plus éclairant encore, la piste bretonne équilibre le produit du public avec celui des clubs, chacun apportant par an environ 300 000 euros au budget. Si on ajoute les recettes annexes (80 000 euros issus de la cafétéria et diverses prestations), ces abondements cumulés ne comblent pas les charges qui approchent du million. Il revient donc à la communauté d’agglomération de compenser le « trou », soit près de 300 000 euros tous les ans

On aura donc tous capté que nous ne sommes pas dans le Breizh qui est autrement géré que notre pays (taux de chômage de 6%, nous c’est 11%), sans clubs à rayonnement national, sans fréquentation sérieusement prévisible.

Conclusion : la patinoire du Raquet va nous coûter bonbon.

Les boules sans les boulistes

Abordons à présent cette idée incongrue de boulodrome, « le plus grand au nord de Paris » et même « le plus grand d’Europe » que le monde entier va nous envier. Là, même si c’est moins cher que la patinoire, nous savons que c’est cuit, va falloir payer.
Quand on passe à côté, les pelleteuses et les toupies fonctionnent à fond. Le béton écologique et le bitume biodégradable recouvrent inexorablement la bonne terre agricole qui elle, pourtant, ne mentait pas.

Dessiné par une agence d’architecture lyonnaise, le bidule est un bâtiment de fortes dimensions : 170 mètres de long pour loger 64 pistes abritées et chauffées, (128 à l’extérieur), 6,50 m de hauteur sous la charpente, tribune de 2 000 places, espaces communs et hall de 8300 m2 . C’est du gros, c’est du lourd. L’idée du président candidat est celle d’une installation énorme dont la fréquentation massive serait la clé du rayonnement du territoire.

La communication mise au service de ce raisonnement n’échappe pas à une certaine contradiction.
En conseil communautaire, le président célèbre la modicité du prix du ticket d’entrée comme celui de la licence (45 euros par an) favorisant l’utilisation du boulodrome par les classes modestes. Il met dans la foulée l’avantage pour les hôtels de la région de recevoir, lors des compétitions nationales sinon internationales, des centaines de joueurs à fort pouvoir d’achat. Il faut choisir…

Par ailleurs, à l’inverse de la patinoire exempte du moindre club sportif, le boulodrome se trouve en concurrence avec une impressionnante diversité d’associations et une étonnante multiplicité de locaux, parfois rénovés depuis peu par les communes.
Si on en croit leurs déclarations, ces équipes locales, y compris celles de Douai, ne sont pas vraiment enthousiastes à intégrer un monstre dans lequel elles devinent sans peine qu’il fonctionnera sans qu’on leur demande leur avis.
On peut aussi subodorer qu’interviennent ici d’autres considérations plus obscures, ainsi les célèbres buvettes qui apportent à ces clubs, au grand dam de nos cafetiers, les moyens d’exister et peut être plus. Cette manne sera confisquée par Douaizizaglo® pour son seul bénéfice.

Quoi qu’il en puisse être, une fois encore, on reste sans voix devant l’absence de la moindre discussion avec ces associations modestes, pour le coup, afin de vérifier leur adhésion au projet. Il n’est pas impossible qu’un boulodrome fonctionne avec des boulistes. Si ces derniers rechignent à l’utiliser, on peut s’interroger sur l’intérêt de sa construction.

Côté gestion, notre président candidat a évoqué un « club résident communautaire » qui sera en charge du site. C’est exactement le choix de Montluçon qui a dysfonctionné rapidement. Le bénévolat qui était à la base du système n’a pu assurer toute l’ouverture souhaitée tandis que les recettes ont été insuffisantes pour équilibrer le budget (30 000 euros) en dépit du soutien de l’agglo qui réglait les factures de viabilisation (eau, électricité, gaz).
Réorganisé, le boulodrome a pu redresser la situation en réduisant l’ouverture hebdomadaire et en allant chercher d’autres bénévoles. Pour autant, la demande des associations est aujourd’hui celle d’un recrutement d’agents payés par la collectivité pour assurer la survie du local.

Beaucoup plus important en taille et en usage, le boulodrome du Raquet devra passer par la case embauche, laquelle comme nous le savons tous, est une charge qu’on installe pour des décennies. Cette dépense sera connue à l’inverse de la plus-value de l’invention qui reste, comme toujours, non mesurable.

Pour conclure, nous avons compris qu’une fois de plus, comme tout ce que nous vend le président de Douaizizaglo®, il faudra passer à la caisse. Enfin, pas la sienne, la notre.
Son esprit fertile en idées ne va pas se tarir. Il lui reste à nous offrir d’autres projets d’exception, plus gros, plus grands. On ne « va rien lâcher » dans la dépense. On peut lui faire confiance.
On imagine la peur au ventre pas mal d’éventualités : une ferme à mille vaches, un Disneyland ou, mieux, un championnat de Formule 1, évidemment à rayonnement international.
Nous les aurons mais peut être pas…

Le Raquet, faut qu’on raque

Lotissements Le Raquet Douai

Douaizizaglo® nous vend de la BNF à tout va, des projets en veux-tu en voilà dont le premier d’entre eux : le mirifique « Ecoquartier Du Raquet » .
Bizarrerie foncière, elle est à la main d’une CAD qui s’assoit allégrement sur les compétences de Douai pour y poser ses idées géniales.

Le Raquet, c’est une zone extraterritoriale.

On nous en rebat les oreilles depuis… 2006. Quinze années de gesticulation et de communication pour quels résultats ? Il est bon de se poser la question mais elle n’est pas vite répondue.

On a une bonne idée

D’abord, examinons le cadre géographique. Le Raquet, c’est au sud de l’agglomération un quartier à cheval sur deux communes, Douai et Sin le Noble, cette dernière accueillant les 2/3 des 166 hectares de cette opération d’envergure séculaire.

Personne ne peut raisonnablement contester l’intérêt d’un programme urbain, surtout quand il vise à répondre d’un seul coup à beaucoup de problèmes.

Nous avions d’abord la dépollution d’une friche industrielle, celle de l’ancienne briqueterie Dupont Delecourt qui s’étendait là sur près de 60 hectares.


Plus ambitieux dans sa conception, la résorption du mitage, conséquence de l’étalement urbain le long de la D643, justifiait qu’une planification rigoureuse y concentre l’habitat.
Enfin, si ces nouveaux logements et leurs occupants pouvaient contrecarrer la baisse de la population de la ville centre, cet objectif pouvait aussi s’accompagner de créations d’entreprises pourvoyeuses d’emplois.

Bref, Le Raquet était une proposition que personne ne pouvait refuser.

On bétonne en vert

Sur ces motivations incontestables, la communication de Douaizizaglo® était teintée de vert. Présenté comme un « écoquartier », ce projet urbain – dont le béton et le bitume mangent pourtant 100 ha de bonnes terres agricoles – ne pouvait faire que du bien. Vitrines du « développement durable », ses constructions devaient « respecter les critères de la haute qualité environnementale et les principes de l’architecture bioclimatique ».

Ce grand chapeau écologique étant posé, la finalité de ce projet pharaonique était encore plus ambitieuse.
Il devait, excusez du peu, constituer la clé du retournement démographique du territoire. L’excès de vocabulaire des origines doit être rappelé. « Le plus grand écoquartier de France » devait accueillir « 4 000 logements individuels et collectifs ». Mieux, selon le SCoT, ce « boom » représenterait à terme « 25 % de la population du Grand Douaisis ».

Florence Bougnoux, l’urbaniste créatrice du schéma directeur (agence Seura), avait mobilisé de belles formules qu’on retrouve encore partout aujourd’hui : « Situé à l’intérieur de la rocade de Douai, prêt à accueillir à terme 12 000 habitants, (le quartier) est aménagé pour lutter contre la péri-urbanisation et rééquilibrer le territoire de la CAD, soumis dans sa partie Nord à la forte attractivité de l’agglomération Lilloise. ».
L’argumentation peut même confiner au sublime avec : « la mise en place d’une mobilité alternative partagée, couplant différents types de modalité, dont le but est de permettre à chacun d’accéder à une plus grande mobilité choisie, dans un process vertueux. ».
On fait grâce au lecteur du lexique étonnant qu’on ne trouve nulle part ailleurs, fait de « noues » , de « merlons paysagers » , de « peuplier rectifié » ou encore de « phyto-remédiation » , autant de mots pour prouver qu’on remet à l’état de nature un espace anthropisé depuis le néolithique.

Nous sommes très loin du compte.

On patine grave

On repère péniblement aujourd’hui un peu moins d’un millier d’habitants dans 150 logements. Il faut d’ailleurs comprendre, dans ce compte incertain, l’opération menée sur la frange de la cité des Epis par l’ANRU au titre du programme national. Cette dernière se serait faite de toutes les façons, écoquartier ou pas.
Quant à la densification qui était l’objectif du projet, elle n’est jamais arrivée.
Les décisions de nos élus, peut être n’avaient-ils pas le choix, a été d’abandonner les habitats collectifs pour passer aux lots individuels directement vendus par une Douaizizaglo® transformée en promoteur.
On aura donc des maisons avec jardin, éventuellement des parcelles vides, lesquelles sont la source bien connue du mitage qu’on souhaitait pourtant combattre.

Côté transports qui étaient une clé du succès du nouveau quartier, on relève que ça patine pas mal.  L’idée était de permettre aux nouveaux habitants, par le biais d’un BHNS en site propre, d’aller à la gare de Douai (30’ de trajet) pour ensuite se rendre à Lille par le TER.
Sans doute les promoteurs de cette idée – qu’ils se gardent bien d’infliger à eux-mêmes – pensaient-ils que les candidats se bousculeraient au Raquet avec un avantage pareil. On ne peut pas vérifier ce pari douteux. Cette nouvelle ligne 4 – qui dépend entièrement de la communauté d’agglomération puisqu’elle gère le SMTD – n’est pas encore réalisée.

Ouh, en v’la des variantes…

Quant aux implantations d’entreprises, il faut noter qu’il s’agit là du fameux Ecopark, transformation du parc forestier prévu à l’origine par la seule volonté du président Poiret, en zone d’activité et d’artisanat.
Cette innovation n’était d’ailleurs pas tout à fait du goût de l’urbaniste si on en croit ses déclarations. On ne lui a sans doute pas laissé le choix même si elle n’avait pas tort car le bilan reste bien maigre.
Si on enregistre certes 340 emplois au Raquet à ce jour, il faut savoir que 300 d’entre eux correspondent à la délocalisation en 2017 des ateliers de l’ESAT du Douaisis. La vingtaine de salariés de la société Tauw récemment implantés là ont quitté un immeuble de Douaizizaglo® de Dorignies pour un immeuble de Douaizizaglo® du Raquet. La création nette reste donc plus que modeste.

Ces résultats médiocres prouvent facilement que le plan était défectueux, un peu comme un tramway devenu bus. Notons qu’ils avaient curieusement le même inventeur.
Créer un nouveau quartier dans un Douaisis qui perd des habitants depuis un demi-siècle, sans coordination avec les communes qui profitent de l’attraction lilloise (Orchies, Coutiche etc.) et, pire, en s’appuyant sur la vente de bâtiments collectifs dont personne ne veut, avait toutes les apparences de la fausse bonne idée.

Elle a évidemment débouché sur une absence de résultat d’assez grande dimension. il n’y a pas aujourd’hui, au Raquet, 15 ans plus tard, 4000 logements accueillant 12000 habitants.

Ouf ! On a des projets !

On dira malgré tout que ces échecs ne sont pas définitifs. Le Raquet accueille de nombreux projets, certes sans lien avec le plan initial, mais qui sont une preuve de dynamisme.

Poussés par la nécessité, on enregistre depuis le début de forts changements de pied de la part des décideurs. Les habitants absents ont été remplacés par des projets qui reposent, comme toujours, sur la solution facile de l’argent public.

On a eu le fameux Sourcéane qui a bien peiné à démarrer comme l’a décrit la cour des comptes en 2016 dans un rapport cinglant (900 000 euros de déficit annuel). Depuis la reprise par la société Récréa d’Herouville Saint Clair, la fréquentation pour ce qu’on peut en savoir semble s’être améliorée. Le renouvellement de la délégation de service public, prévu cette année, permettra peut être d’y voir plus clair.

Nous savons qu’on aura de surcroit sur ces terres inhabitées deux projets de grande ampleur dont les superlatifs répétitifs devraient nous inquiéter.
On aura « le plus grand boulodrome au Nord de Paris », subtilité géographique qui tient compte du monstre de Montluçon et peut être aussi du voisin normand.
On aura enfin une patinoire dont la fréquentation sera parait-il supérieure au « 70000 visiteurs prévus » parce qu’on aurait oublié dans le calcul officiel les rois de la glisse qui viendraient du Pas de Calais. Une étude prévisionnelle tiendrait compte des frontières administratives ? Là, on tremble…

Si ces deux inventions sont payées par nos impôts, on nous assène régulièrement, pour nous convaincre, qu’elles apportent du travail aux entreprises qui les réalisent. Il est vrai que construire, même pour rien, c’est toujours construire. C’est une forme de mouvement perpétuel. Les lois de la mécanique l’interdisent mais les fonds publics le permettent.

Il est utile de lister les sociétés qui interviennent dans ces « grands projets » , ainsi entre autres Jean Lefebvre, Eiffage, Satelec, Francial, Berim, IRH, KIC, Hurban, Atrium, ou encore European Homes. Certaines sont récurrentes, parfois purement locales mais aussi étrangères.
Si on devine facilement leur objet, on apprécierait de savoir exactement ce qu’elles font car si leur bénéfice est un bienfait pour tous, un peu plus de transparence permettrait de le vérifier.

Il faut toujours se méfier des conclusions en forme de …/…

On a de l’argent… public

Loin de la logique de marché, on fait de la subvention via des entreprises en espérant qu’un « ruissellement » profitera au populo. Ces « grands projets » n’ont pas l’objectif d’une rentabilité commerciale, principe assumé par notre président d’agglomération.
Car n’oublions pas d’additionner au coût de construction – mis en avant comme venant de la poche des élus – celui qui pèsera sur tous les contribuables tant que ça durera : le fonctionnement.

L’examen du compte administratif du Raquet, dont le titre pompeux « agrégé au budget principal de budget général » n’aboutit qu’aux grandes masses des dépenses, démontre qu’on y met quand même beaucoup de sous.
En fonctionnement pour les années 2017, 2018 et 2019, on enregistre ainsi successivement : 25,4 millions d’, 21,4 et 21,3. Pour l’investissement, c’est du même ordre : 24,8 millions d’, 31,1 et enfin 32 tout rond.

Devant de tels montants sur seulement trois exercices, plus éclairant, mais là on entre dans le domaine de la science-fiction, serait le calcul des retombées économiques de ces opérations depuis leur lancement en 2006.
Par exemple, la plus-value générée par ces dernières ou, mieux, le produit fiscal des entreprises déménagées avec tant d’efforts, rapporté à la dépense de ces installations.

Quand on examine tout ça, il aurait peut être été plus simple de payer des gens pour qu’ils s’installent dans le centre-ville et faire l’économie de cette débauche de moyens dans une périphérie où Douai est interdite de parole.
Calculé à la louche, pour les logements de l’écoquartier, le bilan coût/habitant représente 30 000 euros par « Raquetien » installé. Pire, ils ne sont même pas contents.

Gloire au grand timonier !

Christian poiret mao le grand timonier

C’est de bonne guerre. Si notre merveilleux « Douai ma ville » a reçu quelques attentions de la part de Douai Vox, il convient qu’on en fasse de même avec « Douaisis Agglo Le Mag » qui vient d’arriver dans nos boites aux lettres.

Il veille sur chacun d’entre nous

Bien entendu, comme tout support de communication « corporate  » , il ne faut pas espérer trouver autre chose qu’un hymne à la gloire de la communauté d’agglomération et celle de son président, ci-devant candidat aux prochaines élections du canton de Douai.

Actualité oblige, le projet du silo de la BNF est en bonne place dans l’édito du patron où on est bien en peine de trouver une justification des retombées concrètes du bidule.

Le petit livre rouge du grand timonier
La Révolution culturelle en marche dans le Douaisis

On a plutôt droit à un pari en forme d’effet papillon. L’éventuel mouvement d’une page d’imprimé va transformer tout Douaisien en bout de chaine en lecteur compulsif adepte de la connaissance.
On résume : outre « l’apprentissage de la lecture » (hein ? quoi ?), le stockage d’imprimés, c’est bon pour la « culture  » .

Tout le pouvoir aux non-inscrits !

Abordons ensuite l’incroyable page des « Tribunes ». L’organe officiel offre aux « groupes » de Douaizizaglo® la possibilité de s’exprimer. Comme à Douai, le principe n’est pas celui de la liberté mais celui en plus poussé de la propagande à multiplicité unique.  

Il fallait de la diversité. Comme les pains du Christ, elle s’invente à partir de rien. D’un côté « alliance et apparentés non-inscrits » et de l’autre le « mouvement des élus non-inscrits (MENID) ».
Vous avez compris le message. La politique dans notre territoire, c’est d’abord une affaire étrangère à tout parti, toute obédience, toute opinion, toute doctrine, sauf celles et ceux du parrain tout puissant.
Le « poiretisme » ne s’inscrit nulle part. Ni à gauche, ni à droite, ni en bas, ni en haut, ni dehors, peut être un peu dedans pour les seuls initiés.

Quant aux « groupes », pour le premier qu’on va appeler l’AANI, le présentateur est le co-listier cantonal de la douaisienne LREM récemment délocalisée avec la bénédiction du parrain, maire de Sin le Noble, Christophe Dumont. Le second – on n’a plus à présenter le célébrissime MENID – s’est choisi comme porte-parole Jean Luc Hallé, maire d’Hamel (700 habitants, 40 ans de mandat).

Le grand architecte du Douaisis

Qui a connu le monde communiste aujourd’hui disparu peut se persuader que ces écrivains émérites y ont été formés avec Monsieur K.
Les objectifs du plan quinquennal, « grand bond en avant » (大跃进) du parti non inscrit dans un parti, sont détaillés, tous émanant de la volonté du guide apportant le bonheur aux peuples, le bien-aimé Chairman Mao, oups ! Président Poiret.

Douaisis agglo le mag

Employant le « nous » de majesté, Christophe Dumont se réjouit « de la nouvelle initiative du Président Poiret (ne pas oublier la majuscule) de mobiliser le territoire » pour la BNF.
Si on n’avait pas saisi, « l’idée de départ est excellente ». Mieux de le dire si d’aventure on le pense. Parfait Christophe, votre place d’héritier putatif du grand dirigeant du parti qui n’a rien à voir avec les partis, est en bonne voie.

Le camarade Hallé n’est pas en reste. Il est vrai qu’il a l’habitude d’apporter un soutien inconditionnel au chef, clé de son parcours prodigieux. Le dithyrambe est rodé.
Nous voilà sauvés par le « dynamisme renforcé par une gestion exemplaire du Président Poiret qui nous donne les moyens d’investir mieux ». Suivent les éléphants blancs habituels, Arkeos, Loisiparc, Legendoria, bla bla, bla. On y voit même un bizarre « sourcéance » qu’on doit à l’auteur, peut être un secrétaire des séances du conseil d’agglo.

Culte de la personnalité subventionné ?

Chacun sait qu’on n’est jamais mieux aidé que par soi même. C’est encore plus malin quand c’est fait avec l’argent public qui permet une diffusion dans tous les foyers du Douaisis.
Quand on s’y arrête, il est assez amusant de penser que tout le monde paie ce tract, qu’on soutienne ou pas le président bien aimé. D’où les interrogations qui doivent saisir tout lecteur par définition contribuable :
l’organe communautaire doit-il célébrer les œuvres d’un candidat aux élections cantonales ?
-Cette arme, sans commune mesure avec celle dont profitent ses concurrents, est-elle légale ?
Mais que devient au final l’article 52-8 du Code électoral ?

BNF : t’as intérêt à être pour

Stockage BNF du douaisis

Et bé, ça matraque, ça pilonne, ça communique dans tous les sens. Voilà même qu’aujourd’hui tombe dans nos boites aux lettres un tract émanant de Douaizizaglo® intitulé « Tous mobilisés pour la BNF dans le Douaisis ». C’est beau un territoire défendant les bouquins. On dirait la liberté guidant le peuple.

Faut pas mollir

En spécialistes, on cherche, même écrit en tout petit, à savoir d’où ça vient, qui l’a imprimé, bref, les fameuses mentions légales. Elles manquent. On sourit à penser que ce précieux document ne pourra pas, pour cette raison, se trouver archivé dans le futur « conservatoire de la presse », alias cette mythique « BNF », qui en est la raison d’être. C’est bien dommage.

A l’évidence, on sent les élections approcher. Après le coup de la gratuité des transports qui visait à persuader les Douaisiens que le Père Noël serait candidat aux cantonales, nous voilà donc tous mis en demeure d’approuver la nouvelle lubie du seigneur de Lauwin-Planque. Y’a intérêt à être pour, il n’y a pas d’autre option et d’ailleurs faudra voter pour lui. Il y va du salut de la patrie.

Le père noël mobilisé pour la BNF du Douaisis
Bad Santa in Skarpland…

Sommés de soutenir un projet en forme de miracle, on y va et pas mollo sinon gare à vous : « montrez votre soutien », « rejoignez nous », mettez votre trombine dans le logo etc. Les réseaux sociaux sont en surchauffe. C’est à qui déclarera sa foi la plus pure aux yeux de tous. On attend les maillots floqués, les écharpes et les auto-collants. On n’est pas inquiets. On les aura.

On ne lésine pas

Sur le tract, la liste des soutiens montre qu’on a un peu bâclé. Pas trop de hiérarchie dans les vignettes. Des élus, des collectivités, des associations, des entreprises. Après tout, pourquoi pas ? Les éléments de langage sont montés à la truelle. Ils n’ont d’ailleurs pas vocation à être lus. « On soutient » (15 citations quand même), « une chance pour le Douaisis », « une opportunité » et « même au fond de nos campagnes » proclame le maire d’Hamel vice-président à 771 habitants et 270 électeurs. Ce qui compte ce sont les photos et les logos, pas le fond.

Tract de Douaisis Agglo On se mobilise
Un tract ? Une notice ? Un prospectus ? Un bulletin électoral ?

Le « parrain » y est en bonne place, bien en haut et bien au milieu. Même avec un torticolis, on ne peut pas le louper. Son adversaire, maire de Douai, est mis à droite. Il n’a pas l’air content. Son espace d’expression a été mesuré au millimètre comme la taille du drapeau de la Corée du Nord à Panmunjeom. Il en profite pour délivrer son programme : réseau de bibliothèques, médiathèque, salons du livre jeunesse et du polar. N’en jetez plus, c’est un sans faute. Voilà « l’Athènes du Nord » ressuscitée.

Tous les élus, syndrome de l’unanimisme bien connu chez nous, enfourchent le cheval bibliothécaire. Si on n’y voit pas la tête de la patronne du « shadow cabinet » qui offre à la ville tout ce que le maire ne peut obtenir, se hausse du col son camarade de parti, député de la circonscription.
Juste en dessous, subtil équilibre politique, on repère l’ami Bruneel, ce qui n’étonne pas. Pour les Communistes Apolitiques du Douaisis (CAD), plus c’est payé par les riches qui ne votent pas pour eux, mieux c’est.

S’agissant d’une affaire de « bibliothèque », on se rassure de voir le patron de « IN Groupe », le bon père Trutt. Pour les non initiés – encore que le sigle est un indice – son entreprise gère entre autres l’Imprimerie Nationale. De cette dernière, comme pour l’URSS, Castoriadis aurait pu dire que ses deux termes sont deux mensonges. Ce n’est plus tout à fait une imprimerie et, société anonyme depuis 1993, elle n’est plus du tout nationale. On s’étonne par contre de l’absence sur le manifeste de Pierre Coursières, le big boss du Furet. L’imprimé qui sauve l’attractivité du territoire c’est quand même lui. Comment ? Il ne « soutient » pas ?

Plus inquiétante enfin est la place réservée aux Lillois décidément en force sur la double page. Chaque Douaisien un peu au courant de l’histoire de sa ville à l’obligation de se méfier des « soutiens » émanant d’une grande métropole qui nous taille des croupières à chaque occasion. Il faut vraiment se dire que si Castelain, Aubry et Lecerf soutiennent cette opération c’est qu’elle n’a pas grand intérêt… pour eux.

Un peu de rationalité dans une hystérie collective ne fait jamais de mal. On a bien conscience qu’une petite voix dissonante a peu de chance d’être écoutée mais il ne suffit pas d’espérer pour entreprendre.

D’abord de quoi s’agit-il ? Contrairement au battage médiatique qui vise à empêcher le citoyen de penser, nous ne sommes pas sur un projet gigantesque assimilable à la bibliothèque Mitterrand de Tolbiac. Ce n’est en aucun cas non plus une opération pharaonique dans le genre du Louvre-Lens.

Soyons précis

Depuis François Ier, la Bibliothèque Nationale doit enregistrer le fameux « dépôt légal », bref tout ce qui s’imprime dans le pays. Dans l’appel à projet, on lit que « ce nouveau pôle sera doté d’un conservatoire spécifiquement dédié à la collection de presse de la BnF ». En gros, cette partie devenue à l’étroit dans la capitale doit trouver un entrepôt de « 15000 mètres carrés, sur un terrain avec possibilité d’extension ».

Dans les documents qu’elle produit – qui ne sont pas les mantras de Douaizizaglo®l’institution « cherche à nouer un partenariat fort avec une collectivité territoriale pour construire un projet d’avenir, qui doit permettre d’assurer la pérennité de collections patrimoniales uniques et de valoriser la collection de presse, dont la valeur historique, culturelle et éducative est majeure ».

On sent qu’il faut dans cet « appel à manifestation d’intérêt » (AMI) attirer le chaland en saupoudrant un peu de sucre culturo-patrimonial sur le gâteau. Pour autant, au delà du métalangage écrit avec les pieds, se pose la question de l’usage concret du lieu.

Sans doute les « soutiens » pensent-ils – tout en n’ayant jamais mis les pieds à « Richelieu » ou à « l’Arsenal »aux milliers de « chercheurs » venant cartable à la main compulser de précieux documents. Pour information, dans le bilan annuel de la BNF, 220 personnes en 2019 ont sollicité le fonds presse. Ce nombre est en baisse constante depuis quelques années.

Une bonne idée ou pas ?

Tout le reste, tel qu’il est évoqué par les « soutiens » , n’est pas pour autant impossible. On peut imaginer qu’à côté du dépôt, on puisse trouver des animations, des projets accessoires qui donneraient au stockage un peu plus d’intérêt. On aimerait dès lors savoir qui les mettra en œuvre car immédiatement passent devant les yeux du contribuable des images bien nettes du Raquet enlisé, d’Arkeos en mal de visites sauf celles des cambrioleurs, de Sourcéane en déficit et surtout d’Hôpital Général en perdition.

La même trouille saisit le Douaisien quand il découvre les projets du maire. N’osons même pas envisager leur concrétisation avant la fin du mandat. Nous sommes quand même dans une ville qui a tué trois librairies en quelques années. Elle possède une bibliothèque, véritable œuvre d’art des années 50, qu’elle a abandonnée à elle même depuis des lustres. Une médiathèque, si possible en périphérie. Du livre partout. Quelle bonne idée.

Les travaux de la BNF ont commencés
Le chantier de la médiathèque de l’Athènes du Nord. A droite, Flines les Râches.

Pas dans Douai, évidemment

D’ailleurs, le choix du site fait tiquer. Pourquoi, encore une fois, mettre cette BNF mirobolante en dehors de Douai ? On n’y manque pas d’espaces disponibles, ni de bâtiments énormes abandonnés. Si nous étions des « Verts », à l’image de notre passionaria locale qui voit tous les sujets par leur périphérie écologique, nous nous inquiéterions des 15000 m2 que mangera le futur entrepôt. Ils s’ajouteront aux centaines d’hectares perdus pour une culture qui n’est pas la bonne (rien que 80 ha depuis 2009 à Lauwin-Planque).

C’est Flers en Escrébieux qui a touché le gros lot. L’AMI réclame une « situation à 3 heures de Paris en voiture et 2 heures en transports entre une gare parisienne et le point de desserte en transports en commun le plus proche ». On plaint l’utilisateur qui, après avoir trouvé Gare du Nord un TGV vers le Douai lointain, devra à son arrivée chercher un autre moyen de déplacement pour se rendre dans la zone de conservation. Il est vrai qu’en théorie le bus est gratuit.

Les chercheurs de la BNF du douaisis craig-whitehead-jpg
Descendu du quai, le chercheur cherche le tram, il ne voit que des bus. Vont-ils quand même vers la lointaine BNF du Douaisis ?

Un AMI qui vous veut du bien

Autre questionnement, le statut de cet « appel à manifestation d’intérêt » (AMI). Sa caractéristique principale, étrange, est « de ne pas être défini par les textes » . Outil hybride, certes souple, il possède une faiblesse dont les juristes seuls ont conscience. Outre de pouvoir être « utilisé à mauvais escient » , il risque une « requalification en contrat de la commande publique » qui déclencherait une avalanche de contentieux. Le tramway, ça ne vous dit rien ?

Comme toujours, il faut se demander combien coûte « cette chance pour le Douaisis  » . Selon la BNF, son montant « est estimé entre 70 et 90 millions d’euros » , ce qui veut dire qu’avec les dépassements habituels, on sera plutôt aux alentours de 100, une fois et demie le budget de la commune.

Ensuite, qui paiera ? Là encore lisons : « L’AMI vise au-delà, à trouver un partenaire pour le très long terme afin de soutenir le financement de l’investissement du pôle de conservation » . En bon français, le « partenaire » c’est nous, ce qui veut dire qu’il faudra mettre la main au porte-monnaie pour que ça marche. Comme tout ce que réalise Douaizizaglo®, ce beau produit ne nous sera pas donné, nous devrons l’acheter.

Remarque ultime, on ne peut qu’être surpris de cet emballement pour un stockage d’imprimés sous forme physique. La BNF, c’est le célèbre Gallica qui permet de son fauteuil d’accéder à des sources numériques infinies. Cette idée de dépôt parait contradictoire avec les évolutions technologiques actuelles. Comment à l’ère de l’immatériel triomphant, justifier l’existence d’un silo ? N’est-ce pas un combat d’arrière garde ? Après avoir approché les 300 000, le nombre de « fascicules de périodiques imprimés » est en baisse constante, un peu au dessus de 220 000 en 2018…

Pour autant, qu’on ne se trompe pas sur notre propos. A condition d’un coût maîtrisé et d’un bilan serré des avantages, il serait idiot de refuser à un établissement public d’installer une antenne dans le Douaisis.
Comme toute activité logistique, ainsi chez Amazon, un hangar peut toujours créer du boulot. La BNF compte un peu plus de 2000 employés sur 7 sites dont 4 en Ile-de-France. A vue de nez, on aura 100 personnes dans un 8eme « conservatoire », soit 1/4 des emplois directs du tourisme dans le Douaisis. C’est toujours bon à prendre mais il ne s’agit en aucun cas de la révolution culturelle qu’on nous vend.

Appariteur du site BNF du Douaisis en quête d’un magazine du dépôt légal

Le produit, c’est vous

Pour être encore plus clair en conclusion, ce que nous dénonçons c’est la posture de ces promoteurs qui prennent les citoyens pour des gogos. On surjoue pour les « fédérer » autour d’un dossier sans jamais en évoquer les inconvénients et l’utilité réelle.
Cet excès d’agitation n’a pas d’autre but que de servir, non pas un projet dont l’appel n’est d’ailleurs pas encore gagné, mais d’abord l’intérêt des maîtres du jeu local.
On balance entre l’incompétence et le cynisme. La situation actuelle des projets de Douaisis Agglo, tous des catastrophes déficitaires, militerait pour la première. Mais préférons la seconde pour sa posture diabolique qui, jouant sur la fierté locale, rend toute critique illégitime.
Selon la BNF, ce lieu de conservation délocalisé sera au mieux livré en 2028 (n+6 après le choix du site) mais c’est un détail trivial. Vous avez compris le message. Ne risquez pas l’excommunication. Le soutien aux élus sortants, rois de la dépense, c’est maintenant.

L’église Saint Jacques de Douai

Eglise Saint Jacques Douai

 

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (8)

 

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

L’église mal aimée

Une 8° merveille s’ajoute à notre inventaire d’abandons. Monument « mal aimé » , l’église Saint Jacques a rencontré dans son histoire tant de déboires qu’on peut s’inquiéter du sort qui lui sera réservé dans les décennies qui viennent.

Douai, selon la formule d’Alain Lottin, a connu elle aussi, comme Lille, sous l’Ancien Régime, « l’invasion conventuelle » qui a accompagné la régénération du catholicisme contre la Réforme aux marches de l’Empire.

Offices, confréries, processions, dévotions rythment la vie des croyants – c’est à dire toute la population – tandis que les séminaires, les collèges, les fondations charitables se multiplient dans la cité. Nous avons parfois oublié la localisation de tous ces refuges monastiques mais l’un d’entre eux, le fameux Constantin de Marchiennes, est aujourd’hui notre Palais de justice.

Quant aux églises paroissiales, Douai en comptait six en tout. Saint Jacques, alors située place Carnot, desservait la « Neuville » , quartier excentré. A l’origine de style gothique, menaçant ruine, le bâtiment avait été largement reconstruit au XVII° siècle. Mais, comme la plupart des édifices religieux – ainsi la collégiale St Amé – vendu comme bien national à la Révolution, il a été démoli pour en récupérer les matériaux.

Une chapelle devenue église

Après le Concordat et la restauration du culte catholique dans le pays, les deux seules églises douaisiennes sauvées, Notre-Dame et Saint Pierre, apparaissent insuffisantes pour les besoins de la population. La plupart des bâtiments religieux d’avant 1789 ayant été détruits ou vendus, on ne trouve pour répondre à cette demande que la chapelle du couvent des Récollets anglais de la rue Sainte Catherine.

Protégé par sa fonction de fabrique de salpêtre, ce modeste édifice resté à peu près intact fera provisoirement l’affaire. Consacrée en mars 1803, la nouvelle église prend le nom de St Jacques en remplacement de la précédente.

Installés à Douai en 1618, les Récollets anglais (qui sont en fait des Franciscains) avaient établi peu après leur couvent avec une petite chapelle attenante. Reconstruite en 1706 en style classique, sa transformation en église paroissiale s’avère compliquée. Outre sa taille et l’absence de dégagement sur la rue, un conflit de propriété – qui va durer plus de 50 ans – oppose la ville aux fondations anglaises restaurées dans leurs droits et qui réclament la restitution de leur bien.

Comme souvent, on bricole. On règle à ces dernières un loyer jusqu’au moment où on se décide enfin à acheter le bâtiment pour permettre son agrandissement.

Saint Jacques en 1846 avant l’agrandissement (lithographie de J. Mortreux)

Un pastiche XVIII° siècle

Avec plus de 8000 paroissiens dans ce quartier, cette solution provisoire ne pouvait plus durer. En juillet 1851, à l’initiative du curé de la paroisse, Vrambout, la commune achète la chapelle, prélude au lancement d’un chantier d’agrandissement qui démarre aussitôt. Les travaux sont rondement menés – peut être trop – et, dès 1855, l’inauguration donne l’occasion d’une fête magnifique que président tous les saints et prélats de la région.

Les plans du nouveau bâtiment sont l’œuvre d’Alexandre Grigny, architecte du diocèse d’Arras, autodidacte passionné d’archéologie, ancien compagnon du tour de France. Il ne prend pas le parti d’une époque où triomphait le néogothique cher à Viollet-le-Duc. Il choisit au contraire d’épouser le style de la chapelle originelle au point que certains critiques parleront même de « pastiche XVIII° siècle » pour qualifier sa construction.

Grigny conserve la basilique originelle, son vaisseau central et ses bas-côtés. Il se contente de l’agrandir au fond en ajoutant des transepts et un dôme au dessus de la croisée. Pour finir, à l’extrémité, une chapelle absidiale est surmontée d’un curieux campanile dont l’élévation joue sur la réduction des étages, carrés puis hexagonaux.

L’appareil extérieur est plus banal, fait de pierre calcaire pour les encadrements et de briques pour les murs. Seul, le porche d’entrée sur la rue – une copie évidente du Gésu de Rome – est ouvragé avec ses pilastres et sa niche centrale où a été installée sans trop de proportions une statue de Saint Jacques. Il y a probablement eu avant l’agrandissement de 1855 des modifications de cette façade à son niveau supérieur. Les pierres ont beaucoup moins résisté aux attaques du temps.

L’intérieur est d’une facture classique qui ne manque pas de grandeur. On y perçoit des soupçons de baroque par la largeur de la nef, l’importance des voutes ou encore la hauteur du dôme. Mme Camescasse qui n’aimait pas cette église en disait qu’elle n’avait rien de « remarquable » et que sa statuaire était d’un « goût douteux » .

Il est vrai que son joyau n’est pas sa décoration mais son grand-orgue, offert en 1880 par de riches paroissiens dont on aimerait connaître le nom. Fabriqué en Belgique par Schyven, sa décoration, inachevée, a été complétée en 1902. Malheureusement, durant la Grande Guerre, comme les autres instruments de Douai, les occupants allemands ont pillé la quasi totalité des tuyaux pour en récupérer l’étain. Sa reconstruction en 1924 se fera à l’économie, le zinc remplaçant ce métal onéreux.

La recherche d’une légitimation

Il faut évoquer les deux traits qui visaient à donner à cette chapelle puis église, sans doute pour la rendre plus légitime aux yeux de ses paroissiens, les vieilles traditions religieuses que la Révolution avait interrompues.

Compte tenu de sa dédicace à Saint Jacques le Majeur, l’église originelle présentait aux fidèles depuis le Moyen-Age une de ses reliques – une arcade sourcilière – lors de cérémonies. A partir d’Arras, les restes du saint avaient été dispersés dans plusieurs lieux,  Aire sur la Lys, Boulogne et enfin Douai. Installé dans la nouvelle église, oublié de tous, l’objet sacré – qui n’était plus l’original mais un don arrageois de 1862 – y fut retrouvé en 2012 avant d’être déménagé dans la collégiale Saint-Pierre.

Enfin et surtout, l’église Saint Jacques récupéra dès sa consécration en 1803 la célébration du « saint Sacrement de Miracle » qui était depuis le XIII° siècle la plus remarquable expression de foi de Douai. En 1254, dans la nef de la collégiale St Amé, une hostie trouvée sur le sol, ramassée par un prêtre horrifié de la trouver là, suscita de nombreuses visions de la part de l’assistance. Selon un chroniqueur, « en l’espace d’une heure, on voyait ordinairement le Sauveur sous différentes formes. Les uns l’ont vu étendu sur la croix, d’autres venant juger les hommes. Plusieurs, et c’est le plus grand nombre, le virent sous la forme d’un enfant. »

Cette tradition fut restaurée pour le plus grand bénéfice de la paroisse, héritière de la collégiale millénaire avec sa confrérie et sa procession pascale, éléments de légitimation face à ses concurrentes, Notre-Dame et Saint-Pierre.

Désintérêt et oubli

Cette ferveur fut malheureusement inopérante pour répondre aux problèmes que présenta rapidement un bâtiment qui ne reçut jamais, il faut bien l’avouer, un très grand intérêt de la part des pouvoirs publics.

Ainsi, la restauration indispensable de l’orgue ne fut pas mise en œuvre en dépit de nombreuses tentatives.  Plus grave, l’entretien fut peu à la hauteur des désordres qui se déclarèrent dans le gros œuvre assez rapidement. Comme souvent, la hauteur de la dépense empêcha de l’engager. Cette inaction coupable aggrava les dégâts qui réclamèrent dès lors des budgets de plus en plus importants pour être arrêtés.

En 1998, la chute de morceaux de plâtre des plafonds prouvait l’instabilité du bâti. Une étude de la structure menée par les monuments historiques – elle est inscrite depuis 1994 – diagnostiqua l’affaissement du dôme et son possible effondrement. Interdite au culte l’année suivante, en dépit d’un étayage conséquent de ses quatre voûtes, l’église est définitivement fermée au public en 2008. Depuis, Saint-Jacques est un vaisseau vide, sans fidèles, sans messe, sans avenir.

Le pignon menace…

On reste sur sa faim quant à l’origine de ces problèmes de structure. Des défauts de construction ont souvent été évoqués. On a aussi mis en cause la qualité des matériaux. Le calcaire d’Avesnes s’effrite à l’air libre mais cette « lèpre » est d’abord le fait d’algues microscopiques qui prospèrent faute de protection. A l’abri de l’humidité, la pierre est résistante. Nul doute que les infiltrations provenant des toitures ont joué – et continuent à jouer – un rôle non négligeable dans cette dégradation.

A quoi sert un monument ?

Après vingt ans d’abandon, peu de signes encourageants apparaissent à l’horizon. Le maire qui exprimait sur ce dossier sa « perplexité » , envisageait deux options. La démolition de la partie problématique ou sa fermeture, ces solutions engageant, selon lui, des dépenses égales. Il était donc urgent de ne rien faire.

L’église étant classée et la commune propriétaire, il serait possible de mettre la municipalité en demeure de la restaurer puisqu’elle doit par la loi la préserver. On répondra que l’étayage – qui fête ses vingt ans – la maintient intacte et que, pour 2021, la rénovation du porche sera réalisée. On comprend les impératifs de sécurité pour les passants ou l’amélioration esthétique de la rue mais chacun sait que toute rénovation partielle éloigne encore la perspective d’une reprise complète d’un bâtiment en péril.

Avec la disparition de la pratique religieuse et l’appauvrissement de la ville, la restauration de l’église Saint Jacques est probablement aujourd’hui un horizon inatteignable.

Pourquoi vouloir maintenir en état des vieux bâtiments qui obèrent le budget communal alors qu’ils ne servent à rien ? Pourquoi s’acharner à protéger un patrimoine quand nos élus préfèrent construire des parcs d’attraction en forme de musée, des boulodromes, des planétariums ? Pourquoi vouloir restaurer un lieu de culte alors qu’il existe tant de bâtiments dans la ville qui mériteraient des travaux de rénovation, ainsi, , , , , , et

Tout cela permet de s’interroger sur la fonction d’un « monument » , sujet essentiel sur lequel nous reviendrons dans un autre billet.

Il parait peu probable qu’il puisse survenir dans les années proches un renouveau catholique poussant les Douaisiens à soutenir en masse l’église menacée. Il parait ainsi difficile d’envisager une coûteuse rénovation qui ne conduirait qu’une dizaine de fidèles à fréquenter la messe chaque semaine. Trouver à Saint Jacques une autre utilité est de bon sens.

On peut aussi envisager sa démolition, certes interdite par la loi, mais qui serait possible dès l’instant où, sans aucune intervention humaine mais seulement le temps qui passe, l’effondrement du dôme devenait une réalité. Nous aurions à n’en pas douter un beau terrain en plein centre ville pour y construire des logements sociaux.

Un peu d’imagination ?

Douai Vox® ose néanmoins des propositions alternatives, comme un exercice théorique qui n’aura jamais, telle que nous connaissons notre ville, la moindre chance de voir le jour. Faisons le pour la beauté du geste. Les paroles s’envolent, les écrits restent…

On peut déjà utiliser les vieux moyens bien connus, mobilisés en partie par l’admirable et méritante association des « Amis de Saint Jacques » : monter une campagne de dons associée à la mise en demeure de l’Etat de sauver le bâtiment. C’est ce qui a été tenté depuis 2003. Perspectives de réussite : faibles…

On peut ensuite tenter le « crowdfunding » déjà mis en place dans de nombreux endroits. Ainsi recourir aux merveilleux d’Artagnans si célèbres déjà. Cette plateforme française créée par deux transfuges de la Skema permet aux citoyens de préserver le patrimoine en devenant co-propriétaires par leurs dons. Il faut juste s’inscrire sur le site.

On peut solliciter le programme de Stéphane Bern pour faire genre, passer à la télé et, mieux que Biden, voir la « première dame » venir à Douai inaugurer le tout. Le loto organisé lors de la journée européenne du patrimoine affecte le produit des paris à des projets de restauration. Il faut juste monter le dossier.

On peut enfin, après l’indispensable « décret d’exécration » pris par le diocèse, mettre en place diverses solutions modernes et habiles d’utilisation de ce bâtiment. On laissera de côté la possibilité de transformation en fabrique de salpêtre pour en retenir quelques unes :

1-En tout bien, tout honneur, l’exemple de l’église St Louis, le « phare de Tourcoing » qui, après avoir failli disparaître, est devenue un espace de formation et plein d’autres choses encore. Comme quoi, quand on veut, on peut.

2-A Poitiers, la chapelle du Gésu édifiée en 1852 a connu une transformation majestueuse, devenue restaurant et hôtel uniques au centre de la ville en 2012. Tiens, c’est quasiment le même âge que l’agrandissement de Saint Jacques.

3-A Nantes, une autre chapelle, encore une fois jésuite, construite de 1854 à 1858 a été désacralisée et vendue en 2006 pour devenir un espace de « coworking » . « Sixtine » est un lieu d’échanges, d’animations et aussi d’interactions entre les esprits créatifs de l’entrepreneuriat, de la recherche, de l’art et des idées.

4-En Espagne, dans les Asturies minières qui sont le Nord Pas de Calais du pays, une église centenaire, abandonnée depuis des années, a été transformée en Skate Park. Grâce une levée de dons en ligne et le parrainage de Red Bull, le bâtiment a retrouvé toute sa santé et une certaine fréquentation.

5-Aux Pays-Bas, à Maastricht (prononcez Masse Trique), une chapelle du XIII° siècle a été transformée en librairie en 2006. Elle reçoit chaque année… 700 000 visiteurs qui ont à leur disposition des livres neufs et d’occasion, des CD et même des vinyls. On peut y boire un coup et y organiser des évènements. Ah ces Bataves, trop malins !

Sous 40 000 habitants, t’as plus rien

Rapport Cour des Comptes Douai 2020

La lecture des rapports de la Cour régionale des Comptes est un exercice auquel devrait se livrer tout électeur. On y trouve des informations sur des sujets dont on ne parle jamais. Malheureusement, selon l’expression locale, ils « n’intéressent personne ».

Une bonne lecture

Evidemment, il faut, comme on dit, « entrer dedans » et oser affronter le jargon juridique, sinon comptable, de nos magistrats. On peut aussi regretter qu’au delà de ces difficultés de lecture, certaines dérives – toujours présentées avec une mesure qui en limite les effets – n’aient jamais la moindre conséquence pour personne.

A lire au plus tôt !

En décembre 2020, la Cour des Comptes a publié un excellent rapport sur la gestion de notre commune. Il n’a reçu aucune publicité. On y découvre pourtant de tout, du bon et du mauvais, mais surtout des hypothèses qui permettent d’avoir une idée sur ce qui nous attend dans les années qui viennent.

On perd du monde

Il y a une grande diversité de sujets, notamment financiers, dans ce document mais concentrons nous sur l’évolution de notre population dont la baisse continue depuis 1968 – son point haut à 49000 habitants – prouve l’étendue du déclin.
La Cour des Comptes retient en « population légale » au 1er janvier 2020, le chiffre de 40 605 Douaisiens. Signalons que nous avons été sauvés par le décret de 2019 lequel, réformant les vieilles et utiles dispositions de 1969, met à présent dans le grand tout la masse des « sans domicile fixe » auparavant comptés à part.

Pour comprendre l’intérêt du nouveau mode de comptage, l’INSEE met dans cette catégorie les personnes qui utilisent un service d’hébergement ou un lieu non prévu pour l’habitation. Cela concerne les « migrants » relativement courants à présent dans Douai mais aussi toute la population sans domicile qui se concentre dans la ville pour y trouver de l’aide.

Quoi qu’il en soit, passés sous la barre des 40 000, nous expérimenterons, pointées dans le rapport, toute une série de conséquences négatives qu’il convient de résumer ici.

On perd avec des conséquences

D’abord un effet budgétaire selon la Cour des Comptes qui considère la baisse régulière de la population de 1% par an comme inéluctable. Elle pointe pour cette raison la dégradation probable de la capacité d’autofinancement (CAF), c’est à dire la réduction de l’excédent de dépenses par rapport aux recettes, notamment fiscales.

Avec une « CAF » tombée à 5,3 millions en 2023 par l’effet de la perte des habitants, la commune sera dans l’obligation d’emprunter (21 millions) pour assurer plus de la moitié des dépenses d’équipements prévues (48 millions). Actuellement de 3,7 – ce qui est rassurant – le ratio d’endettement passerait alors à 8,6 années (durée de remboursement si toutes les recettes y sont consacrées), s’approchant du seuil d’alerte de 12 ans fixé par l’Etat.

La solution des magistrats est banale : adapter les dépenses de fonctionnement et d’équipement aux capacités financières des prochaines années, donc les réduire. Ils n’envisagent pas l’autre possibilité, la hausse probable des taxes pour ceux qui les paient, mouvement qui ne conduira évidemment pas, comme nous l’avons déjà présenté, à renverser la vapeur démographique, bien au contraire.

On perd des emplois

L’autre conséquence dont on ne parle jamais sera plus administrative. Il existe en France toutes sortes de règles qui dépendent du niveau de la population communale. Très sage, l’Etat souhaite éviter qu’un petit village ne rémunère ses agents comme pourrait le faire une grande métropole. L’idée est aussi, sur cette même logique, de limiter le nombre des fonctionnaires municipaux.

Passée sous le seuil fatidique des 40 000, « la commune ne serait plus en capacité de recruter certains cadres d’emplois d’encadrement supérieur », c’est à dire des administrateurs territoriaux, des ingénieurs en chef, des conservateurs du patrimoine et des bibliothèques, etc.
La Cour ne précise pas les conséquences en termes de rémunération pour ces cadres qui seront en voie de raréfaction. Rappelons les : quand un directeur général des services (9° échelon) reçoit un salaire brut de 4554 euros dans une commune de plus de 40 000 habitants, ce dernier passe à 3889 euros dans la strate inférieure. Il suffit de calculer la différence sur une année…

On agit, on y croit

La rapport aborde les moyens mis en œuvre pour « attirer de nouveaux Douaisiens » et donc conjurer ces dangers.

Les magistrats notent sobrement que « cet objectif n’a pas, pour l’instant, été atteint ». Il est vrai que les 42 411 habitants en 2016 sont à comparer aux 40 605 actuels, soit une perte de 2000 personnes en dépit de la modification des contours de la population légale. Au doigt mouillé à la douaisienne, la perte est sans doute en réalité de plus de 4000 habitants.

La réponse de « l’ordonnateur » apparait dans la ligne habituelle, mélange de déni et d’aveu masqués sous l’amphigouri. Il indique en effet que « la diminution tendancielle de la population est ancienne et qu’elle s’est accélérée ces dernières années ».  Si la formule reconnait que le déclin vient de loin, le phénomène n’a pas été freiné durant les six années écoulées.

On n’y comprend pas grand chose

Plus intéressantes sont les mesures prises par la municipalité, telles qu’elle les présente aux magistrats qui ne sont pas, comme nous le savons, les électeurs, ni d’ailleurs les contribuables. On a droit, c’est de bonne guerre, à la mise en avant du fameux programme « Cœur de ville ». Pour autant, cette merveille est considérée comme « récente » – sous entendu : sans effets – car elle a « nécessité au préalable, la constitution d’un patrimoine foncier ».

Dans la foulée, le maire reste optimiste. Il déclare qu’à « partir de remontées d’informations de terrain (…) des résultats positifs commencent à apparaître ». Nous passerons sur la valeur statistique de cette affirmation et cela d’autant plus que quelques paragraphes plus loin les magistrats pointent la maîtrise du sujet par l’Hôtel de Ville : « Lors du contrôle, la commune a indiqué ne pas disposer d’étude, ni d’évaluation des retombées de ses projets d’investissement sur son attractivité ».

Devant ce constat peu rassurant, arrive aussitôt la solution miracle en forme de promesse dont on se demande pourquoi on ne l’a pas mise en œuvre tout de suite et qui d’ailleurs est loin de l’être : « Enfin, la commune envisage de créer, au sein de sa direction de l’urbanisme, une cellule de pilotage chargée du suivi des projets de promotion immobilière et de la valorisation de ses terrains ».

On fait des trucs quand même

Reste ensuite la botte secrète, le projet phare qui rachète toutes les fautes. Le maire cite « une opération de réhabilitation d’une grande enseigne commerciale régionale en centre-ville, qui aurait vu son chiffre d’affaires augmenter » . S’il serait excessif de critiquer cette réussite, qui a certes englouti beaucoup de sous publics, mais qui s’avère un succès commercial, on a quand même du mal à saisir le lien entre le déménagement du Furet avec l’évolution démographique de la ville.

Peut être qu’un amoureux des livres ou un adepte des matériels de bureau pourraient être poussés, après leurs achats, à s’installer dans la ville pour profiter de la proximité de ce magasin.

Dès lors, dans la même logique, il aurait été bon de citer la réussite flagrante du « Prévost » qui, comme le Furet, amène, n’en doutons pas, de nombreux habitants à Douai. Après un bon repas, il est certain qu’un habitant de Lauwin-Planque foncerait acheter une maison à côté pour s’y rendre tous les jours… à pieds.

Par contre, beaucoup plus évident quant à un éventuel impact sur le phénomène, « l’ordonnateur » cite « l’acquisition d’une ancienne caserne militaire (cf le quartier Caux) par un groupe spécialisé en matière de rénovation du patrimoine classé pour en faire de l’habitat » . On reconnaîtra que cette proposition est de bon sens. Reste à savoir quand même combien seront ces nouveaux Douaisiens et surtout quel en sera le profil social.

On pose des habitants à tout prix

Car il est possible de craindre que cette volonté de peuplement – vitale pour tout ce que nous avons exposé plus haut – ne se traduise par du n’importe quoi. L’évolution de la démographie douaisienne est évidemment un phénomène complexe – séculaire – qui ne peut se résoudre par quelques mesures bâclées.

Nous sommes devant deux futurs :

Le premier est un rêve. Une équipe soudée et dynamique, à l’écoute des citoyens, assume la baisse démographique pour la transformer en avantage. On libère des espaces, on détruit les logements insalubres, on restructure les cités périphériques. Le gel de la construction de logements sociaux et la réduction de cette offre déclenchent mécaniquement leur étalement dans les communes des alentours.
La baisse des taxes, vigoureuse pour faire passer la ville sous les taux des voisines, attire de nouveaux habitants comme de nouvelles entreprises, si possible à forte valeur ajoutée. Cette action est couplée avec le renforcement de l’offre scolaire et universitaire de la ville, sous-employée et sous-valorisée.
On fait enfin partout la promotion de la ville, mais pour ne pas mentir, on répond concrètement aux défis qu’elle connait depuis des décennies : l’esthétique immobilière, l’insécurité, la propreté, l’accès au centre-ville.

La seconde est un cauchemar. Une municipalité à la dérive tire à hue et à dia entre l’écologie punitive et l’incohérence économique.
Les décisions, qui relèvent de la pensée magique, ne reposent jamais sur une étude serrée de leur bilan coût/avantage.
inaccessibles sinon à pied, les commerces disparaissent. Les taxes flambent, ce qui pousse les taxés à fuir. Les valeurs immobilières s’effondrent.
Terrorisés par la vacance accélérée des logements, les édiles « font du social » pour les occuper à tout prix. Des centres d’hébergement où se bousculent « migrants » et « SDF » sont multipliés un peu partout, notamment en centre-ville.
Au bout de quelques années, Douai, après avoir perdu son palais de justice, le siège de son école des Mines et un bout de sa fac de Droit, compte 30000 habitants, relevant pour plus des 3/4 des minimas sociaux.
Aux abois, le maire réclame le classement de toute la cité, devenue un centre social à ciel ouvert, en politique de la ville

Besoin d’une idée ?

Idée évoquée voilà plus de deux ans par Douai Vox, une société française qui doit être abonnée à cet excellent site, propose aux actifs fatigués de la vie dans la capitale une solution intelligente d’exfiltration.
Une « start up » , Laou, propose de prendre tout en mains et de faciliter l’atterrissage des amoureux de la province pour son calme et son faible coût de la vie.
Mais pourquoi nos décideurs ne prennent-ils pas contact avec eux pour installer un bureau à Douai ?

Kruidvat disparu, le roi est nu

fermeture magasin kruidvat douai

La récente annonce du groupe hollandais Kruidvat de fermer son magasin de la rue de Bellain est une grosse pierre sombre, tombale, qui s’ajoute à toutes celles, plus petites mais tout aussi noires, qui s’égrènent depuis une décennie sur notre chemin déclinant.  

Mesurer le déclin

Cette enseigne, logée dans un des plus beaux bâtiments de la « Croix de Douai », offert avec une multitude de facilités à nos amis bataves, disparaît après deux courtes années de fonctionnement.

On glosera sur les raisons de ce retrait qui ne peuvent évidemment être séparées des situations sanitaires actuelles, du moins en apparence et selon les déclarations des dirigeants du groupe. Dès la nouvelle de cette catastrophe, comme à son habitude, notre maire a joué l’effet d’annonce, histoire d’atténuer l’impact du désastre : « on va trouver rapidement un repreneur ».

Ben voyons.

Tout Douaisien qui parcourt le centre-ville ne peut éviter de voir ce qui ne s’avoue jamais officiellement, la disparition implacable de ses commerces. Si aucune mesure ne peut l’enrayer, il est certain qu’une absence de mesures la favorisera radicalement.

Les circonstances sanitaires constituent un défi pour toutes les villes de France, y compris sa capitale. Elles doivent être analysées comme une épreuve absolue dont ne pourront émerger que les structures les plus solides et les plus saines, ce qui est loin d’être le cas de tous les commerces de Douai.

Maintenir le dogme

On nous dira qu’il existe un projet d’envergure qui va révolutionner la cité en répondant à tous ses maux d’un seul coup. Il s’agit de cette fameuse piétonnisation qui a suscité beaucoup de réactions dans la ville et sur les réseaux sociaux. Notre sondage lui même a apporté quelques lumières sur ce dossier mais surtout une conclusion en forme de pari qu’Aragon n’aurait pas renié : il y a ceux qui croient au ciel piétonnier et ceux qui n’y croient pas.

Une interrogation s’impose. On peut se demander si les patrons de Kruidvat, informés des risques d’une folie qui conduira à la paralysie complète de la rue de Bellain durant une bonne année sinon plus, n’ont pas mesuré de près le risque qu’ils prendraient à maintenir un commerce en difficulté. On peut ajouter qu’il ne faut jamais attendre d’un néerlandais la moindre philanthropie comme Douai l’a déjà expérimenté dans le passé (APTS…).

Quoi qu’il en soit, il est vrai que la perspective de cette piétonnisation ne peut manquer d’effrayer le moindre entrepreneur. Quel commerçant oserait miser son capital dans un environnement aussi répulsif ? Il lui suffira, avant de fuir, d’observer la rue de la mairie fermée le week-end aux véhicules au bénéfice des piétons. Le bipède masqué y est bien rare quand souffle la bise sur les vitrines abandonnées.

Cette voie qui fonctionne couci-couça permet de s’inquiéter des effets d’une longue rénovation. On ne parlera pas de La Charpente tuée net par les travaux de la rue de la Mairie mais de l’intérêt à remettre en cause des projets incertains. Quand la crise surgit, l’adaptation aux circonstances est une question de vie ou de mort. Elle réclame, dans une volonté de salut public, une réévaluation des postures. Sursoir à une décision soulevant trop d’oppositions ou par trop douteuse, Jacques Vernier, le mentor, le guide, le visionnaire, en était pourtant passé maître…

A ce stade, le maintien du dogme – quoi qu’il en coûte – qui pourrait laisser croire que la barre est fermement tenue, confirme au contraire l’incroyable impuissance de notre municipalité. Toute notre vie collective subit une crise dont les conséquences vont être incalculables.

Notre édile, pourtant au centre de tout, du Douaisis comme de sa ville, ne change pas ses plans, ne renverse surtout pas la table. Kruidvat nous quitte. Tous les sous de l’opération « Coeur de Ville » ne peuvent l’empêcher.

Numéroter ses abattis

Bien cruelles apparaissent les initiatives venues d’ailleurs. Privé de sa vice-présidence, notre maire est à présent entré en conflit ouvert avec Douaizizaglo® qui saute sur la moindre occasion pour le mettre en défaut.

La dernière livraison, toute récente, de notre chère, très chère, communauté d’agglomération, est celle d’une gratuité des transports que le maire a toujours combattue. Cette décision vise sans doute – sous des motivations d’apparence où se disputent « l’écologie » et le « social » – à lui démontrer qu’il ne sert à rien puisqu’on ne lui demande même pas son avis.

Évidemment, avant d’être mise à exécution, cette opération électorale en forme de triangulation réclame quelques préalables : ainsi l’accord nécessaire, sous le mode de la menace chère au parrain lauwin-planqué, de la communauté de communes Cœur d’Ostrevent (CCCCCO). Il faudra aussi faire un peu de GRH, ainsi transformer le personnel commercial du SMTD en machinistes ou en vigiles. Trois fois rien…

On aura compris que ces conflits sont à replacer dans la perspective prochaine des élections cantonales. Ce scrutin renvoie à la célèbre théorie des dominos. Si le patron absolu de la communauté d’agglo (382 électeurs en bas, 157 millions d’euros en haut) ne passe pas la rampe, il ne sera pas président du conseil départemental, ni président de la région, ni président de la République, ni président du monde.

fermeture kruidvat douai
On vous laisse deviner qui est Peppone. On vous aide, c’est un ami des communistes.

La rupture s’est d’ailleurs officialisée sur ce sujet en décembre dernier. Frédéric Chéreau, lors d’un conseil communautaire digne des plus grands moments de Don Camillo, a dénoncé les manœuvres du président – du chantage, rien que ça – qui chercheraient à l’empêcher de se présenter à ces très importantes élections.

Préparer les cantonales

On peut d’ailleurs amèrement regretter la suppression du site de Douaizizaglo® de ce morceau d’anthologie. Son visionnage – 6 heures quand même – devrait être imposé à tous les électeurs du Douaisis pour leur complète édification. Toute la palette des sentiments humains – mais pas les plus beaux, on vous rassure – y étaient exposés sans aucun filtre.

Mince ! Douaizizaglo® supprime ce qui gêne…

Nous pourrions rire de ces péripéties si elles n’avaient pas pour nous tous des conséquences dramatiques. Elle sont d’ailleurs parfaitement perçues par le patron de la communauté d’agglomération qui évite soigneusement de mettre en ligne les séances du conseil, ce qui prouve qu’il est bien conscient de leurs effets délétères sur l’opinion locale. Pour vivre heureux dans nos mandats, restons cachés.

Si nous sommes certains que le « seigneur de Lauwin-Planque » sera candidat à sa succession, obligatoire pour conserver son empire, il n’est pas du tout assuré que notre maire soit sur cette position de combat.

Un magasin de plus qui ferme, mais que fait le maire ?
L’étonnant courrier du Maire à ses administrés. Il n’est candidat à rien mais alors pourquoi se plaindre ?

L’honneur devrait le pousser à être candidat au nom de sa ville mais à Douai, tout est possible, y compris un arrangement souterrain entre les deux ennemis. Cette « guerre » est asymétrique. Le maire de Douai a plus à perdre dans un bras de fer que le patron de Douaizizaglo® comme le montrent jour après jour les décisions du second après lesquelles court le premier.

la guerre entre douaisis agglo et le maire de douai
On passera sur l’ignoble écriture inclusive car l’impuissance est parfaitement expliquée : ni Le Raquet, ni EuraDouai ne sont à Douai.

Nous voilà donc tous pris en tenaille entre un maire isolé, sans parti, sans amis, qui ne peut rien faire et un président absolu qui fait n’importe quoi. De deux maux, il faut toujours choisir le moindre mais là, il faut reconnaître une égalité totale des offres.

Nous pourrions échapper au découragement si se levait une troisième voie, une alternative, un sursaut, un candidat incontestable et incontesté. Un De Gaulle ou une Jeanne d’Arc, enfin un truc local approchant. Ben, c’est pas gagné.

L’étonnante assurance du parrain quant à sa réélection démontre qu’il a tout verrouillé avec sa science de la « combinazione » qui fait tout son charme. La disparition d’une partie de ses concurrents pointe à l’horizon. Il y aura, n’en doutons pas, de grandes surprises avant le premier tour. Le roi de Douai est nu mais il n’est pas le seul, ses concitoyens le sont aussi…

Sondage sur la piétonnisation de la rue de Bellain à Douai

sondage piétonnisation rue de Bellain douai centre-ville

Aidez-nous à y voir plus clair

Devant le brouillard qui enveloppe le projet de piétonnisation des rues de Bellain et de la Madeleine, Douai Vox lance une bouteille à la mer.
Pour une fois, on fait dans l’objectivité avec un sondage express et anonyme qui, nous l’espérons, apportera un peu de clarté dans ce sujet aussi important que confus. En gros, on tente d’éloigner le doigt mouillé.
Aidez nous !


Merci de partager largement ce questionnaire. Un compte-rendu précis vous sera présenté à court terme sans bricolage, ni trafic.

Droit de réponse simultané

droit de réponse simultané -Douai ma ville

Nous nous sommes déjà penchés sur cette rubrique qu’on trouve à présent tout à la fin – et non plus au début – de l’inénarrable « Douai ma ville ». Ce magazine est censé laisser comme partout, sauf en Biélorussie, un peu de parole à l’opposition puisqu’il est payé par tous les habitants.

On note en passant – les glissements sémantiques sont toujours éclairants – que la « tribune libre » s’est transformée en « expressions politiques », formule qui démontre, par la disparition du seul mot important, que la liberté n’est probablement pas la condition première de ces notules.

Plus intéressante encore, car géniale, apparaît la martingale utilisée par le maire pour noyer le poisson de la contradiction dans un océan de majorité municipale.

Pour atténuer l’impact des opposants, Frédéric Chéreau a trouvé le moyen de donner à ses « alliés » du Conseil un droit de parler autonome. Les opposants réels (LREM, RN et Douaisiagglossiste) sont donc mis en équilibre avec le PS, les Verts et l’avatar « l’humain d’abord », formule qui doit désigner, mais nous n’en sommes pas certains, le PC.

Évidemment, l’exercice auquel sont soumises ces diverses personnalités n’est pas toujours simple. Rédiger un topo au  volume calibré, probablement réclamé à la dernière minute, peut s’avérer une gageure pour beaucoup de monde. On fait vite, on fait mal.

On pourra toutefois objecter qu’une « expression libre » existe dans chaque DMV et qu’il serait parfaitement possible d’anticiper. Un malin pourrait même, comme un feuilleton à la Zevaco ou la Dumas, rédiger à l’avance les 72 épisodes en prenant comme argument les problèmes de Douai. La distance peut être tenue.

Les Gauches plurielles cataloguent

Commençons par le PS. Difficile d’échapper à l’inventaire qui doit cocher toutes les cases de la pensée de « Gauche ». Il faut du jeune – check ! – il faut du vivre ensemble – check ! – il faut du futur – check ! – il faut de « l’1kluzif », dûment utilisé par ce professeur des écoles dont on espère qu’elle n’enseigne pas cette abomination à ses élèves – check !

douai ma ville droit de réponse checklist socialiste
Check !

Passons ensuite aux Ecolos. Ce n’est plus un inventaire, c’est un catalogue aussi vert que celui de Manufrance. Il faut s’inquiéter parce que son auteur, étoile qui monte, veut nous vendre de la « transition », ce machin bien inquiétant qui doit transformer tout Douaisien en vélocipédiste nourri au quinoa dans sa baraque isolée chauffée à l’éolien. Rassurons nous, c’est pour notre bien, c’est pour notre santé.

la transition energétique dans les Hauts de France droit de réponse
Le Nord après la transition

Finissons enfin en beauté par le PC « allié de F. Chéreau ». On précise, parce que dans notre Douaisis cette obédience peut tout aussi bien soutenir la droite agglomérée ou un programme immobilier. Là encore, ça démarre et finit par de « l’1kluzif » qui sera à n’en pas douter la marque visible du mandat à défaut de résultats concrets. On y parle enfin de la crise sanitaire mais aussi mais surtout de tous ces services et dépenses sociales que les contribuables devront financer pour que Douai ait son avenir radieux. Lecteurs, ça va taxer !

L’opposition abuse du pipotron

Commençons la lecture par la prose de notre nouveau vice-président douaisiagglossiste qui, malheureusement, ne fait pas mention de sa toute nouvelle qualité, ni même de l’important dossier dont il est chargé à la communauté d’agglomération : le tourisme. C’est bien dommage. Là encore, production d’une liste assez contradictoire par la diversité des thèmes embrassés où l’écologie, religion actuelle, est évidemment en bonne place. On relève quand même une critique sur la réforme des « conseils de quartiers ». Jeune homme déjà un peu notable, encore un effort pour être révolutionnaire !

droit de réponse - douai ma ville - le tourisme
Che le tourisme !

L’opposition LREM évoque la crise sanitaire sur un mode que nous nous sommes habitués à entendre ces derniers mois. Celui du « nous » sauveur du monde, apportant à l’humanité souffrante « la santé » qui lui ferait défaut, parce qu’on connait des médecins. Quand on le relit bien, ce texte paraît surgir du très utile et célèbre « pipotron » qui fabrique des formules au kilomètre. Retenons que ces dernières, c’est logique, sont fortement teintées d’une écologie incantatoire qui tient lieu, là aussi, de prêt à penser.

Enfin, comme à son habitude vacharde, le représentant du RN tape là où ça fait mal, sur la récente et incroyable amélioration des indemnités du maire. Cette décision prise au sortir des élections, qui a eu les honneurs de la presse nationale, se retrouve à juste titre dans notre magazine. Très précis et méchant, notre jeune homme règle les comptes. Leurs montants peuvent faire rêver beaucoup de monde : 1800 euros par mois soit 130 000 euros de plus sur un mandat. Ah oui, quand même…

Liberté chérie, liberté coûteuse

Le plus amusant, c’est que cette mention a déplu à l’intéressé au point de le pousser à réagir pour contrer l’effet désastreux de cette révélation. La tribune n’étant plus « libre » mais « politique » , le patron y complète son éditorial de la première page. On se croirait à Douaisis Agglo.

En langage chéralien, le « directeur de publication » (alias le maire) exerce « un droit de rectification simultané ». Cette formule amphigourique ressemble assez à la défense menée dans les médias locaux et nationaux, à savoir que cette délibération, qui augmente son revenu, respecte « un formalisme obligatoire et reprend l’équation définie par l’État ».

Vous êtes comme nous. On n’y comprend rien. Pour parler clair, on a peu de mal à savoir si le maire touche plus aujourd’hui qu’hier. On croit comprendre que c’est « légal » et que la réduction du nombre de conseillers (41 à 39) pourrait conduire à augmenter en proportion les indemnités individuelles, donc peut être celle du maire. Après, on est perdus.

douai ma ville - l'augmentation du maire
droit de réponse - douai ma vile

Il y a pourtant un moyen très simple de mettre fin à cette polémique qui, comme une tunique de Nessus, va évidemment plomber le mandat. La publication des virements indemnitaires, sur le principe d’avant/après, réglerait le débat définitivement. Combien le maire recevait-il en septembre 2019 et combien touche-t-il un an plus tard ?

La question, elle est vite répondue. Bisou.

Douaisis Agglo, rififi à Palerme sur Scarpe

Il y a une phrase qu’on entend souvent : « les électeurs s’en moquent ». Ce refrain vise à convaincre l’auditeur de l’inutilité d’une réaction à tout ce qui choque dans notre territoire.  On n’est pas loin de l’unanimisme qui relève de la même logique : pas la peine de s’opposer aux décisions qui engagent notre avenir, tout le monde est pour. Ce fatalisme imposé possède aussi une autre version, plus ferme, celle du « c’est comme ça et pas autrement ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Refusons ces injonctions. Impossible de passer sous silence les suites de l’élection municipale covidienne, celles qui se sont produites du côté de Douaizizaglo® .

Douai martyrisé

Ces conclusions ont été, voilà peu, devant les yeux ébahis de l’opinion, les désignations du président et autres vice-présidents de la communauté d’agglomération.

Si l’élection du « roi du village » ne faisait guère de doute – le verrouillage était en place depuis longtemps – les désignations des instances exécutives resteront dans les mémoires tant elles ont été un camouflet jeté au visage des Douaisiens et celui de Frédéric Chéreau en particulier.

Dans ses cauchemars les plus noirs, Douai n’aurait jamais pu imaginer que son maire ne puisse être élu vice-président de Douaisis Agglo qui lui doit son nom. Pas grave, il paraît que les électeurs s’en moquent.

Le pire, sans aucun doute, est de constater que ces décisions tiennent à la volonté d’un seul homme, lequel n’écoutant que sa toute puissance a décidé qu’il en serait ainsi et pas autrement.

Douai brisé

Douaisis agglo du rififi à Palerme plage - shannon-mckague

De quoi Christian Poiret est-il le nom ? Il est d’abord une menace qui fait taire tous ceux qui craignent pour leur situation professionnelle, financière, personnelle. La parole n’est pas libre dans le Douaisis. Nous en voulons pour preuve l’étonnant succès de cet article. Aucun partage, peu de « like », faibles réactions… publiques mais une audience qui classe ce post parmi les plus lus du site, ce qui n’est pas peu dire.

Il faut peut être effectivement, comme l’a expérimenté l’infortuné maire de Douai, ne pas trop gêner le parrain. Ce nom lui va bien. Il rappelle certaines méthodes exotiques relevant de l’avertissement en forme de menace : « c’est moi le boss, ne me cherche pas, tu n’en as pas les moyens ».

Ces arguments à la « Cosa Nostra » pour justifier le châtiment donné aux Douaisiens prouvent cette logique binaire. On n’est pas dans le despotisme éclairé, on est dans la vengeance sicilienne. Frédéric Chéreau n’aurait pas du augmenter le nombre de conseillers de Douai. Il a osé défier le patron. Crime de lèse-majesté, il ne sera pas vice-président, le pauvre, pour avoir fait mine d’être président.

Douai outragé

De quoi Christian Poiret est-il encore le nom ? Oublions l’adepte de la « vendetta » pour découvrir le faiseur de ducs.  

Battu au doigt et à l’oeil, le maire de Douai doit boire le calice jusqu’à la lie. Le parrain lui met dans les jambes un vice-président issu de l’opposition de son conseil municipal. Son pouvoir lui permet en effet de dissoudre l’idéalisme du jeune homme dans le mirage d’un mandat hors sol, hors de toute logique politique, hors de toute majorité électorale, et qui ne tient qu’à son bon vouloir.

Le patron en fait d’ailleurs de même pour féminiser son Etat-Major, sans doute enfin conscient du ridicule des 100% de masculinité qu’on y trouvait précédemment. Devenues duchesses, certaines dames avouent gênées « qu’elles n’avaient rien demandé ». Mais c’est le propre de l’absolutisme : le maître décerne les honneurs, les responsabilités, les indemnités comme ça lui chante. Il décide dans la solitude de sa pensée mais ce n’est pas grave, les électeurs s’en moquent.

Il fait enfin encore mieux, encore plus incroyable. Il nomme, encore une fois vice-président, avec l’aval d’un conseil communautaire aux ordres, le maire déchu d’une ville voisine, seconde gifle magistrale délivrée à la souveraineté élective mais surtout à tous les Aubygeois.

Plus c’est gros, plus ça passe. Le président affirme agir au nom d’une « compétence ». Elle est peut-être immobilière et sera utile pour dynamiser Le Raquet. La vérité est ailleurs. Ces communistes défroqués – Oulianov et Marchais doivent se retourner dans leurs tombes – sont essentiels pour assoir le pouvoir du « capo di tutti capi » … de droite.

Douai emprisonné

De quoi Christian Poiret est-il enfin le nom ? Il est à l’évidence, au delà de ces dérives, le symbole de ces catastrophiques communautés d’agglomération qui voient leurs compétences accentuées d’année en année alors que s’éloigne la légitimité électorale de leurs instances dirigeantes. On a plus affaire aujourd’hui à l’élection d’un doge de Venise qu’à celui d’un exécutif rendant compte fidèlement du profil et de l’importance démographique des populations.

Douaizizaglo®, c’est un bidule qui permet à un maire dont la légitimité initiale est celle d’une liste unique à 382 voix – le score de Jacques Brenot à Douai, qu’il nous pardonne – de diriger en monarque absolu un territoire de 150 000 habitants.

Si encore ce règne était celui de l’efficacité, nous pourrions peut être pardonner ces travers. Or, ce qu’on a depuis dix ans, ce n’est pas du tout une amélioration de la situation du Douaisis. Le patron aligne ses « éléphants blancs » avec la régularité des ponts sur la Scarpe – Arkéos, Sourcéane, Le Raquet, bientôt boulodrome, planétarium, patinoire – mais l’absence d’information sur l’équilibre de ces coûts prouve à l’évidence qu’il n’existe pas.

Combien de décisions prises à la « va comme je te pousse » sans la moindre justification économique, combien de financements vaporisés sans logique d’ensemble, combien d’arbitrages à la tête du client – oups ! – de l’élu. Ce n’est pas grave, les électeurs s’en moquent et le « boss » a toujours raison.

Douaisis agglo du rififi à Palerme plage - @Tampographe sardon
Cherche pas j’ai raison ! @ le tampographe

Douai libéré, enfin !

Si le rififi auquel on a assisté à Douaizizaglo® est révoltant, il possède néanmoins un avantage : plus rien ne pourra plus jamais être comme avant. Nous avons eu cette fois-ci la suprême faute de goût, l’excès de pouvoir dans toute sa splendeur. Il faut se persuader comme le disaient nos anciens qu’il n’y a jamais loin du Capitole à la roche Tarpéienne et c’est maintenant qu’il faut le prouver.

Nous avons remarqué qu’une opposition d’un nouveau genre, parfois teigneuse, s’est élevée en dépit des difficultés que peut créer cette instance verrouillée de tous les côtés pour ceux qui y amènent la contradiction.

Aux bonnes questions répondent des formules indignes qui font honte à notre démocratie. Ce n’est pas grave, non pas parce que les électeurs s’en moquent, mais parce qu’au contraire cette pratique inacceptable commence à transpirer dans l’opinion douaisienne. A trop chatouiller le « vint’ d’osier » , on prend le risque de réveiller le Gayant.

Si de telles dérives éloignent les citoyens des urnes, elles sont aussi le moyen de les pousser à réagir. L’arme du soulèvement est justement le bulletin de vote, celui des futures élections cantonales, mandat dont notre maître absolu tire l’origine de son pouvoir. Saisissons nous de cette possibilité.

Besoin d’un vaccin contre le MENID?

Le seigneur de douaisis agglo - rififi à Palerme plage -gant-laborde

Et si on inventait le MERID ?

Si Douai, faisant fi de tous les clivages politiques (bon d’accord, on est dans la science-fiction), s’unissait pour qu’une alternative soit possible aux élections départementales prochaines, elle aurait les clés du scrutin.
Un peu d’arithmétique : la ville qui est toute entière dans le canton depuis la réforme de 2015 pèse plus que toutes les autres communes qui le composent :
-Cuincy : 4800 électeurs.
-Lambres : 3800.
-Flers : 3500.
-Courchelettes : 1900.
-Lauwin-Planque : 1400.
-Esquerchin : 600.
Soit un total de 16 000 électeurs potentiels opposés aux vigoureux et nombreux 26 000 Douaisiens.
Deux éléments encore plus favorables :
1-Il faut tenir compte des taux de participation qui dépassaient en 2015 tout juste 50%, sachant que Douai était très en dessous avec seulement 39% de votants. Autrement dit, le réservoir douaisien peut faire la différence.
2-Il existe dans ces communes des opposants au conseiller départemental tout puissant, y compris dans son village. S’il a obtenu 529 voix en 2015, 249 lauwinois, qui à la différence des municipales avaient cette fois-ci le choix, ont voté contre.
A l’inverse, notre ville lui a apporté les 5907 voix sur les 10858 qui lui ont permis de devenir conseiller départemental puis vice-président du CD59 et, si on croit comprendre, le possible successeur du président bientôt retraité. Quelle ingratitude.
Créons donc le MERID qui doit faire pièce au célébrissime MENID. Ce Mouvement d’Expulsion Rapide dans l’Intérêt des Douaisiens, apolitique comme son modèle, sera à ne pas en douter aussi efficace pour reprendre la main et.. le pouvoir.
Tous aux urnes !

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

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