Nos lecteurs ont du talent

Mairie de Douai - nos lecteurs ont du talent

Il arrive que nos lecteurs déposent des commentaires sur les pages du blog. Celui-ci a attiré notre attention pour sa qualité ainsi que pour la poésie qu’il dégage.

Nous remercions chaleureusement notre anonyme d’avoir accepté que nous publions son texte qui présente des analyses frappées au coin de l’Histoire quant au salut de notre ville.

On y trouve aussi et surtout une foi dans l’avenir qui réchauffe le cœur. En ce moment, on en a bien besoin.

« Plus sérieusement et pour revenir au sujet, vous dites que que vous ne souhaitez pas que Douai subisse le sort de Denain ou Bruay… »
Mais toutes les villes du Bassin Minier ont subi un traumatisme pareil à celui de ces villes.

Dans les années 70, quand on arrivait à Denain, on passait devant Usinor. Monstrueuse usine, toute de bruits et de fureur dont les fours crachaient des flammes qui éclairaient les nuits. Cet endroit grouillait de vies d’ouvriers qui transmettaient leur savoir et leur fierté de père en fils.
Puis en entant dans Denain, sur la gauche, il y avait Fives/Cail qui travaillait en sous traitance pour Usinor et les Houillères. Puis il y avait la fosse Renard. Et à droite, ce très vieux coron dont Zola se serait, parait-il, inspiré quand il a écrit Germinal.
Tout ça a disparu en peu de temps. Dans la violence du désespoir. Et Denain a sombré dans la misère. Cette ville se relève peu à peu. Grâce à la communauté du Hainaut. Et aussi d’un tramway qui joue son rôle structurant du territoire. Puisse notre réseau de bus en faire de même sur le Douaisis.

Douai aussi a subi ce traumatisme. Mais moins violemment.

Nous avons perdu Bréguet, quasiment Arbel. Et surtout les HBNPC. Et la nuée de sous-traitants qui ont péri dans son sillage. Dans les grands bureaux de la Direction Générale, rue des Minimes, œuvraient des dizaines d’ingénieurs (tous les cadres supérieurs avaient grade d’ingénieur) et d’employés à fort pouvoir d’achat. Charles Fenain, maire de Douai, était salarié par les HBNPC.

La disparition de ces emplois a eu un impact considérable sur le commerce et l’immobilier. Renault et l’Imprimerie nationale n’ont compensé ces pertes que très partiellement.

Mais il y a aussi la disparition des mineurs et, peu à peu, des retraités mineurs et de leurs veuves. Ils vivaient dans ces cités posées à la périphérie de la ville. La Clochette, Dorignies, Frais Marais. Elles étaient pleine de vie avec leurs commerces, leurs associations.

Cette paupérisation de la ville que vous soulignez, c’est là qu’on la trouve principalement. Là où, par facilité, on entasse des misères.

Je suis douaisien de naissance et j’aime ma ville. Je sais ses qualités, ses richesses, ses promesses mais aussi ses défauts, ses manques et ses laideurs. Je n’aime pas ce dénigrement systématique qui en est fait. Je ne reconnais pas ma ville dans ces critiques trop « appuyées » et politiquement orientées.

La ville a besoin de renouveau, d’un coup de fouet. Mais ce ne sera pas, comme le suggèrent certains, en recopiant le passé qu’on avancera. Et c’est moins encore en se battant pour quelques misérables places de stationnement que l’on changera les choses.

La Ville recèle un potentiel artistique, l’Hippodrome, les Gayants, le Musée de la Chartreuse, l’Ecole d’Art, le Jeune Orchestre, la Chorale des Mineurs, etc. qui pourraient être mis en valeur et mieux exploités.

Douai n’est pas mort, Douai ne se meurt pas. Loin s’en faut. »

Merci cher anonyme.

Paulée ou la cuisine financière

assignat article jean-baptiste Paulée

Comme son ami Vanlerberghe mais en mieux, le parcours de Jean Baptiste Paulée, enfant de Douai, est emblématique des destins extraordinaires favorisés par la Révolution.

De la légende à la réalité

Son ascension prodigieuse frappait les contemporains qui forçaient le trait sur son origine obscure pour mieux en souligner l’exploit.  Présenté comme un « garçon d’auberge quasi illettré », il était en fait le fils d’un hôtelier prospère qui savait parfaitement signer – donc écrire – comme le prouve l’acte de naissance de Jean-Baptiste, enregistré par le curé de la paroisse St Pierre le 17 décembre 1754.

Son nom, Paulée, qui est selon Dauzat une déformation du prénom Paul, est très courant dans le Nord de la France , avec des graphies différentes, ainsi Pollet ou encore Paulet. La forme accentué, plutôt maline, différencie cette famille de toutes les autres.

On sait peu sur la période pré-révolutionnaire de Paulée, sinon qu’il aurait travaillé à l’hôtel de Bourbon (ensuite « de Flandres »), place d’Armes, qu’il recevra de son père en héritage. Selon la légende, il aurait épousé la cuisinière de l’auberge. Ce « cordon bleu » traitant avec beaucoup d’attention les clients dont il attendait des avantages, il en aurait tiré ses premiers succès.

Il n’en est rien. Si notre aubergiste s’était marié une première fois avec une demoiselle Delassalle, devenu veuf, il a ensuite épousé en 1783 une certaine Marie Barbe Dervaux. Loin d’être une spécialiste des fourneaux, celle-ci était issue d’une famille de censiers aisés qui possédait le château de Lewarde.

Lewarde, 19 août 1783, tout le monde signe, la mariée à côté du marié

Son frère, Paul Joseph sera maire de la commune au début du siècle. Mieux, il est l’arrière-grand-père maternel de Mme Camescasse par sa fille, Adèle, qui épousera en 1820 Louis Delegorgue.

L’hôtellerie sous l’Ancien Régime est peu documentée. Les voyageurs, notamment anglais, décrivent une offre flamande de qualité, à l’inverse de celle des auberges du Midi jugée plus discutable.

On peut faire l’hypothèse que l’hôtel de Bourbon, sur la plus belle place de la ville, entrait dans une catégorie supérieure qui offrait à son « maître d’hôtel », c’est à dire son patron, de confortables revenus. De même, dans une ville de garnison, de plus siège d’un parlement, une auberge réputée était le centre d’un réseau étendu de relations et d’informations qu’il pouvait mettre à son profit.

Le début de l’ascension

Quoi qu’il en soit, loin de l’hôtellerie, tout indique que Paulée s’est essayé relativement tôt au commerce international dont d’abord celui des grains, spécialité de Douai. L’approvisionnement de son hôtel l’avait probablement habitué aux circuits d’échanges, sachant que le débouché naturel du Douaisis est d’abord l’ancienne Flandre. Tournai notamment, ville avec laquelle tous les bourgeois importants, survivance du passé, possèdent des liens familiaux ou professionnels. Sur les actes, avant 1789, il se présente d’ailleurs comme « négociant », ce qui démontre qu’il avait très tôt dépassé son ancienne pratique.

Sépulture de Julie Paulée, 11 mois, fille de Brigitte Delasalle et de Jean-Baptiste, « négociant », St Albin, février 1783

Comme un Bonaparte qui ne serait rien sans elle, la Révolution va changer le destin de Paulée. Signes de son adhésion aux temps nouveaux, il fait partie de la Garde Nationale et du conseil municipal, tout en étant membre de la franc-maçonnerie locale.  Il est une des personnalités douaisiennes – intéressées – qui, dès 1790, réclament l’achat des biens nationaux par la commune, préalable légal pour qu’ils puissent ensuite être revendus… à leur profit. 

En février 1792, Paulée acquiert pour près de 20 000 livres le couvent des Dominicains. Puis, trois ans plus tard, en septembre 1795, alors qu’il est déjà lancé dans les affaires de haute volée, il investit près de 2 millions pour s’emparer de l’abbaye des Prés. Il y installera à grand frais une demeure dont le luxe frappera les Douaisiens qui en parleront longtemps, même après sa démolition.

A partir d’avril 1792, un autre évènement lui a en effet donné l’occasion d’associer l’enrichissement radical à ses opinions politiques avancées. La guerre déclarée par la France contre l’Autriche-Hongrie va plonger le pays et la Flandre en particulier dans un long conflit armé. S’il est ruineux, le coût est relatif : les conquêtes sont une manne financière pour la République.

Paulée sera exactement à la rencontre de ces deux mouvements qu’on hésite un peu à qualifier de vertueux. Lancé dans le lucratif commerce des fournitures militaires, il livre surtout des vivres, ainsi des grains, que sa connaissance du secteur lui permet sans doute de rassembler facilement, sans parler de sa capacité à mobiliser des fonds, les siens et ceux de ses innombrables associés.

A cette époque, l’armée ne dispose d’aucun service d’intendance, ni de moyens logistiques. On sous-traite à l’ancienne mode. Des fournisseurs passent un accord avec l’Etat en se chargeant de tout (marchandises et transports) contre une rémunération confortable. Paulée, d’abord sans doute intermédiaire, devient très vite actionnaire de diverses « compagnies des équipages militaires » lesquelles, compte tenu des volumes en jeu, manient des sommes énormes pour assurer la livraison des vivres nécessaires aux unités combattantes.

Des aventuriers aux confins des banquiers

Durant cette période qui ne se stabilisera financièrement qu’après la fondation de l’Empire, fournisseurs et banquiers apparaissent souvent alliés dans cette fièvre affairiste. Paulée sera ainsi associé à son compatriote Vanlerberghe tout en étant en relation d’affaires avec les Panckoucke de Lille, Declerc de Dunkerque ou encore les Gossuin d’Avesnes.

Tous ces manieurs d’argent se confondent dans ces opérations aussi risquées que rémunératrices dont le statut moral laisse beaucoup à désirer du côté des compagnies comme celui de l’administration.

Le mécanisme d’enrichissement procède de la capacité à rassembler le numéraire qui permet l’achat des fournitures. Le prix demandé en contrepartie à l’Etat permet un excellent bénéfice, sans doute accru par le prix réellement payé auprès des producteurs. Il faut aussi ajouter les pots-de-vin passés avec les généraux qui jouent des quantités comme de la qualité des marchandises. Si l’armement est irréprochable, les effets militaires sont parfois lamentables. Les semelles des souliers en carton étaient courantes…

Pour autant, le paiement – nous sommes en pleine période des assignats – peut mettre les fournisseurs en grande difficulté quand la valeur nominale du prix s’éloigne trop de sa valeur réelle, ce qui sera systématiquement le cas jusqu’au Consulat. Ce décalage mènera certains fournisseurs à la banqueroute. Ayant payé les livraisons, parfois par un emprunt, ils sont remboursés avec de la monnaie papier qu’une inflation galopante réduit à peu de chose.

Comme on l’apprend à l’école, invention géniale, les assignats étaient garantis sur les biens nationaux dont ils étaient la contrepartie en valeur. Mais à la fin de la Convention, tous ceux situés en France ont été gagés ou vendus alors même que la planche à billets a tourné à plein (valeur des biens : 3 milliards, assignats en circulation : 50 milliards). Seules les confiscations qui suivent les conquêtes militaires peuvent permettre aux détenteurs d’assignats de rentrer dans leurs frais.

Possédant une masse considérable de papier, Paulée obtiendra ainsi du Directoire en 1797 un décret qui l’autorise à acheter pour 16 millions de biens nationaux en Belgique, fruit des confiscations menées au détriment des congrégations religieuses. Il acquiert ainsi une multitude d’exploitations à Charleroi, Mons et évidemment Tournai. On trouve dans ces achats de « gros morceaux », ainsi les abbayes de Gembloux et d’Argenton.

S’il existait une forte différence entre sa créance et ce que l’Etat lui a proposé comme remboursement en nature, Paulée se rattrape sans difficulté par la sous-estimation de ces biens, probablement un tiers de la valeur réelle. On peut supposer que notre Douaisien, en voisin averti, connaissait parfaitement le potentiel de cet achat.

Un financier de haute volée

Dans la gestion de ses affaires, Paulée démontre qu’il avait une connaissance très précise des questions financières. Cette expertise contredit facilement la réputation d’inculture qui lui a été faite de son vivant et qui subsiste curieusement jusqu’à aujourd’hui. Un mémoire sur la nécessaire réforme des finances publiques publié en 1799 expose une hauteur de vue qu’on ne s’attend pas à trouver dans la tête d’un « garçon d’auberge quasi-illettré » .

Réflexions sur les finances, JB Paulée, Paris, 1799

S’il est probable qu’il ait été aidé dans cette publication par divers spécialistes, il devait toutefois être capable de soutenir ses démonstrations devant les ministres ou grands commis avec lesquels il traitait. Pour autant – il était connu pour ces choix – Paulée sut s’entourer de collaborateurs de valeur, nombreux et surtout grassement payés qui ont contribué à maintenir et faire fructifier sa fortune.

Une dernière caractéristique différencie Paulée de ses collègues et qui, là encore, atteste de son habileté, c’est sa capacité à traverser, fortune faite, tous les aléas qui ont suivi la Révolution et l’Empire. Avec la dépréciation monétaire déjà évoquée, toutes sortes de risques guettaient ces aventuriers, entre autres la faillite mais, pire encore, la prison.

Si le gouvernement acceptait, du fait de l’urgence et de la nécessité, quelques entorses à la règle, l’exagération pouvait mener en cellule ou à l’échafaud. Accusés de prévarication et de soustraction à l’impôt, Vanlerberghe ou Ouvrard furent ainsi brièvement emprisonnés. Paulée, pourtant très lié avec ses deux collègues, lui même régulièrement mis en cause, réussit miraculeusement à échapper aux foudres de la justice.

Il faut peut être voir ici un effet d’une utilisation bien comprise de ses ressources financières ou, mieux, l’existence d’appuis efficaces au plus près de l’Etat. Paulée était ainsi proche de Merlin, un temps Directeur, qu’il soutiendra à son tour matériellement quand le jurisconsulte sera exilé aux Pays-Bas après la Restauration.

Mémoire en défense de Paulée qui souhaite « éclairer la religon » des députés du Conseil des Cinq Cents sur son enrichissement, 1798

Dès le début du Consulat, Paulée, par acte notarié, informe de son retrait de toute activité de négoce, dans la capitale ou ailleurs. S’il se défait de diverses propriétés, il conserve toutefois la plus grande part de ses possessions. On lui attribuera régulièrement, chiffre rapporté à de multiples reprises dont le montant interpelle par son immuabilité, 500 000 francs de rentes, produit de plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles (9697 exactement).

Il recourt en Belgique à plusieurs agents d’affaires chargés de gérer, non seulement les fermages qui sont énormes en termes de revenu mais tout autant le placement de ces capitaux auprès de financiers ou de commerçants. Il lui arrivera ici ou là par le biais d’un prête-nom de réaliser quelques opérations mais il ne reprit jamais ses activités passées. Elles auraient été d’ailleurs, compte tenu de l’assainissement menée par le régime napoléonien et la sévérité de l’Empereur envers l’agiotage, bien moins rémunératrices qu’à la folle époque du Directoire.

Après l’aventure, la rente

La légende une fois encore présente Paulée vautré dans le luxe de ses palais et qui dilapide sa fortune comme tout parvenu se devait de le faire puisqu’elle avait été si mal gagnée. Une fois encore, ce n’est pas tout à fait exact. Si son goût pour le luxe, les comédiennes et la bonne chère ne se démentit jamais, il conserva ses richesses jusqu’au bout.

Selon plusieurs témoignages, il était entiché de musique mais surtout de théâtre, la tragédie ayant sa préférence. Il fut longtemps le protecteur de Mlle Duchesnois qui avait l’avantage d’être née en voisine à Saint-Saulve.

Partageant son temps entre Douai et Paris, il faisait de nombreux séjours dans son hôtel de la rue de Provence. Il en profitait pour y donner des dîners recherchés où il invitait de préférences des gens de théâtre et des personnalités « qui comptaient » dans la société parisienne.

Un témoin raconte : On y faisait bonne chère, bien qu’on dût subir toutes les manies, toutes les excentricités de son service de table qu’il dirigeait lui même. M. Paulée était alors d’un assez grand âge. Il ne manquait ni d’esprit, ni d’obligeance. Il était presque aphone et lorsqu’il voulait parler, il fallait que tout le monde se tut. Il disait donc à chacun à voix basse : « écoutez moi donc ! »

Mort à Douai en 1832, Paulée n’eut qu’un fils, Jean-Baptiste César, né en 1789, officier de Hussards dans l’armée napoléonienne. Chevalier de la Légion d’Honneur en 1813, il avait épousé trois ans plus tôt l’une des filles Vanlerberghe, Sophie. Cet évènement fut le « mariage du siècle » compte tenu des fortunes qui s’alliaient à cet instant, cérémonie toutefois ternie par les déboires judiciaires, au même moment, du père de la mariée.

César Paulée, lieutenant d’Etat-Major, tout juste décoré de la Croix, 1813

Si César est décédé jeune, en 1831 – un an avant Jean-Baptiste – sa fille Aglaé, née en 1811, fut la direction unique de toutes les richesses de son grand-père paternel, sans même évoquer celles de sa mère Vanlerberghe. Elle épousa en 1836 Tanneguy Duchâtel, fils de sénateur, comte d’Empire, ministre à plusieurs reprises sous la Monarchie de Juillet. De ce personnage fastueux aux mains pleines, Mme Camescasse, peut être parce qu’elle en était apparentée, disait le plus grand bien.

Tanneguy Duchâtel, époux d’Aglaé Paulée

Le ménage Duchâtel eut un fils, Charles, ambassadeur puis député, qui épousa en 1874 une Harcourt mais surtout une fille, Rosalie, mariée en 1862 au duc de la Trémoïlle. La veuve de César Paulée, devenue entretemps vicomtesse Jacqueminot, toujours vivante, eut donc l’honneur de voir sa petite fille, descendante directe, parait-il, d’un aubergiste douaisien, sublimée en véritable duchesse de France.

Résultats du sondage sur la piétonnisation

résultats sondage piétonnisation douai rue de Bellain

Il convient, la campagne sondagière de Douai Vox à présent terminée, de présenter à nos fidèles habitués ses intéressants enseignements.

Le lecteur attentif aura remarqué que Douai Vox a adopté pour qualifier cette opération un barbarisme à « double n » quand la mairie a fait plus économique avec un seul « n » . Maintenant, vous savez à qui vous avez affaire : les « contre » parlent de « piétonnisation » quand les « pour » disent « piétonisation ».

Pour nos lecteurs qui se méfient de la littérature, un diaporama avec couleurs et images animées est disponible tout en bas de l’article. Il reprend les traits saillants du sondage. Bon visionnage.

On a fait comment ?

Quelques précisions méthodologiques en préalable, du style de celles que nous aurions aimé avoir de la municipalité quant à l’enquête qu’elle a mise en œuvre après la notre, sans parler du « sondage » de 2015…

Nous avons choisi une solution robuste et pas trop chère (50 euros TTC), non sans quelques imperfections, notamment son utilisation sur smartphone qui a pu apparaître parfois un peu compliquée.

Dans les paramétrages, il était impossible de répondre plus d’une fois ou de retourner en arrière pour éviter quelques dérives. Quoi qu’il en soit, pour augmenter l’audience, nous avons sponsorisé le questionnaire sur Facebook et Instagram.

La cible concernait 15 202 personnes dans un rayon de 12 kilomètres autour de Douai. On compte en fin de campagne 2955 interactions avec 698 entrées sur l’interface du sondage. Sur ce groupe, 451 personnes ont été jusqu’au bout, soit 64,6% de taux d’achèvement. Signe de sa simplicité, près de 79,8% des répondants l’ont réalisé en moins de 5 minutes tandis que 11,5%, peut être des spécialistes des jeux en ligne, rois du joystick, l’ont fait en moins de deux.

Le panel

Si l’utilisation de Facebook limite nécessairement le profil du public, comme le montre la structure par âges des répondants, nous avons constaté le maintien des proportions des avis « pour ou contre » tout au long de la campagne, ce qui confirme la tendance globale du « panel » et donc sa représentativité. Nous aurions aimé approcher du millier mais ne boudons pas un résultat qui reflète assez bien l’état de l’opinion.

Les trois groupes (centre, hors centre, hors ville) sont quasiment à l’équilibre (31,3%, 29,5% et 36,5%). Si on note que 231 femmes ont répondu, les hommes ne sont pas très loin : 220. Signe de l’impact Facebook – qui est un « truc » de vieux selon les jeunes – sur les répondants, 37,3% d’entre eux entrent dans la strate 35-49 ans. Les 18-24 ans sont rares (6,4%) comme les plus de 70 ans (2,7%).

La structure CSP des répondants est plus originale quand on la compare avec celle de la ville que nous donne l’INSEE. Ainsi, pour notre sondage, les cadres sont les plus nombreux à répondre (23,9%) mais ils ne représentent à Douai que 6,7% de sa population. Les professions intermédiaires sont à 21,7% (INSEE 11,1%) et les employés à 14,4% (INSEE 16%). Si 5,1% des ouvriers ont participé, ils sont 13,9% dans la ville. 11,3% des retraités en ont fait de même alors qu’ils sont 23% à Douai. La seule catégorie identique, du sondage à l’INSEE, est celle des agriculteurs : 0%.

De là à penser qu’une part importante de notre population, de fait la plus modeste, échappe, comme aux élections, au droit et au pouvoir de parler, il n’y a qu’un pas.

La question qui tue

L’objectif était de mesurer l’adhésion reçue par la piétonnisation pour la relier au profil des répondants, tout en se projetant sur leurs attentes en terme de commerces dans le centre-ville. Après tout, que souhaitent les Douaisiens et les non-Douaisiens sur ce point ? Il était bon d’avoir quelques indices.

D’emblée, la connaissance du projet est forte puisque seulement 23,1% des répondants n’en ont jamais entendu parler. On note l’importance des réseaux sociaux (36,2%) dans la source d’information en espérant qu’elle renvoie en partie à la communication de la commune quand elle utilise ce canal.  

Malheureusement, on peut en douter car 79% des répondants n’ont jamais, ni participé à une démarche, ni été sollicités pour donner leur avis sur le sujet.  Notons que seuls 11% ont répondu à un sondage, 10% ont assisté à une réunion et à peine 6% sont allés dans un atelier organisé par la commune. Trois héros sur 451 ont d’ailleurs participé aux trois options. Saluons un engagement civique peut être lié à leur statut municipal.

Nous avions pris le parti de dissocier la question de l’embellissement de celle de la piétonnisation pour apporter une nuance sur ces deux points.

On en déduit que les Douaisiens et assimilés trouvent ces rues bien laides si on en juge par l’écrasante majorité – 85,1% – qui souhaite une rénovation matérielle de l’axe Madeleine-Bellain. Cette adhésion massive pose d’ailleurs problème puisqu’elle ne pourrait qu’occasionner les travaux que les opposants au projet perçoivent comme un empêchement aux accès de la clientèle.

Réponse globalement négative

Cœur du débat et déficit flagrant de la part de la mairie qui s’est bien gardée d’envisager la possibilité d’un refus, nous avons demandé aux sondés leur avis sur la piétonnisation sur le mode « d’accord/pas d’accord ».

Les réponses apparaissent très partagées avec un léger avantage pour les « pas d’accord » avec 48,6% opposés aux 44,3% « d’accord », sachant que 7,1% sont sans opinion.

Il faut évidemment croiser ces résultats avec l’origine géographique. Partant du principe qu’habiter en centre-ville ou dans une commune limitrophe peut jouer un rôle important dans l’avis, nous avons proposé cette nuance.

Les résultats confirment l’intuition que nous avons tous, à savoir que les habitants du centre – qui peuvent venir à pied dans les rues commerçantes – sont plutôt pour la piétonnisation (51%) tandis que les « extérieurs », sans doute conscients des freins au stationnement sinon à l’accès au centre en automobile que va représenter ce projet, sont globalement contre (52% pour les autres quartiers et 53% dans les communes limitrophes).

Un autre croisement est indispensable, celui du profil des répondants. Notons que les dames sont majoritairement contre (56%, pour 36%) quand les hommes sont pour (52%, contre 40%). Même clivage sur le statut socio-professionnel. Les cadres sont d’accord à 51% (contre 41%), les professions intermédiaires et les artisans sont contre respectivement à 52% (pour, 43%) et 50% (pour, 36%). Les ouvriers sont en équilibre parfait.

La question sur les usages de mobilité, pour employer la novlangue à la mode, permet des découvertes amusantes. 44 vélocipédistes déclarés (7,8% des répondants) sont les rares bénéficiaires des travaux cyclables visant à sortir la voiture de la ville. Ce sont de plus des ingrats car sur les 200 personnes qui soutiennent la piétonnisation, on ne compte que 12 adeptes de la petite reine. Tout ça pour ça…

Des motivations nuancées

Plus intéressantes encore sont les motivations des avis. Il s’agissait de propositions fermées, ce qui n’exclut pas la possibilité d’autres arguments pour autant limitée. Ce qui est évident c’est que les opposants sont plus nets dans leurs choix que les partisans de la piétonnisation.

Pour ces derniers, deux raisons  sont majoritairement évoquées : l’accélération de la fermeture des commerces (35,9%) et l’inaccessibilité du centre-ville (38,5%), les deux étant évidemment liés.

La dispersion est plus grande pour les fervents de la marche à pied mais aussi plus subtile. Avec 34,4%, la première conséquence favorable serait l’implantation de nouveaux commerces. Viennent ensuite l’attraction touristique (22,4%) et la réduction de la pollution (21,2%). A noter le curieux succès (12,5%) de l’augmentation du chiffre d’affaire des commerces, diamétralement opposée à l’argument principal des anti-piétonnisation.

On veut des marques !

Sur les attentes commerciales, le sondage est particulièrement intéressant même s’il est indispensable de le mettre en perspective du profil global des répondants. La demande est unanime en magasins de vêtements qui disparaissent peu à peu ainsi qu’en restaurants peu nombreux dans le centre. Une contradiction apparait entre la soif des « grandes enseignes » et son contraire, les commerces indépendants aux confins de l’artisanat.

Pour les marques, informations qui pourraient plaire aux aménageurs de centre-ville et autres managers de commerces de détail, H & M comme Zara sont plébiscitées. D’autres aussi en moindre proportion mais cette floraison d’enseignes expressément citées donne une idée de l’attente de l’opinion sur ce champ.

Il n’était pas demandé aux participants d’indiquer les commerces qu’ils ne souhaitaient pas dans la ville mais comme beaucoup l’ont spontanément indiqué, on peut l’évoquer. Deux types d’offres sont rejetés, les « kebabs » et les « fastfood » dont Douai est effectivement saturé tout en étant un marqueur bien connu de paupérisation.

On se retrouve dans deux ans

Pour conclure, quelques enseignements et une morale.

D’abord que la ville apparait une fois encore particulièrement fracturée. Elle l’est politiquement, socialement mais tout autant dans les attentes envers un renouveau du centre-ville. Le projet de piétionnisation est un nouveau catalyseur de ses contradictions profondes.

Ensuite, on ne peut que regretter que la municipalité n’ait pas tenté, avant de se lancer, de mieux connaître avis et attentes de l’opinion, y compris au delà de la ville sachant, comme nous l’avons déjà exposé, que Douai ne peut se dynamiser sans l’apport essentiel d’une clientèle extérieure. Il est impossible de laisser le centre-ville à l’appréciation de ses seuls habitants.

Enfin, comment ne pas s’inquiéter de la brume qui entoure les motivations de ce projet séculaire ? Envisage-t-il, comme l’indiquent certains répondants, le renouvellement de l’offre commerciale par disparition de l’ancienne ? Est-il mis en oeuvre dans l’espoir de susciter, au delà de nos murs, l’intérêt de clients extérieurs comme aux beaux jours des années 70 ? S’agit-il simplement d’embellir une rue mais surtout d’y interdire la bagnole ?

On ne le saura pas. Ce qu’on sait, ainsi que le prouve ce sondage, c’est que ce projet possède toutes les apparences d’un pari. On peut espérer que ses conséquences soient positives. On peut craindre qu’elles soient négatives. Des études ou des enquêtes dignes de ce nom auraient permis d’éclairer cette question, simplement en mesurant par exemple les effets des travaux de la rue de la Mairie sur l’activité des commerces qui s’y trouvent.

En ne comptant que les habitants de Douai qui ont répondu au sondage, l’exact équilibre entre les « pour » et les « contre » (127 contre 128) mérite l’attention de la municipalité. Placée devant ce verre à moitié plein, elle peut en déduire que son projet recueille l’assentiment de la population. Mais regardant en même temps sa moitié vide, elle ne peut tenir pour rien l’hostilité évidente d’une part aussi importante de l’opinion. En gros, paradoxe amusant, le partisan du projet est un homme CSP+ habitant le centre-ville. Pas sûr, qu’il soit l’électeur d’un maire socialo-communiste…

Prenons date. Nous verrons dans deux ans minimum (un an est un vœu pieux en ces temps de crise sanitaire) quel sera à l’issue des travaux l’état de nos magasins.
Dans le brouillard qui noie ce dossier dans la célébrissime « pensée magique » , nous sommes certains d’une chose. Pensons au général Joffre qui, lorsqu’on lui demandait s’il était l’inventeur de la bataille de la Marne, répondait : « je ne sais pas qui l’a gagnée mais je sais qui l’aurait perdue » . Nous aussi nous le saurons. C’est déjà ça.

Sondage sur la piétonnisation de la rue de Bellain à Douai

sondage piétonnisation rue de Bellain douai centre-ville

Aidez-nous à y voir plus clair

Devant le brouillard qui enveloppe le projet de piétonnisation des rues de Bellain et de la Madeleine, Douai Vox lance une bouteille à la mer.
Pour une fois, on fait dans l’objectivité avec un sondage express et anonyme qui, nous l’espérons, apportera un peu de clarté dans ce sujet aussi important que confus. En gros, on tente d’éloigner le doigt mouillé.
Aidez nous !


Merci de partager largement ce questionnaire. Un compte-rendu précis vous sera présenté à court terme sans bricolage, ni trafic.

Droit de réponse simultané

droit de réponse simultané -Douai ma ville

Nous nous sommes déjà penchés sur cette rubrique qu’on trouve à présent tout à la fin – et non plus au début – de l’inénarrable « Douai ma ville ». Ce magazine est censé laisser comme partout, sauf en Biélorussie, un peu de parole à l’opposition puisqu’il est payé par tous les habitants.

On note en passant – les glissements sémantiques sont toujours éclairants – que la « tribune libre » s’est transformée en « expressions politiques », formule qui démontre, par la disparition du seul mot important, que la liberté n’est probablement pas la condition première de ces notules.

Plus intéressante encore, car géniale, apparaît la martingale utilisée par le maire pour noyer le poisson de la contradiction dans un océan de majorité municipale.

Pour atténuer l’impact des opposants, Frédéric Chéreau a trouvé le moyen de donner à ses « alliés » du Conseil un droit de parler autonome. Les opposants réels (LREM, RN et Douaisiagglossiste) sont donc mis en équilibre avec le PS, les Verts et l’avatar « l’humain d’abord », formule qui doit désigner, mais nous n’en sommes pas certains, le PC.

Évidemment, l’exercice auquel sont soumises ces diverses personnalités n’est pas toujours simple. Rédiger un topo au  volume calibré, probablement réclamé à la dernière minute, peut s’avérer une gageure pour beaucoup de monde. On fait vite, on fait mal.

On pourra toutefois objecter qu’une « expression libre » existe dans chaque DMV et qu’il serait parfaitement possible d’anticiper. Un malin pourrait même, comme un feuilleton à la Zevaco ou la Dumas, rédiger à l’avance les 72 épisodes en prenant comme argument les problèmes de Douai. La distance peut être tenue.

Les Gauches plurielles cataloguent

Commençons par le PS. Difficile d’échapper à l’inventaire qui doit cocher toutes les cases de la pensée de « Gauche ». Il faut du jeune – check ! – il faut du vivre ensemble – check ! – il faut du futur – check ! – il faut de « l’1kluzif », dûment utilisé par ce professeur des écoles dont on espère qu’elle n’enseigne pas cette abomination à ses élèves – check !

douai ma ville droit de réponse checklist socialiste
Check !

Passons ensuite aux Ecolos. Ce n’est plus un inventaire, c’est un catalogue aussi vert que celui de Manufrance. Il faut s’inquiéter parce que son auteur, étoile qui monte, veut nous vendre de la « transition », ce machin bien inquiétant qui doit transformer tout Douaisien en vélocipédiste nourri au quinoa dans sa baraque isolée chauffée à l’éolien. Rassurons nous, c’est pour notre bien, c’est pour notre santé.

la transition energétique dans les Hauts de France droit de réponse
Le Nord après la transition

Finissons enfin en beauté par le PC « allié de F. Chéreau ». On précise, parce que dans notre Douaisis cette obédience peut tout aussi bien soutenir la droite agglomérée ou un programme immobilier. Là encore, ça démarre et finit par de « l’1kluzif » qui sera à n’en pas douter la marque visible du mandat à défaut de résultats concrets. On y parle enfin de la crise sanitaire mais aussi mais surtout de tous ces services et dépenses sociales que les contribuables devront financer pour que Douai ait son avenir radieux. Lecteurs, ça va taxer !

L’opposition abuse du pipotron

Commençons la lecture par la prose de notre nouveau vice-président douaisiagglossiste qui, malheureusement, ne fait pas mention de sa toute nouvelle qualité, ni même de l’important dossier dont il est chargé à la communauté d’agglomération : le tourisme. C’est bien dommage. Là encore, production d’une liste assez contradictoire par la diversité des thèmes embrassés où l’écologie, religion actuelle, est évidemment en bonne place. On relève quand même une critique sur la réforme des « conseils de quartiers ». Jeune homme déjà un peu notable, encore un effort pour être révolutionnaire !

droit de réponse - douai ma ville - le tourisme
Che le tourisme !

L’opposition LREM évoque la crise sanitaire sur un mode que nous nous sommes habitués à entendre ces derniers mois. Celui du « nous » sauveur du monde, apportant à l’humanité souffrante « la santé » qui lui ferait défaut, parce qu’on connait des médecins. Quand on le relit bien, ce texte paraît surgir du très utile et célèbre « pipotron » qui fabrique des formules au kilomètre. Retenons que ces dernières, c’est logique, sont fortement teintées d’une écologie incantatoire qui tient lieu, là aussi, de prêt à penser.

Enfin, comme à son habitude vacharde, le représentant du RN tape là où ça fait mal, sur la récente et incroyable amélioration des indemnités du maire. Cette décision prise au sortir des élections, qui a eu les honneurs de la presse nationale, se retrouve à juste titre dans notre magazine. Très précis et méchant, notre jeune homme règle les comptes. Leurs montants peuvent faire rêver beaucoup de monde : 1800 euros par mois soit 130 000 euros de plus sur un mandat. Ah oui, quand même…

Liberté chérie, liberté coûteuse

Le plus amusant, c’est que cette mention a déplu à l’intéressé au point de le pousser à réagir pour contrer l’effet désastreux de cette révélation. La tribune n’étant plus « libre » mais « politique » , le patron y complète son éditorial de la première page. On se croirait à Douaisis Agglo.

En langage chéralien, le « directeur de publication » (alias le maire) exerce « un droit de rectification simultané ». Cette formule amphigourique ressemble assez à la défense menée dans les médias locaux et nationaux, à savoir que cette délibération, qui augmente son revenu, respecte « un formalisme obligatoire et reprend l’équation définie par l’État ».

Vous êtes comme nous. On n’y comprend rien. Pour parler clair, on a peu de mal à savoir si le maire touche plus aujourd’hui qu’hier. On croit comprendre que c’est « légal » et que la réduction du nombre de conseillers (41 à 39) pourrait conduire à augmenter en proportion les indemnités individuelles, donc peut être celle du maire. Après, on est perdus.

douai ma ville - l'augmentation du maire
droit de réponse - douai ma vile

Il y a pourtant un moyen très simple de mettre fin à cette polémique qui, comme une tunique de Nessus, va évidemment plomber le mandat. La publication des virements indemnitaires, sur le principe d’avant/après, réglerait le débat définitivement. Combien le maire recevait-il en septembre 2019 et combien touche-t-il un an plus tard ?

La question, elle est vite répondue. Bisou.

Les patacons, une recette pas si cloche

Recette chti du nord les patacons à l'étouffoir

Le patacon était une monnaie utilisée par les Espagnols dans les Pays-Bas quand ils passèrent sous leur domination au XVI° siècle. Cet écu valait quarante-huit patard ou soixante sous tournois. Par imitation ce nom fut donné en patois du Valenciennois, le fameux rouchi, aux rondelles de pommes de terre que l’on faisait griller sur la couverture du poêle.

Pas de patacons sans pommes de terre

D’origine amérindienne et plusieurs fois millénaire, la pomme de terre, importée par les conquistadors, s’est ensuite répandue dans le reste de l’Europe, pays du Nord notamment.
En France, elle est relativement rare mais surtout principalement destinée aux bétails ou consommée par les paysans faute de mieux en période de disette. Le tubercule n’est pas toujours bien considéré. Dans les régions prospères céréalières, il est rejeté. Son absence de gluten l’empêche d’être panifiable.

Sa culture, laissée à la main de communautés religieuses, reste confidentielle jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Son classement botanique dans les morelles (genre Solanum), qui comptent plusieurs plantes toxiques ou destinées à un usage médicinal, ne plaide pas en sa faveur. On soupçonne cette pauvre patate de transmettre des maladies comme la lèpre, la peste ou la fièvre. En 1748, un arrêt du Parlement de Paris en interdit la culture dans le nord de la France, prévention qui ne sera levée par la faculté de médecine de Paris qu’en 1772.

Le « pain du pauvre » de Parmentier

Resté injustement dans la postérité par le hachis du même nom, Antoine Parmentier pharmacien, agronome, nutritionniste et hygiéniste, va lancer la consommation de la pomme de terre dans le pays.
Pharmacien aux armées, il est fait plusieurs fois prisonnier pendant la guerre de Sept Ans. Ses compétences d’apothicaire sont si indispensables qu’il est à chaque fois libéré contre des prisonniers allemands. Pendant ses moments de captivité, sa ration quotidienne est à base de bouillie de pomme de terre, largement cultivée en Prusse. S’il trouve au tubercule un goût plutôt amer, il découvre aussi sa valeur nutritive.
Parmentier va en faire l’un de ses champs de recherche privilégiés, souhaitant par ses travaux remédier aux risques de malnutrition qui affectent la population.
En parallèle de ses recherches, il lance une grande campagne de promotion en organisant des repas avec des personnalités et des savants. Le militaire apothicaire va même faire découvrir « les parmentières » , comme on appelle alors les pommes de terre, à Louis XVI et Marie-Antoinette qui le soutiendront dans ses expérimentations. La légende dit que le roi conquis félicitera Parmentier : « La France vous remerciera un jour d’avoir inventé le pain des pauvres ».
Il faudra cependant attendre les guerres napoléoniennes pour que la patate commence à entrer plus régulièrement dans l’alimentation des Français.

L’étouffoir étouffé par l’oubli

Cloche à patacons, étouffoir, truchot, étouffette, cloche à pomme de terre
Cloche à pomme de terre

Après plus de 8 000 ans d’existence, la patate est toujours là. On ne peut pas en dire autant de la cloche à pomme de terre, appelée aussi : étouffoir, truchot, étouffette, cloche à patacons. Sa fabrication s’est arrêtée comme beaucoup d’autres traditions dans les années qui ont suivi le séisme de la fermeture des houillères. 

A l’exemple de tous les objets du quotidien qui plongent dans le passé le plus ancien, on ne connaît pas l’origine de l’étouffoir, apparu probablement sous cette forme à la fin du XIXème. A cet instant, Gustave de Bruyn, fondateur de la manufacture du même nom à Fives, invente un procédé de vernissage sans plomb qui permet un nouvel essor de la poterie culinaire.

On peut bien sûr, trouver ces cloches dans les brocantes, sur Ebay ou Leboncoin, mais le seul endroit où l’on peut en acheter une neuve, c’est à L’homme de fer. Cet incontournable et exceptionnel magasin d’articles ménagers est situé au 93 de la rue de Bellain à Douai.

les cloches à pomme de terre à l'homme de fer douai
Les cloches à Patacons chez L’homme de fer à Douai

Cloche à patacons mode d’emploi

Jusqu’au début du XXème siècle, ce plat en forme de cloche en terre cuite vernissée qui supporte les fortes températures, trônait dans toutes les cuisines du bassin minier. Il servait à couvrir des pommes de terre pour les cuire à l’étouffée sans matière grasse.

Cloche à pomme de terre patacons truchot etouffoir
Une cuisine de mineur au centre historique minier à Lewarde

A cette fin, on dépose sur le feu une tourtière dans la même matière ou bien en émail et plus récemment en métal pour les plaques à induction. Cette méthode, par sa progressivité, donne beaucoup de saveur et de fondant aux pommes de terre.
Les trois anses sur le dessus font office de pieds lorsqu’on retourne la cloche. Elle se transforme alors en saladier, dans lequel on peut servir la préparation.

In a rin laissé dins l’plat

Feu flamand pour la cuisson des patacons
Le feu flamand au centre historique minier de Lewarde

On faisait cuire les patacons sur un feu flamand qui pouvait être un « poêle crapaud » pour les plus petits modèles. Ce foyer était l’élément central de la pièce à vivre, la cuisine, et le seul moyen de chauffage du coron.
On y brulait les célèbres briques de charbon, spécialité locale qu’il fallait, avant de pouvoir les enfourner, casser au marteau. Ensuite, on pouvait laisser mitonner sans trop s’en occuper pendant plusieurs heures les patates sous la cloche.
Les patacons, c’est un peu la « madeleine de Proust » du bassin minier. Beaucoup d’enfants ou petits-enfants de mineurs se rappellent avec nostalgie l’odeur agréable qui se répandait dans la maison. Plus encore, le moment venu, après la longue attente, chacun se souvient de la dégustation qui se terminait par le grattage consciencieux du fonds du plat croustillant parce que bien crâmé : “nous, on les appelait les patates brulées”.

Chacun y va de son souvenir gourmand :

“à la fin de la cuisson ajoute quelques « metka » que l’on pique pour que le gras s’écoule dans les pommes de terre, très très calorique mais un pur délice”

“j’ajoute un petit verre de café préparé le matin pour caraméliser le tout 30mn avant la fin de cuisson”

“mon père me faisait des rondelles de pommes de terre qu’il posait sur la « platine » de la grosse cuisinière au charbon. Au grand dam de ma mère qui adorait que son « dessus de feu » brille comme un sou neuf.”

Et vous ? Quel est votre souvenir des patacons mais surtout quelle est votre recette ?

Une recette chti oubliée et pourtant si moderne

La composition de la pomme de terre

Végétarien, végan, sans gluten, sans matière grasse, local, pas cher, simple, rapide à préparer, peu calorique (85 Kcal pour 100g), cuit avec une cloche fabriquée en France, les patacons cochent toutes les cases de la “modernité” culinaire politiquement correcte.

Ingrédients pour : 6 personnes
Temps de préparation : 10 mn
Temps de cuisson : minimum 1h30
à feu très doux

  • 1 kg de pommes de terre à chair ferme
  • 2 gros oignons
  • 3 gousses d’ail 
  • 4 branches de thym
  • 10 feuilles de laurier
  • sel et poivre

Déroulé

  1. Laver les pommes de terre en laissant la peau, les essuyer et les couper en deux dans le sens de la longueur.
  2. Découper en rondelles deux gros oignons pelés.
  3. Couper l’ail en deux dans le sens de la longueur
  4. Placer les pommes de terre dans la cloche, la peau vers l’extérieur. Alterner une couche de patate, les rondelles d’oignons, l’ail et les herbes.
  5. Saler, poivrer au fur et à mesure.
  6. Placer la tourtière sur la cloche et retourner l’ensemble sur la plaque de cuisson.
  7. Cuire à feu doux au moins 1h30, augmenter la durée en fonction de la taille des pommes de terre.

Bonus Track

Félicitations, vous avez terminé de lire cet article.
Pour vous remercier, on vous offre cette « Delpechade ». Chaude comme une patate à la cloche, elle oscille mystérieusement entre la marche militaire et le spot publicitaire.
Il est noté que cet enregistrement est rare. Les 26 exemplaires produits auraient fini dans un feu flamand.
Pour notre plus grand bonheur, il en reste une trace. Attention de ne pas en abuser, le refrain, comme le goût des patacons, reste longtemps dans la tête.

Michel Delpech – Les pommes de terre – 1969

Znane osoby urodzone w Douai

Les liens de Douai avec la Pologne sont connus. Des noms slaves se découvrent partout, au détour d’une enseigne, d’un voisinage, d’une liste. Il suffit de regarder …

Ces patronymes feraient chez nous le bonheur des joueurs de Scrabble : Rybak, Szczesniak, Szatan, Robaczewski, Sitko, Malolepszy, Gwizdek, Skurpal, Amborski, Bojanek, Lepczynski, Gierszal, Kaczmarek, Kluziak, Wroblewski, Dudziak, Taszarek, Drzewiecki, Smukala, Wroblewski, Kieltyka, Mazur…

Quand on y regarde bien, la Scarpe est en fait un affluent de la Vistule.

De vieux alliés de la France

En dépit des distances, la France a entretenu de longue date des relations avec la Pologne. Il n’est pas besoin de citer les compagnons polonais de Jacques Lesaige, aristocrates fastueux qui, au début du XVI° siècle, l’accompagnaient vers la Terre Sainte.

Un Valois – le futur Henri IIIfut même brièvement roi de Pologne en 1574. Désigné par les nobles soucieux de trouver une protection catholique un peu solide contre l’inquiétant voisin russe orthodoxe et l’agressif prussien luthérien, il ne resta à Varsovie que quelques mois.

Plus proche, en 1725, Marie Leszczynska, fille du roi de Pologne, est devenue reine de France par son mariage avec Louis XV. Par elle, nos derniers Bourbons, de Louis XVI au Comte de Chambord, ont eu dans leurs veines du sang polonais.

Dépecée par ses voisins de 1772 à 1795, la Pologne s’est trouvée au cœur des soubresauts de la Révolution. Epousant ses idéaux qui prônaient l’existence d’Etats nations mais surtout soutenant Napoléon – qui créera pour eux le Duché de Varsovie – de nombreux officiers et soldats intégreront la Grande Armée.

L’Arc de triomphe porte ainsi les noms des généraux polonais devenus français « par le sang versé ». Sulkowski, aide de camp de l’Empereur, Poniatowski ou encore Dombrowski, à l’origine du « Mazurek Dąbrowskiego », l’hymne polonais qui, chose étonnante, cite même Bonaparte dans un vers.

Des émigrations au rythme des insurrections

Tout au long du XIX° siècle, les désirs d’indépendance de la Pologne aboutiront à de nombreuses  révoltes. Leurs échecs seront la cause d’émigrations fréquentes de la part d’une « intelligentsia » – terme polonais – qui les dirigeait.

Après l’insurrection de 1830, près de 6 000 personnes, pour la plupart des militaires, émigrent en France qui les accueille avec enthousiasme. Il en sera de même, en moindre proportion, en 1848 puis en 1863, la Pologne ne retrouvant qu’à l’issue de la Grande Guerre, en 1919, une indépendance si chèrement attendue.

Curieusement, cette restauration aura comme conséquence une émigration plus massive encore. Une convention passée avec la France dès la signature du Traité de Versailles permet l’entrée de plus de 600 000 travailleurs destinés aux travaux agricoles, à l’industrie et, bien entendu, à l’extraction minière, secteurs où le besoin de main-d’œuvre après la saignée de la guerre s’avère important.

Cette première vague connaît des conditions matérielles d’installation difficiles. La Société Générale d’Immigration, fondée par des syndicats patronaux, notamment le comité des houillères et celui des fabricants de sucre, traite cette population avec bien peu d’égards.

Les choses sont différentes avec les « Wesphaliens », Polonais installés en Rhénanie au XIX° siècle. Refusant, leur patrie étant ressuscitée, de rester en Allemagne, l’absence de travail dans le pays natal les pousse à leur tour à émigrer en France. Ils s’installent en grand nombre dans notre bassin minier, apportant à la satisfaction des houillères une compétence technique « germanique » qui oblige au respect.

Vivant en circuit fermé jusqu’à la deuxième guerre avec ses « sokols » , son clergé, ses journaux, ses associations, ses commerces, la diaspora polonaise – 150 000 personnes en 1945 – fera le choix de l’installation durable en France après la Libération.

carte postale ancienne de la Boucherie Charcuterie polonaise J. JACHIMCZYK - Pologne à Douai
On doit y trouver des metkas
https://www.facebook.com/KasimirZgorecki/

Ce choix découle de facteurs complexes dans lesquels jouent ensemble le refus du régime communiste athée, la situation économique de la Pologne dévastée et, à l’inverse, aux lois sociales favorables du pays d’adoption qui améliorent profondément les conditions de vie des travailleurs polonais en France.

De fait, les enfants de ces derniers entretiendront un lien avec le pays natal beaucoup moins  profond que celui de leurs parents et grands-parents. Dès le début des années 50, par les mariages, le service militaire et l’assimilation découlant de l’école française, l’émigration polonaise est devenue définitive.

La Pologne avant Polonia

Avant « Polonia », ainsi que les Polonais désignent leurs diasporas, il y eut dans le Douaisis des précurseurs à ces vagues multiples d’immigration.

Les archives de la ville permettent ainsi d’exhumer l’histoire de la famille Koszutski dont l’arrivée fut liée à l’insurrection de 1830. Le fondateur du clan s’appelait Jean Napoléon Koszutski. Son père, Rafal, était francophile comme l’étaient à cette époque beaucoup de Polonais.

Durant la présence française, fermier général des biens nationaux, il fut ensuite fournisseur des armées impériales. On peut comprendre que le retour des Russes en 1815 fut peu favorable à cette famille.

Né en 1811 à Piasecka Wola (près de Lublin), Jean Napoléon était étudiant à Berlin lorsqu’éclate  la révolution de 1830. Engagé dans les « cavaliers-nobles de Posen », le lieutenant Koszutski, après l’échec de l’insurrection, émigre d’abord en Belgique. Sans doute au titre de ses études berlinoises, il s’établit à Douai en 1838 pour enseigner l’allemand au lycée royal, fonction qu’il conservera jusqu’en 1885.

Cette étonnante durée d’exercice (la retraite à 74 ans…) s’ajoute à une compétence régulièrement saluée. Son proviseur s’étonne ainsi de son opiniâtreté à obliger ses élèves à l’oral, ce qui démontre que cette méthode pédagogique n’allait pas de soi en 1880. L’Inspection Générale, qui demandera en vain pour lui la Légion d’Honneur, est tout autant dithyrambique, indiquant que ce professeur est « toujours jeune, actif, très utile et aimé de ses élèves ».

Dans un enseignement linguistique balbutiant, beaucoup d’officiers polonais réfugiés en France assurèrent des enseignements d’allemand, langue qu’ils connaissaient tous plus ou moins bien. Koszutski est un des rares à avoir présenté avec succès un certificat d’aptitude (ancêtre du CAPES) qui explique la stabilité de son poste au lycée de Douai.

Jean Napoléon conservera toute sa vie des liens étroits avec la diaspora, l’école polonaise de Paris, l’admirable famille Czartoryski, les réseaux des innombrables exilés en France. Il fut surtout très proche de Joachim Lelewel, sans doute rencontré à Bruxelles où l’écrivain s’était installé en 1833.  Ce dernier cite régulièrement dans  ses « Lettres de l’émigration » le « professeur » ou « le savant professeur », alias Koszutski, qui lui sert de courrier et d’agent vers la France.

C’est peut-être par Lelewel que Koszutski s’est intégré à la notabilité bruxelloise. En décembre 1845, il se marie, à Ixelles, avec une demoiselle Hardy de Beaulieu. L’oncle de la mariée est général et son frère, Adolphe, député au parlement, personnalité de premier plan du jeune Etat belge.

Tout en conservant des liens avec sa culture natale, Koszutski, après l’échec de l’insurrection de 1863 qui sonne le glas des espoirs d’une proche indépendance, s’installe durablement en France. La même année ce bonapartiste affirmé est naturalisé français avec le soutien actif du ministre Duruy.  

Les obsèques du professeur Koszutski seront célébrées à Douai le 8 août 1888. Son « cercueil était escorté des officiers de la garnison de Douai » , ainsi ses quatre fils en uniforme dont il sera question un peu plus loin. Autant d’égards auraient ravi celui qui, jusqu’au soir de sa vie, se présentait toujours comme un « ancien officier polonais » .

Acte de décès de Jean Koszutski, 1888, Pologne à Douai
Acte de décès de Jean Koszutski, ses deux fils demandant la disparition du prénom « Napoléon » un peu trop bonapartiste pour l’époque.

Pourtant, son « intégration », selon les termes actuels, sera totale. Ainsi par la destinée de ses cinq garçons et ses deux filles, tous nés à Douai, tous dotés de prénoms à la fois français et polonais, qui ne reviendront de fait jamais au pays des ancêtres.

Gloire aux Koszutski

Des enfants de Jean Napoléon, si l’un de ses fils  – le seul marié – prendra une épouse française, les filles choisiront des partis liés à l’immigration polonaise.

L’ainée, Edwige, née en 1856, épouse en 1878 Anton Kulesza (francisé en Antoine Koulesza, naturalisé en 1888), ingénieur chimiste à Cambrai. Le mariage dura peu, la jeune épousée disparaissant dès 1879, peut être à la suite d’un accouchement difficile. Signe des liens conservés avec sa belle-famille, Antoine sera inhumé dans le caveau douaisien des Koszutski après son décès à Bruxelles en 1903.

Faire-part de décès d’Edwige Koszutska, 6 mars 1879

La cadette, Marie, se maria sur le tard – à 41 ans – en 1904 avec un officier d’origine polonaise en retraite, Stéphane Etienne Koszarski. Cet émigré de 1863 – originaire de Mazovie comme les Koszutski – qui s’était engagé en 1870 au service de la France, décèdera à La Flèche en 1913.

Avec ces deux filles, les cinq fils de Jean Napoléon Koszutski forment un ensemble qui doit être détaillé pour en présenter tous les étonnants reliefs.

1-L’aîné, Alexis Thadée a vu le jour en 1847. Sa carrière a débuté sous les meilleurs auspices par une entrée à l’Ecole Polytechnique en 1867. Ses rangs de classement démontrent de ses capacités intellectuelles (28ème sur 136 à l’entrée, 39ème sur 124 en sortie et 1er sur les 3 qui intègrent directement le corps d’Etat-Major).

Son début de parcours, au moment de la guerre franco-prussienne de 1870, lui a permis d’y jouer un rôle. Attaché à l’Etat-Major Général, il assure plusieurs missions lors du siège de Paris et durant la Commune.

Capitaine en 1877, il passe ensuite dans l’infanterie où il rejoint le service géodésique de l’armée alors dirigé par le célèbre général Perrier. Il participe à divers travaux topographiques en Algérie mais aussi en Tunisie, pour préparer la mise en place du protectorat de 1881, mission aux confins de l’espionnage.

Il est en effet muté ensuite en 1886 à l’État-Major des Armées (EMA) au sein de la « section de statistique » chargée du renseignement, sans doute au titre de ses connaissances linguistiques et scientifiques. Il y restera jusqu’en 1896, date de sa démission de l’armée.

Il est possible que ce départ prématuré ait un lien avec l’affaire Dreyfus. Le « 2° bureau » , autre nom de la « section » , dirigé successivement par les célèbres Sandherr, Picquart puis Henry a été au cœur de ces évènements. Ce sont ses officiers qui ont découvert et instruit le fameux « bordereau » qui en a été le déclencheur.

Après ces fonctions « sensibles » , vice-président du syndicat des journalistes militaires,  le commandant Koszutski se lance dans une seconde carrière, publiant des analyses remarquées dans les colonnes de plusieurs journaux, ainsi « Le Temps », « l’Echo de l’armée » ou « La Patrie »

Sa mort brutale, en 1908, à 61 ans, a sans doute interrompu un parcours qui aurait pu se déployer encore.

2-Jean Bronislav, né en 1848, présente un profil plus atypique. Il est reçu à St Cyr (ESM) en 1868 dans la promotion du Sultan d’où il sort 142ème sur 227. Sous-lieutenant au 2° Régiment de Chasseurs, il commande un peloton durant le conflit franco-prussien. Combattant autour de Metz, il est capturé par l’ennemi qui le tient prisonnier à Glogau en Silésie jusqu’en mai 1871.

Lieutenant en mars 1873, il suit en 1875 les cours de Saumur comme officier d’instruction (il sort 20ème sur 35). En janvier 1877, il est affecté au 2e bureau de l’État-Major des armées. Capitaine, intégré à l’Ecole Supérieure de Guerre, il en sort breveté en 1879 (71ème sur 75).

portrait de Jean Bronislav Koszutski
Jean Bronislav Koszutski lors du stage de Saumur (1875)

Il poursuit ensuite sa carrière en alternant les mutations en Etat-Major de division et les commandements de troupe : 2° Chasseurs en 1879, 10° Hussards en 1884, 8° Dragons en 1890.

Chef d’escadron, Koszutski est mis en retrait d’emploi pour indiscipline en 1894. Il inonde des supérieurs de trop nombreuses demandes de congés, y compris auprès du ministre. Ces démarches, menées au delà du raisonnable, expliquent cette sanction. Ce coup d’arrêt a mis un terme radical à sa carrière qui ne dépassa pas le grade de « commandant », conservé jusqu’en 1902 après avoir été versé dans la Territoriale.

En 1883, il s’est marié à Tours avec Marguerite Mahier, fille de notaire. Ce beau parti lui donne les moyens de faire construire en 1891 le château du Haut-Villaumay à Auzouer en Touraine. De style éclectique, avec deux tours, une ronde inspirée de Chaumont et une carrée copiant le grand palais de Florence, cette impressionnante bâtisse existe toujours.

la Pologne à Douai - Famille Koszutski - Château du Haut Villaumay à Auzouer en Touraine
Le château Haut-Villaumay à Auzouer, construit en 1891 par Bronislav.

Koszutski aura deux filles, Edwige et Hélène qui épouseront à leur tour deux frères militaires, Bernard et Gabriel Madon. Il est décédé très âgé à Auzouer en 1938.

3-Edouard Joseph a vu le jour en 1850. Entré à St Cyr dans la promotion de Suez en 1869, il en sort 88ème sur 242 élèves.  Cette sortie correspond, plus que ses deux  frères, à la deuxième phase de la guerre de 1870, quand le gouvernement de Gambetta mobilise pour défendre le pays toutes les forces militaires disponibles après la chute de l’Empire.

La création de ces nouvelles unités reposait en partie sur la formation de « régiments de marche » qui, devant l’urgence, eurent recours à des cadres improvisés. Cet expédient explique sans doute qu’en dépit de son âge – il a 19 ans mais il est saint-cyrien – Edouard fut promu capitaine au 2° bataillon de marche de chasseurs à pied.

Cette unité, qui appartenait au 22° corps de l’armée du Nord dirigée par le général Faidherbe, fut engagée dans plusieurs batailles indécises, sinon perdues, de cette phase ultime de la guerre, L’Hallue, Bapaume puis Saint Quentin en janvier 1871. Blessé lors de cette dernière affaire, rapatrié chez ses parents au 4 rue St Vaast, le capitaine de vingt ans y est mort le 5 février 1871.

4-Witold Antoine est né en 1854. Comme son frère aîné, il réussit le concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique en 1873. Il le fait moins brillamment puisqu’il fut quasiment le dernier de la promotion (entré 241ème sur 242, sorti 224ème sur 226 et enfin classé 120ème sur 121 pour l’entrée dans l’artillerie).

Sous-lieutenant en 1873, lieutenant en 1877 et enfin capitaine en 1883, il passe chef d’escadron d’artillerie en 1900. Grâce à l’arme qu’il avait choisie et qui en est la spécialité, il fut plusieurs années en garnison à Douai, entretenant de nombreuses relations dans la notabilité locale.

Commandant de la batterie de Maubeuge en 1906, il est nommé la même année à la tête de la célèbre « commission d’expérience de Calais » qui améliore les matériels d’artillerie, ainsi le fameux canon de 75 ou des modèles divers de projectiles.

Tombé malade, recueilli par son frère Bronislav au château d’Auzouer, il y décède en décembre 1909. Sa notice nécrologique, dans le « Bulletin polonais littéraire, scientifique et artistique », indique qu’il parlait très bien la langue et qu’il avait gardé un lien étroit avec les associations et la diaspora polonaises.

5-Thadée Eugène, né en 1858, est le dernier fils de Jean Napoléon.  Entré à Saint Cyr en 1878 (promotion des Zoulous), il est classé à l’entrée 200ème sur 370 et en sort 321ème sur 352.

Ayant fait le choix de la cavalerie, sa carrière sera relativement stable au plan géographique et militaire. Muté au 14° régiment de chasseurs à cheval de Dôle en 1881, il rejoint en 1885 le 6° à Lille où il fait toute sa carrière ou presque. C’était un cavalier accompli, habitué des concours hippiques, nombreux à cette période d’avant guerre, âge d’or de cette arme avant l’apparition des blindés.

Koszutski est chef d’escadrons en août 1914 au moment de l’offensive allemande. Il commande les 7èmeet 8ème escadrons détachés par le 6° Chasseurs à Maubeuge pour défendre les ponts qui mènent à la ville. La prise de la place par les Allemands, le 7 septembre, envoie en captivité les troupes qui y sont installées dont la demi-brigade et son chef qui passe toute la guerre en Allemagne.

Résidant à Lille après sa libération (Rue Basse, 40), le commandant Koszutski s’était ensuite fixé à Commercy où il est décédé en en 1933.

Une conclusion patriotique

Il serait difficile de trouver aujourd’hui cinq frères officiers. Cet exemple, qui étonnait déjà leurs contemporains, révèle la fascination de l’état militaire qui devait être forte dans la famille Koszutski. Elle rencontre deux volontés de revanche, celle de la Pologne disparue et surtout celle de la France vaincue en 1870.

Plusieurs points communs sont repérables dans le parcours de la fratrie. D’abord, une conclusion décevante après un début prometteur. En dépit de leur formation initiale brillante, aucun Koszutski n’accèdera au généralat. Pourtant, les deux derniers sont de la génération des chefs de la Grande Guerre (Galliéni 1849, Foch 1851, Joffre 1852, Pétain 1856). Witold est décédé trop tôt pour jouer le rôle qui aurait pu être le sien dans une artillerie devenue essentielle lors du conflit. Thadée, fait prisonnier dès le début des opérations, n’a pu donner la mesure de ses compétences.

Les cinq frères Koszutski, tous « boursiers avec trousseau » lors de leurs études, ont profité des largesses de l’Etat français qu’il soit impérial ou républicain. Tous ont été distingués par la croix de la Légion d’Honneur, certains jusqu’au grade d’officier : Alexis en 1886, Jean en 1889, Witold en 1894 et enfin Thadée en 1905, de plus officier en 1920 (pour la défense de Maubeuge). Ils reçurent aussi des décorations étrangères, ainsi les ordres du Soleil Levant, de la Couronne du Siam ou le Nichan Iftikhar, autant de reconnaissance de la variété des missions qui leur ont été confiées.

Faute de descendants mais aussi du fait de l’installation des générations suivantes dans d’autres régions de France, il ne reste plus de Koszutski à Douai. Gardons toutefois en mémoire ce clan précurseur pour ses caractéristiques uniques mais aussi, tels qu’ils apparaissent dans les archives, par ses traits plus privés, ainsi la cohésion extraordinaire de ses membres, tous soudés par le respect de la culture polonaise et l’amour sans réserve du pays d’accueil.

Merveille d’internet

Nous avons reçu, voilà quelques temps, cette intéressante communication d’un descendant de la famille Koszutski (Daniel Madon, cf le message plus bas) qui complète heureusement notre article :
« Bien entendu nous avons toujours évoqué (sans les avoir connus) nos ancêtres polonais. La famille portait le nom de : Leszczyk Koszutski. Le géniteur était Jean Napoléon dont vous relatez parfaitement l’histoire, marié à Rosalie charlotte Augustine Eugénie Le Hardy de Beaulieu (née en 1823, décédée en 1879). Ils eurent 7 enfants (2 filles et 5 garçons) dont notre arrière-grand-père :
Bronislaw Jean Leszczyk Koszutski qui, après sa carrière militaire, vécut très longtemps au château de famille le Haut Villaumay commune d’Auzouer-en-Touraine (Indre et Loire) avec son épouse Marguerite Charlotte Mahier.  Ils sont tous deux décédés au château du haut Villaumay. Le mari le 26 décembre 1938 et son épouse le 15 juillet 1933 (étant elle-même née à Tours le 12 novembre 1862)

Ils sont enterrés tous les deux dans le caveau familial à Château-Renault. Ils ont eu 4 filles : Edwige Koszutska qui épousa Bernard Madon (mon grand oncle), Hélène Koszutska qui épousa Gabriel Madon (mon grand-père). Leurs 2 autres filles, Marie et Anne sont mortes en bas âge .
Mes  grands-parents sont également enterrés à Château-Renault dans le caveau familial. Ils vécurent longtemps à Dijon où mon grand-père était avoué près la Cour d’Appel. Ils sont décédés également au château du Haut-Villaumay : Gabriel Madon le 29 mai 1943 et son épouse Helene le 25 avril de la même année… Il est dit dans la famille que notre grand-père se laissa mourir de chagrin après le décès de sa femme…..

Mes grands parents eurent 5 enfants, Léon, mon père, né à Dijon le 6 décembre 1912, docteur en Droit, époux d’Andrée Jeanne Germaine Boisset, Marguerite, Bernadette, André,  époux de Paulette Hugé et Geneviève, sœur bénédictine.

Famille Madon au château du Haut Villaumay
Bronislaw Koszutski entouré de ses enfants et petits-enfants au château du Haut Villaumay

Nous avons gardé le château du Haut-Villaumay depuis le partage en 1950 entre les deux frères Madon, dans lequel nous avons surtout profité des moments de vacances
et ensuite après le décès de notre père en 1967, nous l’avons gardé en indivision . Nous venons de le vendre…

Nous ne parlions pas entre nous de Douai mais souvent des Koszutski. Car dans le vestibule du château du Haut Villaumay, il y avait le tableau avec les armoiries de la famille et dans le grand salon aussi avec une couronne comtale et une devise « Dieu protège le Haut Villaumay ».

Ce fut pour mon arrière-grand-père la réalisation de sa vie car c’est lui qui fit agrandir une maison à l’origine bourgeoise pour en faire un château (tour ronde copiée sur le château de Chaumont sur Loire et tour carrée copiée sur le palais ducal de Florence). Il y adjoignit un tennis et des communs : écurie, garage et logements pour employés.

On peut comprendre son envie de congé sur congé quand il était militaire pour aller vivre une vie de châtelain tourangeau avec son épouse tourangelle et environ 10 à 12 personnes qui vivaient et travaillaient au château : cocher, cuisinière, jardinier,  servantes etc. Tout ce monde ainsi que les fermiers car il y avait trois fermes qui dépendaient du château avec plus de 600 ha.

De là, Jean-Bronislaw rendait visite à ses voisins également châtelains. Toutes les communes aux alentours avaient souvent deux ou trois châteaux.   C’était une autre époque. Il y recevait ses enfants et petits enfants issus des mariages de ses deux filles Edwige et Hélène.

Ma grande tante Edwige, mariée avec Bernard Madon officier cavalier, eurent trois enfants : Jean, Claude épouse de Montaudry et Françoise épouse Boulle. »  

Douaisis Agglo, rififi à Palerme sur Scarpe

Il y a une phrase qu’on entend souvent : « les électeurs s’en moquent ». Ce refrain vise à convaincre l’auditeur de l’inutilité d’une réaction à tout ce qui choque dans notre territoire.  On n’est pas loin de l’unanimisme qui relève de la même logique : pas la peine de s’opposer aux décisions qui engagent notre avenir, tout le monde est pour. Ce fatalisme imposé possède aussi une autre version, plus ferme, celle du « c’est comme ça et pas autrement ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Refusons ces injonctions. Impossible de passer sous silence les suites de l’élection municipale covidienne, celles qui se sont produites du côté de Douaizizaglo® .

Douai martyrisé

Ces conclusions ont été, voilà peu, devant les yeux ébahis de l’opinion, les désignations du président et autres vice-présidents de la communauté d’agglomération.

Si l’élection du « roi du village » ne faisait guère de doute – le verrouillage était en place depuis longtemps – les désignations des instances exécutives resteront dans les mémoires tant elles ont été un camouflet jeté au visage des Douaisiens et celui de Frédéric Chéreau en particulier.

Dans ses cauchemars les plus noirs, Douai n’aurait jamais pu imaginer que son maire ne puisse être élu vice-président de Douaisis Agglo qui lui doit son nom. Pas grave, il paraît que les électeurs s’en moquent.

Le pire, sans aucun doute, est de constater que ces décisions tiennent à la volonté d’un seul homme, lequel n’écoutant que sa toute puissance a décidé qu’il en serait ainsi et pas autrement.

Douai brisé

Douaisis agglo du rififi à Palerme plage - shannon-mckague

De quoi Christian Poiret est-il le nom ? Il est d’abord une menace qui fait taire tous ceux qui craignent pour leur situation professionnelle, financière, personnelle. La parole n’est pas libre dans le Douaisis. Nous en voulons pour preuve l’étonnant succès de cet article. Aucun partage, peu de « like », faibles réactions… publiques mais une audience qui classe ce post parmi les plus lus du site, ce qui n’est pas peu dire.

Il faut peut être effectivement, comme l’a expérimenté l’infortuné maire de Douai, ne pas trop gêner le parrain. Ce nom lui va bien. Il rappelle certaines méthodes exotiques relevant de l’avertissement en forme de menace : « c’est moi le boss, ne me cherche pas, tu n’en as pas les moyens ».

Ces arguments à la « Cosa Nostra » pour justifier le châtiment donné aux Douaisiens prouvent cette logique binaire. On n’est pas dans le despotisme éclairé, on est dans la vengeance sicilienne. Frédéric Chéreau n’aurait pas du augmenter le nombre de conseillers de Douai. Il a osé défier le patron. Crime de lèse-majesté, il ne sera pas vice-président, le pauvre, pour avoir fait mine d’être président.

Douai outragé

De quoi Christian Poiret est-il encore le nom ? Oublions l’adepte de la « vendetta » pour découvrir le faiseur de ducs.  

Battu au doigt et à l’oeil, le maire de Douai doit boire le calice jusqu’à la lie. Le parrain lui met dans les jambes un vice-président issu de l’opposition de son conseil municipal. Son pouvoir lui permet en effet de dissoudre l’idéalisme du jeune homme dans le mirage d’un mandat hors sol, hors de toute logique politique, hors de toute majorité électorale, et qui ne tient qu’à son bon vouloir.

Le patron en fait d’ailleurs de même pour féminiser son Etat-Major, sans doute enfin conscient du ridicule des 100% de masculinité qu’on y trouvait précédemment. Devenues duchesses, certaines dames avouent gênées « qu’elles n’avaient rien demandé ». Mais c’est le propre de l’absolutisme : le maître décerne les honneurs, les responsabilités, les indemnités comme ça lui chante. Il décide dans la solitude de sa pensée mais ce n’est pas grave, les électeurs s’en moquent.

Il fait enfin encore mieux, encore plus incroyable. Il nomme, encore une fois vice-président, avec l’aval d’un conseil communautaire aux ordres, le maire déchu d’une ville voisine, seconde gifle magistrale délivrée à la souveraineté élective mais surtout à tous les Aubygeois.

Plus c’est gros, plus ça passe. Le président affirme agir au nom d’une « compétence ». Elle est peut-être immobilière et sera utile pour dynamiser Le Raquet. La vérité est ailleurs. Ces communistes défroqués – Oulianov et Marchais doivent se retourner dans leurs tombes – sont essentiels pour assoir le pouvoir du « capo di tutti capi » … de droite.

Douai emprisonné

De quoi Christian Poiret est-il enfin le nom ? Il est à l’évidence, au delà de ces dérives, le symbole de ces catastrophiques communautés d’agglomération qui voient leurs compétences accentuées d’année en année alors que s’éloigne la légitimité électorale de leurs instances dirigeantes. On a plus affaire aujourd’hui à l’élection d’un doge de Venise qu’à celui d’un exécutif rendant compte fidèlement du profil et de l’importance démographique des populations.

Douaizizaglo®, c’est un bidule qui permet à un maire dont la légitimité initiale est celle d’une liste unique à 382 voix – le score de Jacques Brenot à Douai, qu’il nous pardonne – de diriger en monarque absolu un territoire de 150 000 habitants.

Si encore ce règne était celui de l’efficacité, nous pourrions peut être pardonner ces travers. Or, ce qu’on a depuis dix ans, ce n’est pas du tout une amélioration de la situation du Douaisis. Le patron aligne ses « éléphants blancs » avec la régularité des ponts sur la Scarpe – Arkéos, Sourcéane, Le Raquet, bientôt boulodrome, planétarium, patinoire – mais l’absence d’information sur l’équilibre de ces coûts prouve à l’évidence qu’il n’existe pas.

Combien de décisions prises à la « va comme je te pousse » sans la moindre justification économique, combien de financements vaporisés sans logique d’ensemble, combien d’arbitrages à la tête du client – oups ! – de l’élu. Ce n’est pas grave, les électeurs s’en moquent et le « boss » a toujours raison.

Douaisis agglo du rififi à Palerme plage - @Tampographe sardon
Cherche pas j’ai raison ! @ le tampographe

Douai libéré, enfin !

Si le rififi auquel on a assisté à Douaizizaglo® est révoltant, il possède néanmoins un avantage : plus rien ne pourra plus jamais être comme avant. Nous avons eu cette fois-ci la suprême faute de goût, l’excès de pouvoir dans toute sa splendeur. Il faut se persuader comme le disaient nos anciens qu’il n’y a jamais loin du Capitole à la roche Tarpéienne et c’est maintenant qu’il faut le prouver.

Nous avons remarqué qu’une opposition d’un nouveau genre, parfois teigneuse, s’est élevée en dépit des difficultés que peut créer cette instance verrouillée de tous les côtés pour ceux qui y amènent la contradiction.

Aux bonnes questions répondent des formules indignes qui font honte à notre démocratie. Ce n’est pas grave, non pas parce que les électeurs s’en moquent, mais parce qu’au contraire cette pratique inacceptable commence à transpirer dans l’opinion douaisienne. A trop chatouiller le « vint’ d’osier » , on prend le risque de réveiller le Gayant.

Si de telles dérives éloignent les citoyens des urnes, elles sont aussi le moyen de les pousser à réagir. L’arme du soulèvement est justement le bulletin de vote, celui des futures élections cantonales, mandat dont notre maître absolu tire l’origine de son pouvoir. Saisissons nous de cette possibilité.

Besoin d’un vaccin contre le MENID?

Le seigneur de douaisis agglo - rififi à Palerme plage -gant-laborde

Et si on inventait le MERID ?

Si Douai, faisant fi de tous les clivages politiques (bon d’accord, on est dans la science-fiction), s’unissait pour qu’une alternative soit possible aux élections départementales prochaines, elle aurait les clés du scrutin.
Un peu d’arithmétique : la ville qui est toute entière dans le canton depuis la réforme de 2015 pèse plus que toutes les autres communes qui le composent :
-Cuincy : 4800 électeurs.
-Lambres : 3800.
-Flers : 3500.
-Courchelettes : 1900.
-Lauwin-Planque : 1400.
-Esquerchin : 600.
Soit un total de 16 000 électeurs potentiels opposés aux vigoureux et nombreux 26 000 Douaisiens.
Deux éléments encore plus favorables :
1-Il faut tenir compte des taux de participation qui dépassaient en 2015 tout juste 50%, sachant que Douai était très en dessous avec seulement 39% de votants. Autrement dit, le réservoir douaisien peut faire la différence.
2-Il existe dans ces communes des opposants au conseiller départemental tout puissant, y compris dans son village. S’il a obtenu 529 voix en 2015, 249 lauwinois, qui à la différence des municipales avaient cette fois-ci le choix, ont voté contre.
A l’inverse, notre ville lui a apporté les 5907 voix sur les 10858 qui lui ont permis de devenir conseiller départemental puis vice-président du CD59 et, si on croit comprendre, le possible successeur du président bientôt retraité. Quelle ingratitude.
Créons donc le MERID qui doit faire pièce au célébrissime MENID. Ce Mouvement d’Expulsion Rapide dans l’Intérêt des Douaisiens, apolitique comme son modèle, sera à ne pas en douter aussi efficace pour reprendre la main et.. le pouvoir.
Tous aux urnes !

Vous aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.

La capitale de Douaisis Agglo

Le siège de Douaisis Agglo - CAD _ Lauwin Planque

Bien calé, il est prêt à bondir sur la moindre occasion qui lui permettrait d’attraper un peu plus de pouvoir, un peu plus de responsabilités, un peu plus de prestige. Il a raison. Il est fait pour ça.

Un si modeste début

Il tient sa mairie depuis près d’un quart de siècle, record du prédécesseur battu. Son mandat est une machine bien rodée, presqu’une affaire de famille. La relève est à peu près prête.

Aux municipales, une seule liste, la sienne. L’opposition n’existe pas. Le marigot a été consciencieusement vidé. Les électeurs, quoique silencieux, paraissent contents. Ils sont pourtant de moins en moins nombreux à voter. Le record cette année : 382 voix sur 458 votants sur 1309 inscrits…

L’ascension a commencé en 2001 par la prise du canton ouest de Douai. Affiché à droite dans une couronne plutôt à gauche, Christian Poiret a terrassé son adversaire socialiste en jouant de sa personnalité mais surtout de son incomparable maîtrise des services rendus.

De spectateur, il devient au fil des ans un acteur qui compte. Sa commune est bien trop petite pour inquiéter quiconque mais son canton change tout. A l’assemblée départementale, il porte la contradiction aux maîtres socialistes qui ont mis le Nord en coupe réglée. Ils n’économisent pas leur mépris mais le crépuscule approche.

Très tôt, il avait évidemment pris pied dans la communauté d’agglomération du Douaisis par la vice-présidence masculine que tout maire reçoit en cadeau pour sa participation à l’intercommunalité. Il fait mieux. Il prend la responsabilité des finances, sujet qui intéresse et inquiète à la fois. Il pose surtout en expert celui qui le tient. L’administration de la CAD – 270 personnes – se charge de tout.

Une transition qui dure

En 2009, un concours de circonstances lui apporte sur un plateau la présidence. La démission surprise de Jean-Jacques Delille sonne enfin l’heure du « seigneur de Lauwin-Planque » ainsi que le nomme le Kanner socialiste.

En dépit des déclarations du moment insistant sur la reprise des rails du prédécesseur, peu de monde imagine qu’il ne puisse être autre chose qu’une transition.

Il est vrai qu’il succède à « l’aménageur dans l’âme », personnalité flamboyante qui cumulait à son profit tellement de puissance qu’elle est la clé de sa chute. Ce spécialiste des transports avait lui même remplacé Jacques Vernier, fondateur d’une CAD façonnée à son image. Le vieux chef est toujours conseiller communautaire, son influence subsiste mais, par la force des choses, sa position faiblit.

Comme lui auraient conseillé les Russes, l’ancien despote de Douai aurait dû se méfier des hommes à moustache. Peu à peu, le style du nouveau président marque la différence. Sa gouvernance, faite de réunions en forme de déjeuners et d’avantages pour ses obligés, rend sa position inexpugnable. Ce vendeur de métier se révèle sans égal dans la capacité de convaincre mais surtout l’élimination de la concurrence. On se croirait chez Amazon.

Le discours met en avant le consensus même quand il n’existe pas. On s’entend bien. On se gère sans clivage partisan. Leçon apprise à côtoyer les socialistes, le prénom prime, preuve d’une entente que seuls les mauvais esprits oseraient assimiler à de la connivence.

Mieux, la CAD invente des « groupes » sans aucun rapport avec les partis politiques. Bizarre mais ça marche. Ils permettent au président de disposer de majorités confortables transformant les rares opposants en simples figurants.

La soumission au patron est d’ailleurs un préalable absolu si on veut profiter de son soutien sans limite. A l’inverse, il ne fait pas bon de s’opposer. Les conséquences peuvent être lourdes comme certains en ont fait l’expérience mais surtout, signe d’une excellente maîtrise des troupes, personne ne sauvera l‘imprudent.

La communication est le sujet majeur d’un président qui n’éprouve aucune difficulté à se mettre en scène dans le journal de la CAD. Ce sont, il est vrai, les risques du pouvoir sans partage. On repère aussi, ici ou là, sa propension à présenter les dépenses de la communauté d’agglo comme si elles sortaient de sa poche. Il faut dire que l’avis des contribuables compte peu.

Demain, deux nouveaux projets au Raquet, derrière le truc pointu, Sourcéane…

Avant les municipales de 2014, une instruction gouvernementale permet enfin de réduire le nombre de conseillers communautaires. L’objectif de la manœuvre, réussi, est de limiter l’influence de Douai dans la CAD, surtout avec la perspective d’un changement de majorité dans son conseil municipal. Impuissante, la grande ville sans laquelle le Douaisis n’existerait pas, n’en peut mais. On crie. On s’agite. Mais la manœuvre est impeccable. Douai n’est plus le centre politique de la CAD. Il passe à Lauwin-Planque.

D’ailleurs, l’année suivante, la prise du conseil départemental par la droite ajoute un grade à son maire. Il devient premier vice-président, certes dans une configuration où les puissants Lillois sont en force. Les médias surjouent l’entente entre le président et son adjoint pourtant « très différents ». Quoi qu’il en soit, ces responsabilités ajoutent au prestige du second qui devient grand sur la Scarpe.

Le seigneur de Lauwin-Planque

Car Christian Poiret pourrait faire sienne la fameuse formule de Jules César, séducteur chauve certes mais glabre, qui aimait mieux « être le premier dans un village que le second à Rome. ». Notre président ne risque pas la députation pour des raisons obscures mais on se doute bien, comme les notables d’autrefois, qu’un mandat de sénateur lui irait bien.

Son profil y correspond. Il ne faut pas lui demander une analyse poussée des enjeux de la PMA ou des déterminations de la crise européenne. Ses incursions dans les territoires de la théorie sont rares. Gênée, la presse évoque avec des pincettes cette faible maîtrise des sujets «régaliens» , peut être parce qu’elle ne sait pas quoi en dire.

Loin d’espérer un destin national comme Jacques Vernier l’a vainement rêvé, il est au contraire l’élu de base qui trime pour les habitants, une pelle à charbon à la main. Il évoque de temps à autre son emploi de commercial dans une société de négoce de métaux qu’il aurait toujours conservé. Il est bien difficile de vérifier cette affirmation dont on se demande d’ailleurs comment elle peut se glisser dans tous ses mandats. Il vendrait de l’inox. Retenons que c’est bien choisi. Il résiste à tout.

D’aucuns peuvent trouver curieux qu’une personnalité si locale puisse gérer une communauté d’agglo dotée de compétences grandissantes, très supérieures à celles du début, quand elle était dirigée par un polytechnicien au profil de haut fonctionnaire.

Nous notons le goût du patron pour de curieux projets pharaoniques – Arkeos, piscine, boulodromes, patinoire, planétarium – qui ne paraissent recevoir aucun soutien des citoyens mais que Douaizizaglo® mettra en œuvre, coûte que coûte, avec nos impôts, parce que le président le veut bien.

On a déjà les boules

Posé à côté de la grosse ville, dans sa commune de Lauwin-Planque, sorte de « village Suisse » qui attire l’œil comme les jalousies, le Président Poiret savoure l’immensité d’un pouvoir que personne ne peut plus lui disputer.

On regrette qu’il ne soit pas maire de Douai qui n’en aurait que des avantages. La cité compterait peu de logements sociaux et recevrait sur son territoire de multiples entreprises. Douaizizaglo® la soutiendrait à fond dans tous ses projets au cœur d’un siège installé au pied du beffroi. Nous n’aurions qu’une seule liste à choisir dans l’isoloir avec en prime aucun débat, aucune opposition. Le rêve.

Nous pourrions même prendre le sujet par l’autre bout. Voyons cela comme une possible conséquence des élections municipales. Elles ont un peu bougé les lignes du conseil communautaire mais sans donner à Douai les moyens de ses ambitions.

En dépit de l’augmentation de sa représentation à 19 conseillers, c’est même devenu pire. Devant l’opinion sidérée, par la seule volonté du « boss » , plusieurs « combinazioni » agitent actuellement Douaizizaglo®. Elles souhaiteraient évacuer le maire de la ville-centre des instances communautaires décisionnaires. On ne comprend pas trop pourquoi mais sans doute pour montrer au mal élu qui est le vrai chef, non mais.

Dès lors, pourquoi se prendre le chou ?

Plutôt que réformer cette intercommunalité qui mène le Douaisis vers l’abîme, supprimons Douai qui ne sert décidément à rien. Découpons ce truc inutile en petites unités de 1600 habitants, à liste unique, dotées de maires au profil de soliveaux, qui opinent à tout sans broncher.

Renforçons ainsi la capitale et le maître de Douaisis Agglo !

Quand je serai grande, je serai politicienne

Coline Craye politicienne à Douai

Incontestablement photogénique, elle est apparue dans l’univers politique communal quelques mois avant les élections. De ce néant, un début de notoriété découla de la lutte pour obtenir l’investiture macronienne

Il y avait du monde sur les rangs. Venir au secours de la victoire est un réflexe politique. On se serait cru à Neuilly où quatre impétrants se disputaient l’investiture LREM. Il est vrai que lorsqu’on est certain d’être élu par la grâce d’une étiquette partisane, l’électeur n’existe plus. Seule compte la désignation. Avant.

Avec elle, ils sont trois. Sa rivale est la doublure du député qui lui doit probablement, pêché originel, son élection. Son rival, socialiste en rupture de ban, se croit, par son lâchage récent du maire sortant, taillé pour le rôle. Tous les deux visent l’investiture du « nouveau monde ». La République en Marche va révolutionner le pays, peut être pas la ville, mais plus sûrement leur destin, à eux.

Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour comprendre, comme dans toute bonne émission de télé-réalité, que les jeux étaient faits. Si la concurrence existe, c’est pour donner du relief au gagnant. En dépit des apparences, ce que voit la galerie n’a pas d’importance. Ce qui compte ce sont les ressorts secrets du plan marketing.

La clé du casting de la candidate repose sur le lien subliminal qui doit s’imposer dans la tête de l’opinion entre elle et la ville. Le profil de la jeune dame doit faire envie.  On cherche l’addition magique de sa nouveauté avec son amateurisme prometteur, sa jeunesse irrésistible, son sexe faible, sa prétention académique, son origine locale, affirmée ici et partout :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Toutes les cases sont cochées. Sans doute peut-on repérer dans ce brouillard anesthésiant la minceur du passé professionnel. Avant l’apparition subite dans le décor douaisien, on ne compte à ce jeune prodige, après une fugace collaboration dans une agence de conseil, que de brefs passages dans le monde impitoyable des collectivités locales.

Les initiés savent que la compétence n’est, dans cet univers médiocre, qu’un détail. Passer d’un parrain à un autre, comme on change de monture en équitation, peut démontrer d’un problème avec la fidélité. Plus gênant, il porte le risque d’inimitiés inexpiables que la victoire peut heureusement atténuer. Il suffit d’être, comme Macron, ambitieux. Le modèle est là, prêt à l’emploi.

L’investiture LREM obtenue sans coup férir, l’analogie avec le président en exercice, surjouée, frappe d’abord les esprits. La jeunesse de la candidate est rappelée ad libitum au risque du ad nauseam.

Plusieurs personnalités locales, conquises, exaltent cette caractéristique qui leur fait défaut. Chevaux de retour, ces perdants des scrutins passés rivalisent de louanges sur leur pouliche. L’argument de l’âge évite de penser mais, pour cette raison, s’avère habile.

Car l’assimilation au macronisme est complète. Comme à Hesdin, la jeunesse triomphe de tout, c’est bien connu. Elle est l’argument de la campagne. La ville sera sauvée par des trentenaires.

Peu à peu, on dévoile à contrecœur le positionnement politique. Il faut bien y passer. Mais n’exagérons pas trop l’étiquette LREM même si elle a permis de mettre dans le vent les concurrents. Valoriser le piètre bilan du gouvernement dans un département où pullulent les Gilets Jaunes n’est pas simple.

Il reste toutefois le truc de l’ancrage local même si on n’habite plus depuis longtemps dans sa ville natale. La duacité est la bonne idée qui prend la forme d’un slogan. La répétition est la clé de la pédagogie :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Si la jeune dame exagère ses racines, il est pourtant vrai qu’elle sort d’une strate sociale incontestablement douaisienne.

On perçoit du conservatoire de musique, du Saint Jean, de la messe, du Rotary sinon du Lions Club, des études respectables et des métiers de notables, de ceux dont ne profiteront jamais les prolétaires qu’elle affirme tant aimer parce qu’ils sont la clé du scrutin. Les fondamentaux de la bourgeoisie se retrouvent dans une sollicitude de dame d’œuvre, à coups de frites gratuites s’il le faut.

Sous un visage d’ange, la jeune femme se révèle une redoutable machine de guerre. Sa campagne est parfaitement menée. Les moyens sont conséquents. La stratégie ne laisse rien au hasard. On a affaire à des pros. Il y a du métier dans le back office.

On pompe, certes, les idées des autres candidats quand on n’en a pas et même Douaivox. Il arrive que les propositions soient idiotes. On avance des chiffrages au doigt mouillé dans une ville où la statistique n’existe pas. C’est comme la mousse, les contours manquent de netteté mais on en met partout.

Personne n’occupe le terrain comme la dame à la mouche. Elle visite les associations, de la plus importante à la plus obscure. Trois petits tours, une photo et hop, le tout immortalisé sur internet dans la seconde. Sa présence sur les réseaux est inlassable, bien servie par une infanterie qui tire sur tout ce qui bouge. La confusion d’opinions de ces soldats – certains affirment, les pauvres, détester Macron – prouve bien qu’il y a un loup quand c’est flou.

Le positionnement des troupes est flottant mais le discours de la candidate repose à l’inverse sur une parole parfaitement construite. De ce point de vue, notre fine lame macronienne pourrait être la petite sœur de Frédéric Chéreau ou même la petite fille de Jacques Vernier s’ils avaient été douaisiens.

De fait, son socle est celui de son milieu d’origine, le centre-ville bourgeois ou du moins ce qu’il en reste. Pour assurer cet ancrage, elle a réussi à débaucher quelques militants LR survivants des guerres civiles de la droite locale. Idiots utiles, ils se voient déjà aux manettes. Le pouvoir enfin. Enfin, peut être pas.

Car apparaît un caillou dans l’escarpin de notre Marcheuse. Les LR ont sorti des cartons un concurrent du « canal historique ». Ses troupes sont certes, aussi étiques qu’âgées mais elles sont loyales et disposent de l’appui de la CNI du parti. Leur candidat n’est pas né sur les bords de la Scarpe, C’est son péché originel. La riposte de la candidate est facile et son refrain fait mouche :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Si un concept devait marquer la campagne de la candidate LREM du début à la fin, ce sera une ambigüité dont il parait qu’on ne sort qu’à son détriment. C’est à ce prix que devenue grande, on sera politicienne.

Mme Craeye répugne à endosser le bilan d’un gouvernement dont elle est pourtant la représentante officielle. Elle n’a rien à voir avec lui. Elle défend l’association de « la droite et du centre », concept qui sonne bien aux oreilles d’une notabilité douaisienne dont les ancêtres, qui aimaient Louis-Philippe et la SFIO, détestaient les extrêmes qu’ils ont réussi – ce n’est plus le cas – à reléguer aux périphéries.

Dans le même mouvement, on n’est pas à une contradiction près, l’expression publique et privée dévoile une conception singulière de la politique. Si on ne représente pas le gouvernement, il serait toutefois bon qu’un maire soit de son bord pour profiter d’une subvention, d’une décision positive, à l’inverse des élus qui auraient le malheur de ne pas en être.

Mieux que Janus qui se contentait de deux faces, Mme Craeye joue de tous les registres, de tous les niveaux. Il y a le « on » délivré d’une voix douce avec le sourire puis le « off », celui de ses partisans qui mènent sans relâche une campagne de caniveau où l’excès côtoie souvent la haine. C’est à se demander si ces stratèges masqués n’ont pas fait leurs armes à Hénin-Beaumont à la bonne époque d’Eugène et de Gérard.

La présence d’une liste officielle LR qui casse le rêve explique sans doute la violence des discours et les expédients de bas étage. Tous les moyens sont bons pour dézinguer l’adversaire. On perd ses nerfs à moins que ce soit la marque profonde d’un caractère sinon une future méthode de gouvernement.

Comme leur patronne, il est vrai qu’ils s’y voyaient déjà, les colistiers. C’est bien embêtant tout ça. La route sans histoire vers le beffroi s’avère un sentier semé d’embuches où rien ne se passe comme prévu. Six listes à Douai. Qui l’eut cru ?

La veille d’un premier tour – qui ouvre la crise sanitaire – voit arriver dans les boites aux lettres un incroyable tract rédigé avec une science propagandiste qui ferait passer les Staliniens pour des amateurs. On se prévaut de soutiens qu’on n’a pas. On ne sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher.

Admirons la gestion des titres, le propos qui frôle sans cesse le précipice sans jamais y tomber par une utilisation consommée des formules. Seules comptent les images.

Après la mascarade de cette élection confisquée et d’une gestion de la crise qui restera dans les annales, le confinement qui suit, décidé par le gouvernement qu’elle représente, voit Mme Craeye jouer les utilités. Ses concurrents, peut être par l’extraordinaire d’une situation qui réclame des gens normaux un peu de retenue, restent discrets.

Devant les yeux stupéfaits des Douaisiens interdits de bancs publics comme ils sont privés de masques, de tests, de vaccins, la candidate – qui n’est pas LREM, c’est compris ? – sauve Renault (je connais Le Maire), va sauver l’hôpital de Douai (je connais Buzyn, ah zut, maintenant c’est Véran, je le connais aussi), sauvera ses commerces (je connais Darmanin), régénérera la France comme Jeanne d’Arc. Mais non, ça, c’est impossible puisque Jeanne est lorraine ! Car nous savons bien que :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

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