Le patacon était une monnaie utilisée par les Espagnols dans les Pays-Bas quand ils passèrent sous leur domination au XVI° siècle. Cet écu valait quarante-huit patard ou soixante sous tournois. Par imitation ce nom fut donné en patois du Valenciennois, le fameux rouchi, aux rondelles de pommes de terre que l’on faisait griller sur la couverture du poêle.
Pas de patacons sans pommes de terre
D’origine amérindienne et plusieurs fois millénaire, la pomme de terre, importée par les conquistadors, s’est ensuite répandue dans le reste de l’Europe, pays du Nord notamment. En France, elle est relativement rare mais surtout principalement destinée aux bétails ou consommée par les paysans faute de mieux en période de disette. Le tubercule n’est pas toujours bien considéré. Dans les régions prospères céréalières, il est rejeté. Son absence de gluten l’empêche d’être panifiable.
Sa culture, laissée à la main de communautés religieuses, reste confidentielle jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Son classement botanique dans les morelles (genre Solanum), qui comptent plusieurs plantes toxiques ou destinées à un usage médicinal, ne plaide pas en sa faveur. On soupçonne cette pauvre patate de transmettre des maladies comme la lèpre, la peste ou la fièvre. En 1748, un arrêt du Parlement de Paris en interdit la culture dans le nord de la France, prévention qui ne sera levée par la faculté de médecine de Paris qu’en 1772.
Antoine Parmentier
Le « pain du pauvre » de Parmentier
Resté injustement dans la postérité par le hachis du même nom, Antoine Parmentier pharmacien, agronome, nutritionniste et hygiéniste, va lancer la consommation de la pomme de terre dans le pays. Pharmacien aux armées, il est fait plusieurs fois prisonnier pendant la guerre de Sept Ans. Ses compétences d’apothicaire sont si indispensables qu’il est à chaque fois libéré contre des prisonniers allemands. Pendant ses moments de captivité, sa ration quotidienne est à base de bouillie de pomme de terre, largement cultivée en Prusse. S’il trouve au tubercule un goût plutôt amer, il découvre aussi sa valeur nutritive. Parmentier va en faire l’un de ses champs de recherche privilégiés, souhaitant par ses travaux remédier aux risques de malnutrition qui affectent la population. En parallèle de ses recherches, il lance une grande campagne de promotion en organisant des repas avec des personnalités et des savants. Le militaire apothicaire va même faire découvrir « les parmentières » , comme on appelle alors les pommes de terre, à Louis XVI et Marie-Antoinette qui le soutiendront dans ses expérimentations. La légende dit que le roi conquis félicitera Parmentier : « La France vous remerciera un jour d’avoir inventé le pain des pauvres ». Il faudra cependant attendre les guerres napoléoniennes pour que la patate commence à entrer plus régulièrement dans l’alimentation des Français.
L’étouffoir étouffé par l’oubli
Cloche à pomme de terre
Après plus de 8 000 ans d’existence, la patate est toujours là. On ne peut pas en dire autant de la cloche à pomme de terre, appelée aussi : étouffoir, truchot, étouffette, cloche à patacons. Sa fabrication s’est arrêtée comme beaucoup d’autres traditions dans les années qui ont suivi le séisme de la fermeture des houillères.
A l’exemple de tous les objets du quotidien qui plongent dans le passé le plus ancien, on ne connaît pas l’origine de l’étouffoir, apparu probablement sous cette forme à la fin du XIXème. A cet instant, Gustave de Bruyn, fondateur de la manufacture du même nom à Fives, invente un procédé de vernissage sans plomb qui permet un nouvel essor de la poterie culinaire.
On peut bien sûr, trouver ces cloches dans les brocantes, sur Ebay ou Leboncoin, mais le seul endroit où l’on peut en acheter une neuve, c’est à L’homme de fer. Cet incontournable et exceptionnel magasin d’articles ménagers est situé au 93 de la rue de Bellain à Douai.
Les cloches à Patacons chez L’homme de fer à Douai
Cloche à patacons mode d’emploi
Jusqu’au début du XXème siècle, ce plat en forme de cloche en terre cuite vernissée qui supporte les fortes températures, trônait dans toutes les cuisines du bassin minier. Il servait à couvrir des pommes de terre pour les cuire à l’étouffée sans matière grasse.
Une cuisine de mineur au centre historique minier à Lewarde
A cette fin, on dépose sur le feu une tourtière dans la même matière ou bien en émail et plus récemment en métal pour les plaques à induction. Cette méthode, par sa progressivité, donne beaucoup de saveur et de fondant aux pommes de terre. Les trois anses sur le dessus font office de pieds lorsqu’on retourne la cloche. Elle se transforme alors en saladier, dans lequel on peut servir la préparation.
In a rin laissé dins l’plat
Le feu flamand au centre historique minier de Lewarde
On faisait cuire les patacons sur un feu flamand qui pouvait être un « poêle crapaud » pour les plus petits modèles. Ce foyer était l’élément central de la pièce à vivre, la cuisine, et le seul moyen de chauffage du coron. On y brulait les célèbres briques de charbon, spécialité locale qu’il fallait, avant de pouvoir les enfourner, casser au marteau. Ensuite, on pouvait laisser mitonner sans trop s’en occuper pendant plusieurs heures les patates sous la cloche. Les patacons, c’est un peu la « madeleine de Proust » du bassin minier. Beaucoup d’enfants ou petits-enfants de mineurs se rappellent avec nostalgie l’odeur agréable qui se répandait dans la maison. Plus encore, le moment venu, après la longue attente, chacun se souvient de la dégustation qui se terminait par le grattage consciencieux du fonds du plat croustillant parce que bien crâmé : “nous, on les appelait les patates brulées”.
Chacun y va de son souvenir gourmand :
“à la fin de la cuisson ajoute quelques « metka » que l’on pique pour que le gras s’écoule dans les pommes de terre, très très calorique mais un pur délice”
“j’ajoute un petit verre de café préparé le matin pour caraméliser le tout 30mn avant la fin de cuisson”
“mon père me faisait des rondelles de pommes de terre qu’il posait sur la « platine » de la grosse cuisinière au charbon. Au grand dam de ma mère qui adorait que son « dessus de feu » brille comme un sou neuf.”
Et vous ? Quel est votre souvenir des patacons mais surtout quelle est votre recette ?
Une recette chti oubliée et pourtant si moderne
La composition de la pomme de terre
Végétarien, végan, sans gluten, sans matière grasse, local, pas cher, simple, rapide à préparer, peu calorique (85 Kcal pour 100g), cuit avec une cloche fabriquée en France, les patacons cochent toutes les cases de la “modernité” culinaire politiquement correcte.
Ingrédients pour : 6 personnes Temps de préparation : 10 mn Temps de cuisson : minimum 1h30à feu très doux
1 kg de pommes de terre à chair ferme
2 gros oignons
3 gousses d’ail
4 branches de thym
10 feuilles de laurier
sel et poivre
Déroulé
Laver les pommes de terre en laissant la peau, les essuyer et les couper en deux dans le sens de la longueur.
Découper en rondelles deux gros oignons pelés.
Couper l’ail en deux dans le sens de la longueur
Placer les pommes de terre dans la cloche, la peau vers l’extérieur. Alterner une couche de patate, les rondelles d’oignons, l’ail et les herbes.
Saler, poivrer au fur et à mesure.
Placer la tourtière sur la cloche et retourner l’ensemble sur la plaque de cuisson.
Cuire à feu doux au moins 1h30, augmenter la durée en fonction de la taille des pommes de terre.
Bonus Track
Félicitations, vous avez terminé de lire cet article. Pour vous remercier, on vous offre cette « Delpechade ». Chaude comme une patate à la cloche, elle oscille mystérieusement entre la marche militaire et le spot publicitaire. Il est noté que cet enregistrement est rare. Les 26 exemplaires produits auraient fini dans un feu flamand. Pour notre plus grand bonheur, il en reste une trace. Attention de ne pas en abuser, le refrain, comme le goût des patacons, reste longtemps dans la tête.
Roule à bicyclette. Déteste les poignées de main molles et l’eau tiède. Aime le lexique fluvial et l’ambiance du bar de la marine. Pense que sa copine Crumble devrait arrêter de bouffer tous les gâteaux, pendant qu’il vérifie les infos.
Les liens de Douai avec la Pologne sont connus. Des noms slaves se découvrent partout, au détour d’une enseigne, d’un voisinage, d’une liste. Il suffit de regarder …
Ces patronymes feraient chez nous le bonheur des joueurs de Scrabble : Rybak, Szczesniak, Szatan, Robaczewski, Sitko, Malolepszy, Gwizdek, Skurpal, Amborski, Bojanek, Lepczynski, Gierszal, Kaczmarek, Kluziak, Wroblewski, Dudziak, Taszarek, Drzewiecki, Smukala, Wroblewski, Kieltyka, Mazur…
Quand on y regarde bien, la Scarpe est en fait un affluent de la Vistule.
De vieux alliés de la France
En dépit des distances, la France a entretenu de longue date des relations avec la Pologne. Il n’est pas besoin de citer les compagnons polonais de Jacques Lesaige, aristocrates fastueux qui, au début du XVI° siècle, l’accompagnaient vers la Terre Sainte.
Un Valois – le futur Henri III – fut même brièvement roi de Pologne en 1574. Désigné par les nobles soucieux de trouver une protection catholique un peu solide contre l’inquiétant voisin russe orthodoxe et l’agressif prussien luthérien, il ne resta à Varsovie que quelques mois.
Plus proche, en 1725, Marie Leszczynska, fille du roi de Pologne, est devenue reine de France par son mariage avec Louis XV. Par elle, nos derniers Bourbons, de Louis XVI au Comte de Chambord, ont eu dans leurs veines du sang polonais.
Dépecée par ses voisins de 1772 à 1795, la Pologne s’est trouvée au cœur des soubresauts de la Révolution. Epousant ses idéaux qui prônaient l’existence d’Etats nations mais surtout soutenant Napoléon – qui créera pour eux le Duché de Varsovie – de nombreux officiers et soldats intégreront la Grande Armée.
L’Arc de triomphe porte ainsi les noms des généraux polonais devenus français « par le sang versé ». Sulkowski, aide de camp de l’Empereur, Poniatowski ou encore Dombrowski, à l’origine du « Mazurek Dąbrowskiego », l’hymne polonais qui, chose étonnante, cite même Bonaparte dans un vers.
Des émigrations au rythme des insurrections
Tout au long du XIX° siècle, les désirs d’indépendance de la Pologne aboutiront à de nombreuses révoltes. Leurs échecs seront la cause d’émigrations fréquentes de la part d’une « intelligentsia » – terme polonais – qui les dirigeait.
Après l’insurrection de 1830, près de 6 000 personnes, pour la plupart des militaires, émigrent en France qui les accueille avec enthousiasme. Il en sera de même, en moindre proportion, en 1848 puis en 1863, la Pologne ne retrouvant qu’à l’issue de la Grande Guerre, en 1919, une indépendance si chèrement attendue.
Curieusement, cette restauration aura comme conséquence une émigration plus massive encore. Une convention passée avec la France dès la signature du Traité de Versailles permet l’entrée de plus de 600 000 travailleurs destinés aux travaux agricoles, à l’industrie et, bien entendu, à l’extraction minière, secteurs où le besoin de main-d’œuvre après la saignée de la guerre s’avère important.
Cette première vague connaît des conditions matérielles d’installation difficiles. La Société Générale d’Immigration, fondée par des syndicats patronaux, notamment le comité des houillères et celui des fabricants de sucre, traite cette population avec bien peu d’égards.
Les choses sont différentes avec les « Wesphaliens », Polonais installés en Rhénanie au XIX° siècle. Refusant, leur patrie étant ressuscitée, de rester en Allemagne, l’absence de travail dans le pays natal les pousse à leur tour à émigrer en France. Ils s’installent en grand nombre dans notre bassin minier, apportant à la satisfaction des houillères une compétence technique « germanique » qui oblige au respect.
Vivant en circuit fermé jusqu’à la deuxième guerre avec ses « sokols » , son clergé, ses journaux, ses associations, ses commerces, la diaspora polonaise – 150 000 personnes en 1945 – fera le choix de l’installation durable en France après la Libération.
Ce choix découle de facteurs complexes dans lesquels jouent ensemble le refus du régime communiste athée, la situation économique de la Pologne dévastée et, à l’inverse, aux lois sociales favorables du pays d’adoption qui améliorent profondément les conditions de vie des travailleurs polonais en France.
De fait, les enfants de ces derniers entretiendront un lien avec le pays natal beaucoup moins profond que celui de leurs parents et grands-parents. Dès le début des années 50, par les mariages, le service militaire et l’assimilation découlant de l’école française, l’émigration polonaise est devenue définitive.
La Pologne avant Polonia
Avant « Polonia », ainsi que les Polonais désignent leurs diasporas, il y eut dans le Douaisis des précurseurs à ces vagues multiples d’immigration.
Les archives de la ville permettent ainsi d’exhumer l’histoire de la famille Koszutski dont l’arrivée fut liée à l’insurrection de 1830. Le fondateur du clan s’appelait Jean Napoléon Koszutski. Son père, Rafal, était francophile comme l’étaient à cette époque beaucoup de Polonais.
Durant la présence française, fermier général des biens
nationaux, il fut ensuite fournisseur des armées impériales. On peut comprendre
que le retour des Russes en 1815 fut peu favorable à cette famille.
Né en 1811 à Piasecka Wola (près de Lublin), Jean Napoléon était étudiant à Berlin lorsqu’éclate la révolution de 1830. Engagé dans les « cavaliers-nobles de Posen », le lieutenant Koszutski, après l’échec de l’insurrection, émigre d’abord en Belgique. Sans doute au titre de ses études berlinoises, il s’établit à Douai en 1838 pour enseigner l’allemand au lycée royal, fonction qu’il conservera jusqu’en 1885.
Cette étonnante durée d’exercice (la retraite à 74 ans…) s’ajoute à une compétence régulièrement saluée. Son proviseur s’étonne ainsi de son opiniâtreté à obliger ses élèves à l’oral, ce qui démontre que cette méthode pédagogique n’allait pas de soi en 1880. L’Inspection Générale, qui demandera en vain pour lui la Légion d’Honneur, est tout autant dithyrambique, indiquant que ce professeur est « toujours jeune, actif, très utile et aimé de ses élèves ».
Dans un enseignement linguistique balbutiant, beaucoup d’officiers polonais réfugiés en France assurèrent des enseignements d’allemand, langue qu’ils connaissaient tous plus ou moins bien. Koszutski est un des rares à avoir présenté avec succès un certificat d’aptitude (ancêtre du CAPES) qui explique la stabilité de son poste au lycée de Douai.
Jean Napoléon conservera toute sa vie des liens étroits avec la diaspora, l’école polonaise de Paris, l’admirable famille Czartoryski, les réseaux des innombrables exilés en France. Il fut surtout très proche de Joachim Lelewel, sans doute rencontré à Bruxelles où l’écrivain s’était installé en 1833. Ce dernier cite régulièrement dans ses « Lettres de l’émigration » le « professeur » ou « le savant professeur », alias Koszutski, qui lui sert de courrier et d’agent vers la France.
C’est peut-être par Lelewel que Koszutski s’est intégré à la notabilité bruxelloise. En décembre 1845, il se marie, à Ixelles, avec une demoiselle Hardy de Beaulieu. L’oncle de la mariée est général et son frère, Adolphe, député au parlement, personnalité de premier plan du jeune Etat belge.
Tout en conservant des liens avec sa culture natale, Koszutski, après l’échec de l’insurrection de 1863 qui sonne le glas des espoirs d’une proche indépendance, s’installe durablement en France. La même année ce bonapartiste affirmé est naturalisé français avec le soutien actif du ministre Duruy.
Les obsèques du professeur Koszutski seront célébrées à Douai le 8 août 1888. Son « cercueil était escorté des officiers de la garnison de Douai » , ainsi ses quatre fils en uniforme dont il sera question un peu plus loin. Autant d’égards auraient ravi celui qui, jusqu’au soir de sa vie, se présentait toujours comme un « ancien officier polonais » .
Acte de décès de Jean Koszutski, ses deux fils demandant la disparition du prénom « Napoléon » un peu trop bonapartiste pour l’époque.
Pourtant, son « intégration », selon les termes actuels, sera totale. Ainsi par la destinée de ses cinq garçons et ses deux filles, tous nés à Douai, tous dotés de prénoms à la fois français et polonais, qui ne reviendront de fait jamais au pays des ancêtres.
Gloire aux Koszutski
Des enfants de Jean Napoléon, si l’un de ses fils – le seul marié – prendra une épouse française, les filles choisiront des partis liés à l’immigration polonaise.
L’ainée, Edwige, née en 1856, épouse en 1878 Anton Kulesza (francisé en Antoine Koulesza, naturalisé en 1888), ingénieur chimiste à Cambrai. Le mariage dura peu, la jeune épousée disparaissant dès 1879, peut être à la suite d’un accouchement difficile. Signe des liens conservés avec sa belle-famille, Antoine sera inhumé dans le caveau douaisien des Koszutski après son décès à Bruxelles en 1903.
Faire-part de décès d’Edwige Koszutska, 6 mars 1879
La cadette, Marie, se maria sur le tard – à 41 ans – en 1904avec un officier d’origine polonaise en retraite, Stéphane Etienne Koszarski. Cet émigré de 1863 – originaire de Mazovie comme les Koszutski – qui s’était engagé en 1870 au service de la France, décèdera à La Flèche en 1913.
Avec ces deux filles, les cinq fils de Jean Napoléon Koszutski forment un ensemble qui doit être détaillé pour en présenter tous les étonnants reliefs.
1-L’aîné, Alexis Thadée a vu le jour en 1847. Sa carrière a débuté sous les meilleurs auspices par une entrée à l’Ecole Polytechnique en 1867. Ses rangs de classement démontrent de ses capacités intellectuelles (28ème sur 136 à l’entrée, 39ème sur 124 en sortie et 1er sur les 3 qui intègrent directement le corps d’Etat-Major).
Son début de parcours, au moment de la guerre franco-prussienne de 1870, lui a permis d’y jouer un rôle. Attaché à l’Etat-Major Général, il assure plusieurs missions lors du siège de Paris et durant la Commune.
Capitaine en 1877, il passe ensuite dans l’infanterie où il rejoint le service géodésique de l’armée alors dirigé par le célèbre général Perrier. Il participe à divers travaux topographiques en Algérie mais aussi en Tunisie, pour préparer la mise en place du protectorat de 1881, mission aux confins de l’espionnage.
Il est en effet muté ensuite en 1886 à l’État-Major des Armées (EMA) au sein de la « section de statistique » chargée du renseignement, sans doute au titre de ses connaissances linguistiques et scientifiques. Il y restera jusqu’en 1896, date de sa démission de l’armée.
Il est possible que ce départ prématuré ait un lien avec l’affaire Dreyfus. Le « 2° bureau » , autre nom de la « section » , dirigé successivement par les célèbres Sandherr, Picquart puis Henry a été au cœur de ces évènements. Ce sont ses officiers qui ont découvert et instruit le fameux « bordereau » qui en a été le déclencheur.
Après ces fonctions « sensibles » , vice-président du syndicat des journalistes militaires, le commandant Koszutski se lance dans une seconde carrière, publiant des analyses remarquées dans les colonnes de plusieurs journaux, ainsi « Le Temps », « l’Echo de l’armée » ou « La Patrie »
Sa mort brutale, en 1908, à 61 ans, a sans doute interrompu un parcours qui aurait pu se déployer encore.
2-Jean Bronislav, né en 1848, présente un profil plus atypique. Il est reçu à St Cyr (ESM) en 1868 dans la promotion du Sultan d’où il sort 142ème sur 227. Sous-lieutenant au 2° Régiment de Chasseurs, il commande un peloton durant le conflit franco-prussien. Combattant autour de Metz, il est capturé par l’ennemi qui le tient prisonnier à Glogau en Silésie jusqu’en mai 1871.
Lieutenant en mars 1873, il suit en 1875 les cours de Saumur comme officier d’instruction (il sort 20ème sur 35). En janvier 1877, il est affecté au 2e bureau de l’État-Major des armées. Capitaine, intégré à l’Ecole Supérieure de Guerre, il en sort breveté en 1879 (71ème sur 75).
Il poursuit ensuite sa carrière en alternant les mutations
en Etat-Major de division et les commandements de troupe : 2° Chasseurs en
1879, 10° Hussards en 1884, 8° Dragons en 1890.
Chef d’escadron, Koszutski est mis en retrait d’emploi pour indiscipline en 1894. Il inonde des supérieurs de trop nombreuses demandes de congés, y compris auprès du ministre. Ces démarches, menées au delà du raisonnable, expliquent cette sanction. Ce coup d’arrêt a mis un terme radical à sa carrière qui ne dépassa pas le grade de « commandant », conservé jusqu’en 1902 après avoir été versé dans la Territoriale.
En 1883, il s’est marié à Tours avec Marguerite Mahier, fille de notaire. Ce beau parti lui donne les moyens de faire construire en 1891 le château du Haut-Villaumay à Auzouer en Touraine. De style éclectique, avec deux tours, une ronde inspirée de Chaumont et une carrée copiant le grand palais de Florence, cette impressionnante bâtisse existe toujours.
Le château Haut-Villaumay à Auzouer, construit en 1891 par Bronislav.
Koszutski aura deux filles, Edwige et Hélène qui épouseront à leur tour deux frères militaires, Bernard et Gabriel Madon. Il est décédé très âgé à Auzouer en 1938.
3-Edouard Joseph a vu le jour en 1850. Entré à St Cyr dans la promotion de Suez en 1869, il en sort 88ème sur 242 élèves. Cette sortie correspond, plus que ses deux frères, à la deuxième phase de la guerre de 1870, quand le gouvernement de Gambetta mobilise pour défendre le pays toutes les forces militaires disponibles après la chute de l’Empire.
La création de ces nouvelles unités reposait en partie sur la formation de « régiments de marche » qui, devant l’urgence, eurent recours à des cadres improvisés. Cet expédient explique sans doute qu’en dépit de son âge – il a 19 ans mais il est saint-cyrien – Edouard fut promu capitaine au 2° bataillon de marche de chasseurs à pied.
Cette unité, qui appartenait au 22° corps de l’armée du Nord dirigée par le général Faidherbe, fut engagée dans plusieurs batailles indécises, sinon perdues, de cette phase ultime de la guerre, L’Hallue, Bapaume puis Saint Quentin en janvier 1871. Blessé lors de cette dernière affaire, rapatrié chez ses parents au 4 rue St Vaast, le capitaine de vingt ans y est mort le 5 février 1871.
Plaque commémorative de la guerre de 70-71 Mairie de Douai
4-Witold Antoine est né en 1854. Comme son frère aîné, il réussit le concours d’entrée à l’Ecole Polytechnique en 1873. Il le fait moins brillamment puisqu’il fut quasiment le dernier de la promotion (entré 241ème sur 242, sorti 224ème sur 226 et enfin classé 120ème sur 121 pour l’entrée dans l’artillerie).
Sous-lieutenant en 1873, lieutenant en 1877 et enfin capitaine en 1883, il passe chef d’escadron d’artillerie en 1900. Grâce à l’arme qu’il avait choisie et qui en est la spécialité, il fut plusieurs années en garnison à Douai, entretenant de nombreuses relations dans la notabilité locale.
Commandant de la batterie de Maubeuge en 1906, il est nommé la même année à la tête de la célèbre « commission d’expérience de Calais » qui améliore les matériels d’artillerie, ainsi le fameux canon de 75 ou des modèles divers de projectiles.
Tombé malade, recueilli par son frère Bronislav au château d’Auzouer, il y décède en décembre 1909. Sa notice nécrologique, dans le « Bulletin polonais littéraire, scientifique et artistique », indique qu’il parlait très bien la langue et qu’il avait gardé un lien étroit avec les associations et la diaspora polonaises.
5-Thadée Eugène, né en 1858, est le dernier fils de Jean Napoléon. Entré à Saint Cyr en 1878 (promotion des Zoulous), il est classé à l’entrée 200ème sur 370 et en sort 321ème sur 352.
Ayant fait le choix de la cavalerie, sa carrière sera relativement stable au plan géographique et militaire. Muté au 14° régiment de chasseurs à cheval de Dôle en 1881, il rejoint en 1885 le 6° à Lille où il fait toute sa carrière ou presque. C’était un cavalier accompli, habitué des concours hippiques, nombreux à cette période d’avant guerre, âge d’or de cette arme avant l’apparition des blindés.
Koszutski est chef d’escadrons en août 1914 au moment de l’offensive allemande. Il commande les 7èmeet 8ème escadrons détachés par le 6° Chasseurs à Maubeuge pour défendre les ponts qui mènent à la ville. La prise de la place par les Allemands, le 7 septembre, envoie en captivité les troupes qui y sont installées dont la demi-brigade et son chef qui passe toute la guerre en Allemagne.
Résidant à Lille après sa libération (Rue Basse, 40), le commandant Koszutski s’était ensuite fixé à Commercy où il est décédé en en 1933.
Une conclusion patriotique
Il serait difficile de trouver aujourd’hui cinq frères officiers. Cet exemple, qui étonnait déjà leurs contemporains, révèle la fascination de l’état militaire qui devait être forte dans la famille Koszutski. Elle rencontre deux volontés de revanche, celle de la Pologne disparue et surtout celle de la France vaincue en 1870.
Plusieurs points communs sont repérables dans le parcours de la fratrie. D’abord, une conclusion décevante après un début prometteur. En dépit de leur formation initiale brillante, aucun Koszutski n’accèdera au généralat. Pourtant, les deux derniers sont de la génération des chefs de la Grande Guerre (Galliéni 1849, Foch 1851, Joffre 1852, Pétain 1856). Witold est décédé trop tôt pour jouer le rôle qui aurait pu être le sien dans une artillerie devenue essentielle lors du conflit. Thadée, fait prisonnier dès le début des opérations, n’a pu donner la mesure de ses compétences.
Les cinq frères Koszutski, tous « boursiers avec trousseau » lors de leurs études, ont profité des largesses de l’Etat français qu’il soit impérial ou républicain. Tous ont été distingués par la croix de la Légion d’Honneur, certains jusqu’au grade d’officier : Alexis en 1886, Jean en 1889, Witold en 1894 et enfin Thadée en 1905, de plus officier en 1920 (pour la défense de Maubeuge). Ils reçurent aussi des décorations étrangères, ainsi les ordres du Soleil Levant, de la Couronne du Siam ou le Nichan Iftikhar, autant de reconnaissance de la variété des missions qui leur ont été confiées.
Faute de descendants mais aussi du fait de l’installation des générations suivantes dans d’autres régions de France, il ne reste plus de Koszutski à Douai. Gardons toutefois en mémoire ce clan précurseur pour ses caractéristiques uniques mais aussi, tels qu’ils apparaissent dans les archives, par ses traits plus privés, ainsi la cohésion extraordinaire de ses membres, tous soudés par le respect de la culture polonaise et l’amour sans réserve du pays d’accueil.
Merveille d’internet
Nous avons reçu, voilà quelques temps, cette intéressante communication d’un descendant de la famille Koszutski (Daniel Madon, cf le message plus bas) qui complète heureusement notre article : « Bien entendu nous avons toujours évoqué (sans les avoir connus) nos ancêtres polonais. La famille portait le nom de : Leszczyk Koszutski. Le géniteur était Jean Napoléon dont vous relatez parfaitement l’histoire, marié à Rosalie charlotte Augustine Eugénie Le Hardy de Beaulieu (née en 1823, décédée en 1879). Ils eurent 7 enfants (2 filles et 5 garçons) dont notre arrière-grand-père : Bronislaw Jean Leszczyk Koszutski qui, après sa carrière militaire, vécut très longtemps au château de famille le Haut Villaumay commune d’Auzouer-en-Touraine (Indre et Loire) avec son épouse Marguerite Charlotte Mahier. Ils sont tous deux décédés au château du haut Villaumay. Le mari le 26 décembre 1938 et son épouse le 15 juillet 1933 (étant elle-même née à Tours le 12 novembre 1862)
Cavalier émérite et père attentif lors du mariage de sa fille Hélène
Ils sont enterrés tous les deux dans le caveau familial à Château-Renault. Ils ont eu 4 filles : Edwige Koszutska qui épousa Bernard Madon (mon grand oncle), Hélène Koszutska qui épousa Gabriel Madon (mon grand-père). Leurs 2 autres filles, Marie et Anne sont mortes en bas âge . Mes grands-parents sont également enterrés à Château-Renault dans le caveau familial. Ils vécurent longtemps à Dijon où mon grand-père était avoué près la Cour d’Appel. Ils sont décédés également au château du Haut-Villaumay : Gabriel Madon le 29 mai 1943 et son épouse Helene le 25 avril de la même année… Il est dit dans la famille que notre grand-père se laissa mourir de chagrin après le décès de sa femme….. Mes grands parents eurent 5 enfants, Léon, mon père, né à Dijon le 6 décembre 1912, docteur en Droit, époux d’Andrée Jeanne Germaine Boisset, Marguerite, Bernadette, André, époux de Paulette Hugé et Geneviève, sœur bénédictine.
Bronislaw Koszutski entouré de ses enfants et petits-enfants au château du Haut Villaumay
Nous avons gardé le château du Haut-Villaumay depuis le partage en 1950 entre les deux frères Madon, dans lequel nous avons surtout profité des moments de vacances et ensuite après le décès de notre père en 1967, nous l’avons gardé en indivision . Nous venons de le vendre…
Nous ne parlions pas entre nous de Douai mais souvent des Koszutski. Car dans le vestibule du château du Haut Villaumay, il y avait le tableau avec les armoiries de la famille et dans le grand salon aussi avec une couronne comtale et une devise « Dieu protège le Haut Villaumay ».
Le commandant au soir de sa vie. A droite les armes de la famille Koszutski, aristocrates polonais.
Ce fut pour mon arrière-grand-père la réalisation de sa vie car c’est lui qui fit agrandir une maison à l’origine bourgeoise pour en faire un château (tour ronde copiée sur le château de Chaumont sur Loire et tour carrée copiée sur le palais ducal de Florence). Il y adjoignit un tennis et des communs : écurie, garage et logements pour employés.
On peut comprendre son envie de congé sur congé quand il était militaire pour aller vivre une vie de châtelain tourangeau avec son épouse tourangelle et environ 10 à 12 personnes qui vivaient et travaillaient au château : cocher, cuisinière, jardinier, servantes etc. Tout ce monde ainsi que les fermiers car il y avait trois fermes qui dépendaient du château avec plus de 600 ha.
De là, Jean-Bronislaw rendait visite à ses voisins également châtelains. Toutes les communes aux alentours avaient souvent deux ou trois châteaux. C’était une autre époque. Il y recevait ses enfants et petits enfants issus des mariages de ses deux filles Edwige et Hélène.
Ma grande tante Edwige, mariée avec Bernard Madon officier cavalier, eurent trois enfants : Jean, Claude épouse de Montaudry et Françoise épouse Boulle. »
L’histoire est sa passion et à Douai, elle est servie. Les détails la passionnent car dans ce cas, il faut bien regarder et tenir le nez en l’air. La ville est belle, il faut la célébrer, tel est son credo.
Contrairement à une idée aussi locale que reçue, il peut arriver que des hommes célèbres fassent honneur à notre cité sans y être né. La vie du baron de Tott est un roman dont Douai constitue un chapitre intéressant puisqu’à l’exemple de Jacques Lesaige, il nous rapproche de l’Orient.
Un hussard au service de la France
Son père André (1698-1757) faisait partie de la diaspora hongroise qui, après l’échec de la révolte contre l’Autriche (1703-1711), avait émigré en Turquie à la suite de leur chef, le prince Rákóczi. Après quelques années passées à Istanbul, entré au service de la France en 1720, il devint officier puis colonel du célèbre régiment des Hussards de Bercheny.
Son fils François (en magyar Báró Tóth Ferenc), notre tartare, est lui né en 1733 à Chamigny d’une mère française. Très jeune, il embrasse la carrière des armes lors de la guerre de succession d’Autriche où Louis XV, allié à la Prusse, affronte les Habsbourg. Blessé à Bataille de Lauffeld en 1747, il suit, la guerre terminée, son père dans plusieurs missions diplomatiques en Orient.
Exploits au service de la Sublime Porte
Cette première expérience est le début d’un séjour de vingt ans auprès de la Sublime Porte durant lequel De Tott va défendre les intérêts du roi de France en apportant au sultan, notre allié depuis François 1er, toute l’étendue de ses connaissances militaires.
D’abord envoyé auprès du khan de Crimée, il se rend en 1769 à Istanbul où il réussit à approcher le sultan Moustafa III. Ce dernier, qui lui confie la poursuite de la réforme militaire initiée par Bonneval Pacha, lui permet de moderniser l’artillerie ottomane en introduisant les nouveautés techniques (fonderie, normalisation des projectiles, affuts mobiles etc.) que Gribeauval met en œuvre en France au même moment.
La Turquie qui est en guerre contre la Russie depuis 1768 essuie de nombreux revers. La flotte de Catherine II menace le détroit des Dardanelles donc, pour la première fois de son histoire, Istanbul.
Déployant une activité prodigieuse, De Tott renforce les fortifications côtières. Il augmente leur puissance de feu à un tel niveau que les navires russes, pourtant conquérants, n’osent pas forcer le passage.
Après ce succès qui le fait connaître de l’Europe entière, y compris de la tsarine qui ironise sur ce « chevalier Tott, qui se tuera à force de fondre des canons et d’exercer des canonniers », le baron continue son œuvre auprès du sultan.
Malheureusement, sa vision d’une réforme profonde de l’armée ottomane le rend peu à peu suspect parmi les chefs militaires, notamment les janissaires, hostiles au changement qui menace leur puissance. La mort du sultan en janvier 1774 puis le catastrophique traité de Koutchouk-Kaïnardji passé avec la Russie en décembre de la même année, fragilisent sa position. Le baron de De Tott quitte Istanbul en 1776.
Au titre de son expérience ottomane, le ministre de la Marine Sartine lui confie en 1777 une mission d’inspection des consulats « dans les Échelles du Levant et en Barbarie » dont le but caché était une exploration de l’Égypte destinée à préparer l’éventuelle annexion de cette province par la France. Les enseignements de cette mission seront la base de la future et célèbre expédition menée par Bonaparte vingt ans plus tard.
Lieutenant du roi à Douai
Le baron de Tott possédait parfaitement la langue turque et connaissait bien les institutions et les mœurs de l’Empire ottoman.
Ses « Mémoires sur les Turcs et les Tatares » publié à Amsterdam (en fait Paris) en 1784, a été traduit et lu dans toute l’Europe. Document de premier ordre dont le style alerte justifie son statut de « best-seller », l’ouvrage, qui est une critique du despotisme oriental, confirme que le déclin de la Sublime Porte en fait une proie pour l’Occident.
On imagine sans peine l’intérêt qu’on porta dans la capitale de la Flandre française au nouveau lieutenant du roi dont le prédécesseur, Saint Ferréol de Villedieu, était resté en poste à Douai plus de vingt ans.
Maréchal de Camp depuis 1781, De Tott n’était pas issu des familles nobles les plus prestigieuses. Il présentait même un profil de diplomate aux confins de l’aventurier. Sa présence à Douai, pourtant brève, marqua les esprits par une personnalité haute en couleurs dont les bords de Scarpe n’avaient pas l’habitude.
Si plusieurs auteurs attribuent au baron de Tott une qualité de gouverneur qu’il ne possédait pas, c’est parce que la distinction entre le gouverneur, le lieutenant-général et le lieutenant du roi est difficile à faire.
Pour les premiers, en dépit de la construction en 1735 d’un hôtel de fonction visant à les obliger à habiter à Douai, ils n’y résidaient pas ou peu. Le lieutenant-général assure en théorie une sorte de suppléance du gouverneur mais, peu à peu, l’attribution de cette charge de père en fils l’a transformée en titre honorifique n’obligeant personne à l’assumer réellement. En 1785, le gouverneur de Douai est le célèbre marquis de Bouillé et le lieutenant-général Henri Ignace Duhamel, conseiller.
La porte monumentale en 1911, l’étage supérieur aujourd’hui arasé
les chapiteaux ioniques disparus, le tympan évanoui. Subsiste la frise de la porte…
Restait enfin le lieutenant du roi qui, «tenant lieu du monarque à Douai» , habite en ville et assure la direction des affaires militaires et civiles. De Tott s’était installé dans la fameuse « maison aux quatre coins » de la rue Saint Julien qui occupe un quadrilatère entier – d’où son nom – et qui existe toujours. Accueillant l’école Saint-Joseph jusqu’en 2011, sa désaffectation a été suivie par quelques travaux de sauvegarde.
L’emprise du lieu, certaines décorations intérieures, le portail monumental, donnent, en dépit des outrages du temps, une idée du luxe dans lequel le lieutenant du roi exerçait ses fonctions.
Mur de côté avec une porte cochère bouchée
Façade en face de l’église St Jacques
Le côté principal montre l’origine composite des bâtiments
Cette demeure, fruit d’additions successives comme le prouvent certains indices, ainsi des fenêtres à meneaux sur la façade de la rue St Julien, fut aménagée en 1721 par un négociant de Lille, Charles de Savary. Son fils, Alexandre, bourgeois de Douai, ancien officier, contrôleur du roi à Paris, vendit l’ensemble en 1756 au sieur Dehault magistrat.
Sur le plan Robaut de 1850, la propriété est une sorte de grand jardin. Elle est bordée du côté de l’église Saint Jacques par un petit canal qu’il fallait franchir pour y accéder. A cette époque, elle est possession d’Alfred Dupont avocat, administrateur de la Compagnie des mines de Courrières, député monarchiste durant l’Ordre Moral, décédé en 1887.
C’est dans ce cadre que le Baron de Tott organisa des fêtes qui restèrent longtemps dans la mémoire douaisienne pour leur fantaisie empreinte de « turqueries », surtout quand le « gouverneur » ose le caftan et le turban.
Curieux de tout, De Tott pratiquait les arts. Il était d’ailleurs un peintre d’assez bonne facture, comme le sera, quoique plus professionnelle, sa fille Sophie. Une de ses toiles, disparue depuis 1918, « Vue prise en Crimée. Marine avec figure » fit d’ailleurs un temps partie du fonds de la Chartreuse.
On ignore si De Tott a exercé ses talents d’ingénieur et d’architecte dans sa demeure ou même les fortifications de Douai comme il l’avait fait sur le Bosphore. On peut imaginer qu’en spécialiste de l’artillerie, il s’est intéressé de près à la marche de la fonderie ainsi qu’à l’organisation des régiments de la place. Tout au plus, plusieurs auteurs signalent à son initiative la construction en 1787 d’un « kiosque » aux abords de la porte de Paris qui aurait été, comme son nom l’indique, de style ottoman.
Cette construction était peut être liée, cette même année, ainsi que le rappelle Plouvain dans ses « Ephémérides » au séjour fait par Isaac Bey à Douai. Réfugié en France après sa disgrâce auprès du sultan, l’exilé est logé chez le baron qui le connaissait depuis son séjour à Constantinople.
La Révolution mit un terme aux fonctions de notre gentilhomme magyar à Douai lorsque les régiments se mirent à s’agiter sous l’empire des idées nouvelles. En juin 1790, menacé par des soldats auxquels il avait refusé le droit de se « fédérer », De Tott doit prendre la fuite.
En homme à poigne, il tenta en effet de rétablir l’ordre par une fermeté qui, certes dans sa manière, n’était plus de mise. Les factieux, loin d’être calmés, se soulevèrent, décidés à « lanterner » leur chef, coupable de « despotisme », accusation qui prend toute sa saveur quand on considère les critiques du Baron sur le régime ottoman.
Un groupe d’officiers, inquiets quant au salut de leur supérieur mais peut-être aussi quant à ses initiatives, organisèrent son départ de la ville qui ne fut possible, parait-il, que les armes à la main.
De Tott passa ensuite en Suisse puis en Hongrie où son ami, le prince de Batthyány, lui offrit l’hospitalité dans sa propriété de Tarcsa, de nos jours Bad Tatzmannsdorf en Autriche. Toujours actif, il s’occupait de recherches scientifiques dans un laboratoire construit pour lui et qui a subsisté jusqu’à aujourd’hui.
Perspicace quant à la solidité du nouveau régime de France, marqué de plus par l’exécution du roi qu’il avait longtemps servi, le Baron de Tott fit reconnaître par l’empereurses origines nobles et magyares au début de 1793. Son décès, peu après, ne lui permit pas de profiter longtemps de ces retrouvailles avec ses racines familiales.
L’histoire est sa passion et à Douai, elle est servie. Les détails la passionnent car dans ce cas, il faut bien regarder et tenir le nez en l’air. La ville est belle, il faut la célébrer, tel est son credo.
Le récent sauvetage d’un jeune homme tombé dans la Scarpe rappelle que notre canal, lieu magnifique, peut aussi être dangereux. Voilà donc l’occasion, dans cette période troublée, d’exhumer une figure douaisienne oubliée, celle de Laurent Queter qui, voilà plus d’un siècle, a sauvé de nombreux imprudents lesquels, passant trop près de l’eau, étaient tombés dedans.
Un poissonnier du marché aux poissons de Douai
Poissonnier, fils de poissonnier, père de poissonnier, Laurent Queter était né à Douai en 1803. Reprenant le métier de son père, il était établi sur le marché aux poissons réservé, comme son nom l’indiquait alors et comme il ne l’est plus aujourd’hui, au commerce halieutique.
On comprend d’ailleurs que son activité concernait surtout des poissons d’eau douce qu’il pêchait le jour et qu’il vendait ensuite. Sa maison sur la place au n° 24 – elle existe toujours – située sur le canal, avait des fenêtres qui donnaient sur l’eau. C’était un lieu de surveillance idéal, véritable vigie dont l’emplacement allait faire sa renommée. Selon son propre récit, il expliquait pour cette raison sa promptitude à agir : « dès qu’un cri humain s’était fait entendre, je n’attendais jamais le second, je sautais lestement de mon lit et, le temps de faire un signe de croix, j’étais dans l’eau. »
Une vocation précoce de sauveteur
Taillé en hercule, Queter sauva une première fois, alors qu’il avait dix sept ans, un soldat du 31° de ligne tombé du pont des Dominicains en pleine nuit. L’absence de balustrade et peut être l’intempérance du militaire, expliquent toutes ensemble cette chute dans l’eau glacé de l’automne. Quoi qu’il en soit, entendant le cri du malheureux, notre jeune poissonnier n’écouta que son courage, sauta dans le canal et réussit en quelques minutes à le ramener sur la terre ferme.
Le pont des Dominicains, le plus étroit de Douai, lieu du premier sauvetage de Laurent Queter
Ce premier sauvetage de 1821 fut suivi par beaucoup d’autres. En 1824, deux hommes tombés dans la Scarpe sont ramenés par Queter en dépit des « efforts inintelligents dont font preuve ceux qui sont en danger de se noyer ». Sa force physique et ses aptitudes de nageur apparaissent la clé de son succès comme l’expliquent les témoins de l’époque. Tous soulignent tous la difficulté à ramener sur la rive des individus qui se débattent par peur de la noyade au risque d’emmener avec eux au fond leur sauveur.
Une impressionnante liste de sauvetages
Le bilan de Queter, si on peut le qualifier ainsi, durant vingt ans, de 1821 à 1841, est considérable. Le nombre de sauvetages s’établit ainsi à plus de quarante. La variété des victimes est en elle même une bonne indication du profil de la société douaisienne du XIX°, faite de petites gens et de militaires.
Une typologie est ainsi possible. On note la surreprésentation des hommes (30 pour 12 femmes) et le ratio moins favorable pour ces derniers en termes de sauvetages (60% de décès contre 40%). On compte enfin 8 militaires dans cette liste tandis que les deux mois où la fréquence des chutes est la plus forte sont septembre (7) et mai (6). On n’en compte aucune en décembre, ce qui s’explique sans doute par la température extérieure qui pousse peu de monde à sortir.
Cette longue liste frappe d’ailleurs par le fatalisme qu’elle exprime en creux. On y cherche vainement le principe de précaution qu’emprunte aujourd’hui toute action publique. A ces époques, il revenait aux citoyens de prendre leurs responsabilités. S’approcher de l’eau n’était pas recommandé, surtout quand on s’était abreuvé de bière ou de vin et qu’il faisait nuit. On s’en remettait à l’habileté aléatoire d’un Queter pour se tirer d’affaire.
On comprend aussi à la lecture des exploits de notre sauveteur que les bords de Scarpe n’étaient pas aussi aménagés qu’aujourd’hui. Garde-corps et quais ont été en effet réalisés plus tard, en 1856, sous la magistrature de Jules Maurice. Au début du siècle, le canal est un outil pour la ville. Rien ne doit gêner l’accostage et les transbordements de marchandises.
Laurent Queter
L’honneur des humbles
Dès 1836, la monarchie de Juillet a distingué Laurent Queter en lui attribuant la croix de chevalier de la Légion d’Honneur. La remise de décoration, évènement rare, fut l’occasion d’une fête dans toute la ville présidée par le sous-préfet, Eugène Mancel, qui souligna, outre les exploits du sauveteur, dans une ville très orléaniste, la mansuétude de Louis-Philippe « monarque qui sait rechercher et reconnaître tous les mérites. »
Porte-drapeau des pompiers de la ville, ce qui lui allait bien compte tenu du sacrifice de sa vie qu’il mettait en jeu à chaque sauvetage, il reçut de nombreuses reconnaissances de la part des pouvoirs publics.
Queter fut distingué par l’Académie Française par un prix remis par Charles Nodier. Impressionné par les exploits de notre poissonnier, comptant les personnes repêchées, l’auteur reconnut avec admiration que « les Romains lui auraient décerné 29 fois la couronne civique. ». En 1841, le baron de Tournemine, général d’artillerie de Douai, intervint pour qu’il soit nommé à la Société générale des naufrages, association de sauvetage alors active sur les côtes de La Manche, ancêtre de notre SNSM.
Queter est mort en décembre 1861. Ses funérailles furent l’occasion d’un hommage unanime de la population douaisienne qui fit une souscription pour qu’un monument funéraire rappelle une mémoire qui n’a pas, malheureusement, échappé à l’interruption des souvenirs.
Emmanuel Choque, le maire d’alors, prononça un beau discours qui suscita l’attendrissement général et qui maintenant provoque le notre : « Adieu donc Laurent Queter ! Reposez en paix dans le sein de Dieu, qui sonde les cœurs et qui a déjà récompensé tout ce que le vôtre renfermait d’honnêteté et d’abnégation ! Adieu ! »
L’histoire est sa passion et à Douai, elle est servie. Les détails la passionnent car dans ce cas, il faut bien regarder et tenir le nez en l’air. La ville est belle, il faut la célébrer, tel est son credo.
Personne ne se souvient aujourd’hui d’Auguste Angellier. Il existe des lieux qui rappellent pourtant sa mémoire, un collège à Boulogne, un lycée à Dunkerque sa ville natale, une rue et une statue à Lille mais rien à Douai. C’est injuste. Professeur de la faculté des Lettres, il y a enseigné la littérature anglaise avec brio, participant au renom de notre université.
Il est vrai que le professeur Angellier, ainsi qu’il l’exprimait dans le volumineux journal qu’il n’a cessé tout au long de sa vie de tenir, avait la dent dure sur « l’Athènes du Nord ». Dans ces pages longtemps cachées, il observait la société douaisienne avec une acidité qui explique sans doute l’oubli dans lequel notre cité le tient aujourd’hui.
Un pionnier de l’enseignement linguistique
Né en 1848, Angellier était issu d’un milieu modeste. Ses parents, qui avaient remarqué les capacités scolaires de leur fils, réussirent à le faire entrer à Louis le Grand pour qu’il y prépare le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure. Bon élève, Auguste était aussi assez remuant. Une révolte lycéenne contre la direction dont il était un des meneurs – l’intendant trafiquait sur la qualité de la nourriture – lui valut d’être renvoyé en 1869.
Angellier adolescent, lycéen à Paris
Le professeur Angellier de la faculté de Douai
Les décisions de cette époque étaient irrévocables. Il fut impossible au puni de réintégrer le moindre établissement public, ni même de passer l’oral du concours. A bout de solution, il trouva en Grande-Bretagne un poste de répétiteur. Ce premier séjour, qui fut suivi par beaucoup d’autres, orienta son destin. Langue et culture anglaises, passion de sa vie, allaient décider de sa carrière d’enseignant dans cette discipline.
Ainsi, après la guerre franco-prussienne où, bien que volontaire, il ne combattit pas, le nouveau régime lui offre un poste d’enseignant remplaçant. Certifié d’anglais en 1873, reçu à l’agrégation trois ans plus tard, Angellier est ensuite nommé au lycée Charlemagne. En 1881, la chaire d’anglais à l’université de Douai étant libre, il accepte ce poste qui lui donne l’occasion de se rapprocher du Boulonnais familial.
Hors le latin et le grec, l’enseignement linguistique ne fut pas, pendant longtemps, obligatoire dans les lycées. Son développement, limité, dépendait de chaires universitaires qui n’existaient pratiquement pas. Il reviendra à la III° République de mettre en place les cours de langues vivantes du collège au Supérieur. Angellier accompagnera cette diffusion tout au long des postes qu’il assumera, notamment au terme de son parcours quand il sera doyen de la faculté des Lettres de Lille.
Le professeur en excursion cigarette à la main
Angellier dans son cabinet de curiosités
Un notable contrarié
Rien de commun entre Valentine Camescasse et Auguste Angellier quant à l’opinion que chacun se fait de la vie douaisienne du début de la III° République. Pourtant contemporains, ils se sont sans aucun doute croisés dans les salons de la ville, notamment chez le doyen Desjardins qui recevait beaucoup et dont la table était réputée.
Le silence de Valentine sur notre personnage est curieux. A l’inverse, serait-elle la « Mme C. » qu’on retrouve plusieurs fois dans le journal d’Angellier ?
Lisons : « Réception chez la doyenne. La petite H. me parle longtemps de Mme C. de qui elle me dit beaucoup de mal. C’est une rouée, si vous savez etc. J’en ris et elle part toute calmée mais au moment où elle s’en va, Mme C. arrive. Il y a une minute difficile. La petite H. est bruyante, bavarde, commère, un peu commune et très peuple. Mme C. joue à la grande dame et pourrait en faire une. La petite H. n’est qu’une petite grisette. »
Plus loin, chez « Mme A. », les choses se précisent : « je passe ma soirée à batifoler avec Mme C., qui est pleine de coquetteries, de petits piaffements, de petits soubresauts, de cabrades légères… » et puis en forme d’épilogue : « je dîne chez Delangre qui me raconte que Mme C. dit partout que je suis éperdument épris d’elle. Elle est folle… »
A cette époque, tout fonctionnaire qui compte en ville, un universitaire l’est absolument, se doit de respecter les règles de sociabilité. Il doit participer aux soirées, innombrables, qui animent la notabilité locale. On va chez les uns et les autres. On dine, on joue aux cartes. Magistrats, professeurs, notables divers se côtoient, flirtent, cancanent, font aussi assaut d’érudition littéraire. On devine qu’avec son esprit anticonformiste, Angellier devait susciter l’intérêt. Personne ne pouvait imaginer en privé sa sévérité envers les « Duaques » mais surtout les « duacismes », expressions locales de toutes natures qu’il brocarde dans ses pages journalières.
Angellier doit tout à Douai
Pourtant, en dépit des critiques envers notre cité, deux
raisons donnent au séjour douaisien d’Angellier une importance déterminante
dans son parcours.
L’universitaire anticonformiste
Ce fut d’abord à Douai, durant ces huit années d’enseignement, qu’il a fourni l’effort le plus intense de sa carrière. D’abord par son action auprès de ses étudiants qu’il préparait avec succès aux concours, l’agrégation en tête qui rehaussait le prestige de la cité. Ses cours, qui remplaçaient les conférences mondaines de ses prédécesseurs, étaient recherchés pour leur intérêt. Le soir, besogne terminée, le professeur s’enfermait dans son bureau de la rue d’Arras, parmi ses livres et les « curiosités » dont il avait la passion. Dans ce havre de paix, il retrouvait selon ses propres mots, « les joies de l’esprit et la solitude de la pensée. ».
C’est à Douai qu’Angellier conçut et écrivit sa fameuse thèse sur Robert Burns qui allait marquer tant elle rompait avec les habitudes universitaires. Audacieux selon son caractère, il osa ainsi s’opposer au déterminisme de Taine qui faisait découler de l’environnement des auteurs l’inspiration de leur œuvre. Angellier y gagna une célébrité nationale. Plus prudent sur la forme, notre doctorant se plia néanmoins aux règles étonnantes de l’époque. La thèse mineure devant être rédigée en langue ancienne, il analysa l’inspiration hellénistique de la poésie de Keats en latin sans aucun mot d’anglais.
A l’amie perdue
Enfin, ce fut à Douai qu’Auguste rencontra l’amour de sa vie, celle à laquelle il allait consacrer son recueil de poésies le plus célèbre, « A l’amie perdue ». Thérèse Denys, fille d’un brasseur douaisien, avait épousé à dix-sept ans et à Douai en 1874, Félix Fontaine, « marchand de fer » de Solesmes, lui aussi fils de brasseur. Ce mariage certainement arrangé entre deux familles aux intérêts proches fut très vite malheureux. En 1882, la vie commune étant devenue impossible, la jeune femme fut obligée de retourner vivre chez ses parents avec ses deux enfants.
On ignore les circonstances précises de la rencontre de ces deux solitaires mais l’idylle releva, quand on considère les préceptes moraux de l’époque, du tour de force. Contraints à la discrétion sinon à la dissimulation dans une ville où tout se savait, les deux amoureux luttèrent vaillamment pour affronter ces vents contraires.
Profitant d’escapades sur la côte, de voyages divers, de signes secrets, déployant des trésors d’imagination pour donner le change, les deux amants réussirent à entretenir la flamme. Les périodes du recueil « à l’amie perdue » retracent l’évolution des sentiments, de la passion du début à l’éloignement final.
Le départ des facultés à Lille en 1887 rendit en effet les liens plus difficiles à maintenir. Le mariage, sans doute envisagé, ne se fit jamais. Si peu à peu la passion s’éteignit, Thérèse garda un lien épistolaire avec Angellier probablement jusqu’à la mort de ce dernier en 1911. Elle même disparut en 1942 dans l’anonymat le plus complet. La révélation de cette liaison n’eut lieu que de nombreuses années plus tard quand furent accessibles les courriers codés des deux amoureux.
Le poète dans son oeuvre sublima cet amour impossible donc inoubliable par ces vers superbes : Puis, quand nous gagnera le suprême sommeil Ils t’enseveliront loin de mon cimetière Nous serons exilés l’un de l’autre en la terre Après l’avoir été sous l’éclatant soleil.
L’histoire est sa passion et à Douai, elle est servie. Les détails la passionnent car dans ce cas, il faut bien regarder et tenir le nez en l’air. La ville est belle, il faut la célébrer, tel est son credo.
Douai présente, plus que toute autre cité des Flandres, un patrimoine
exceptionnel qui tient à son unité architecturale. Il y a aussi la
magnificence. Les grandes familles douaisiennes n’hésitaient pas à étaler aux
yeux de tous les preuves de leur prospérité, par la taille mais surtout la
décoration de leurs somptueuses demeures.
Qu’elles aient réussi à traverser les siècles et les nombreuses destructions du passé relève du miracle. Les deux guerres mondiales ont été bien agressives contre Douai. L’action des « aménageurs » qui a suivi la Libération, André Canivez et Charles Fenain n’a pas été sans effet. Les deux n’ont eu aucun état d’âme à détruire des vieilles bâtisses pour mettre à la place des bâtiments en béton, verre et fer. Il faudra un jour faire la liste de ces démolitions qui témoignent de leur part d’une étonnante indifférence au passé.
Quoi qu’il en soit, si
les plus beaux hôtels de la ville attestaient des moyens financiers et du goût
des magistrats et aristocrates – souvent fusionnés – on compte aussi dans la
ville des réussites architecturales qui découlaient parfois de motivations plus
banales.
Ainsi le fameux bâtiment de « la Poule » avec sa
magnifique façade Louis XVI, ses colonnes, son tympan sculpté, n’était pas à
l’origine la propriété d’un aristocrate local mais plus prosaïquement le projet
d’un maître charpentier, Pouille, qui souhaitait investir dans les « immeubles
de rapport » comme on le disait alors, objectif qui, parait-il, le
mena à la ruine.
Le règlement de 1718
Pour autant, l’unité architecturale de Douai est un élément d’intérêt évident. Elle découle du célèbre « règlement de 1718 », édicté par les échevins. Cette décision pionnière envisageait en effet, comme le prévoient les plan locaux d’urbanisme actuels (PLU), d’obliger les propriétaires à bâtir selon des principes stricts, dans l’apparence des maisons et les matériaux utilisés.
Deux sièges, en 1710 puis 1712, provoquèrent d’importants dégâts. Surtout le premier, quand les Alliés ont conquis la place après deux mois de durs combats. La reprise de la ville par Villars deux ans plus tard fut moins destructrice mais c’est une cité ravagée qui redevient définitivement française quand se termine la guerre de Succession d’Espagne.
Avec beaucoup
d’intelligence, les échevins anticipèrent les conséquences probables de la
reconstruction qui s’annonçait. Leur volonté de planification visait
d’abord à éviter l’anarchie du passé médiéval, à répondre, au contraire,
aux canons modernes de la rationalité mais plus encore à manifester un « goût
français » qui confirmait l’intégration de la Flandre dans le royaume.
Le Magistrat, c’est-à-dire le conseil municipal, exposa ainsi ses arguments parmi lesquels il souhaitait procurer aux propriétaires « par un règlement les sûretés convenables et les facilités qu’ils pourraient désirer, soit pour prévenir les accidents du feu ou autres, soit pour leur épargner des dépenses superflues. »
Les matériaux et
techniques de construction étaient précisés. Les toits de chaume devaient
disparaitre, les façades devaient s’aligner et toute construction devait faire
l’objet d’une demande d’agrément.
Les contraintes du règlement
Cette « architecture
officielle » s’organisait, selon la description de Victor Champier,
« pour les maisons des particuliers » de la façon
suivante : « sur une « gresserie » c’est-à-dire un
rez-de-chaussée en grès, percé de hautes fenêtres, s’élève un étage (parfois
deux) éclairé par les mêmes fenêtres qui laissent apparaître entre leurs
jambages de pierre un mince trumeau de briques. Le toit couvert de tuiles
projette en avant deux ou trois lucarnes et souvent deux rangées superposées,
quand le comble est brisé. Parfois la fenêtre centrale s’élargit sous un arc en
plein cintre. »
Alignement des étages et cordons rue de l’Université
Hôtel avec porte cochère et enduit à l’étage
Les contraintes du règlement sont la clé de l’harmonie des rues
douaisiennes. Pourtant, aucune maison n’est identique à une autre. Si on retrouve
toujours les traits communs avec une hauteur des étages soigneusement
contrôlée, pour le reste la liberté est de mise. Certaines façades sont
intégralement en grès, d’autres ne connaissent pas la brique aux étages mais
seulement le calcaire. Les sculptures sont simples mais là encore toujours
différentes.
Il faut tout de suite indiquer que les riches familles surent se libérer de ces obligations lorsqu’elles souhaitèrent se construire des demeures exceptionnelles. C’est ainsi que les plus beaux hôtels de la ville, ainsi celui d’Aoust, rue de la comédie, se sont construits sur des principes plus indépendants. Pour autant, le respect du règlement peut aussi concerner de grands bâtiments, ainsi l’hôtel de Warenghien construit par Durand d’Elecourt en 1754 dont la façade sur la rue est parfaitement conforme aux obligations échevinales.
Le disparition de la ville flamande
Tout au long du XVIII° siècle, ces règles strictes d’urbanisme allaient faire disparaître la vieille ville flamande. Le plan relief de Douai qui date de 1709 expose en effet une physionomie totalement différente de celle du siècle suivant. La brique recule vigoureusement mais surtout le « retournement » des toitures impose l’organisation française un peu partout. Les maisons aux pignons flamand dits « à pas de moineau » qui se serraient les unes contre les autres, séparées par un chéneau commun, sont démolies. Elles laissent la place aux grandes façades sur la voie qui permettent une simplification des charpentes mais surtout un meilleur écoulement des eaux pluviales.
Ancienne maison flamande à pignon en « pas de moineau » rue des Dominicains
Il n’est pourtant pas
rare lors de travaux de découvrir dans les murs des maisons douaisiennes des
traces du vieil appareil, les maçons s’étant contentés d’ajouter des ouvertures
aux encadrements de calcaire dans les anciens pignons augmentés en surface.
Cette trace flamande, sinon médiévale, est encore plus évidente sous les
rues. Bien souvent, les caves sont restées intactes. On a
construit dessus mais sans toujours correspondre à leur plan quand celui-ci ne
respectait pas la règle d’alignement. Parfois organisées sur deux niveaux,
voûtées, elles peuvent ainsi s’avancer sous la voie ou, au contraire, être en
retrait.
Demeure douaisienne « pure », rez de chaussée en fenêtres à linteaux clavés horizontaux, l’étage avec des arcatures cintrées.
Jusqu’à la fin du XIX° siècle, les Douaisiens construisirent leurs maisons dans un respect du règlement de 1718 qui, pourtant, perdit peu à peu de sa force. Mme Camescasse signale ainsi une maison qui, vers 1880, à l’étonnement des habitants, ne le respecta pas. Toujours debout rue des Foulons, sa façade tranche effectivement avec celles de ses voisines.
Les oublis de la modernité
Si les vieux principes
disparurent plus ou moins lors des constructions des boulevards qui suivirent
la démolition des fortifications, le XX° siècle les oublia totalement.
Ce fut bien sûr le cas
quand la ville se releva des destructions de 1918. Le choix fut celui de l’Art
Nouveau, notamment dans la rue de Bellain ou la place Carnot. On conserva
toutefois les proportions des étages et celle des toitures, réussissant à
reprendre la grammaire traditionnelle tout en l’éloignant avec une certaine
habileté.
L’expérience fut bien moins réussie quand Douai se releva des suites des bombardements de 1944. L’exemple le plus discutable est évidemment la place d’Armes reconstruite sur les plans d’Alexandre Miniac mais surtout les dessins d’Henri Chomette. Les bâtiments qui ferment l’espace, avec leur structure de béton visible mais aussi les piliers du rez de chaussée sont autant de références aux préceptes havrais d’Auguste Perret. Dans l’esprit de l’époque – il fallait du neuf et du bon marché – s’imposa une architecture en tous points différente des anciens canons, parfaitement étrangère au style local.
Façades Art Nouveau Rue de Bellain
Immeuble de la place d’Armes
Quoi qu’il en soit, après cette période difficile pour l’image de notre cité, l’obsession réglementaire du temps présent a produit de nouvelles lois d’urbanisme, nombreuses, complexes, dont certaines, parfois à juste titre, sont critiquées pour leur rigidité. On leur doit toutefois la protection de rues entières que tous les amoureux des vieilles pierres ne peuvent que saluer. Outre d’empêcher la disparition de notre patrimoine, ces documents conduisent même à perpétuer, dans le PLU qui a été voté en 2009, l’art de bâtir de nos échevins. Nous pouvons donc affirmer que le règlement de 1718 a fêté l’an dernier ses deux siècles d’existence. Qui dit mieux ?
Max aime apprendre mais parle un peu souvent à la première personne. C’est un travers qu’il combat difficilement. Va falloir l’aider. Il adore la Scarpe et l’orgue de St Pierre, surtout les basses.
” A Douai, le centre a toujours été et sera toujours le beffroi “
Née en 1854, Valentine
Luce a publié au soir de sa vie, en 1924, un très intéressant ouvrage sur la
vie douaisienne du XIX° siècle. Il offre une multitude de détails qui font
vivre avec une verve incontestable ce passé évanoui : « mon
amour pour ma ville natale date de mon enfance. Tout ce que j’y ai vu en fait
de coutumes et d’habitudes, est gravé dans mon esprit. ».
Petite-fille du virtuose Ildefonse Luce, Mme Camescasse est fière de ses origines. Curieusement moins du côté de ce grand-père paternel, dont elle omet soigneusement de dire qu’il était un enfant trouvé, que de celui de sa mère issue d’une famille, non pas aristocrate mais qui s’en approche par de nombreux aspects. Les Varlet, les De Legorgue, les Dovillers, les De Rolencourt tissent, avec la notabilité locale, des liens qui plongent dans le passé le plus lointain de la ville.
La jeunesse d’une héritière
Valentine est ainsi cousine des célèbres Jean Baptiste Paulée et Joseph Vanlerberghe, financiers à succès, tous deux douaisiens, dont la descendance allait s’allier aux dynasties les plus prestigieuses de France. Plus encore, elle est un témoin privilégié du triomphe de la révolution industrielle qui allait faire du Nord la locomotive économique du pays, tout en apportant à ses entrepreneurs fortune et renommée.
Receveur des
contributions à Cuincy, disposant d’une bonne aisance, le père de Valentine,
sur le conseil des marquis d’Aoust dont il était proche, se lance en parallèle
de sa charge administrative dans une production sucrière alors balbutiante.
Cette industrie, par son succès, va le hisser en une décennie au niveau des
familles les plus prospères du département.
Si le milieu de
Valentine est plus orléaniste que bonapartiste, comme d’ailleurs les habitants
de Douai qui ont accueilli fraichement les plébiscites du Second Empire, il
allait sans difficulté adopter la République.
L’épouse du préfet de police
Son mariage avec Ernest Camescasse à Douai en 1879, qui sera un événement
marquant de l’histoire de la ville, confirme le ralliement au nouveau régime car il n’était
pas courant qu’un préfet républicain – du Pas de Calais – épouse en fonctions
une fille de la cité de Gayant. Avec la franchise qui donne tout le prix à ses
souvenirs, Valentine présente favorablement son époux qui accuse pourtant près
de vingt ans de plus qu’elle : « Il me plut. J’admirai son aisance
distinguée. A quarante ans, il avait gardé ses charmes physiques. Il était un
des plus jolis hommes que j’aie rencontrés. »
Ami de Gambetta et des
hommes qui comptent dans la République opportuniste (Cambon, Etienne, Constans,
Rouvier, Waldeck-Rousseau etc. tous présents dans les souvenirs de Mme
Camescasse), Ernest fera une belle carrière préfectorale puis politique avant
son décès prématuré en 1897 alors qu’il était sénateur du Pas de Calais. Décrit
comme « ayant plus d’ambition que de talent » par ses
adversaires, Camescasse fut durant quatre ans préfet de police de Paris où sa
fermeté lui valut des démêlés avec les opposants au régime (les jeux de mots
fusèrent contre « Camescasse-tête »).
Valentine Luce en 1899
Madame Camescasse – Musée de la Chartreuse
En 1885, quand son mari se pose dans le Pas de Calais pour se faire élire à
la députation, elle renoue avec la vie mondaine de sa ville natale en n’ayant aucun doute
sur ses capacités à y être appréciée : « ce qu’il y a de certain,
c’est qu’après trois maternités, j’étais à mon apogée. J’avais trente ans,
l’âge où la femme, sûre d’elle-même, dispose de tous ses moyens. ».
La société douaisienne au XIX° siècle
Plus de trente ans plus tard – elle écrit ses mémoires en 1915 – les
détails des bals, des déjeuners, des usages de la bonne société restent
intacts.Valentine est capable de retrouver sans efforts la toilette qu’elle avait
choisie ici ou là. Il en est de même pour les tenues de ses amies et mieux
encore de celle de sa mère sous la monarchie de Juillet : « les
femmes de cette époque portaient dès le lendemain de leur mariage un bonnet qui
était en mousseline ornée d’un chou de rubans. Le soir, elles mettaient leur
«coiffure», guirlande de fleurs agrémentée de tulle et de dentelles, ce qui en
faisait un bonnet sans brides. »
Les anecdotes qu’elle raconte possèdent toujours un côté piquant, sinon
humoristique, ainsi la légendaire distraction du président de Warenghien qui, allant
porter un courrier à la gare, s’était trouvé devant la porte ouverte d’une
voiture à quai. Perdu dans ses pensées, le magistrat n’avait pas hésité à y
monter, découvrant, train parti, qu’il roulait sans savoir pourquoi vers Arras.
On retient aussi ce savoureux conseil d’une mère à sa fille pour qu’une arrivée
au bal soit réussie : «en entrant, prononce tout bas, petite pomme.».
Selon la maman attentive, cette articulation laissait une trace gracieuse sur
les lèvres qui était un atout pour la suite.
En peu de mots, Mme Camescasse parvient à camper des personnages hauts en
couleur, si innombrables qu’il est facile de se figurer l’atmosphère de la
bonne société de l’époque. Les coups de griffe ne sont pas rares mais ils
ne sont jamais gratuits. Gare à celui ou celle qui pour une raison ou une autre
a déplu.
Un caractère affirmé
Les portraits de
Valentine donnent une idée de sa personnalité. Le tableau du Musée de
la Chartreuse, peint par Machard, la présente en 1899, au moment de son second
mariage avec le prince de Tarente, dans toute la force de sa quarantaine.
Ses cheveux noir de jais et ses yeux sombres, qu’elle dit tenir de sa mère,
contrastent avec la blancheur de sa robe fleurie. On devine à sa bouche
légèrement pincée qu’elle est une femme de caractère qui ne s’en laisse pas
compter. Les témoignages de ses descendants quand on les interroge confirment
d’ailleurs qu’elle était « redoutable ».
Bien entendu, le
Douai que Mme Camescasse décrit dans ses souvenirs, celui de sa classe sociale,
n’échappe pas à une certaine inconscience des réalités. On voit
pourtant, belle leçon pour le présent, que la prospérité de « l’Athènes
du Nord » reposait sur des atouts que les élus locaux, conscients de
leur fragilité, défendaient avec une énergie inlassable. A son époque, la
ville, Mme Camescasse le sait bien, change sous la pression de la modernité. A
la charnière du XX° siècle, la diversité sociale s’accentue. Menacée
par le suffrage universel, la bourgeoisie locale perd peu à peu de son
importance au bénéfice des classes nouvelles que la République met en avant.
Capable de reconnaitre à son accent la provenance douaisienne d’une personne (« je suis sûre que vous êtes de Douai ? – Oui madame Camescasse. Vive Gayant ! »), l’amour de Valentine pour sa ville natale est l’élément central de ce livre. Elle conservera jusqu’a sa mort la maison de ses parents rue des Foulons et la léguera à la commune ainsi qu’un don important pour créer une fondation soutenant les personnes âgées. On se prend enfin à rêver qu’il puisse aujourd’hui se trouver un Douaisien ou une Douaisienne capables de défendre avec autant d’énergie la cité où ils sont nés.
Son divorce au bout de deux années d’union, évoqué brièvement d’une formule sybilline, « quand le malheur s’abattit sur moi d’une façon tout à fait imprévue en 1901 », permet de penser que son second mariage avec le petit-fils du maréchal Macdonald, projet curieux en dépit de son prestige, fut un échec. Ayant perdu son premier enfant peu après sa naissance, la mort précoce en 1914 de sa fille préférée, Geneviève, mariée à un médecin, Paul Delbet, fut le drame de sa vie. Sa deuxième fille, Germaine, qui avait épousé quant à elle un diplomate, Charles Bonin, n’eut pas d’enfant.
Valentine au soir de sa vie reconnait qu’elle ne se doutait pas « que, dans ma vieillesse, je me trouverais également privée de mes trois filles et que je finirais ma vie sans enfants ni petits-enfants ». Mais, fidèle à son caractère, elle se reprend vite. Il ne s’agit pas de se laisser aller : « chaque année que le Ciel vous accorde est un triomphe de la vie sur la mort. »
L’histoire est sa passion et à Douai, elle est servie. Les détails la passionnent car dans ce cas, il faut bien regarder et tenir le nez en l’air. La ville est belle, il faut la célébrer, tel est son credo.
Le Musée de la chartreuse est un de ces petits bijoux de province, comme on en trouve souvent en France. La salle des sculptures, nef de l’ancienne chapelle est splendide. Les œuvres y sont remarquables, l’une d’entre elle nous intéresse tout particulièrement : son plan relief. Vous voyez de quoi on parle?… ce plan que l’on voit mieux sur le sol du beffroi que sous sa cloche de plexiglas du Musée de la Chartreuse.
Des maquettes militaires pour défendre la ville
Nous avons à Douai, cette singularité de conserver notre plan depuis 1904, date à laquelle la ville en a fait l’acquisition. Il existe en effet une collection presque complète de plans reliefs aux Invalides. Sa constitution a commencé en 1668 pour prendre fin en 1870. 250 plans ont été construits, mais aujourd’hui il n’en reste plus que 90 en France.
C’est Louvois, le
ministre de la guerre de Louis XIV qui a commandé ces représentations des sites
fortifiés – souvent des villes frontières -. Il souhaitait offrir au roi une
vision globale des défenses de son royaume. Ces maquettes militaires
reconstituent la réalité de l’époque dans ses moindres détails. Elles sont à
usage stratégique, pour permettre de voir comment défendre une ville,
identifier ses faiblesses et préparer les sièges.
Le plan relief de Douai revient de loin
Lors du siège de 1710,
le marquis d’Albergotti qui commandait la garnison a obtenu des Alliés, après
la capitulation, les honneurs de la guerre.
Il est vrai qu’avec son Etat-Major, il avait prévenu l’ennemi qu’il ferait
sauter la place si les conditions de la reddition s’avéraient trop sévères. Par
prudence, Hollandais et Anglais acceptèrent. Un des privilèges obtenu était de
sortir de la ville avec des chariots que l’adversaire ne pouvait fouiller. Les
Français en profitèrent pour y dissimuler leur arme de guerre principale, le
plan relief.
Salle du plan relief de Douai – Musée de la Chartreuse à Douai
Une révolution technologique
Au XVII° siècle, ces cartes en 3D étaient une révolution technologique. Elles permettaient d’avoir une vision complète des lieux contrairement à la cartographie classique. Elles étaient fabriquées à base de bois, de papier peint à l’aquarelle, de poudre de soie, de sable et de pigments. La construction d’un plan nécessitait 60 étapes et plusieurs années de travail. Réalisé entre 1697 et 1710, le plan de Douai est composé de 12 morceaux, mais seule la partie intramuros est exposée. Il a été restauré récemment pour être remis à la même place. Son absence est passée inaperçue… tout comme son retour.
Plan relief de Cambrai – Au “Labo” ouvert fin juin 2019 à Cambrai
Des plans moins plan-plan
A quelques kilomètres, Le nouveau “Labo” de Cambrai présente une copie de son plan, détruit pendant la seconde guerre mondiale à Berlin, où il avait été exposé comme trophée de guerre. L’objet est mieux scénarisé. Un film explique la technique de restauration et montre des rues à l’intérieur de la maquette. On regrette toutefois d’avoir perdu la présentation de l’histoire de la ville. Elle était proposée dans le lieu d’exposition précédent, le musée des Beaux arts de Cambrai.
Plan relief de Lille – Musée des Beaux-Arts à Lille
Autre exemple, en
1983, La ville de Lille, par l’intervention de Pierre Mauroy, alors
Premier ministre, a fait rapatrier, après une vive polémique, 16 plans reliefs
représentant des places fortes de la frontière française du Nord-Est, de
Belgique et des Pays-Bas. En mars 2019, 14 de ces œuvres après une restauration
de 10 mois ont réintégré la salle des plans reliefs valorisée par un nouvel
éclairage, des innovations numériques et une importante campagne de promotion.
Besoin d’idées virtuelles?
Un nouveau site internet pour le musée
La première :refaire d’urgence le site internet du musée. Il n’est pas optimisé pour les téléphones mobile, ne met en valeur ni le lieu, ni ses œuvres, ni l’engagement du personnel pour animer l’espace. En trois langues s’il vous plait ! Français, Anglais, Néerlandais et peut être Chinois on ne sait jamais, nous sommes ambitieux pour notre ville. Parce qu’un douaisien qui cherche de l’information est bien en peine, alors, un étranger qui prépare son voyage avant de venir à Douai, n’a aucune chance d’y parvenir. Précisons également que la présence du plan relief n’est pas mentionnée sur le site internet du musée de la Chartreuse.
Une scénographie revisitée
La deuxième : La visite d’un musée ne peut plus se limiter à un parcours passif. Le public doit pouvoir agir avec le lieu ou bien l’œuvre qu’il découvre pour en comprendre le contexte historique et les évolutions. Nous proposons de dédier une salle complète du musée de la chartreuse au plan relief de Douai. Mais aussi d’y ajouter les pièces manquantes. Enfin, de (re)penser la scénographie pour en expliquer la fonction militaire initiale, les techniques de réalisation de la maquette et l’histoire de la ville.
Une visite enrichie d’hologrammes
Enfin pour attirer un public plus jeune, osons replacer l’oeuvre dans notre époque, en utilisant la réalité mixte. Cette technologie superpose le virtuel sur le réel à l’intérieur même du plan, sans isoler le visiteur de son environnement. En 2018, l’expérience proposée par Microsoft et ses partenaires techniques Iconem et HoloForge a permis aux visiteurs équipés de casques HoloLens de découvrir la maquette du Mont-Saint-Michel, augmentée d’hologrammes à l’Hôtel des Invalides à Paris . (voir la vidéo ci-dessous)
Vous
aussi vous avez des idées, partagez-les avec nous.
Roule à bicyclette. Déteste les poignées de main molles et l’eau tiède. Aime le lexique fluvial et l’ambiance du bar de la marine. Pense que sa copine Crumble devrait arrêter de bouffer tous les gâteaux, pendant qu’il vérifie les infos.
En contradiction avec
le titre, pas trop de lien avec la SPA mais un peu plus avec ces petits détails
d’architecture qui font tout le prix du patrimoine douaisien.
Aucun toit n’échappe à ces aménagements aussi anciens que la ville. On les voit d’ailleurs clairement sur le plan relief où ils semblent apparemment relativement standardisés.
Après le siège de 1710 dont la ville sort bien abîmée, le Magistrat promulgue en 1718 un règlement qui va peu à peu faire disparaître la vieille cité flamande. Assez contraignant sur les élévations, il permet néanmoins toutes sortes de fantaisies au dessus des chéneaux.
Moyen commode
d’éclairer les greniers, les lucarnes, car c’est de cela qu’il
s’agit, sont effectivement construites à partir d’un principe général qui
n’empêche pas une grande variété dans l’exécution.
Lucarne simple
Doubles lucarnes sur combles
Lucarne en pierre
Lucarnes sur croupe à droite
Lucarnes superposées sur brisis et terrasson
Les chiens assis qui prévoient une couverture dont la pente est inverse
à celle du toit sont inexistants à Douai. En revanche, sont plus
courants les combles dit à la Mansart qui partagent le toit en deux parties
avec un brisis presque vertical et un terrasson moins pentu. Le premier peut
accueillir les fameuses mansardes que Jules Hardouin n’a
jamais inventées.
Lucarnes en calotte en cuivre
Douai connaît surtout
les lucarnes sur les toits à pente unique, parfois à
l’encadrement de pierre, plus souvent de bois peint tandis que la couverture
bombée, mais pas toujours, est réalisée en zinc, sans exclure ici ou là la
tuile ou l’ardoise ou même, luxe inouï, le cuivre.
L’histoire est sa passion et à Douai, elle est servie. Les détails la passionnent car dans ce cas, il faut bien regarder et tenir le nez en l’air. La ville est belle, il faut la célébrer, tel est son credo.
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