Quand je serai grande, je serai politicienne

Coline Craye politicienne à Douai

Incontestablement photogénique, elle est apparue dans l’univers politique communal quelques mois avant les élections. De ce néant, un début de notoriété découla de la lutte pour obtenir l’investiture macronienne

Il y avait du monde sur les rangs. Venir au secours de la victoire est un réflexe politique. On se serait cru à Neuilly où quatre impétrants se disputaient l’investiture LREM. Il est vrai que lorsqu’on est certain d’être élu par la grâce d’une étiquette partisane, l’électeur n’existe plus. Seule compte la désignation. Avant.

Avec elle, ils sont trois. Sa rivale est la doublure du député qui lui doit probablement, pêché originel, son élection. Son rival, socialiste en rupture de ban, se croit, par son lâchage récent du maire sortant, taillé pour le rôle. Tous les deux visent l’investiture du « nouveau monde ». La République en Marche va révolutionner le pays, peut être pas la ville, mais plus sûrement leur destin, à eux.

Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour comprendre, comme dans toute bonne émission de télé-réalité, que les jeux étaient faits. Si la concurrence existe, c’est pour donner du relief au gagnant. En dépit des apparences, ce que voit la galerie n’a pas d’importance. Ce qui compte ce sont les ressorts secrets du plan marketing.

La clé du casting de la candidate repose sur le lien subliminal qui doit s’imposer dans la tête de l’opinion entre elle et la ville. Le profil de la jeune dame doit faire envie.  On cherche l’addition magique de sa nouveauté avec son amateurisme prometteur, sa jeunesse irrésistible, son sexe faible, sa prétention académique, son origine locale, affirmée ici et partout :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Toutes les cases sont cochées. Sans doute peut-on repérer dans ce brouillard anesthésiant la minceur du passé professionnel. Avant l’apparition subite dans le décor douaisien, on ne compte à ce jeune prodige, après une fugace collaboration dans une agence de conseil, que de brefs passages dans le monde impitoyable des collectivités locales.

Les initiés savent que la compétence n’est, dans cet univers médiocre, qu’un détail. Passer d’un parrain à un autre, comme on change de monture en équitation, peut démontrer d’un problème avec la fidélité. Plus gênant, il porte le risque d’inimitiés inexpiables que la victoire peut heureusement atténuer. Il suffit d’être, comme Macron, ambitieux. Le modèle est là, prêt à l’emploi.

L’investiture LREM obtenue sans coup férir, l’analogie avec le président en exercice, surjouée, frappe d’abord les esprits. La jeunesse de la candidate est rappelée ad libitum au risque du ad nauseam.

Plusieurs personnalités locales, conquises, exaltent cette caractéristique qui leur fait défaut. Chevaux de retour, ces perdants des scrutins passés rivalisent de louanges sur leur pouliche. L’argument de l’âge évite de penser mais, pour cette raison, s’avère habile.

Car l’assimilation au macronisme est complète. Comme à Hesdin, la jeunesse triomphe de tout, c’est bien connu. Elle est l’argument de la campagne. La ville sera sauvée par des trentenaires.

Peu à peu, on dévoile à contrecœur le positionnement politique. Il faut bien y passer. Mais n’exagérons pas trop l’étiquette LREM même si elle a permis de mettre dans le vent les concurrents. Valoriser le piètre bilan du gouvernement dans un département où pullulent les Gilets Jaunes n’est pas simple.

Il reste toutefois le truc de l’ancrage local même si on n’habite plus depuis longtemps dans sa ville natale. La duacité est la bonne idée qui prend la forme d’un slogan. La répétition est la clé de la pédagogie :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Si la jeune dame exagère ses racines, il est pourtant vrai qu’elle sort d’une strate sociale incontestablement douaisienne.

On perçoit du conservatoire de musique, du Saint Jean, de la messe, du Rotary sinon du Lions Club, des études respectables et des métiers de notables, de ceux dont ne profiteront jamais les prolétaires qu’elle affirme tant aimer parce qu’ils sont la clé du scrutin. Les fondamentaux de la bourgeoisie se retrouvent dans une sollicitude de dame d’œuvre, à coups de frites gratuites s’il le faut.

Sous un visage d’ange, la jeune femme se révèle une redoutable machine de guerre. Sa campagne est parfaitement menée. Les moyens sont conséquents. La stratégie ne laisse rien au hasard. On a affaire à des pros. Il y a du métier dans le back office.

On pompe, certes, les idées des autres candidats quand on n’en a pas et même Douaivox. Il arrive que les propositions soient idiotes. On avance des chiffrages au doigt mouillé dans une ville où la statistique n’existe pas. C’est comme la mousse, les contours manquent de netteté mais on en met partout.

Personne n’occupe le terrain comme la dame à la mouche. Elle visite les associations, de la plus importante à la plus obscure. Trois petits tours, une photo et hop, le tout immortalisé sur internet dans la seconde. Sa présence sur les réseaux est inlassable, bien servie par une infanterie qui tire sur tout ce qui bouge. La confusion d’opinions de ces soldats – certains affirment, les pauvres, détester Macron – prouve bien qu’il y a un loup quand c’est flou.

Le positionnement des troupes est flottant mais le discours de la candidate repose à l’inverse sur une parole parfaitement construite. De ce point de vue, notre fine lame macronienne pourrait être la petite sœur de Frédéric Chéreau ou même la petite fille de Jacques Vernier s’ils avaient été douaisiens.

De fait, son socle est celui de son milieu d’origine, le centre-ville bourgeois ou du moins ce qu’il en reste. Pour assurer cet ancrage, elle a réussi à débaucher quelques militants LR survivants des guerres civiles de la droite locale. Idiots utiles, ils se voient déjà aux manettes. Le pouvoir enfin. Enfin, peut être pas.

Car apparaît un caillou dans l’escarpin de notre Marcheuse. Les LR ont sorti des cartons un concurrent du « canal historique ». Ses troupes sont certes, aussi étiques qu’âgées mais elles sont loyales et disposent de l’appui de la CNI du parti. Leur candidat n’est pas né sur les bords de la Scarpe, C’est son péché originel. La riposte de la candidate est facile et son refrain fait mouche :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Si un concept devait marquer la campagne de la candidate LREM du début à la fin, ce sera une ambigüité dont il parait qu’on ne sort qu’à son détriment. C’est à ce prix que devenue grande, on sera politicienne.

Mme Craeye répugne à endosser le bilan d’un gouvernement dont elle est pourtant la représentante officielle. Elle n’a rien à voir avec lui. Elle défend l’association de « la droite et du centre », concept qui sonne bien aux oreilles d’une notabilité douaisienne dont les ancêtres, qui aimaient Louis-Philippe et la SFIO, détestaient les extrêmes qu’ils ont réussi – ce n’est plus le cas – à reléguer aux périphéries.

Dans le même mouvement, on n’est pas à une contradiction près, l’expression publique et privée dévoile une conception singulière de la politique. Si on ne représente pas le gouvernement, il serait toutefois bon qu’un maire soit de son bord pour profiter d’une subvention, d’une décision positive, à l’inverse des élus qui auraient le malheur de ne pas en être.

Mieux que Janus qui se contentait de deux faces, Mme Craeye joue de tous les registres, de tous les niveaux. Il y a le « on » délivré d’une voix douce avec le sourire puis le « off », celui de ses partisans qui mènent sans relâche une campagne de caniveau où l’excès côtoie souvent la haine. C’est à se demander si ces stratèges masqués n’ont pas fait leurs armes à Hénin-Beaumont à la bonne époque d’Eugène et de Gérard.

La présence d’une liste officielle LR qui casse le rêve explique sans doute la violence des discours et les expédients de bas étage. Tous les moyens sont bons pour dézinguer l’adversaire. On perd ses nerfs à moins que ce soit la marque profonde d’un caractère sinon une future méthode de gouvernement.

Comme leur patronne, il est vrai qu’ils s’y voyaient déjà, les colistiers. C’est bien embêtant tout ça. La route sans histoire vers le beffroi s’avère un sentier semé d’embuches où rien ne se passe comme prévu. Six listes à Douai. Qui l’eut cru ?

La veille d’un premier tour – qui ouvre la crise sanitaire – voit arriver dans les boites aux lettres un incroyable tract rédigé avec une science propagandiste qui ferait passer les Staliniens pour des amateurs. On se prévaut de soutiens qu’on n’a pas. On ne sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher.

Admirons la gestion des titres, le propos qui frôle sans cesse le précipice sans jamais y tomber par une utilisation consommée des formules. Seules comptent les images.

Après la mascarade de cette élection confisquée et d’une gestion de la crise qui restera dans les annales, le confinement qui suit, décidé par le gouvernement qu’elle représente, voit Mme Craeye jouer les utilités. Ses concurrents, peut être par l’extraordinaire d’une situation qui réclame des gens normaux un peu de retenue, restent discrets.

Devant les yeux stupéfaits des Douaisiens interdits de bancs publics comme ils sont privés de masques, de tests, de vaccins, la candidate – qui n’est pas LREM, c’est compris ? – sauve Renault (je connais Le Maire), va sauver l’hôpital de Douai (je connais Buzyn, ah zut, maintenant c’est Véran, je le connais aussi), sauvera ses commerces (je connais Darmanin), régénérera la France comme Jeanne d’Arc. Mais non, ça, c’est impossible puisque Jeanne est lorraine ! Car nous savons bien que :

« je suis de Douai, je suis née à Douai, je vis à Douai, mes parents sont de Douai, j’aime Douai… ».

Docteur Chéreau et Mister Frédéric

Docteur Chéreau et Mister Frédéric - Ville de Douai

Devenir maire n’est pas difficile, l’être l’est cependant.

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Tic Tac Tic Tac…

C’était bien mal parti. Les six ans de mandat s’étaient écoulés inexorablement. Rien n’avait pu ralentir la marche du temps, cette malédiction contre laquelle ni l’élu ni personne ne peuvent rien.

Il s’était pourtant convaincu qu’il avait du délai, qu’il pourrait tout faire plus tard mais un jour, impossible d’y couper, faut y passer. Les élections déboulent avec leurs glorieuses incertitudes démocratiques. C’est là que le politicien professionnel découvre qu’il faut marcher ou mourir.

Il sait depuis le début qu’un mandat n’est pas seulement le moyen d’une politique, c’est d’abord un état, un métier. Il n’est même pas certain en cas d’échec qu’il aurait un parc à son nom. Six pauvres années n’y arriveraient pas.

Douai au coeur… de la catastrophe

L’impérieuse nécessité de reprendre le flambeau s’imposait donc à Frédéric Chéreau. Le problème, c’est qu’il ne pouvait mettre en avant un bilan très reluisant.

Dans le genre structurel, ne relevant pas complètement de son mandat mais quand même un peu, la baisse de la population mais surtout son appauvrissement étaient devenus flagrants. Tous les deux attestaient de l’affaissement d’une activité économique incapable de fixer les habitants, ni de les soustraire à une pauvreté galopante.

Un autre sujet était plus visible. La fermeture des commerces du centre ville, catastrophique, relevait plus clairement de la responsabilité du maire. Tétanisé par le risque, il n’avait osé dézinguer le plan de circulation fou légué par le vieux mentor. Ce dogme, avec une création de zones commerciales périphériques jamais empêchée, étaient la cause principale du désastre.

Il y avait eu aussi ces quelques épisodes embêtants qu’aucune gesticulation n’avait pu conjurer : la disparition de la brasserie millénaire, la réduction des dessertes TGV, la spécialisation du ressort judiciaire, l’impuissance de Douai dans l’assemblée de Douaizizaglo® etc.

Enfin, s’imposant encore plus nettement, la dégradation continue du patrimoine de la cité était un caillou, un gros grès, dans la chaussure du maire. Comment justifier que ces monuments aient pu être ainsi abandonnés pendant tout un mandat ? Le plus symbolique était celui-là ou mieux celui-ci mais plus encore ce dossier dont on est à peu près certain qu’il ne bougera pas avant des dizaines d’années.

Prochainement… C’était quand déjà ? Il y a 6 ans !

Ce bilan pouvait se résumer en une simple question : Douai avait-elle enrayé son déclin depuis l’arrivée de M. Chéreau aux affaires ? Evidemment non. Aurait-il pu être pire ? Sans doute pas.

Le programme commun de la Gauche

Quand le bilan n’aide pas, l’étiquetage partisan, sinon la politique nationale, peuvent aider à le dépasser. En 2014, Frédéric Chéreau avait réussi contre toute attente l’exploit du « break » , s’imposant localement quand à la tête du pays, Hollande, socialiste comme lui, était totalement à la ramasse.

Cette fois-ci, c’est bien plus compliqué. L’épidémie macronienne était passée par là. Le PS perdu corps et biens, le maire aurait pu, comme ses amis des Hauts de France qui ont préféré trahir plutôt que tenir la position, devenir un adepte du « en même temps ».

Retenons à son avantage que placé devant cet embouteillage politique, Frédéric fit le pari de conserver l’antique union de la gauche – PS/PC légèrement verdis – « butte témoin » d’un passé révolu probablement unique dans toute la France. S’il n’en restait qu’un ce serait lui.

Là bas, au fond, le grand-père de Frédéric Chéreau

Un mandat d’un mois est bien suffisant

Il y avait certainement un peu de panique autour de lui comme dans sa tête mais l’homme avait du ressort, surtout pour conserver le boulot. Il savait moins bien le faire mais si on part du principe qu’une opinion publique n’a pas de mémoire, un peu de visibilité médiatique au dernier moment peut aider. Politicien, c’est un métier.

L’excuse est souvent pire que la faute. C’est ainsi qu’il faut juger l’incroyable frénésie d’inaugurations dans laquelle s’est plongé Frédéric Chéreau jusqu’à la seconde où elles étaient légalement possibles.

Gymnases, places, centres sociaux, trottoirs, enrobé drainant, tout y est passé. Ajoutons à cet étonnement l’amélioration du nettoyage des rues, l’implacable chasse aux crottes de chien, la nouvelle célérité des services municipaux…

Pourquoi donc un mandat municipal doit-il durer six ans quand on peut faire tant en quelques semaines ?

Les bastions sont bétonnés

Accompagnant cette stratégie d’urgence, notre sortant s’était aussi appliqué, à l’ancienne, à travailler ses bastions électoraux, le faubourg de Béthune étant le modèle du genre. Chacun sait et notre maire plus que tout le monde qu’en marketing gagner des clients est toujours plus difficile que de les conserver.

Le quadrillage en règle du cœur de cible – par familles, clans, assos et catégories – démontra de son efficacité dans certains bureaux de vote. Le jour des élections, son effet fut décuplé par  la « Grande Peur » du Covid. Poussant l’abstention à un niveau jamais atteint, elle renforça parmi les rares votants la proportion de ceux qui avaient intérêt au maintien du maire en place.

Ils savaient, eux, ce qu’ils avaient à perdre avec son départ, à l’inverse de l’incertain contraire. On sait ce qu’on perd et jamais ce qu’on gagnera, c’est bien connu.

La face visible de l’iceberg

Si on n’avait tenu compte de la faiblesse des signaux dans le bruit de la ville, rien ne permettait d’entrevoir la victoire de Frédéric Chéreau. Les relais étaient rares dans les réseaux sociaux tandis que les productions écrites se réduisaient à leur plus simple expression.

Bien sûr, au plus près de lui, c’était quand même le désert. Invisible durant six ans, l’équipe municipale sortante avait été renouvelée selon des critères hermétiques. Elle n’en était pas plus convaincante.

La liste du maire, retenez ces noms, vous n’en entendrez plus jamais parler

Frédéric Chéreau ne compta pas beaucoup de soutiens extérieurs. Ce vide démontre en passant que Douai ne représente plus aucun enjeu pour beaucoup de leaders politiques, hors ceux du territoire et encore. Seul un Kanner démonétisé lui donna en passant un petit coup de main.

Cette modestie était la face émergée de l’iceberg. La suite allait démontrer que l’adhésion au maire, peut être un peu honteuse donc rarement criée sur les toits, n’était pas si limitée que ça. La prime au sortant, importante, était sous le niveau de la mer et personne ne la voyait.

Sous la mer, les électeurs du maire sortant

Les adversaires peuvent être des alliés

Car si l’effet produit par la campagne de Frédéric Chéreau restait à vérifier, son salut pouvait aussi provenir des travers de l’adversaire. Là, notre édile était servi.

Il y avait d’abord les alliés qu’il comptait dans le camp d’en face. S’ils étaient souvent masqués, certains étaient plus repérables que d’autres. Ainsi Jacques Vernier qui, voilà trente ans y aurait regardé à deux fois avant de soutenir un « socialo-communiste », ne lésinait pas sur le soutien donné à son fils spirituel, non sans plonger la Droite locale dans la confusion.

Il eut donc devant lui des adversaires aussi divisés que multiples. Avec six listes, les électeurs de Frédéric Chéreau seraient toujours plus nombreux que ceux de chaque adversaire pris séparément.

La vérité n’est pas bonne à dire

A ce stade de l’analyse, il faut se pencher sur le discours et la posture de notre maire pour décrire la dualité redoutable dont il est capable de faire preuve en maintes situations. Nous devons sacrifier au portrait psychologique.

Si le docteur Chéreau délivre sous tous les temps et toutes les circonstances une parole maîtrisée, Mister Frédéric est plus approximatif. Ce dernier, comme plusieurs épisodes l’ont prouvé est absolument capable de mentir, y compris lorsqu’il est mis devant les évidences les plus marquées.

Interpelé sur l’absence d’une politique, d’une action, d’un dossier, il répondra toujours qu’ils existent, qu’ils sont en cours, qu’ils sont sur le point d’être réglés. Ce travers peut être une qualité politique mais il révèle une curieuse conception morale. Le mensonge dure peu, la vérité est éternelle.

Ce travers le conduit ainsi à malmener les faits sans aucune vergogne : la ville ne perd aucun habitant, elle en gagne, le commerce n’a jamais été aussi bien portant, la sécurité est en progrès constant grâce à ses actions, la situation financière de l’hôpital de Douai est bonne… C’est simple, vous ne l’entendrez jamais reconnaître une erreur, un oubli, un ratage.

Tout va très bien à Douai

Rien ne résume mieux cette vision altérée du réel que la satisfaction exprimée par notre maire de voir sa ville longuement citée dans le New York Times. La description de Douai y était terrifiante mais à sa mode habituelle Frédéric Chéreau présentait sous un jour favorable ce discutable intérêt américain.

S’agit-il d’un réflexe inconscient de défense ou un cynisme de politicien de métier ? Il reste certain que refuser le réel revient à s’interdire de souscrire aux discours négatifs. Une vision lénifiante, quelque soit le moment ou le sujet, outre d’être éventuellement prédictive, peut plaire.

Elle n’est pas ainsi sans effet sur un électorat qui, peu rompu aux analyses politiques, en a peut être assez d’entendre sans cesse, ici et partout, que sa ville est un trou en perdition dans lequel rien ne fonctionne.

Il y a de la fierté douaisienne dans cette négation de la réalité.

Trèfles, gri-gri et baraka

Tous ces artifices n’étaient pourtant pas suffisants pour assurer la victoire. Il fallait un élément supplémentaire : la chance.

Il est un peu curieux de considérer la crise sanitaire sous un jour positif mais, en toute objectivité, le cumul des facteurs favorables au maire sortant durant cette période a été inouï. Comptons les conditions du scrutin de premier tour, le confinement qui a suivi et enfin le second tour organisé à la veille des congés d’été. L’ensemble a été une circonstance incroyable pour celui qui tenait l’hôtel de ville.

Mieux vaut la chance que bien jouer

Napoléon appréciait les généraux qui avaient de la chance. De ce point de vue, il aurait aimé le Grand Frédéric. Sur un mélange savant de gestion quotidienne et de propagande subliminale, ces trois mois inespérés lui donnèrent l’occasion de surclasser facilement ses adversaires.

Mais il y a plus profond, conclusion qui retrouve des déterminants déjà évoqués qui doivent pousser à la modestie tous les opposants de Frédéric Chéreau. Ils prouvent qu’à Douai on peut conserver son mandat en dépit d’un bilan médiocre, une campagne peu active et des contradictions massives.

La bizarrerie de ce paradoxe n’est qu’apparente. Faisons l’hypothèse qu’elle est d’abord dans l’état social d’une ville qui, inexorablement, conforte le pouvoir d’un maire de gauche parce que la population se confond exactement avec son électorat.

Le déclin de la ville- Douai demain Denain – n’est pas une évolution défavorable d’un point de vue électoral, donc la conservation d’un pouvoir. Le pression fiscale qui pousse les classes moyennes et supérieures à quitter la ville modifie considérablement le profil politique d’une cité appauvrie.

Territoire dédié aux subventions et aux assistances diverses, le Douai du futur possède un visage : docteur Chéreau et Mister Frédéric enfin confondus.