Docteur Chéreau et Mister Frédéric

Docteur Chéreau et Mister Frédéric - Ville de Douai

Devenir maire n’est pas difficile, l’être l’est cependant.

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Tic Tac Tic Tac…

C’était bien mal parti. Les six ans de mandat s’étaient écoulés inexorablement. Rien n’avait pu ralentir la marche du temps, cette malédiction contre laquelle ni l’élu ni personne ne peuvent rien.

Il s’était pourtant convaincu qu’il avait du délai, qu’il pourrait tout faire plus tard mais un jour, impossible d’y couper, faut y passer. Les élections déboulent avec leurs glorieuses incertitudes démocratiques. C’est là que le politicien professionnel découvre qu’il faut marcher ou mourir.

Il sait depuis le début qu’un mandat n’est pas seulement le moyen d’une politique, c’est d’abord un état, un métier. Il n’est même pas certain en cas d’échec qu’il aurait un parc à son nom. Six pauvres années n’y arriveraient pas.

Douai au coeur… de la catastrophe

L’impérieuse nécessité de reprendre le flambeau s’imposait donc à Frédéric Chéreau. Le problème, c’est qu’il ne pouvait mettre en avant un bilan très reluisant.

Dans le genre structurel, ne relevant pas complètement de son mandat mais quand même un peu, la baisse de la population mais surtout son appauvrissement étaient devenus flagrants. Tous les deux attestaient de l’affaissement d’une activité économique incapable de fixer les habitants, ni de les soustraire à une pauvreté galopante.

Un autre sujet était plus visible. La fermeture des commerces du centre ville, catastrophique, relevait plus clairement de la responsabilité du maire. Tétanisé par le risque, il n’avait osé dézinguer le plan de circulation fou légué par le vieux mentor. Ce dogme, avec une création de zones commerciales périphériques jamais empêchée, étaient la cause principale du désastre.

Il y avait eu aussi ces quelques épisodes embêtants qu’aucune gesticulation n’avait pu conjurer : la disparition de la brasserie millénaire, la réduction des dessertes TGV, la spécialisation du ressort judiciaire, l’impuissance de Douai dans l’assemblée de Douaizizaglo® etc.

Enfin, s’imposant encore plus nettement, la dégradation continue du patrimoine de la cité était un caillou, un gros grès, dans la chaussure du maire. Comment justifier que ces monuments aient pu être ainsi abandonnés pendant tout un mandat ? Le plus symbolique était celui-là ou mieux celui-ci mais plus encore ce dossier dont on est à peu près certain qu’il ne bougera pas avant des dizaines d’années.

Prochainement… C’était quand déjà ? Il y a 6 ans !

Ce bilan pouvait se résumer en une simple question : Douai avait-elle enrayé son déclin depuis l’arrivée de M. Chéreau aux affaires ? Evidemment non. Aurait-il pu être pire ? Sans doute pas.

Le programme commun de la Gauche

Quand le bilan n’aide pas, l’étiquetage partisan, sinon la politique nationale, peuvent aider à le dépasser. En 2014, Frédéric Chéreau avait réussi contre toute attente l’exploit du « break » , s’imposant localement quand à la tête du pays, Hollande, socialiste comme lui, était totalement à la ramasse.

Cette fois-ci, c’est bien plus compliqué. L’épidémie macronienne était passée par là. Le PS perdu corps et biens, le maire aurait pu, comme ses amis des Hauts de France qui ont préféré trahir plutôt que tenir la position, devenir un adepte du « en même temps ».

Retenons à son avantage que placé devant cet embouteillage politique, Frédéric fit le pari de conserver l’antique union de la gauche – PS/PC légèrement verdis – « butte témoin » d’un passé révolu probablement unique dans toute la France. S’il n’en restait qu’un ce serait lui.

Là bas, au fond, le grand-père de Frédéric Chéreau

Un mandat d’un mois est bien suffisant

Il y avait certainement un peu de panique autour de lui comme dans sa tête mais l’homme avait du ressort, surtout pour conserver le boulot. Il savait moins bien le faire mais si on part du principe qu’une opinion publique n’a pas de mémoire, un peu de visibilité médiatique au dernier moment peut aider. Politicien, c’est un métier.

L’excuse est souvent pire que la faute. C’est ainsi qu’il faut juger l’incroyable frénésie d’inaugurations dans laquelle s’est plongé Frédéric Chéreau jusqu’à la seconde où elles étaient légalement possibles.

Gymnases, places, centres sociaux, trottoirs, enrobé drainant, tout y est passé. Ajoutons à cet étonnement l’amélioration du nettoyage des rues, l’implacable chasse aux crottes de chien, la nouvelle célérité des services municipaux…

Pourquoi donc un mandat municipal doit-il durer six ans quand on peut faire tant en quelques semaines ?

Les bastions sont bétonnés

Accompagnant cette stratégie d’urgence, notre sortant s’était aussi appliqué, à l’ancienne, à travailler ses bastions électoraux, le faubourg de Béthune étant le modèle du genre. Chacun sait et notre maire plus que tout le monde qu’en marketing gagner des clients est toujours plus difficile que de les conserver.

Le quadrillage en règle du cœur de cible – par familles, clans, assos et catégories – démontra de son efficacité dans certains bureaux de vote. Le jour des élections, son effet fut décuplé par  la « Grande Peur » du Covid. Poussant l’abstention à un niveau jamais atteint, elle renforça parmi les rares votants la proportion de ceux qui avaient intérêt au maintien du maire en place.

Ils savaient, eux, ce qu’ils avaient à perdre avec son départ, à l’inverse de l’incertain contraire. On sait ce qu’on perd et jamais ce qu’on gagnera, c’est bien connu.

La face visible de l’iceberg

Si on n’avait tenu compte de la faiblesse des signaux dans le bruit de la ville, rien ne permettait d’entrevoir la victoire de Frédéric Chéreau. Les relais étaient rares dans les réseaux sociaux tandis que les productions écrites se réduisaient à leur plus simple expression.

Bien sûr, au plus près de lui, c’était quand même le désert. Invisible durant six ans, l’équipe municipale sortante avait été renouvelée selon des critères hermétiques. Elle n’en était pas plus convaincante.

La liste du maire, retenez ces noms, vous n’en entendrez plus jamais parler

Frédéric Chéreau ne compta pas beaucoup de soutiens extérieurs. Ce vide démontre en passant que Douai ne représente plus aucun enjeu pour beaucoup de leaders politiques, hors ceux du territoire et encore. Seul un Kanner démonétisé lui donna en passant un petit coup de main.

Cette modestie était la face émergée de l’iceberg. La suite allait démontrer que l’adhésion au maire, peut être un peu honteuse donc rarement criée sur les toits, n’était pas si limitée que ça. La prime au sortant, importante, était sous le niveau de la mer et personne ne la voyait.

Sous la mer, les électeurs du maire sortant

Les adversaires peuvent être des alliés

Car si l’effet produit par la campagne de Frédéric Chéreau restait à vérifier, son salut pouvait aussi provenir des travers de l’adversaire. Là, notre édile était servi.

Il y avait d’abord les alliés qu’il comptait dans le camp d’en face. S’ils étaient souvent masqués, certains étaient plus repérables que d’autres. Ainsi Jacques Vernier qui, voilà trente ans y aurait regardé à deux fois avant de soutenir un « socialo-communiste », ne lésinait pas sur le soutien donné à son fils spirituel, non sans plonger la Droite locale dans la confusion.

Il eut donc devant lui des adversaires aussi divisés que multiples. Avec six listes, les électeurs de Frédéric Chéreau seraient toujours plus nombreux que ceux de chaque adversaire pris séparément.

La vérité n’est pas bonne à dire

A ce stade de l’analyse, il faut se pencher sur le discours et la posture de notre maire pour décrire la dualité redoutable dont il est capable de faire preuve en maintes situations. Nous devons sacrifier au portrait psychologique.

Si le docteur Chéreau délivre sous tous les temps et toutes les circonstances une parole maîtrisée, Mister Frédéric est plus approximatif. Ce dernier, comme plusieurs épisodes l’ont prouvé est absolument capable de mentir, y compris lorsqu’il est mis devant les évidences les plus marquées.

Interpelé sur l’absence d’une politique, d’une action, d’un dossier, il répondra toujours qu’ils existent, qu’ils sont en cours, qu’ils sont sur le point d’être réglés. Ce travers peut être une qualité politique mais il révèle une curieuse conception morale. Le mensonge dure peu, la vérité est éternelle.

Ce travers le conduit ainsi à malmener les faits sans aucune vergogne : la ville ne perd aucun habitant, elle en gagne, le commerce n’a jamais été aussi bien portant, la sécurité est en progrès constant grâce à ses actions, la situation financière de l’hôpital de Douai est bonne… C’est simple, vous ne l’entendrez jamais reconnaître une erreur, un oubli, un ratage.

Tout va très bien à Douai

Rien ne résume mieux cette vision altérée du réel que la satisfaction exprimée par notre maire de voir sa ville longuement citée dans le New York Times. La description de Douai y était terrifiante mais à sa mode habituelle Frédéric Chéreau présentait sous un jour favorable ce discutable intérêt américain.

S’agit-il d’un réflexe inconscient de défense ou un cynisme de politicien de métier ? Il reste certain que refuser le réel revient à s’interdire de souscrire aux discours négatifs. Une vision lénifiante, quelque soit le moment ou le sujet, outre d’être éventuellement prédictive, peut plaire.

Elle n’est pas ainsi sans effet sur un électorat qui, peu rompu aux analyses politiques, en a peut être assez d’entendre sans cesse, ici et partout, que sa ville est un trou en perdition dans lequel rien ne fonctionne.

Il y a de la fierté douaisienne dans cette négation de la réalité.

Trèfles, gri-gri et baraka

Tous ces artifices n’étaient pourtant pas suffisants pour assurer la victoire. Il fallait un élément supplémentaire : la chance.

Il est un peu curieux de considérer la crise sanitaire sous un jour positif mais, en toute objectivité, le cumul des facteurs favorables au maire sortant durant cette période a été inouï. Comptons les conditions du scrutin de premier tour, le confinement qui a suivi et enfin le second tour organisé à la veille des congés d’été. L’ensemble a été une circonstance incroyable pour celui qui tenait l’hôtel de ville.

Mieux vaut la chance que bien jouer

Napoléon appréciait les généraux qui avaient de la chance. De ce point de vue, il aurait aimé le Grand Frédéric. Sur un mélange savant de gestion quotidienne et de propagande subliminale, ces trois mois inespérés lui donnèrent l’occasion de surclasser facilement ses adversaires.

Mais il y a plus profond, conclusion qui retrouve des déterminants déjà évoqués qui doivent pousser à la modestie tous les opposants de Frédéric Chéreau. Ils prouvent qu’à Douai on peut conserver son mandat en dépit d’un bilan médiocre, une campagne peu active et des contradictions massives.

La bizarrerie de ce paradoxe n’est qu’apparente. Faisons l’hypothèse qu’elle est d’abord dans l’état social d’une ville qui, inexorablement, conforte le pouvoir d’un maire de gauche parce que la population se confond exactement avec son électorat.

Le déclin de la ville- Douai demain Denain – n’est pas une évolution défavorable d’un point de vue électoral, donc la conservation d’un pouvoir. Le pression fiscale qui pousse les classes moyennes et supérieures à quitter la ville modifie considérablement le profil politique d’une cité appauvrie.

Territoire dédié aux subventions et aux assistances diverses, le Douai du futur possède un visage : docteur Chéreau et Mister Frédéric enfin confondus.

Triste campagne

triste campagne municipales à Douai

Un coup pour rien

La création de Douai Vox, comme chacun sait, a d’abord été motivée par les enjeux de la campagne des municipales.

L’idée était d’offrir un espace de réflexions sur la situation de la ville, avec l’espérance qu’il découlerait de ces débats, sinon de ces polémiques, un meilleur pour la cité.

Le repérage dans les programmes des candidats, de gauche à droite, des idées douaivoxiennes, nous a ravis. Peut être s’agissait-il de simples coïncidences mais il était amusant d’imaginer que notre site puisse unir des personnalités de tout bord sans qu’elles n’osent le dire ou, mieux, sans qu’elles ne s’en rendent compte.

Tout cela était promesse d’espérance et prémices d’un avenir radieux. On n’a pas été déçus.

On se bouscule au portillon

La floraison des candidatures a été étonnante. Six listes quand même. On a même frôlé les sept. On aurait pu en avoir dix.

Tenons pour positive cette envie qui a pris tout ce monde là de prendre en mains les destinées de la ville.  A l’inverse des voisines concurrentes, Douai n’a pas de parrain qui, vidant consciencieusement le marigot, a tué toute opposition. D’une certaine façon, cette diversité était un signe de bonne santé démocratique.

Comme l’a fait remarquer une candidate qui se reconnaîtra – non, ce n’est pas la dame LREM qui n’est pas LREM – on avait en effet plus de 200 personnes prêtes à jouer un rôle aux confins du bénévolat durant six ans pour le bonheur de leurs concitoyens. Il est bien dommage de ne pas réunir toutes ces bonnes volontés pour leur confier le pilotage de la ville.

Sans doute le bilan médiocre du maire est-il la source de cette envie qui a pris tant de gens à vouloir sauver la baraque.

Il est presque risible, disons le tout de suite, que cette émulation positive ait de fait conduit Frédéric Chéreau à être réélu. L’éparpillement des voix, sur un fond de crise sanitaire, l’a évidemment conduit à passer en tête – la fameuse prime au sortant – tandis que la quadrangulaire qui s’annonce apparait malheureusement la certitude de son succès.

Des candidats divers et variés

S’ils étaient nombreux, les candidats ont été inégalement audibles. Certains ont démarré tardivement leur campagne au risque de ne jamais être connus quand d’autres se sont lancés très tôt au risque de s’épuiser.

De même, quelques uns, le maire sortant en premier lieu, se sont contentés du service minimum. Dans ce dernier cas, puisque nous connaissons à présent le résultat du premier tour, on peut vérifier qu’il n’y a aucune correspondance entre l’énergie exprimée, les sous dépensés et le résultat obtenu.

Hors Frédéric Chéreau personnalité dotée de son seul mandat de maire, aucun « leader » national ni même régional n’a pris le risque de se présenter à Douai. La ville, on s’en doutait, est incertaine. Nos élus locaux professionnels n’ont pas été assez fous pour tenter l’aventure. On les comprend un peu.

Nous avons donc eu à choisir un maire parmi des inconnus, souvent jeunes. L’âge a d’ailleurs constitué un sujet pour beaucoup de commentateurs, persuadés qu’il suffit de mettre à la tête d’une ville des trentenaires pour que par magie elle sorte de son marasme.

C’est bien compliqué la comm’ électorale

Pour tout notable douaisien, impliqué à de nombreux niveaux, il est toujours possible d’accéder à de l’information électorale par son réseau d’amis.

Il peut aussi s’alimenter éventuellement par la fameuse PQR (VDN et Observateur du Douaisis) qui parlent de politique entre deux ouvertures de friteries et quelques faits divers.

A part ça, c’est la misère. On se demande comment s’informe l’électeur douaisien quand il ne lit pas ces deux organes à l’audience forcément limitée. C’est pire s’il ne trouve pas dans sa boite aux lettres les tracts des candidats et encore plus terrible s’il n’est pas branché sur leurs réseaux sociaux.

Dans ce dernier cas, prendre ces pages de propagande pour une source universelle d’information fait sourire. On aimerait connaître le taux de présence des électeurs douaisiens sur ces pages, qui d’ailleurs « bloquent » ou « bannissent » sans répit leurs contradicteurs. Facebook c’est tout sauf la vraie vie.

Comme l’absence de « poids lourd » politique dans la campagne, on ne peut que s’étonner de l’indigence médiatique d’une ville qui, entrée à présent dans un profond déclin démographique,  dépasse tout de même encore 30 000 habitants.

Au final, à Douai, l’ignorance, fille du désintérêt, a été la règle. Testez votre voisin. Amusez vous à lui demander s’il connaît le nom des candidats et, plus technique encore, quels partis ils représentent. Vous ne serez pas déçus.

On a parlé de tout…

Les thèmes abordés ont été variés, c’est le moins qu’on puisse dire, avec toutefois l’accent mis sur quelques priorités, presque banales.

Nous compterons pour rien, en dépit de leur force, des refrains exprimés comme des mantras à tout bout de champ, les « Douai, Douai, Douai » semés ici ou là, sur tous les supports possibles. Nous n’étions pas loin des réflexes des supporters de football, comme le prouvent les attributs habituels – écharpes, chapeaux, intolérance envers l’équipe adverse – qui accompagnaient ces cris d’amour.

Plus rationnelle, il y a eu dans les premiers temps une obsession écologiste, à coup d’un vélo obligatoire que les candidats n’enfourchent pourtant jamais sauf pour la photo. C’est toujours bon pour les autres. On a même eu droit au concept totalitaire de « l ‘écologie intégrale » qui, comme le bronzage du même nom, ne protège rien ni personne du zèle vert.

Ensuite, la sécurité a beaucoup agité la campagne avec des épisodes tordants quand la dame gouvernementale a épinglé notre sortant sur l’inexistence d’un centre de supervision des caméras de la ville. A sa mode habituelle, celle du menteur comme un arracheur de dent, notre édile a soutenu mordicus qu’il y en avait un avant que son absence ne le jette dans la confusion.

Commerce et circulation ont été eux aussi abordés par les candidats car tout le monde fait le lien à Douai entre les deux. Le plan fou verniérien, séquelle du « tramway », est la cause principale de l’agonie de nos magasins de centre ville. Pour autant, soumis aux dogmes écolos, les candidats ont rarement proposé de le liquider.

Les commerces, à Douai, c’est comme le Rotary ou le Lions Club. De multiples chapelles se créent au gré des fâcheries et des luttes d’intérêt. Peu de ces entrepreneurs sont d’ailleurs électeurs à Douai, ce qui est déjà une bonne différenciation. Il y a aussi les pro Chéreau et les antis.

On a découvert avec la crise le schisme qui partage ceux qui disposent d’un local municipal (gratuit pendant le confinement) et ceux qui sont livrés à la dure loi de la location qui ne fait aucun cadeau. On peut ajouter dans cet univers impitoyable, les PV distribués inégalement sur les commerçants selon des critères aussi obscurs qu’inavouables.

Mais pas de ce qui fâche

Enfin, ce qui a encore plus frappé l’observateur pas forcément du Douaisis, c’est l’évitement des sujets qui fâchent.

Personne n’a remis sur le tapis le dossier de l’hôpital général, en rade depuis… 2014, dont les initiés savent qu’ils ne sont pas prêts de voir le « Mirabeau » enfin réceptionné. On a bien eu, sortie du chapeau de la campagne, une solution miracle pour une caserne Caux qui sera, à n’en pas douter, un sujet de discussion dans la décennie qui vient.

Il y a probablement un lien avec ce qui précède quand on considère le silence étonnant sur le fonctionnement de Douaizizaglo. Bien rares sont les candidats qui ont levé l’étendard de la révolte contre son président tout puissant.

Si Frédéric Chéreau l’a bien tenté au début, les rétorsions financières d’un conseil communautaire totalement à la main du « seigneur de Lauwin-Planque » l’ont vite poussé à se taire. Les explications du maire justifiant dans les journaux la « passion » du président quant à ses dossiers valaient leur poids de subvention.

Seul, dans ce silence, un candidat, ancien patron de Norevie, a osé critiquer le fonctionnement d’une CAD qui donne au maire d’une commune de 1600 habitants – sur liste unique à 380 voix – allié à toutes les petites communes périphériques, le pouvoir de dicter sa loi à la grosse ville sans laquelle il ne serait rien.

La maladie de la ville n’existe pas ?

Enfin, et surtout, on reste sur sa faim quant aux critiques qui auraient du marquer la campagne, c’est à dire le bilan terrible du maire sortant.

C’était pourtant du billard quand on considère l’ensemble des indicateurs passés au rouge durant son mandat. Comme une anguille, notre édile a réussi, avare de paroles, à échapper au pilonnage de ses adversaires.

On pourra d’ailleurs tirer une règle d’une stratégie qui doit être enseignée dans les bonnes écoles. L’expression n’est jamais négative. Elle n’avoue aucune erreur passée, ne décrit aucun problème, tout va bien à Douai. La lecture attentive des rares documents produits par Frédéric Chéreau est un exercice où le réel se dissout dans le rêve comme le sucre dans l’eau chaude.

Retenons dans sa dernière livraison saupoudrée de références au Covid, cette affirmation qui pourrait avoir été rédigée par une agence immobilière mais pas par les douaisiens qui acquittent la taxe foncière : « les villes comme Douai ont aujourd’hui la taille idéale : assez petite pour offrir un cadre de vie sécurisant et de qualité, même en cas de contraintes sanitaires ; assez grandes pour proposer beaucoup de services ».

N’en déplaise au maire, le faible intérêt des habitants pour la chose publique, fruit logique de leur paupérisation accélérée, s’est accompagné d’une révélation majeure : Douai est devenue un espace éclaté où les « quartiers » ont pris le pas d’une unité qui a d’ailleurs toujours été fragile.

Livrée au paupérisme qui n’est pas près de s’éteindre, la ville est, comme le disent les géographes, en « peau de léopard », c’est à dire fractionnée en toutes sortes de catégories, de communautés, toutes devenues les proies d’un clientélisme à peine caché.

C’est ainsi qu’il faut lire le résultat du premier tour où celui qui tient la subvention passe en tête des suffrages quand les autres se répartissent au gré d’intérêts particuliers. C’est aujourd’hui, menace à peine voilée, la loi des minorités qui dicte les choix des électeurs. Gare au candidat qui n’y sacrifie pas.

Le Covid 19 en apothéose

Pour conclure cette revue électorale peu souriante, associons à la maladie sociale la maladie vraie. Impossible de passer sous silence les conditions du scrutin du premier tour. Des « gestes barrière » au gel hydroalcoolique en passant par les masques encore rares (mais parait-il alors inutiles), les circonstances n’ont pas poussé les gens à se déplacer dans les bureaux de vote.

Notre ville, déjà peu active lors des scrutins électoraux passés (à peine 50% de participation en 2014 et 39% aux législatives de 2017), s’est retrouvée le soir du 15 mars avec un score de 70% d’abstentions.

Pour autant, il faut pas croire que la crise sanitaire ait conduit à des résultats qui auraient été radicalement différents en temps normal. Nous avons eu un sondage grandeur nature des rapports de force locaux, simplement un peu biaisés par cette crise.

Le Covid à certainement poussé les personnes âgées à moins se déplacer au détriment de la Droite, ainsi les LR de Thierry Tesson, mais d’autres raisons plus profondes expliquent la faiblesse d’expression des catégories sociales de plus en plus exclues de la vie publique. Les scores décevants de Francois Guiffard, très impliqué dans les « quartiers », ainsi que ceux de Thibaud François (RN) habituellement forts dans ces territoires, confirment la profondeur de notre délabrement social.

Une certitude dans ces résultats : Douai qui sera peut être Denain demain l’est déjà un peu.

Passons rapidement sur le délai qui a conduit le second tour à être organisé trois mois après le premier. Le confinement qui interdisait à tout le monde de parler donnait au sortant une prime diabolique puisqu’il était aux affaires.

Si les grincheux dont nous sommes considèrent que le suivi de la crise n’a pas été extraordinaire comparé à d’autres, nul doute que la présence à la tête de la ville a constitué pour notre maire une position inespérée dans laquelle propagande et gestion se sont confondues au quotidien.

Il nous reste à présent à avaler des résultats de second tour que peu de Douaisiens auraient envisagés voilà six mois. Restons toutefois positifs. Il reste aux citoyens le droit de parole et le devoir d’une surveillance morale.

Nous regarderons de près l’évolution démographique de la ville, son état économique, la valorisation de son patrimoine, le dynamisme de ses commerces, le nombre de bateaux sur la Scarpe et surtout l’état de nos impôts.

Douai Vox sera sur les rangs autant que possible. Six ans à passer, p…. six ans !

Ah vraiment, triste campagne pour un coup pour rien !

Un tramway nommé délire (2)

tramway de Douai, l'arche de feu

Sujet qui a marqué l’histoire de notre ville, l’installation du « tramway » réclame une description. Le dossier est lourd. Il sera donc découpé en feuilleton.

Un si mauvais travail (2/3)

Après avoir analysé les principes qui ont conduit notre communauté d’agglomération à se lancer dans la construction d’un « tramway », il convient à présent d’examiner les conditions de sa réalisation.

Notre source sera ici presque unique. Il s’agit du rapport de la Cour Régionale des Comptes (CRC) sobrement intitulé « Syndicat Mixte des Transports du Douaisis » publié en novembre 2013. La lecture de ce document, certes un peu ancien, si on accepte de s’y plonger, apporte un éclairage étonnant sur cette catastrophe industrielle.

Grands et petits, les manquements de toutes natures, du début à la fin du processus, laissent pantois par leur nombre, leur gravité et évidemment leurs conséquences. Faisons ici œuvre de vulgarisation en résumant en quelques courts chapitres ce rapport qui, s’il fait honneur à notre magistrature, n’a eu aucun effet sur rien, ni personne.

Le statut illégal du SMTD

D’emblée, la CRC soulève un premier sujet, celui du statut juridique du SMTD, rien que cela, et de la confusion étonnante, illégale, de l’autorité organisatrice de transport urbain (AOTU) avec le service public industriel et commercial (SPIC) représenté par le SMTD. C’est à dire en gros, le mélange de ceux qui décident avec ceux qui font fonctionner le truc.

La CAD a ainsi choisi, dans un ensemble bizarre, de constituer une régie directe qui n’est ni un EPIC (établissement public industriel et commercial), ni une régie autonome. Il aurait sans doute fallu créer un EPCI (établissement public de coopération intercommunale), petite inversion de lettre qui change tout. Curieusement, les pilotes se sont bien gardés de le faire.

En apparence, vu de loin, cela ne paraît pas grave sinon par la dissociation absurde entre la gestion budgétaire ou celle du personnel que seul le DGS de la CAD pouvait assurer, et qui étaient étrangères au patron du SMTD.

Il y a une autre conséquence bien repérée par le magistrat, la confusion des budgets. Si la collectivité doit en posséder un en propre, celui d’un service de transport doit être dissocié pour qu’on y comprenne quelque chose. La régie directe permet d’éviter que ce soit le cas en mettant ces choses dans le grand tout de la communauté d’agglomération dans lequel il est difficile d’y retrouver ses petits.

Des comptes au doigt mouillé

Comme il se doit, la CRC s’intéresse aux comptes. Cet examen n’est pas très favorable quand elle observe le taux d’exécution. Il témoigne habituellement de la réalité de la dépense. Celle de 2010 interpelle car elle était à 16% quand la recette se montait à 19%.

Le juge soupçonne que cette bizarrerie n’est pas fortuite. Elle permet d’éviter d’afficher un déficit (ainsi en 2008 et 2009) qui aurait immédiatement déclenché un contrôle budgétaire aux conséquences radicales. Peut-être, pour notre bien à tous, que la chimère aurait été tuée dans l’œuf.

Par ailleurs, la précision des additions reste à améliorer.  On note des subventions indiquées mais non obtenues (une différence de rien du tout : 4,5 millions) le tout sur un principe de recettes qui n’existent pas ou peu car la subvention – en fait l’impôt ou la taxe – est le mode le plus courant de financement du SMTD.

En effet, comme aujourd’hui, la participation des communes est très faible, le prix des tickets peu élevé, sans parler de la surreprésentation des transports scolaires dans l’activité de la société. De là à réclamer la gratuité des transports, comme le défendent certains élus, il n’y a qu’un rail.

Nous avons déjà repéré ici ou là la propension de prendre des décisions au doigt mouillé de la part de nos édiles. Un lecteur pourrait croire qu’on pousse un peu mais quand la Cour elle même le dit, cela prend une autre tournure.

Les rédacteurs s’étonnent ainsi de l’absence de statistiques, d’indicateurs dignes de ce nom. La performance d’un service délivré à coût d’euros pris dans la poche des contribuables est donc inconnue. Le juge s’étrangle quand il constate qu’on ne connaît « ni le nombre total de voyages par catégories de clientèles, ni le taux de fréquentation, ni le nombre de trajet ». Il faudra effectivement attendre 2011 pour savoir enfin le prix de revient au kilomètre mais nous mettons au défi le contribuable de le connaître en 2020.

De l’incompétence à tous les étages

Pointée par les auteurs, la compétence limitée des équipes du SMTD en charge du dossier explique peut être le désastre.

Ainsi, les magistrats relèvent, acides, l’absence d’habilitation du directeur d’exploitation qui n’avait pas les certifications requises. Ni les courriers du Préfet (septembre 2010), ni les mises en demeure de la DREAL (janvier 2012) sous la menace d’une radiation du SMTD du registre des transporteurs routiers, n’ont réussi durant plusieurs années à régler le problème.

De même, ils s’étonnent dans la même ligne de la faiblesse numérique et technique des équipes mises au service du dossier. De 2005 à 2008, ils comptent deux contrôleurs de travaux, deux administratifs, un responsable de la communication, tous remplacés ensuite par un seul ingénieur, de plus débutant. On en arrive à se demander qui, dans ce désert, décidait réellement des destinées d’un dossier aussi important.

Pas étonnant au final qu’on puisse lire cette constatation inquiétante, soit la « formation sommaire en comptabilité publique et droit budgétaire des agents en charge des finances ». La tenue matérielle des comptes en découle sans doute. On en était au SMTD à un système « tout papier » pour un budget dépassant les 100 millions d’euros. Ici ou là, le juge découvre des tableaux « Excel » chargés de suppléer cette étonnante absence de logiciel de gestion financière.

Des arbitrages à la va comme je te pousse

Adopté dès le départ du projet, le principe du tramway ne sera conservé, comme nous le savons tous, que dans cette appellation mensongère qui fait rire tous nos voisins. 

De fait, très vite, notamment après la découverte que l’Etat ne donnerait aucune subvention – l’espoir était d’obtenir 30 à 40 millions d’euros – on décide d’abandonner le principe du double rail pour passer au rail unique mis en place par certaines villes, soit un étrier central dans le sol qui guide et alimente les rames. Quelques semaines plus tard, on l’abandonne à son tour pour le remplacer par un « guidage immatériel » sur pneus supposé moins coûteux. Le système est pourtant futuriste. Des capteurs enfouis dans le sol dirigent les voitures par ordinateur sans intervention du machiniste.

La réalisation de la totalité du projet, les deux axes A et B, était calculée pour un coût de 83 millions d’euros (immatériel) contre 115 (rail unique) De fait, ces prévisions ont été largement et rapidement dépassées. Le réalisé – en 2013 – est monté à 142 millions. Enfin, peut-être, car là, le juge marche sur des œufs. Les mandatements qu’il repère, tous additionnés, donnent selon le mode de calcul de 130 à… 180 millions de dépense réelle.

La première phase jusqu’à Guesnain aurait, d’après ses calculs, un coût global « avoisinant » les 131 millions d’euros. Au final, le magistrat estime que le coût total des deux lignes (A et B) ne sera pas éloigné de 370 millions d’euros. A comparer avec les 83 annoncés…

La conclusion est implacable concernant le choix du mode de guidage. A son grand dam, la CRC déplore n’avoir trouvé aucun plan prévisionnel justifiant le choix stratégique d’une technique immatérielle supposé moins onéreuse que le double puis le simple rail.

Force est de constater que cette décision n’avait aucune motivation objective. Comme les juges le remarquent, cet avantage financier n’ayant jamais pu être sérieusement prouvé, il n’a de fait jamais existé.

On aime beaucoup APTS

Une fois choisi le mode de transport (immatériel et sur pneus), un appel d’offre a été lancé à destination des constructeurs qui, on peut l’imaginer, ne devaient pas être très nombreux compte tenu de ces caractéristiques initiales qui tiennent, comme nous l’avons déjà vu, de l’ornithorynque.

De fait, le marché étant infructueux (décembre 2004), les pilotes font le choix de passer au système plus souple d’offres négociées.

Deux entreprises sont sollicitées : APTS et Siemens. La première est une société néerlandaise à responsabilité limitée, « Advanced Public Transport Systems » (APTS), la seconde n’a pas à être présentée. Basée à Munich, elle est le premier employeur privé d’Allemagne et la plus grande société d’ingénierie européenne.

En mars 2005, la première est choisie selon des principes confus. La petite société triomphe de la grande entreprise pour son écart de prix, ses délais, son esthétique. Gardons les deux premières motivations en mémoire. Elles prennent toute leur saveur dans la réalisation concrète du marché.

D’ailleurs, le juge s’interroge sur la qualité de l’offre négociée, n’hésitant pas à la qualifier de « biaisée ». Il est vrai que nos promoteurs paraissaient beaucoup apprécier la société néerlandaise à travers une inégalité de traitement qui interroge.

Rappelons qu’en 2010, le tribunal administratif de Lille a d’ailleurs donné raison à Siemens qui contestait l’attribution du marché à APTS parce qu’elle avait été basée sur une technologie inexistante. Il faut savourer cette conclusion qui est exactement la définition d’une chimère.

Si les responsables d’APTS, qui n’avait à son actif qu’un unique système de transport (celui d’Eindhoven, abandonné depuis), ont été plusieurs fois reçus à Douai, ce ne fut jamais le cas, effectivement, de ceux de Siemens. Ensuite, tous les retards, manquements de la société hollandaise n’ont donné lieu à aucune mesure de rétorsion de la part du SMTD ainsi une dénonciation du marché.

Pour le respect des délais, la livraison complète était prévue en juillet 2007 mais APTS a bénéficié de plusieurs avenants la repoussant : longueur des bus passée de 18 à 24 mètres, prestations supplémentaires diverses et variées et enfin, c’est un aveu, possibilité de réception des voitures sans guidage immatériel.

La charrue avant les bœufs

Le prototype bivalent avait un problème très français. Il lui fallait deux homologations émanant de deux services pour pouvoir fonctionner. D’abord celui qui gère les véhicules sur pneus et ensuite celui qui s’occupe du guidage immatériel, à savoir le célèbre « service technique des remontées mécaniques et des transports guidés » (STRMTG).

Une entreprise normale aurait d’abord essayé d’obtenir les homologations qui décident de tout avant de commencer quoi que ce soit. La France possédant des critères plus sévères que les Pays-Bas en terme de transport sans conducteur, le préalable absolu, concernant le niveau de sécurité (Safety Integrity Level ou SIL-4), le plus contraignant de tous, était d’y répondre prioritairement. Le plus incroyable, c’est que cette obligation dirimante n’est même pas évoquée dans le marché.

Ces deux homologations s’accompagnaient d’une troisième, relevée par la Cour, celle s’exerçant sur l’infrastructure du réseau, ainsi les ouvrages d’art. Elle est surprise de découvrir que ces travaux ont démarré sans avoir obtenu la moindre certification. Lancés dès 2005, ils sont en effet terminés en 2008 mais ne seront utilisés qu’en 2010, après avoir enfin obtenu une homologation routière manuelle, à défaut d’une homologation immatérielle qui, elle, n’existera jamais.

Dans la réalisation des infrastructures, les dépenses qui correspondaient à des aménagements (trottoirs etc.) dans les communes traversées par le tramway (Dechy, Guesnain, Sin le Noble…), qui devaient en toute légalité payées par ces dernières, ne l’ont jamais été. Lisons le rapport : le SMTD « a financé des travaux ne relevant pas de son patrimoine (…) qu’il a pris soin de ne pas amortir ».

Des protocoles « secrets »

Sous cet ensemble caractérisé par un n’importe quoi incroyable apparut en 2009 un document étonnant, rédigé sur du papier à l’en-tête de la société APTS.

Revêtu des signatures de l’ordonnateur alors en fonction et du président d’APTS, il comporte une mention manuscrite dont l’auteur n’est pas identifié et qui atteste de son caractère secret : «Confidentiel à ne pas transmettre même en interne au SMTD».

Portant sur l’annexe intitulée «schéma de payement» il mentionne la date manuscrite du 7 juillet 2005, soit dix jours après la signature de l’acte d’engagement et la veille de la notification du marché à APTS. Cette date correspond également à celle d’un déplacement de membres du SMTD chez la société APTS.

Il prévoit une allonge de 8,7 millions pour obtenir le niveau de sécurité SIL4 et des délais supplémentaires, accord passé en dehors de tout marché et évidemment hors de tout contrôle de légalité.

Une contrepartie était toutefois prévue. Le SMTD recevrait un intéressement si d’autres villes dans le futur achetaient les fameux véhicules sans chauffeur d’APTS. Il était prévu le nombre de bus (181…) pour une durée de… 10 ans. Pas fous, les Hollandais avaient imposé un plafonnement à 9 millions d’euros. 

Il y a eu une conclusion légale à cet acte illégal. Une transaction a été signée en février 2011 au bénéfice d’APTS qui avait porté ce document auprès des tribunaux. L’arrangement, payé par le SMTD, c’est à dire les contribuables douaisiens, selon la CRC, « s’apparente à un avenant » qui revient à ratifier « une partie non négligeable du protocole secret ».

Une conclusion

Pour le lecteur qui nous a suivi jusqu’au bout, ce dont nous le remercions, il reste à poser la conclusion de cet épisode. Nous verrons dans un autre article la question de la responsabilité des acteurs qui ont été aux manettes de cet accident industriel de grande ampleur.

Pensons toutefois à l’incroyable cheminement qui a vu, sur presque une décennie, un projet d’ampleur quasi séculaire mené dans le plus parfait mépris du devoir d’information envers les citoyens et leurs mandants.

Rappelons ainsi l’absence d’une communication régulière et sincère envers les élus de la communauté d’agglomération. A aucun moment, comme le rappellent les juges, n’ont été expliqués les enjeux et les choix d’un dossier d’une importance pourtant stratégique pour l’avenir du Douaisis.

Avec des outils comptables réduits à leur plus simple expression, l’information de l’assemblée délibérante est toujours restée limitée. La CDC relève toutefois la « rétrospective de l’année précédente et un éclairage sur le budget de l’exercice à voter ». Ces documents faisaient l’impasse sur les engagements pluriannuels, les seuls qui permettaient de comprendre la dimension des engagements. Ce manquement aurait d’ailleurs été un motif d’annulation des comptes mais personne n’a trouvé utile de le soulever.

On remarque le même déficit vers les usagers sinon les contribuables. La lecture des journaux qui retracent le feuilleton du « tramway » est une source bien réduite pour que l’opinion puisse de faire une idée du désastre qui s’est déroulé sous ses yeux alors même que ses conséquences financières étaient lourdes pour son porte-monnaie. Dans cet ensemble, le juge est juste. Il relève qu’une consultation a quand même été lancée en 2011. Mais cette opération n’a été suivie d’aucun effet car il y a eu un « vice de forme » dans sa mise en œuvre…

Pour conclure tout à fait, reprenons une formule des rédacteurs du rapport qui qualifie assez bien le pilotage du dossier. La CRC considère que le choix du procédé technique par le SMTD, mais surtout la façon dont il a géré sa réalisation, ont pris le pas sur « toutes les règles législatives, règlementaires et les principes les plus élémentaires de prudence qui doivent normalement conduire l’action publique ».

Il y a dès lors un mystère de grande ampleur sur un ratage d’une aussi grande dimension. Tenons pour rien les règles de prudence qui ne sont pas toujours l’obsession de nos élus et qui restent complexes à repérer. Mais comment peut-on s’assoir, quand on est une collectivité locale, sur les règles législatives et réglementaires sans que cette légèreté coupable ne puisse donner lieu à aucune conséquence légale ?

Un Tartare à Douai

Maison aux quatre coins du baron de Tott - Ville de Douai

Contrairement à une idée aussi locale que reçue, il peut arriver que des hommes célèbres fassent honneur à notre cité sans y être né.  La vie du baron de Tott est un roman dont Douai constitue un chapitre intéressant puisqu’à l’exemple de Jacques Lesaige, il nous rapproche de l’Orient.

Un hussard au service de la France

Son père André (1698-1757) faisait partie de la diaspora hongroise qui, après l’échec de la révolte contre l’Autriche (1703-1711), avait émigré en Turquie à la suite de leur chef, le prince Rákóczi. Après quelques années passées à Istanbul, entré au service de la France en 1720, il devint officier puis colonel du célèbre régiment des Hussards de Bercheny.

Son fils François (en magyar Báró Tóth Ferenc), notre tartare, est lui né en 1733 à Chamigny d’une mère française. Très jeune, il embrasse la carrière des armes lors de la guerre de succession d’Autriche où Louis XV, allié à la Prusse, affronte les Habsbourg. Blessé à Bataille de Lauffeld en 1747, il suit, la guerre terminée, son père dans plusieurs missions diplomatiques en Orient.

Exploits au service de la Sublime Porte

Cette première expérience est le début d’un séjour de vingt ans auprès de la Sublime Porte durant lequel De Tott va défendre les intérêts du roi de France en apportant au sultan, notre allié depuis François 1er, toute l’étendue de ses connaissances militaires.

D’abord envoyé auprès du khan de Crimée, il se rend en 1769 à Istanbul où il réussit à approcher le sultan Moustafa III. Ce dernier, qui lui confie la poursuite de la réforme militaire initiée par Bonneval Pacha, lui permet de moderniser l’artillerie ottomane en introduisant les nouveautés techniques (fonderie, normalisation des projectiles, affuts mobiles etc.) que Gribeauval met en œuvre en France au même moment.

La Turquie qui est en guerre contre la Russie depuis 1768 essuie de nombreux revers. La flotte de Catherine II menace le détroit des Dardanelles donc, pour la première fois de son histoire, Istanbul.

Déployant une activité prodigieuse, De Tott renforce les fortifications côtières. Il augmente leur puissance de feu à un tel niveau que les navires russes, pourtant conquérants, n’osent pas forcer le passage.

Après ce succès qui le fait connaître de l’Europe entière, y compris de la tsarine qui ironise sur ce « chevalier Tott, qui se tuera à force de fondre des canons et d’exercer des canonniers », le baron continue son œuvre auprès du sultan.

Malheureusement, sa vision d’une réforme profonde de l’armée ottomane le rend peu à peu suspect parmi les chefs militaires, notamment les janissaires, hostiles au changement qui menace leur puissance. La mort du sultan en janvier 1774 puis le catastrophique traité de Koutchouk-Kaïnardji passé avec la Russie en décembre de la même année, fragilisent sa position. Le baron de De Tott quitte Istanbul en 1776.

Au titre de son expérience ottomane, le ministre de la Marine Sartine lui confie en 1777 une mission d’inspection des consulats « dans les Échelles du Levant et en Barbarie » dont le but caché était une exploration de l’Égypte destinée à préparer l’éventuelle annexion de cette province par la France. Les enseignements de cette mission seront la base de la future et célèbre expédition menée par Bonaparte vingt ans plus tard.

Lieutenant du roi à Douai

Le baron de Tott possédait parfaitement la langue turque et connaissait bien les institutions et les mœurs de l’Empire ottoman.

Ses « Mémoires sur les Turcs et les Tatares » publié à Amsterdam (en fait Paris) en 1784, a été traduit et lu dans toute l’Europe. Document de premier ordre dont le style alerte justifie son statut de « best-seller », l’ouvrage, qui est une critique du despotisme oriental, confirme que le déclin de la Sublime Porte en fait une proie pour l’Occident.

Mémoires du Baron de Tott

On imagine sans peine l’intérêt qu’on porta dans la capitale de la Flandre française au nouveau lieutenant du roi dont le prédécesseur, Saint Ferréol de Villedieu, était resté en poste à Douai plus de vingt ans.

Maréchal de Camp depuis 1781, De Tott n’était pas issu des familles nobles les plus prestigieuses. Il présentait même un profil de diplomate aux confins de l’aventurier. Sa présence à Douai, pourtant brève, marqua les esprits par une personnalité haute en couleurs dont les bords de Scarpe n’avaient pas l’habitude.

Si plusieurs auteurs attribuent au baron de Tott une qualité de gouverneur qu’il ne possédait pas, c’est parce que la distinction entre le gouverneur, le lieutenant-général et le lieutenant du roi est difficile à faire.

Pour les premiers, en dépit de la construction en 1735 d’un hôtel de fonction visant à les obliger à habiter à Douai, ils n’y résidaient pas ou peu. Le lieutenant-général assure en théorie une sorte de suppléance du gouverneur mais, peu à peu, l’attribution de cette charge de père en fils l’a transformée en titre honorifique n’obligeant personne à l’assumer réellement. En 1785, le gouverneur de Douai est le célèbre marquis de Bouillé et le lieutenant-général Henri Ignace Duhamel, conseiller.

Restait enfin le lieutenant du roi qui, « tenant lieu du monarque à Douai » , habite en ville et assure la direction des affaires militaires et civiles. De Tott s’était installé dans la fameuse « maison aux quatre coins » de la rue Saint Julien qui occupe un quadrilatère entier – d’où son nom – et qui existe toujours. Accueillant l’école Saint-Joseph jusqu’en 2011, sa désaffectation a été suivie par quelques travaux de sauvegarde.

L’emprise du lieu, certaines décorations intérieures, le portail monumental, donnent, en dépit des outrages du temps, une idée du luxe dans lequel le lieutenant du roi exerçait ses fonctions.

Cette demeure, fruit d’additions successives comme le prouvent certains indices, ainsi des fenêtres à meneaux sur la façade de la rue St Julien, fut aménagée en 1721 par un négociant de Lille, Charles de Savary. Son fils, Alexandre, bourgeois de Douai, ancien officier, contrôleur du roi à Paris, vendit l’ensemble en 1756 au sieur Dehault magistrat.

Sur le plan Robaut de 1850, la propriété est une sorte de grand jardin. Elle est bordée du côté de l’église Saint Jacques par un petit canal qu’il fallait franchir pour y accéder. A cette époque, elle est possession d’Alfred Dupont avocat, administrateur de la Compagnie des mines de Courrières, député monarchiste durant l’Ordre Moral, décédé en 1887.

la maison au quatre coin du Baron de Tott

C’est dans ce cadre que le Baron de Tott organisa des fêtes qui restèrent longtemps dans la mémoire douaisienne pour leur fantaisie empreinte de « turqueries », surtout quand le « gouverneur » ose le caftan et le turban.

Curieux de tout, De Tott pratiquait les arts. Il était d’ailleurs un peintre d’assez bonne facture, comme le sera, quoique plus professionnelle, sa fille Sophie. Une de ses toiles, disparue depuis 1918, « Vue prise en Crimée. Marine avec figure » fit d’ailleurs un temps partie du fonds de la Chartreuse.

On ignore si De Tott a exercé ses talents d’ingénieur et d’architecte dans sa demeure ou même les fortifications de Douai comme il l’avait fait sur le Bosphore. On peut imaginer qu’en spécialiste de l’artillerie, il s’est intéressé de près à la marche de la fonderie ainsi qu’à l’organisation des régiments de la place. Tout au plus, plusieurs auteurs signalent à son initiative la construction en 1787 d’un « kiosque » aux abords de la porte de Paris qui aurait été, comme son nom l’indique, de style ottoman.

Cette construction était peut être liée, cette même année, ainsi que le rappelle Plouvain dans ses « Ephémérides » au séjour fait par Isaac Bey à Douai. Réfugié en France après sa disgrâce auprès du sultan, l’exilé est logé chez le baron qui le connaissait depuis son séjour à Constantinople.

La Révolution mit un terme aux fonctions de notre gentilhomme magyar à Douai lorsque les régiments se mirent à s’agiter sous l’empire des idées nouvelles. En juin 1790, menacé par des soldats auxquels il avait refusé le droit de se « fédérer », De Tott doit prendre la fuite.

En homme à poigne, il tenta en effet de rétablir l’ordre par une fermeté qui, certes dans sa manière, n’était plus de mise. Les factieux, loin d’être calmés, se soulevèrent, décidés à « lanterner » leur chef, coupable de « despotisme », accusation qui prend toute sa saveur quand on considère les critiques du Baron sur le régime ottoman.

Un groupe d’officiers, inquiets quant au salut de leur supérieur mais peut-être aussi quant à ses initiatives, organisèrent son départ de la ville qui ne fut possible, parait-il, que les armes à la main.

De Tott passa ensuite en Suisse puis en Hongrie où son ami, le prince de Batthyány, lui offrit l’hospitalité dans sa propriété de Tarcsa, de nos jours Bad Tatzmannsdorf en Autriche. Toujours actif, il s’occupait de recherches scientifiques dans un laboratoire construit pour lui et qui a subsisté jusqu’à aujourd’hui.

Perspicace quant à la solidité du nouveau régime de France, marqué de plus par l’exécution du roi qu’il avait longtemps servi, le Baron de Tott fit reconnaître par l’empereur ses origines nobles et magyares au début de 1793. Son décès, peu après, ne lui permit pas de profiter longtemps de ces retrouvailles avec ses racines familiales.

Honneur à Queter

Logement de Laurent Queter en bords de Scarpe à Ville de Douai

Le récent sauvetage d’un jeune homme tombé dans la Scarpe rappelle que notre canal, lieu magnifique, peut aussi être dangereux. Voilà donc l’occasion, dans cette période troublée, d’exhumer une figure douaisienne oubliée, celle de Laurent Queter qui, voilà plus d’un siècle, a sauvé de nombreux imprudents lesquels, passant trop près de l’eau, étaient tombés dedans.

Un poissonnier du marché aux poissons de Douai

Poissonnier, fils de poissonnier, père de poissonnier, Laurent Queter était né à Douai en 1803. Reprenant le métier de son père, il était établi sur le marché aux poissons réservé, comme son nom l’indiquait alors et comme il ne l’est plus aujourd’hui, au commerce halieutique.

On comprend d’ailleurs que son activité concernait surtout des poissons d’eau douce qu’il pêchait le jour et qu’il vendait ensuite. Sa maison sur la place au n° 24 – elle existe toujours – située sur le canal, avait des fenêtres qui donnaient sur l’eau. C’était un lieu de surveillance idéal, véritable vigie dont l’emplacement allait faire sa renommée. Selon son propre récit, il expliquait pour cette raison sa promptitude à agir : « dès qu’un cri humain s’était fait entendre, je n’attendais jamais le second, je sautais lestement de mon lit et, le temps de faire un signe de croix, j’étais dans l’eau. »

Une vocation précoce de sauveteur

Taillé en hercule, Queter sauva une première fois, alors qu’il avait dix sept ans, un soldat du 31° de ligne tombé du pont des Dominicains en pleine nuit. L’absence de balustrade et peut être l’intempérance du militaire, expliquent toutes ensemble cette chute dans l’eau glacé de l’automne. Quoi qu’il en soit, entendant le cri du malheureux, notre jeune poissonnier n’écouta que son courage, sauta dans le canal et réussit en quelques minutes à le ramener sur la terre ferme.

Le pont des Dominicains, le plus étroit de Douai, lieu du premier sauvetage de Laurent Queter

Ce premier sauvetage de 1821 fut suivi par beaucoup d’autres. En 1824, deux hommes tombés dans la Scarpe sont ramenés par Queter en dépit des « efforts inintelligents dont font preuve ceux qui sont en danger de se noyer ». Sa force physique et ses aptitudes de nageur apparaissent la clé de son succès comme l’expliquent les témoins de l’époque. Tous soulignent tous la difficulté à ramener sur la rive des individus qui se débattent par peur de la noyade au risque d’emmener avec eux au fond leur sauveur.

Une impressionnante liste de sauvetages

Le bilan de Queter, si on peut le qualifier ainsi, durant vingt ans, de 1821 à 1841, est considérable. Le nombre de sauvetages s’établit ainsi à plus de quarante. La variété des victimes est en elle même une bonne indication du profil de la société douaisienne du XIX°, faite de petites gens et de militaires.

Une typologie est ainsi possible. On note la surreprésentation des hommes (30 pour 12 femmes) et le ratio moins favorable pour ces derniers en termes de sauvetages (60% de décès contre 40%). On compte enfin 8 militaires dans cette liste tandis que les deux mois où la fréquence des chutes est la plus forte sont septembre (7) et mai (6). On n’en compte aucune en décembre, ce qui s’explique sans doute par la température extérieure qui pousse peu de monde à sortir.

Cette longue liste frappe d’ailleurs par le fatalisme qu’elle exprime en creux. On y cherche vainement le principe de précaution qu’emprunte aujourd’hui toute action publique. A ces époques, il revenait aux citoyens de prendre leurs responsabilités. S’approcher de l’eau n’était pas recommandé, surtout quand on s’était abreuvé de bière ou de vin et qu’il faisait nuit. On s’en remettait à l’habileté aléatoire d’un Queter pour se tirer d’affaire.

On comprend aussi à la lecture des exploits de notre sauveteur que les bords de Scarpe n’étaient pas aussi aménagés qu’aujourd’hui. Garde-corps et quais ont été en effet réalisés plus tard, en 1856, sous la magistrature de Jules Maurice. Au début du siècle, le canal est un outil pour la ville. Rien ne doit gêner l’accostage et les transbordements de marchandises.

Laurent Queter poissonnier à Douai
Laurent Queter

L’honneur des humbles

Dès 1836, la monarchie de Juillet a distingué Laurent Queter en lui attribuant la croix de chevalier de la Légion d’Honneur. La remise de décoration, évènement rare, fut l’occasion d’une fête dans toute la ville présidée par le sous-préfet, Eugène Mancel, qui souligna, outre les exploits du sauveteur, dans une ville très orléaniste, la mansuétude de Louis-Philippe « monarque qui sait rechercher et reconnaître tous les mérites. »

Porte-drapeau des pompiers de la ville, ce qui lui allait bien compte tenu du sacrifice de sa vie qu’il mettait en jeu à chaque sauvetage, il reçut de nombreuses reconnaissances de la part des pouvoirs publics.

Queter fut distingué par l’Académie Française par un prix remis par Charles Nodier. Impressionné par les exploits de notre poissonnier, comptant les personnes repêchées, l’auteur reconnut avec admiration que « les Romains lui auraient décerné 29 fois la couronne civique. ». En 1841, le baron de Tournemine, général d’artillerie de Douai, intervint pour qu’il soit nommé à la Société générale des naufrages, association de sauvetage alors active sur les côtes de La Manche, ancêtre de notre SNSM.

Queter est mort en décembre 1861. Ses funérailles furent l’occasion d’un hommage unanime de la population douaisienne qui fit une souscription pour qu’un monument funéraire rappelle une mémoire qui n’a pas, malheureusement, échappé à l’interruption des souvenirs.

Emmanuel Choque, le maire d’alors, prononça un beau discours qui suscita l’attendrissement général et qui maintenant provoque le notre : « Adieu donc Laurent Queter ! Reposez en paix dans le sein de Dieu, qui sonde les cœurs et qui a déjà récompensé tout ce que le vôtre renfermait d’honnêteté et d’abnégation ! Adieu ! »

Un tramway nommé délire (1)

tramway douai évéole - le tram de Douai

Sujet qui a marqué l’histoire de notre ville, l’installation du « tramway » réclame une description. Le dossier est lourd. Il sera donc découpé en feuilleton.

Une si mauvaise idée (1/3)

Déjà évoquée par Douai Vox™, la grande idée des nouveaux « modes de transport » est la source de ce désastre industriel. L’époque réclame en effet des « circulations douces », du vélo, de la marche à pied mais aussi et c’est là où Douai prend cher, une bonne dose de tramway.

On a oublié le « solitaire« 

La cité avait pourtant eu à partir de 1896 un tramway qui, tant bien que mal, avait survécu aux deux guerres mondiales. Surnommé « le solitaire » comme un vulgaire Binbin pour la rareté de ses passagers, il avait été abandonné en 1953. Il est vrai qu’à cette époque, la modernité était de faire de la place aux autobus.

Le tramway, vieille idée, a retrouvé depuis une vingtaine d’années une nouvelle jeunesse. Malheureusement pour une image positive – l’électricité propre, le rail démocratique – qui masque ses grandes insuffisances. Outre son incapacité à transformer les automobilistes en usagers, son coût est énorme. Il n’est pas évident et surtout très onéreux de poser des rails dans des rues. Il faut de la largeur de voie et une configuration spatiale favorable, deux conditions que l’histoire s’est bien gardée de léguer à Douai. Conservons les en mémoire parce qu’elles sont, avec l’incurie des promoteurs, la clé du désastre.

Un tramway réclame des conditions favorables

Cette « bonne idée » partait d’abord d’hypothèses absolument fausses.  On regrette que les élus, ceux qui ont imaginé d’installer un tramway à Douai, n’aient pas lu la nombreuse littérature qui aborde ce sujet au fond.  

Ils auraient pu commencer par la géographie et la démographie. Sur un territoire, pour qu’un tramway soit viable, toutes les études indiquent qu’un seuil d’au moins 500 000 habitants est nécessaire (1 million pour un métro). La référence en la matière, le « Centre d’Etudes sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme », le fameux CERTU,  est un peu plus souple. Pour lui, la pertinence du tramway dans les agglomérations moyennes dépend au minimum d’un seuil de 300 000 habitants dans le rapport coût/besoins.

Plus compliqué, au nombre s’ajoute la répartition de la population. Si la ville centre connaît une forte concentration d’habitants mais que l’agglomération est plus diffuse, ce fameux « mitage » rend l’intérêt du tramway très incertain. C’est exactement la configuration du Douaisis.

Il faut relire enfin les journaux régionaux de l’époque qui, au delà de la magie du tramway, justifient le projet. On retrouve régulièrement l’argument ébouriffant « d’une hausse de 50% de la circulation automobile dans la ville dans les dix ans », prédiction qui prend tout son sel quand on observe son état actuel. Comme peuvent le certifier nos commerçants, un plan fou est bien plus efficace pour tuer les déplacements automobiles. Il ne coûte rien.

Peut être, posons cette hypothèse, que nos promoteurs devaient faire partie de ces parents qui le matin déposent leur enfant à St Jean ou Châtelet et qui, par la même occasion, bloquent tout le quartier du Canteleu. Quoi qu’il en soit, rien n’a confirmé ces prédictions. La population a diminué depuis 2004 (début du projet), de moins en moins de voitures entrent dans la ville et le tramway est un bus.

De l’illusion à la chimère

Lancée sur des rails qui n’étaient pas encore posés, il était toujours possible de réduire la dimension ou même arrêter une affaire qui dès le début échappait à toute rationalité. Les experts avaient malheureusement cédé la place aux politiques dans un mouvement qui possède, quand on l’observe une décennie plus tard, tous les traits d’une hystérie collective. En bon français, on appelle cette illusion « un schéma de pensée conjoncturel », c’est à dire que l’idée du moment écrase le bon sens du passé.

Fascinés par la modernité magique du mode de transport – guidage magnétique, motorisation hybride, pilotage automatique – les élus n’étaient plus à même de s’opposer à quoi que ce soit. 

S’ajoutait à ce mirage technologique peu éloigné du tapis volant, toute une stratégie marketing de haute volée susceptible de réduire les préventions les plus fermes. Du « Transport du Douaisis » devenant « Eveole » en passant par la rénovation « esthétique » de lieux trop longtemps abandonnés – la gare entre autres – le projet portait en lui la force irrésistible d’un renouveau.

Il donnait enfin à la ville de l’avance. Passée à côté de tant de virages stratégiques, ce « tramway sans exemple connu » mettait Douai à la pointe du progrès. Enfin, la ville devenait pionnière.

Aujourd’hui, tout regard sur ce passé est cruel. Gardons en un seul symbole, celui de la présentation en janvier 2006, au buffet de la gare encore ouvert et bientôt définitivement fermé, d’une chimère qui allait mener le territoire à la ruine.

A suivre, 2-Un tramway nommé délire

Auguste n’aime pas Douai

Le professeur Angellier

Personne ne se souvient aujourd’hui d’Auguste Angellier. Il existe des lieux qui rappellent pourtant sa mémoire, un collège à Boulogne, un lycée à Dunkerque sa ville natale, une rue et une statue à Lille mais rien à Douai. C’est injuste. Professeur de la faculté des Lettres, il y a enseigné la littérature anglaise avec brio, participant au renom de notre université.

Il est vrai que le professeur Angellier, ainsi qu’il l’exprimait dans le volumineux journal qu’il n’a cessé tout au long de sa vie de tenir, avait la dent dure sur « l’Athènes du Nord ». Dans ces pages longtemps cachées, il observait la société douaisienne avec une acidité qui explique sans doute l’oubli dans lequel notre cité le tient aujourd’hui.

Un pionnier de l’enseignement linguistique

Né en 1848, Angellier était issu d’un milieu modeste. Ses parents, qui avaient remarqué les capacités scolaires de leur fils, réussirent à le faire entrer à Louis le Grand pour qu’il y prépare le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure. Bon élève, Auguste était aussi assez remuant. Une révolte lycéenne contre la direction dont il était un des meneurs – l’intendant trafiquait sur la qualité de la nourriture – lui valut d’être renvoyé en 1869.

Les décisions de cette époque étaient irrévocables. Il fut impossible au puni de réintégrer le moindre établissement public, ni même de passer l’oral du concours. A bout de solution, il trouva en Grande-Bretagne un poste de répétiteur. Ce premier séjour, qui fut suivi par beaucoup d’autres, orienta son destin. Langue et culture anglaises, passion de sa vie, allaient décider de sa carrière d’enseignant dans cette discipline.

Ainsi, après la guerre franco-prussienne où, bien que volontaire, il ne combattit pas, le nouveau régime lui offre un poste d’enseignant remplaçant. Certifié d’anglais en 1873, reçu à l’agrégation trois ans plus tard, Angellier est ensuite nommé au lycée Charlemagne. En 1881, la chaire d’anglais à l’université de Douai étant libre, il accepte ce poste qui lui donne l’occasion de se rapprocher du Boulonnais familial.

Hors le latin et le grec, l’enseignement linguistique ne fut pas, pendant longtemps, obligatoire dans les lycées. Son développement, limité, dépendait de chaires universitaires qui n’existaient pratiquement pas. Il reviendra à la III° République de mettre en place les cours de langues vivantes du collège au Supérieur. Angellier accompagnera cette diffusion tout au long des postes qu’il assumera, notamment au terme de son parcours quand il sera doyen de la faculté des Lettres de Lille.

Un notable contrarié

Rien de commun entre Valentine Camescasse et Auguste Angellier quant à l’opinion que chacun se fait de la vie douaisienne du début de la III° République. Pourtant contemporains, ils se sont sans aucun doute croisés dans les salons de la ville, notamment chez le doyen Desjardins qui recevait beaucoup et dont la table était réputée.

Le silence de Valentine sur notre personnage est curieux. A l’inverse, serait-elle la « Mme C. » qu’on retrouve plusieurs fois dans le journal d’Angellier ?

Lisons : « Réception chez la doyenne. La petite H. me parle longtemps de Mme C. de qui elle me dit beaucoup de mal. C’est une rouée, si vous savez etc. J’en ris et elle part toute calmée mais au moment où elle s’en va, Mme C. arrive. Il y a une minute difficile. La petite H. est bruyante, bavarde, commère, un peu commune et très peuple. Mme C. joue à la grande dame et pourrait en faire une. La petite H. n’est qu’une petite grisette. »

Plus loin, chez « Mme A. », les choses se précisent : « je passe ma soirée à batifoler avec Mme C., qui est pleine de coquetteries, de petits piaffements, de petits soubresauts, de cabrades légères… » et puis en forme d’épilogue : « je dîne chez Delangre qui me raconte que Mme C. dit partout que je suis éperdument épris d’elle. Elle est folle… »

A cette époque, tout fonctionnaire qui compte en ville, un universitaire l’est absolument, se doit de respecter les règles de sociabilité. Il doit participer aux soirées, innombrables, qui animent la notabilité locale. On va chez les uns et les autres. On dine, on joue aux cartes. Magistrats, professeurs, notables divers se côtoient, flirtent, cancanent, font aussi assaut d’érudition littéraire. On devine qu’avec son esprit anticonformiste, Angellier devait susciter l’intérêt. Personne ne pouvait imaginer en privé sa sévérité envers les « Duaques » mais surtout les « duacismes », expressions locales de toutes natures qu’il brocarde dans ses pages journalières.

Angellier doit tout à Douai

Pourtant, en dépit des critiques envers notre cité, deux raisons donnent au séjour douaisien d’Angellier une importance déterminante dans son parcours.

L’universitaire anticonformiste

Ce fut d’abord à Douai, durant ces huit années d’enseignement, qu’il a fourni l’effort le plus intense de sa carrière. D’abord par son action auprès de ses étudiants qu’il préparait avec succès aux concours, l’agrégation en tête qui rehaussait le prestige de la cité. Ses cours, qui remplaçaient les conférences mondaines de ses prédécesseurs, étaient recherchés pour leur intérêt. Le soir, besogne terminée, le professeur s’enfermait dans son bureau de la rue d’Arras, parmi ses livres et les « curiosités » dont il avait la passion. Dans ce havre de paix, il retrouvait selon ses propres mots, « les joies de l’esprit et la solitude de la pensée. ».

C’est à Douai qu’Angellier conçut et écrivit sa fameuse thèse sur Robert Burns qui allait marquer tant elle rompait avec les habitudes universitaires. Audacieux selon son caractère, il osa ainsi s’opposer au déterminisme de Taine qui faisait découler de l’environnement des auteurs l’inspiration de leur œuvre. Angellier y gagna une célébrité nationale. Plus prudent sur la forme, notre doctorant se plia néanmoins aux règles étonnantes de l’époque. La thèse mineure devant être rédigée en langue ancienne, il analysa l’inspiration hellénistique de la poésie de Keats en latin sans aucun mot d’anglais.

A l’amie perdue

Enfin, ce fut à Douai qu’Auguste rencontra l’amour de sa vie, celle à laquelle il allait consacrer son recueil de poésies le plus célèbre, « A l’amie perdue ».
Thérèse Denys, fille d’un brasseur douaisien, avait épousé à dix-sept ans et à Douai en 1874, Félix Fontaine, « marchand de fer » de Solesmes, lui aussi fils de brasseur. Ce mariage certainement arrangé entre deux familles aux intérêts proches fut très vite malheureux. En 1882, la vie commune étant devenue impossible, la jeune femme fut obligée de retourner vivre chez ses parents avec ses deux enfants.

On ignore les circonstances précises de la rencontre de ces deux solitaires mais l’idylle releva, quand on considère les préceptes moraux de l’époque, du tour de force. Contraints à la discrétion sinon à la dissimulation dans une ville où tout se savait, les deux amoureux luttèrent vaillamment pour affronter ces vents contraires.

Profitant d’escapades sur la côte, de voyages divers, de signes secrets, déployant des trésors d’imagination pour donner le change, les deux amants réussirent à entretenir la flamme. Les périodes du recueil « à l’amie perdue » retracent l’évolution des sentiments, de la passion du début à l’éloignement final.

Le départ des facultés à Lille en 1887 rendit en effet les liens plus difficiles à maintenir. Le mariage, sans doute envisagé, ne se fit jamais. Si peu à peu la passion s’éteignit, Thérèse garda un lien épistolaire avec Angellier probablement jusqu’à la mort de ce dernier en 1911. Elle même disparut en 1942 dans l’anonymat le plus complet. La révélation de cette liaison n’eut lieu que de nombreuses années plus tard quand furent accessibles les courriers codés des deux amoureux.

Le poète dans son oeuvre sublima cet amour impossible donc inoubliable par ces vers superbes :
Puis, quand nous gagnera le suprême sommeil
Ils t’enseveliront loin de mon cimetière
Nous serons exilés l’un de l’autre en la terre
Après l’avoir été sous l’éclatant soleil
.

Budget de l’agglo, on vaporise ou on concentre?

Budget on vaporise ou on concentre

La lecture attentive du « Mag Douaisis Agglo » apporte toujours son lot d’informations intéressantes. Préparation de la campagne qui s’annonce, les patrons de l’intercommunalité se mobilisent. Ils ont évidemment l’espoir de se maintenir aux manettes de cette extraordinaire « pompe à phynances » comme l’aurait appelée Ubu Roi.

Au passage, comme le font beaucoup de lecteurs de Douai Vox qui s’inquiètent à tort des entorses que nous ferions au code électoral par nos interventions sur les réseaux sociaux, nous posons à notre tour la question du statut de cette présentation.

Cette publicité vise-t-elle à faciliter la réélection de nos mâles vice-présidents, tous maires et tous ou presque candidats au renouvèlement de leur mandat ? On conseille au directeur de la publication la lecture de l’alinéa 4.2.11.4 concernant le bilan des élus, notamment la célébration de leurs réalisations en période électorale dans des publications financées par une intercommunalité.

Il s’agit bien là d’une apologie de l’action de nos élus car Douaizizaglo® , ça n’existe pas. Ce qui existe ce sont les décisions de ses membres. Elles ne sont vues qu’à travers, non pas leur efficacité, mais de la seule chose qui compte : la dépense. Présenter un bilan en termes d’accroissement de population, de réduction du chômage, d’implantations d’entreprises dynamiques et pourvoyeuses de plus-value, ne vient visiblement pas à l’esprit de nos représentants. On donne des sous et advienne que pourra.

Comme nous l’avions déjà expliqué, décision et impact sont comme souvent dissociés dans la tête des élus. Si le second n’est pas mesurable, ne reste donc que la première, c’est-à-dire la dépense.

Regardons la structure des 35 communes de la CAD, aperçue du côté des financements dont elles ont bénéficié « depuis 2014 » selon l’organe officiel de la communauté d’agglo.
Nous ne garantissons pas la justesse absolue de ce travail. Notre source est exclusivement cette présentation elle-même qui possède peut être quelques biais.

Sur un total de 240 millions d’euros de financements, en tout bien tout honneur, compte tenu de son importance, Douai arrive en tête en valeur absolue avec près de 82 millions depuis 2014. A l’autre bout de la liste, la commune la moins « aidée » en volume est Roucourt avec 420 000 euros. Ce n’est quand même pas rien quand on rapporte cette dernière somme à l’effort fiscal sur laquelle repose cette manne. Elle correspond à une taxe foncière de 4 200 euros payée par 100 citoyens en un an…

Plus finement, en termes de montant, examinons les grosses bénéficiaires, au-delà de la dizaine de millions. On repère dans l’ordre Auby (39 millions), Cuincy (21), Sin (15), Lambres (12), Flers (12), Waziers (12), soit la plupart des communes qui encerclent Douai. Par capillarité avec leur grande voisine, ce sont des villes qui accueillent beaucoup d’habitants, ce qui explique peut être l’importance de ces transferts.

Pour autant, toutes ne sont pas aussi bien servies. Cela renseigne sans doute sur la stratégie inconsciente de la CAD dans une agglomération prise dans son ensemble. Car enfin, le plus curieux est le calcul que cette présentation permet de faire entre le nombre d’habitants et les financements reçus par commune.

On peut dès lors se rendre compte de celles qui sont les mieux aidées par Douaizizaglo® mais surtout du degré d’équité qui devrait être le ressort de cette stratégie, si d’aventure l’objectif est de donner la même proportion à tout le monde, ce que semble suggérer cet article.

Par tête d’habitant, la variation est forte. Elle s’étale de 287 euros/habitant (Lallaing, les pauvres…) et Auby qui plane à 5433 euros soit 18 fois celle des moins bien lotis. Si nous étions les habitants de la première, nous nous poserions des questions. D’abord celle de la formule magique qui permet à Freddy Kaczmarek de rafler un pactole de cette importance. Il se présente aux élections pour un 4° mandat. Tant mieux pour les Aubygeois…

Analysons enfin les communes qui suivent. Cuincy (3 243 euros/hab) puis, tiens, on l’aurait deviné, Lauwin-Planque qui culmine à 2 644 euros/hab. Il doit être quand même assez utile d’avoir comme premier magistrat la personne qui se trouve être depuis dix ans le président de l’agglo.
Se succèdent enfin Lambres (2 482), Flers (2 118) et enfin Douai (2 056) pour les dotations au-delà de la barre de 2 000 euros par habitant.

A l’autre bout du spectre, on retrouve bien sûr les délaissés de Lallaing (297 euros/habitant), Raimbeaucourt (357), Roost-Warendin (460), Arleux (469), Estrées (471), Lécluse (486) pour les communes placées sous les 500 euros.

Le moins qu’on puisse dire devant ces chiffres c’est que la diversité semble être la règle comme d’ailleurs la dispersion des financements. Tout le monde reçoit quelque chose. Aucune concentration de la manne sur des axes prioritaires ne semble apparaitre.

Les exemples donnés dans le « Mag » sont en effet d’une grande diversité (aménagements urbains, achat de voiture, réhabilitation de salle des fêtes etc.). De même, il est facile de comprendre que la construction d’un échangeur routier coûte plus cher que la réfection d’un préau d’école.

Le rapport entre le nombre d’habitants total rapporté au budget global permet ainsi de calculer l’aide moyenne théorique pour chacun d’entre eux, soit 1 609 euros/habitant (240 millions partagés également entre les 150 000 habitants de la CAD).

Cette distribution fictive permet de comparer avec les transferts concrètement réalisés. Le résultat est étonnant. En effet, 7 communes sur les 35 reçoivent des dotations supérieures à leur niveau théorique. Evidemment Auby (+ 27 millions) puis Douai (+ 17), Cuincy (+ 10), Lambres (+ 4,4), Flers (+ 3), Lauwin-Planque (+ 1,8) et enfin Waziers (+ 0,3).

Toutes les autres communes sont sous leur niveau théorique. Les moins subventionnées sont dans l’ordre décroissant en millions d’euros : Sin (- 9,6), Lallaing (-8,1), Roost (-7), Dechy (-5,6), Flines (-5,1), Raimbeaucourt (-5), Guesnain (-3,7), Arleux (-3,4) etc.

Quelle conclusion tirer de ce qui précède ?
La diversité des dotations est à l’évidence le résultat d’une gestion aux objectifs confus. On saupoudre. On vaporise.
Existe-t-il une correspondance entre les objectifs du SCoT Grand Douaisis et cette longue liste de dépenses ? Pas vraiment.
Ne serait-il pas plus efficace, pour le développement du territoire, de prioriser les financements sur des objectifs plus structurants ? Privilégier le cœur de ville pour sa capacité d’entrainement sur la dynamique générale doit être au cœur des futurs débats au sein de l’assemblée communautaire.

Tribune libre

tribune libre douai ma ville 2

Il fut un temps où les mairies n’avaient aucun besoin d’organe de presse célébrant leur action, toujours positive, avec la frimousse des élus sur à peu près toutes les pages. Elles se contentaient d’afficher leurs décisions sur les murs de l’hôtel de ville.
Le lieu de parole était celui de l’exercice du pouvoir, l’action mais pas la description de l’action. Le conseil municipal voyait ses comptes rendus rapidement communiqués au bon peuple. Le contact direct des conseillers municipaux avec la population était constant, histoire de prendre au quotidien le pouls de l’opinion locale.

Pour le malheur des citoyens ont fleuri depuis les « journaux municipaux », publications bizarres dont le ton oscille entre celui de la Pravda de la bonne époque ou celui de l’actuelle Gazette des Communes.
Nous avons déjà l’étonnant prospectus publicitaire de Douaizizaglo® mais aussi l’inusable « Douai notre ville » dont le titre parait parfois bien éloigné de ce qu’il énonce. Ce « nous inclusif » ne doit pas être en effet autre chose que le célèbre « nous de majesté ».

Pour être un peu objectif, ce qui n’est pas forcément la finalité de Douai Vox, il faut reconnaître que l’organe du parti communal reste mesuré dans la célébration des hauts faits notre conseil et surtout ceux de son directeur de la publication. Il donne même – c’est la loi – une part d’expression à l’opposition, comme le dernier numéro de « DNV » la présente en page deux. S’il est un gage d’équilibre démocratique, l’exercice donne lieu à un propos tellement déconnecté de la réalité qu’on balance entre le rire et la consternation.

Loin de préparer la campagne électorale à venir, ce qui serait sans doute logique venant d’élus qui seront probablement partie prenante des listes candidates, nous avons droit à une « tribune libre » dont la liberté pour le coup ressemble à celle qui permet de dire n’importe quoi.

Un esprit avisé peut croire que cette vacuité découle des règles pré-électorales obligeant les auteurs à ne parler de rien. Pas du tout. Le code ne permet pas à un maire de s’opposer à la publication d’articles d’une tribune libre, même quand ils sont assimilables à de la propagande. Le droit d’expression des conseillers municipaux d’opposition est total.

Mais que font donc nos représentants de cette possibilité ? Et bien rien.

tribune libre P2 douai ma ville
Extrait de la page 2 de Douai ma ville -Novembre 2019

D’un côté, nous avons droit à un rappel de la récupération miraculeuse – en 2011, c’était hier – du tableau de Jules Breton, « la fille du pêcheur » volé par les Boches en 1918. La mise en perspective est celle d’un stage de formation (de qui ? pour qui ?) susceptible d’améliorer la restitution des œuvres perdues dans les tourmentes du passé. On se perd en conjectures pour savoir ce que vient faire ce sujet – certes hyper stratégique – dans la feuille de chou municipale, sauf à imaginer que cette notule puisse être écrite par le maire lui-même.

Mais le pire est sur la colonne à côté, bien à droite. Cette fois-ci, le responsable local d’un parti politique connu, peut être bientôt à la tête de la ville, nous assène des considérations invraisemblables sur la « décadence » de la France. Cette liste mériterait d’être inscrite sur les murs du Beffroi pour que son absurdité soit connue de tous pour des siècles et des siècles. L’auteur doit être un adepte du « coupé-collé » qui, trouvant dans un paquet de lessive nationale le topo qui va bien, l’a posé ici à l’arrache en style télégraphique. Il devait penser qu’on ne le lit jamais.

Si nous étions Frédéric Chéreau, la lecture de ces deux « tribunes libres » nous mettrait en joie quant à la qualité et la pertinence des oppositions qui bientôt se lèveront contre nous.

Opposants encore un effort pour être oppositionnels !

L’université de Douai

Nos beaux et vieux bâtiments… vides (7)

Ville historique au riche patrimoine, Douai possède une caractéristique frappante : la présence dans ses rues de nombreux bâtiments anciens, parfois énormes, souvent classés mais… vides.

Douai, ville universitaire

Pendant plusieurs siècles, Douai abrita dans ses murs une université. Fondée en 1562 par Philippe II cette création n’était pas indifférente. Elle incarnait pour les Habsbourg, aux avants postes du catholicisme, la résistance à la Réforme qui triomphait au Nord.

En 1791, la Révolution supprime toutes les facultés du pays que l’Empire recrée quinze ans plus tard. C’est un peu improvisé pour Douai qui voit pourtant revenir avec plaisir ses étudiants mais ces derniers sont, jusqu’à une nouvelle suppression en 1816, très peu nombreux. Il n’est même pas certain que des cours aient réellement eu lieu durant cette période.

Si la ville perd une nouvelle fois son université, elle conserve toutefois son rectorat et son lycée, celui-ci étant simplement passé d’impérial à royal. Il faudra attendre le Second Empire pour voir revenir à Douai l’université tant attendue. En 1854, Napoléon III signe le décret de fondation d’une faculté des Lettres, complétée en 1865 par une Ecole de Droit, cette dernière s’appuyant, comme aujourd’hui, dans le ressort judiciaire, sur les charges qui s’y attachent.

Tout au long de ces péripéties universitaires et scolaires, la municipalité fit preuve d’une pingrerie étonnante, ainsi pour le rectorat qui ne disposa d’aucun local spécifique ou du lycée installé dans des bâtiments improvisés difficilement entretenus. Il est vrai qu’à cette époque, merveilleux système, les décideurs sont les payeurs, ce qui ne pousse personne à la dépense.

Il revient à Jules Maurice, maire en 1852, d’avoir rompu avec cette ancienne logique, choisissant enfin d’investir pour rendre possible à Douai l’installation d’une université. L’accord avec le gouvernement reposait en effet sur la construction d’un local payé par la ville.

Le palais académique

Plutôt habile mais encore une fois par esprit d’économie, le maire choisit, pour installer l’université, de transformer un bâtiment du XVII° siècle, le Mont-de-Piété, dans la rue du même nom, qui abritait déjà les cours de la faculté des Lettres ainsi que le rectorat.

L’architecte de la ville, Gustave Meurant, fut chargé de la construction. Outre de choisir pour la façade sur la rue un style Louis XIII alors original, ses plans prévoyaient des salles de cours (dont deux amphithéâtres) au rez-de-chaussée, des bureaux ainsi que des logements (pour le recteur et le doyen) aux étages. Il était même prévu d’installer dans un des grands salons un portrait en pied de l’empereur.

Fortoul en 1856, dans son journal, critique le « plan très médiocre du palais des facultés de la ville ». Un peu plus loin, il fustige encore le manque d’envergure du dossier : « reçu les députés de Nancy et de Douai (Emmanuel Choque) venant défendre de détestables architectes chargés de faire de détestables palais pour mes facultés. » Il est vrai qu’on est loin des somptueux bâtiments que Lille construira pour rassembler après 1887 toutes les universités dans la ville.

Le palais fut très rapidement saturé mais surtout peu apte à étendre ses enseignements et donc à supporter la concurrence lilloise. Ernest Lavisse, partisan du déménagement, déclare ainsi en 1886 : « L’état des bâtiments universitaires de Douai est déplorable. Ils étaient déjà vieux en 1854 lorsqu’ils servaient de mont de piété. Les locaux d’enseignement y sont très insuffisants. On a logé la bibliothèque universitaire dans l’ancien appartement du doyen de la faculté de droit. Les livres sont entassés. »

De la culture à l’agriculture

Le déménagement à Lille des universités constitua pour la ville un traumatisme dont les effets se firent ressentir très longtemps dans l’imaginaire douaisien. L’Etat, comme souvent dans ces cas là, mit pourtant en œuvre diverses compensations, lesquelles d’ailleurs furent déterminantes dans le développement économique du territoire.

La démolition des fortifications (1895), la construction du canal de dérivation (1896) et enfin la fondation de l’école nationale supérieure des industries agricoles (1893), qui remplaça l’université dans ses murs, donnèrent un coup de fouet à une cité endormie dans ses fortifications.

Durant plus d’un siècle, le bâtiment fut utilisé pour former des ingénieurs et techniciens agricoles pour toute la France. Ils y apprenaient la distillerie, la sucrerie et la brasserie, avec une recherche constante d’innovation pour favoriser le développement industriel de ces secteurs.


Tant bien que mal, l’école avait installé des laboratoires, des ateliers et même un internat. En 2007, le site de Douai est fermé. Ses formations, fusionnées avec celles d’une multitude d’écoles d’ingénieurs, ont donné lieu à la création d’AgroParisTech dont le siège principal est à Paris.

L’affectation peine à sortir

Resté vide pendant près de dix ans, le bâtiment qui appartenait à la région a été cédé gratuitement à la ville en 2015. Cette cession n’était qu’un retour logique au don que Douai avait fait en 1893 à l’Etat lors de la création de l’école d’agriculture.

L’Université, plutôt imposante avec ses hauts murs et son entrée couverte monumentale au beau tympan sculpté, n’est ni classée, ni inscrite, ce qui est peut être dommage.
Sa taille, que le ministre Fortoul estimait médiocre, reste quand même impressionnante avec près de 5000 m2. Sur l’arrière, la démolition des bâtiments techniques, à une date incertaine, a libéré un espace important qui a longtemps servi de parking. C’est actuellement un dépôt de matériaux pour les entreprises qui rénovent la place du Dauphin.

Un peu laid, non ?

Si la façade sur rue, restaurée, est remarquable, celle de l’autre côté est affreuse avec son enduit de ciment, comme apparait l’extension en béton des années 60 qui abritait le foyer des étudiants, collée au bâtiment sans respecter l’alignement de l’université, ni évidemment le style des bâtiments voisins.

On admirera la qualité de la transition des deux bâtiments accolés

L’intérieur, pour ce qu’on peut en savoir, est le résultat de rénovations partielles réalisées sans aucune unité tout au long du fonctionnement de l’école d’agriculture. Elles ont complètement dénaturé une organisation originale dont il ne reste absolument rien, hors peut être une cheminée, quelques portes et le hall d’entrée qui a conservé sa superbe marqueterie de pierre.

Comme toujours, les seuls projets évoqués – jamais réalisés – furent des implantations administratives dont l’hétérogénéité démontre de leur impraticabilité.
Frédéric Chéreau a évoqué l’installation de services du ministère de la justice, de bureaux d’avocats et même d’une maison d’accès aux droits.
De son côté, Françoise Prouvost alors candidate, parlait quant à elle, d’y mettre des services municipaux, ainsi l’office municipal des sports, le redoutable et puissant « OMS » bien connu des sportifs douaisiens.

Ces propositions sont toutes restées à l’état de projets. Prudente, la municipalité évoquait « plusieurs mandats » pour pouvoir mener à bien une rénovation de cette importance. Si la lenteur peut être un mode de gestion, il est regrettable que l’avantage d’une localisation en plein centre-ville n’ait pas permis d’aller plus vite.

L’absence de concrétisation devant un tel potentiel est un étonnement de plus dans une ville qui ne manque pas de « on aurait pu faire mais on ne l’a pas fait » . Encore une fois, le Douaisien de base s’interroge sur cette propension des élus à considérer ces lieux d’exception comme des fardeaux plutôt que des opportunités pour la ville.

Douaizizaglo® n’a aucun problème à lancer des projets à l’extérieur – piscines, boulodromes, patinoires, planétarium, musée – aux équilibres financiers incertains. Il ne lui vient pas à l’idée qu’il serait peut être intéressant, dans la ville-centre, d’investir dans les vieilles pierres qui constituent un argument évident d’attraction pour les habitants comme les touristes.

Besoin d’idées brassicoles ?

Un bar à bière-école-polyvalent

Loin de proposer une réaffectation administrative à ce beau bâtiment ou, pire, la transformation en logement social à la mode habituelle, la proposition s’appuie sur le passé brassicole du lieu et de la ville.
Nous avons tous noté avec intérêt le succès de l’exposition sur la bière accueillie au musée de la Chartreuse mais plus encore celui de la manifestation qui a permis de faire connaître de nombreuses productions locales dans les jardins du monastère.
Il est vrai que le développement récent de ce secteur est un mouvement de fond. En 2007, on comptait, en France, pas plus de 200 brasseries artisanales. Elle sont plus de 1000 aujourd’hui. L’atout des artisans brasseurs est leur proximité géographique. Ils profitent de la recherche de la part des consommateurs des « circuits courts » et d’une alimentation plus authentique sinon naturelle.
Nous avions déjà évoqué la perte que Douai avait essuyée avec le départ à St Omer des Brasseurs de Gayant en 2015. L’ancienne université mais surtout l’ancienne école de brasserie doit pouvoir renouer avec son passé en épousant les modes actuelles.
Notre Flandre est un pays de la bière, retrouvons ces racines. Par ailleurs, Douai est si pauvre en lieux de convivialité que l’ancienne université constitue une opportunité extraordinaire.

Imaginons au rez de chaussée l’installation d’une brasserie qui ferait voir ses entrailles comme le faisait le laboratoire de l’Ecole d’agriculture.
De nombreux endroits dans le monde entier pourraient servir de modèle à un établissement qui profiterait des possibilités incroyables du bâtiment, son parking à l’arrière, son étendue, la qualité de ses vestiges décoratifs. Il serait aussi possible de réserver une salle retraçant l’histoire de la bière douaisienne.

Un merveilleux exemple, Brouwerij ’t IJ d’Amsterdam

Fabriquer une bière à base d’eau de pluie

université eau de pluie

Cette idée est venue à Joris Hoebe lors d’une période d’intempéries qui a frappé Amsterdam en 2016. Constatant qu’il avait besoin d’une importante quantité d’eau tout au long du processus de fabrication, Joris a inventé une bière à base d’eau de pluie. Avec un groupe de quatre étudiants aidés d’un chercheur, il a installé deux réservoirs sur le terrain de l’université des sciences appliquées d’Amsterdam qui ont recueilli près de 1000 litres d’eau en deux semaines. L’eau, ensuite filtrée avec des ultraviolets et du carbone, est portée à ébullition pour supprimer toute trace d’impureté.
Séduite par cette idée, une brasserie artisanale d’Amsterdam, connue pour ses bières originales, s’est associée à l’entreprise. Cette bière à l’eau de pluie a été baptisée Hemelswater, « l’eau de paradis »

Ateliers et team building

A l’étage, il serait intéressant de proposer des espaces à louer pour des séminaires ou des Workshops, mais aussi offrir dans la journée des « team building » brassage de bière, de 10 à 24 personnes comme l’organise la société YAAZZZ à Paris. Pendant 4 heures, de façon ludique, vous apprenez l’intégralité des étapes du brassage par équipe en brassant 20 litres de bière que vous emportez à la fin. Ce type de lieu n’existe pas à Douai.

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Team building Yaazzz à paris

Escape game bière

Autre idée proposée par l’agence événementielle l’échapée belle à Lille. Un espace Game autour de la bière. Le principe : « vous êtes enfermés en équipe dans l’ancien laboratoire du scientifique Louis Pasteur, vous disposez d’une heure pour remettre la main sur un précieux antidote supposé sauver l’humanité.
Des Indices sont dissimulés, énigmes à résoudre, expériences à réaliser, bières à déguster… autant de challenges à résoudre en équipe pour sortir vainqueurs de cet escape game brassicole ».

Et puis on ne résiste pas à vous présenter ce film publicitaire d’exception qui vante les qualités de « The BevBuckle« . Le ceinturon qui permet d’avoir les mains libres en buvant une bière, ce qui, le lecteur en conviendra, est d’une extrême importance.

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

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